‹ Port-RoyalChapitre 64 sur 94 · Au tome I, p. 393, liv. II, ch · texte numérisé non relu

Au tome I, p. 393, liv. II, ch

2. Il y a ici, je le soupçonne, quelque légère inexactitude, mais i3 n'ai pas le courage de- la discuter.

vînt ainsiy comme elle le disoit elle-même, le père de son dme. * — < Mon fils, lui disait-elle encore, aidez votre mère à bien mourir, et à la mettre dans le Ciel, elle qui ne vous a mis que dans cette misérable vie I » Il eut assez d'empire sur lui et de «haut respect de sa fonction sacrée, pour conserver en ces cérémonies suprêmes la liberté de TeSprit, des yeux et de la voix, quand tout le monde autour de Id n'avait plus ni parole ni chant, et ne priait que par des larmes.

Ainsi fit-il, sept ans après, à la mort de son frère, M. Le Maître : ses larmes, contenues durant tous les saints devoirs, attendirent qu'il se fût renfermé en sa chambre pour déborder.

Dans la direction des solitaires, et en général dans la conduite des âmes, le grand recours de M. de Saci, le remède auquel il renvoyait surtout et toujours, était la lecture et la méditation de l'Écriture Sainte. C'est à quoi, dit Fontaine, il exhortait perpétuellement ces Messieurs : « Une goutte d'eau, nous disoit-il, qui ne suffit pa3 à un homme, suffit à un oiseau. Leéf eaux sacrées ont cela de particulier qu'elles se proportionnent et s'accommodent à un chacun : un agneau y marche, et elles sont en même temps assez profondes pour qu'un éléphant y puisse nager. > S*il a traduit plus tard l'Écriture, c'est en vertu de ce principe d'efficacité continuelle qu'il s'y porta: sur ce point de la lecture delaBible, M. de Saci est aussi absolu que ceux qai croient directement à la Bible seule sans autre tradition nécessaire. « D faut, dit d'après lui Fontaine, regarder l'Écriture comme la foi regarde les mystères, et n'y point mêler son esprit naturel ni le désir de savoir. Il ne faut point sauter les mots, mais les bien peser; tâcher de concilier les passages qui paroissent se contredire, et recevoir humblement ce que Dieu donne sans vouloir rien davantage. » — « Un saint évêque de ces derniers temps

(Jansénins) répétoit souvent qu'il iroit jusqu'au bout do monde avec saint Augustin; et moi, disoit M. de Saci, j'irois avec ma Bible. »

J'ai exprimé l'idée que M. de Sad n'avait pas eu de vue d'ensemble sur- Port-Royal et qu'il n'avait pas débrouillé souverainement^ comme l'aurait pu faire M. de Saint-Gyran, s'il eûtvécu, cet inextricable réseau de discussions et de quereUes qu'on étendait autour d'eux, et qu'à l'envi plusieurs d'entre eux redoublèrent. Mais il &ut ajouter que, s'il n'a pas débrouillé l'ensemble et s'en est peu rendu compte, il n'a jamais contribué du moins à l'obscurcir, et qu'au contraire, en chaque détail qui se présentait, il a travaillé à simplifier l'obstacle, à délier le nœud en toute charité, avec justesse et finesse rare : « Tous ceux qui ont eu le bonheur de le connoî- ' tre, dit Fontaine, avoueront qu'il n'y a guère eu d'homme qui eût plus de grftce, ni qui ait imaginé des manières plus adroites et plus ingénieuses pour remettre les esprits et pour rétablir la paix, dans les contestations qui auroient pu l'altérer. » Et U nous en cite un minutieux exemple, mais qui a son prix. Nos solitaires avaient leurs petites passions, même au sein de la pénitence : par moments ils devenaient tous guerriers, comme on l'a vu sous la Fronde, et ils prenaient goût au mousquet; à d'autres moments, ils se portaient trop ardem^ ment à la maçonnerie, et aux ouvrages des mains pour l'agrandissement du monastère. D'autres fois, c'était le travailles champs qui avait la vogue parmi eux, et trop de vogue pour des gens mortifiés. Alors ils avaient leurs petits procès, au moins commençants : le fumier était rare; l'un en voulait pour ses blés, l'autre pour sa vigne ; qui pour ses plants d'arbres, qui pour ses bandes de légumes. On allait plaider devant M. de Saci. Lui^ pendant ce temps-là, était à rimer les Racines grecques^ dont Lancelot avait soigneusement rassemblé et disposé

tous les mots; quant à la dernière main, à Ja rimaillerie mnémonique, c'avait été œuvre de poëte qu'on avait ré* servée au maître. Eh bien I M. de Saci, à la suite du mot grec qui signifie fumier ou engrais, ajoutait ce que nous avons pris pour une cheville, et qui était une douce pointe^ un trait charitablement malicieux :

Aétba , fumier aux champs a vogue.

Or, cette douce pointe, qui était toute sa sentence d'arbitre, suffisait pour faire rentrer les humbles solitaires en eux-mêmes ; et c'est ce que Fontaine appelle la grâce chez M. de Saci.

Je suis naturellement conduit par cet éloge à parler toutefois avec sévérité de ce que je trouve la seule fausse •démarche de M. de Saci, d'un écrit de sa façon des plus contraires à l'esprit de Saint-Cyran, et que je voudrais retrancher : les Enluminures de tAlmanach des Jésuites (janvier 1654). Les Jésuites, dont le goût fut longtemps détestable et tout à fait de collège, av^ent publié, en décembre 1653, un Almanach qu'ils intitulèrent : la Dé^ route et la Confusion des Jansénistes. C'était une manière de célébrer et de figurer leur récent triomphe à Rome où avait paru enfin la Bulle d'Innocent X. On voyait en tête de l' Almanach une Estampe allégorique : le Pape, assis sous la Colombe du Saint-Esprit entre la Rehgion qui porte la croix, et la Puissance de l'Église qui porte le casque, lançait sentence contre le Jansénisme. Jansénius, en habit d'évêque, tout e§aré et déployant des ailes de diable, s'enfuyait, son livre en main, vers Calvin en personne, qui déjà, dans son coin, accueillait à bras ouverts une dame ou religieuse janséniste en lunettes. Je fais grâce des autres détails de cette ignoble facétie. M. de Saci jugea à propos d'y répondre. Les Jésuites ayant répandu seize mille exemplaires, dit-on, de Toutragèux Almanach, on avait quelque raison peut-être à Port-Hoyal

d'en redouter l'effet qui parlait aux yeux^ Gomme il y avait plusieurs quatrains explicatifs de TEstampe^M. de Saci fit aussi des vers pour riposte : je n'en citerai que quatre en échantillon, qui ont paru piquants aux intéressés. Les Jésuites avaient représenté dans l'Estampe rignorance qu'ils attribuaient à leurs adversaires sous la figure d'un idiot qi|i adea oreilles d'âne; à quoi M. de Saci répliquait :

Qui ne sait qu'en leurs doctes veilles, Ils vous tirent tant les oreilles, Qu'à vous peindre , vous en auriez Depuis la tête jusqu'aux pieds?

Ce sont les meilleurs vers du chef-d'œuvre*. Je rougis pour nos respectables amis de l'erreur de cette réponse, et de tant d'autres sur le même ton qui en furent la suite, depuis les Chamillardes et VOnguent pour la Brûlure^ jusqu'au Philotanus et aux Sarcellades dans le dix-huitième siècle : littérature indigne et burlesque qui se conçoit en effet de "Barbier d'Aucourtà Grécourt; maisle malheur, le tort de M. de Saci est d'avoir commencé.

Tout le monde dès l'abord (Jésuites à part) n'en fut pas chargé. Dans la Réponse d'Arnauld à la Lettre dune Personne de Condition, on voit que cette lourde et crasse manière de plaisanterie avait choqué quelques amis éclairés de Port-Royal et gens du monde. Arnauld donc, à

1. L'Almanach fut mis en vente chez Ganière, marchand de taUles-douces, rue Saint-Jacques, près Saint- Se vérin : il attira tout aussitôt la foule. On en porta plainte de divers côtés, soit à M. Mole, garde des sceaux, soit au Lieutenant civil et au Procureur du Roi; mais, moyennant quelques légères suppressions, l'Estampe subsista. Ainsi on fit disparaître sur les exemplaires exposés les ailes de diable qu'on avait données à Jansénius; et encore ces exemplaires à ailes de diable^ défendus à Paris, allèrent -ils inonder la province.

2. 11 eut pourtant deux éditions consécutives, la première du 15 janvier, et la seconde fort augmentée du 8 (ou 18) février.

grand renfort de logique et de citations des Pères, entreprend de démontrer la légitimité et rexcellence catholique des Enluminures. Il commence par établir que les Pères ont fait la guerre avec un esprit de paix; il veut en venir au misericorditer irride de saint Augustin*. La Personne de condition objectait que le rire est peu chrétien, qu'on a remarqué du Christ qu'ilest bien écrit qu'il a pleuré, mais non qu'il a ri {vel semel eum ridentem nemo vidity sed flént&m imo). Et en effet on ne se figure jamais les Anges riant de l'éclat du rire. Ce rire humain, qui est l'opposé du sourire, ne l'est pas moins de cette autre joie d'innocence où nous avons vu s'égayer le jeune Lancelot, sainte joie légère qui est comme le superflu et la blanche écume de l'âme. Le rire vulgaire, dont il est ici question, vient du désaccord^ du désordre senti sous un certain angle imprévu et par un revers qui se démas^ que subitement : on éclate. Dans l'harmonie, on chante, r~i sourit, le vidage rayonne, il y a des pleurs d'amour. Si animé qu'on tâche de se figurer un Ciel dirétien, on n'y conçoit pas le rire; il le faut laisser aux Dieux d'Homère en leur Olympe, où il est inextinguible comme leurs désordres et leurs adultères. De Maistre, en regrettant (dans son Anti-Bacon) que Molière n'ait pas employé plus chrétiennement son talent, et en citant Destouches comme plus moral, oublie trop cela ; c'est étonnant de sa part. Arnauld ne va pas si à fond. Il ramasse les exemples de raillerie de TÉcriture etdes Pères. Il fait un chapitre intitulé : Application des Règles des Pères à rAlmanach; et il ne s'aperçoit pas qu'en tout cet attirail manque précisément le festivitas dont parle TertuUien : Vanitati proptHe festivitas eedit^ il n'y a rien qui soit mieux dû à la vanité des honmies que d'être raillée.

1. Pascal reprendra plus lestement ces mdmes arguments et ces mdmes exemples dans sa onzième Provinciale,

Arnauld controversant pour la plaisanterie de M. de Sad et la corroborant, c'est deux fois trop.

Racine a fait justice de cette fausse manière, quand il a dit en sa Lettre si malicieuse à l'auteur des Imaginaires : « L'enjouement de M. Pascal a plus servi à votre parti que tout le sérieux de M. Arnauld; mais cet enjouement n'est point du tout votre caractère : vous retombez dans les froides plaisanteries des Enluminures ; vos bons mots ne sont d'ordinaire que de basses allusions.... Retranchez-vous donc dans le sérieux, remplissez vos lettres de longues et doctes périodes, citez les Pères, jetez-vous souvent sur les injures.... > Ainsi piquait le tendre Racine, du jour où il s'avisa d'être ingrat.

Les Enluminures parurent toutefois excellentes à la plupart de ces Messieurs. Au dix-huitième siècle, l'avocat Matthieu Marais, parlant de je ne sais quelle ibanson augustinienne, où le dogme est rimé en vingt couplets, et d'une préface qu'on y a mise en langage patois, ajoute avec admiration : c Ces Jansénistes ont de toutes sortes d'esprits parmi eux, et ce faux paysan feroit très-bien une comédie. > Si des gens d'esprit comme Marais, mais qui aimaient le gros sel et ne le distinguaient pas du fin, tant ils avaient le goût farci de procédures, sentaient ainsi sur les SarcelladeSj à plus forte raison nos solitaires : ils ne devaient pas être, je l'ai dit, très-difiGciles en matière plaisante, comme gens très-austères, habituellement à jeun là-dessus, et qui avaient en eux un grand fonds de divine joie *.

1. Ou regrettera peu que j'omette les autres œuvres poétiques de M. de Saci, sa traduction en vers du poème de saint Prosper contre les Ingrats; son poème en dix chants et en stances, contenant la tradition de V Église sur le Saint-Sacrement. Il avait entrepris sa traduction de saint Prosper par le conseil de M. de Saint-Cyran, et y avait rencontré, disait-il plus tard, des difficultés effroyables^ « jusqu'à employer vingt-quatre heures de travail pour traduire deux vers latins. » Un labeur vraiment ingrat! C'est méritoire au

On a VU la seule tache, la seule faute apparente (et encore surtout une faute de goût), qui se découvre chez rhomme le plus droit, le plus pur, le plus irrépréhensible. Successeur de M. Singlin, s'il est, dans le début, inférieur à celui-ci, qu'il surpasse d'ailleurs en science et même en égalité fixe de caractère, c'est parce seul endroit où l'on ne reconnaît plus le directeur. J'ai hâte de revenir à ses mérites essentiels, continuels, et que je n'ai pas encore assez marqués.

M. de Saci, selon le témoignage de tous ceux qui l'ont connu, avait retranché de ses études et de sa vie tout ce qui ne regardait pas la piété ; il était même bien aise d'ignorer certains points de la science de TÉglise que d'autres pouvaient avoir intérêt à connaître, et il en tirait occasion, lui, de se taire lorsqu'on en parlait*. Il fuyait les matières de controverse et de critique, les nouvelles des affaires du monde, et prenait pour devise ces paroles: Ut non loquatur os meum opéra hominum. Mais par le seul endroit auquel il s'enracinait^ la lecture et la méditation de l'Écriture, il retrouvait avec surcroît tout le reste, et s'étonnait» qu'on fît tant de cas de résultats humains auxquels le Chrétien arrive tout simplement par la seule source sacrée. On à une foule de jolies paroles de lui, dans ce sens de sagesse et de sobriété. Quand je

fond^ mais franchement détestable. Je ne sais pas distinguer, je Tavoue, entre les différentes poésies de M. de Saci, et je n'y vois qu'une seule et même erreur. Tout son mauvais goût de jeunesse y a passé. — Parlant un jour de la réserve charitable qu'il fallait mettre' dans les critiques littéraires, et de l'humilité qui devait plutôt porter à louer ; « J'ai toujours estimé tout, disait-il, jusqu'au poôme de la Pucelle, > Il avait pour cela moins de violence à se faire qu'il ne croyait. (Voir, si l'on veut, au livre VI, chap. x, un léger correctif à ce jugement sur les vers de M. de Saci.)

1. Âu tome I, p. 58, de ses Lettres spirituelleSy on lit : «e J'ai des livres pleins de questions semblables sur l'Ëcriture, que je ferois conscience d'ouvrir s'il n'y avoit quelque nécessité qui m'y obligeât. Il faut laisser aux Docteurs à s'informer de ces choses. »

dis jolies paroles^ qu'on y prenne garde! ici on rentre dans la délicatesse. Il est besoin de s'avertir pour goûter cet esprit qui n'a pas l'air d'en être ni d'y toucher. Règle générale : quand parle M. de Saci, il faut bien faire attention pour sentir qu'il y a de l'esprit, de même qu'il faut bien couDaître sa lèvre fine, presque immobile, pour s'apercevoir que c'est un sourire.

S'agissait-il de voyager, de faire voyager les enfants, il disait que voyager, après tout, c'était voir le Diable habillé en toutes sortes de façons, à Tallemande, à l'italienne, à l'espagnole et à Tanglaise, mais que c'était toujours le Diable : Crvdelis ubique. Le môraliste-poëte ne dit pas autre chose :

Rarement, à courir le monde, On devient plus homme de bien.

H appliquait encore au monde une parole d'Isaïe renversée, et, au lieu du Vere tu es Deus absconditus, il mettait Diabolus : Le monde, disait-il assez hardiment, est l* Eucharistie retournée; partout le Démon caché et présent, et qui veut qu'on l'adore*.

Au sujet des nouvelles, opinions Je Descartes sur la physique, et du bruit qui en retentissait autour de lui, il disait qu'Aristote ayant usurpé, même dans TÉglise, même à côté de l'Écriture Sainte, une telle autorité, un tel brigandage, il était juste qu'il fût renversé et dépossédé par un autre tyran, lequel peut-être aurait un jour le même sort; que M. Descartes se trouvait à l'égard d'Aristote comme un voleur qui en vient tuer un autre et lui enlever ses dépouilles; il ajoutait doucement : Tant mieux ! plus de morts, moins d'ennemis!

« Dieu a fait le monde pour deux choses, continuait-il,

1. M. Tronchai^ dans les Mémoires de Fontaine tels qu'il les avait corrigés pour l'impression, n*a pas osé laisser ce mot avec tout son trait; je le rétablis d'après le manuscrit.

« parlant à Fontaine : Pune, |tour donner une grande idée «de lui-même, Vautre, pour peindre les choses invisibles c dans les visibles. M. Descartes détruit Pune et Pautre. Le « soleil est un bel ouvrage, lui dit-on. Point du tout, ré- « pond-il, c'est un amas de rognures. Au lieu de recon-

< noltre les choses invisibles dans les visibles, dans le soc leil, par exemple, qui est comme le dieu de la nature, « et de voir, en tout ce qu'il produit dans les plantes,

< rimage de la Grâce*, il prétend au contraire rendre

< raison de tout par de certains crochets qu'ils se sont c imaginés. Je les compare à des ignorants qui verroient « un admirable tableau, et qui, au lieu d'admirer un tel « ouvrage, s'arrêteroient à chaque couleur en particulier et

< diroient : Qu'est-ce que ce rouge-là? De quoi est- il com- « posé? C'est de telle chose, ou c'est d'une antre; au lieu 4: de contempler tout le dessein du tablean, dont la beauté c charme les sages qui le considèrent. — Je ne prétends € pas, dit M. Descartes y dire les choses comme elles sont « en effet. Le monde est un si grand objet, qu'on s'y perd; « mais je le regarde comme un chiffre. Les uns tournent « et retournent les lettres de cet alphabet, et trouvent a quelque chose : moi j'ai aussi trouvé quelque chose, mais « ce n'est pas peut-être ce que Dieu a fait. — Ces gens-là, « disoit M. de Saci, cherchent la vérité à tâtons ; et c'est un « grand hasard quand ils la trouvent. »

(Et il ajoutait encore, ce que l'éditeur a supprimé comme trop familier, et que je rétablis au plus vite comme bien spirituel : )

a Je les regarde comme je regardois Pautre jour l'en- « soigne du Cadran^ en passant sur le pont Notre-Dame : lé « cadran disoit vrai alors, et je disois : Passons vite, il n'y fc fera pas bon bientôt. C'est la vérité qui l'a rencontré, il n'a « pas rencontré la vérité. Il ne dit vrai qu'une fois le jour. >

Ne voilà-t-ilpas que nous avons entendu causer M. de Saci de très-près et dans toute sa nuance?

1. Phraséologie àp&rt, et sauf les différences, ce point de Tue posé par M. de Saci n'est autre que celui des causes finales et des harmonies, celui de Du Guet, de Fénelon et de Bernardin de Saint- Pierre.

A propos de Pascal qui vint sur ces entrefaites à Port- RoyaJ, et à qui il trouvait beaucoup de brillant y M. de Saci, tel que nous le connaissons déjà, n'en fut pas éblouiy et, convenant pourtant du plaisir qu'il prenait à la force judicieuse de tant de beaux discours^ il disait : « M. Pascal est extrêmement estimable^ en ce que^ n'ayant point lu les Pères de l'Église, il a de lui-même^ par la pénétration de son esprit, trouvé les marnes vérités qu'ils ont trouvées. Il les juge surprenantes, parce qu'il ne les a vues en aucun endroit; mais, pour nous, nous sommes accoutumés à les voir de tous côtés dans nos livres. > Et cette observation de M. de Saci s'appliquait surtout aux discours éloquents que lui tenait Pascal sur Epictète et Montaigne, et que je réserve avec les répliques, dans leur étendue, pour un autre endroit.

Car c'était une partie de la conduite de M. de Saci de proportionner et d'accommoder ses entretiens à chacun de ceux avec qui il parlait. S'il voyait M. Champagne, il le mettait sur la peinture; si M. Hamon, sur la médecine; si M. Pascal, sur la lecture des philosophes: « Tout lui servoit pour passer aussitôt à Dieu, et y faire passer les autres'. »

Il lui fut donné d'achever et de confirmer ces grandes et délicates conversions qu'avait si bien menées son prédécesseur : Pascal et madame de Longueville passèrent des mains de M. Singlin en celles de M. de Saci.

Mais je me sens poussé, par rapport à lui, à procéder un peu autrement qu'avec ceux qui ont précédé : il me faut absolument suivre sa vie tout d'un trait jusqu'au bout. Son unité, son uniformité est telle qu'il ne peut se scinder. Gomme il ne fut point mêlé à la polémique du

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