‹ Port-RoyalChapitre 87 sur 94 · ET TOUCHANT UN ÉCRIT QUI AVOIT ÈTÈ CONFIÉ À M. SINGLIN · texte numérisé non relu

ET TOUCHANT UN ÉCRIT QUI AVOIT ÈTÈ CONFIÉ À M. SINGLIN

BT A If. DU OUé DB BA0N0L8.

« Il arriva au moii d'octobre de cette année (1652) nne chose très-consi* dérable par la qualité des personnes et par son importance en elle-même; et les Jésuites qni auroient dû la regarder comme on modèle de désintéressement que Port-Royal donnoit en cette occasion k tous les directear*

des coiucienceB B*en servirent poar déchirer aa-ded^tes et an-dehors da royaume des personnes très-Innocentes, très-sincères e1 très-générenses. Voici ce qui se passa en cette affaire qae M. de Saint- Amour n'a traitée que légèrement dans son Journal.

m M. le comte de Chavigny, célèbre, par toute la France, par sa qualité de ministre d'État et de secrétaire descununandements de Sa Majesté, étant tombé malade ao commencement du mois d'octobre, M. Mazure son pasteur, docteur de Sorbonne et curé de Saint-Paul S l'alla voir dès le premier jour de sa maladie •, et comme il étoit alors environné de plusieurs personnes qui l'empéchoient de lui parler librelnent des affaires de sa conscience, il le pria d'y revenir le lendemain. L'ayant trouvé attaqué d'une grosse fièvre', M. de Chavigny lui dit que Dieu lui vouloit faire miséricorde, parce que n*ayant pu de lui-même s'arracher du monde, il l'en Touloit arracher; qu'il le vouloit bien et y consentoit pourvu qu'il eût satisfait pour ses péchés. Ce pasteur l'ayant encore vu le jour suivant, M. de chavigny lui demanda permission de se confesser à M. Singlin, disant qu'il ne laisseroit pas de se confesser à lui, et qu'il vouloit que son cœur lui fût connu avec les motifs et les intentions de toutes ses actions, et qu'il no les lui cacheroit non plus qu'à Dieu; qu'il désiroit être plus soumis à ses .ordres qu'aucun de ses paroissiens et qu'il leur en vouloit donner l'exemple, ayant toujours eu estime et confiance en lui.

« M. de Saint-Paul lui ayant accordé la permission qu'il demandoit, il fit Tenir M. Singlin qui l'entendit de confession par deux fois et lui donna l'absolution; et ensuite témoigna le lundi au soir, 7 du mois, au même M. de Saint-Paul que M. de Chavigny Yonloit recevoir le saint Viatique et s*y étoit disposé.

« Ce pasteur l'étant Tenu Toir sur le soir, le malade lui témoigna le même désir, fit quelques aumônes, et ils arrêtèrent ensemble qu'il communieroit le mardi au matin. Après lui avoir proposé de lui apporter le Saint- Sacrement de sa chapelle s'il le désiroit ainsi, il répondit qu'il vouloit ce qui étoit le plus dans l'ordre, le plus propre à faire paroltre sa soumission et ee quidonneroit un meilleur exemple. Le mardi matin, les médecins lui trooTèrent un petit flux pour lequel ils jugèrent à propos de différer la communion. M. de Saint-Paul l'étant allé voir le soir, les médecins dirent qu'il falloit le communiera deux heures après, minuit, parce qu'ils touloient le mercredi 9 du mois lui donner deux médecines de vin émétique. M. le curé fit tontes les instances possibles pour le communier dès le mardi au soir, tant pour satisfaire à sa piété que pour prévenir les accidents d'une si dangereuse maladie. Biais ils répondirent qu'il alloit entrer dans son frisson, et que cette agitation lui seroit préjudiciable. Le sieur d'Aqnin entre les antres représenta qu'à denx et trois heures après minuit en lortant de son accès il seroit trop foible, et qn*ainsi n'y ayant rien d'ex-

i. Extrait d'une lettre de M. Mazure, curé de Saint-Paul, à M. du Plessis- Aoénegand, secrétaire d'État, le 16 octobre.

2. Les mémoires du temps ont tout dit sur les causes de ce mal s! brusque qui enleTa M. de ChaTignv. Ce fut pendant une altercation des plus TÎolentes qu'il eut avec le prince de Condé, et chez ce prince même, qu'il se sentit 9aM. Il rentra chez lui, à l'hôtel de Saint-Paul, en disant : « Je suis un homme mort. » La fièvre dite double-tierce le prit avec des accès de transport au cerveau qui lui laissaient des intervalles de répit ou plutôt d'abattement. M. de Chavigny suivait, dans l'habitude, le plus détestable régime pour un ambitieux et un homme d'action : il observait la diète de Comaro. 11 n'était âgé que de 44 ans quand il monrut; il aTait été fait secrétaire d'État i 33 ans.

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traordinatre danB sa maladie, le mercredi sur le sotr on détermineroit le

temps et l*henre de cette commonion.

« Le même soir, M. de Saint-Paol et les médecins s'assemblèrent. Ceoxci cliantoient dé|ji la yictoire, parce qne lenr malade se portoit mieoz. Néanmoins on né laisëa pas de )penser à Ini donner la communion afin de bénir les remèdes ordinaires. Et ce pasteur les en pressa en leur disant i^ij -,-,-, i.Lqti^U y eût tjDelqne péril, il fallolt le communier dès lars; etiju^ lii n'y ati aToit point, il ne lalsseroit pas de lui administrer le Sain t'Saere ment li JendeniAln au matin pour une plus grande précaa- Ûon. Mail iEs répondirent t&us tant qu'ils étoient quil n'y aToitrien à crdindre et qu'il ùtoiten assuranee. Cette confiance les trompa. Car sur les oniQ bciir» ti d^mie du même lolr. On Tint en grande diligence appeler M. le cijrû d« Samt-Paul pour lui donner l*Extréme-Onolion que ce malade reçut ^ns aucune eoDnoiBsance, et depuis cette heure-là jusqu'au rendredi qu'il isourut sur lea quatre heures du matin, il ne revint nullement à lui, quoiqu'il dit encore quelques parole^, mais sans raison. Voilà ce qni nrriv;^ l'^-^-Fi-^^r^'r* n.jinrfthf^ 4|f !;i Providence à la mort de M. de Chavigny; et quoiqu'il eût demandé la communion, que M. Singlin son confesseur Teût demandée de sa part à M. le curé de la paroisse, que M. de Saint-Paol eût fait des Instanceé très-fréquentes poo^ surmonter Toplniàtreté des médecins, la confiance qu'ils eurent en lenr art loi fit perdre à la mort cette grande consolation des fidèles.

« Mais les Jésuites, qui n'ont jamais perdu d'occasion de noircir les disciples de saint Augustin, renoovelërerit sur ce sujet leurs anciennes calomnies^ Il leur suffisoit de savoir qàe M. de Chavigny eût confié sa conscience à M. Singlin pour dire que ce sage et vertueux ecclésiastique l'aVoit laissé mourir isans absolution et sans viatique pour ne pas s'éloigner des maximes qu'ils lui attribuoient faussement sur le sujet de la Pénitence. Et ils publièrent cette fausseté d{ins tons les lieux où Os trouvèrent des personnes assex èrédules pour ouvrir l'oreille anx phis horribles impostures sans prendre aucun soin de les examiner.

« Mais la suite de cette mort leur fournit encore une occasion de déchirer la réputation de M; Singlin, sans épargner même celle de M. du Gué de Bagnoisqui avoit quitté une charge de maître des Requêtes pour s'appliquer uniquement aux oeuvres de charité et de pénitence et à l'édneation chrétienne de ses enfants, quelque 'rares qualités qu^il possédât pour pontoiir remplit* dignement les plué grandes charges de la robe. '

« Sa proMté étant conHub de tout lé monde, M. dé (ihavigny dams le cours de sa maladie le^oMit; vraisemblablement par l'avis de M. Singltn, pour le renér» dépositaire' de quefiques promesses et obligations qui se montoient à la somme de» neuf Cent soixante et treîtb mille sept cent trentequatre livrés. Par de trèiijustes et de très-bonnes ntisons de cOnsdenee, ce seigneur qui possédoit de grands biens et avoit eu de grandes affaires, pedsOit- sérieusement à l'autre vie quand il confia èe dép^Và M. Sinelfo^et à lui ; et U voulut l'autoriser par ce billet : « Ceci est ma très-expreâ8''tD- « lonté que j'ai dictée ce mercredi neuvième octobre mil six cent cin- « quante-deux à M. de Bagnôls auquel j'avois, dès lundi dernier, donné tous «lesdits papiers pour l'eflet ci-dessus. • Cet effet est .demeuré caché par la fidélité inviolable du même M. de Bagnols> à qui Ton pouvoit confier sans crainte non-seulement des papiers de cette importance, mais même les plus grands intérêts de tout un royaume. Cependant sa confiance ne servit qu'à loi donner beaucoup d'exercice.

• Comme cette afCure ^jA atoit été commise aux «oins de M. Singlin et aux siens étoit d'une extrémpe-eoméqnencey on jugea i propos d'en faire part à de^ personnes sages et liées d*amitié particulière avec M^et madame de Chavigny, non^sevlement poor prévenir le reproche que cette dame eût pu faire qu*on avoit dessein de lui' celer une chose dans laquelle elle avoit un si notable intérêt et lui ôter Toceasion de dire que Ton n'aronoit le dépôt de ces papiers que parce qu'elle l'avoit deviné ou en étoit avertie d'ailleurs, mais aussi pour la tirer de l'inquiétude où elle auroit pu se trouver, si elle les eût cherchés avant que d'avoir reçu cet avis, et pour prévenir les soupçons qu'elle auroit pu avoir qu'ils ne lai eussent été soustraits par quelques-uns de ses domestiques.

« Ils crurent que madame du Plessis-Guénegaud avoit tontes les qualités nécessaires pour lui pouvoir communiquer ce secret. On lui en parla de» l'onzième jour d'octobre, qui étoit celui de la mort de M. de Chavigny; et elle indiqua M. Ooulas, secrétaire des commandements de S. ▲. R., comme celui qui avoit plus d'avantages pour en parler utilement à la veuve. M. Ooulas, ayant vu le lendemain 13 tous les papiers déposés l'un après l'autre, s'excusa quelque temps de la prière qu'on lui faisoit d'en porter parole à la veuve, ne voulant pas du moins s'y engager à moins qu'on ne loi donnât la liberté de promettre qu'on la traiteroit à l'amiable et qu'on lui feroit bonne composition. Il lui fut répondu qu'on n'^voit pas la liberté de disposer du bien des pauvres et de violer la loi du dépôt qui ne recevoit ni extension ni restriction. Enfin, après plusieurs propositions faites de part et d'autre, on convint qu'on lui pou voit dire que l'on feroit généralement tout ce que la conscience pourroit permettre pour la satisfaction de«ette dame. Il se chargea à ces conditions de la voir, et il y ajouta .encore que ce seroit à la charge que ai l'aflfaire se portoit en justice, on ne désireroit de lui aucun témoignage. A quoi il lui fut répondu qu'on ne liui demanderoit jamais rien contre son gré, mais qu'on le croyoit assez raisonnable pour ne pas refuser de déclarer, pour la décharge des dépositaires, en cas qu'ils en eussent besoin, qu'on lui avoit fait voir et lire ces papiers avec prière d'avertir la veuve qnlls étoient en sûreté, ce qu'il promit. Et ayant vu cette dame dans le temps même qu'on enterroit son mari, il rapporta qu'il l'avoit trouvée fort émue, très-déraisonnable et peu déUcate sur le point de la conscience ; qu'il estimoii cette affaire ^e de grande coiiséquence pour la mémoire du défunt ^ mais, comme iTnela jugeoit pas moins importante à la réputation des dépositaires et particulièrement à l'estime de la conduite de Port-Royal, il prioit qu'on avisât à tous les tempéraments qu'on pourroit prendra pour l'assoupir sans éclat avec. la tatlsfaction commune de toutes les personnes intéraSsées, offrant de aen côté d'y servir de tout son pouvoir.

« Le 3 du même mois, M. SiUglin en ayant conféré avec M^ Du Hamel, ce curé de Saint-?ierry lui dit qu'il craignoit que l'événement de .cetto affaire ne fût pas fàVorable en justice, mais qu'il pensoit qu'on étoit obligé de la soutenir, en cas que les gens de justice la jugeassent au moins problématique.

c Ayant aussi consulté M. de Morangi s, conseiller d'État, son jugemAiit fut qu'on la perdroit en justice, et (il) cota l'exemple de messire René Potier, évéque de Beauvais, lequel ayant donné par un testament en trèsbonne forme tout son bien aux prêtres de l'Oratoire, parce, dtsoil U, qu'il avoit fkit un mauvais usage du bien de l'Église, ce testament fut cassé par &rr4t.' Et sur l'ouverture qu'on loi ût de remettre les papiers dont il étûit

qnMtion entra let maint des administratears de l*B6tel-Dieo, il dit qn^l jogeoit que cet expédient étoit trèt-fayorable aoz pauTrea, aana assnrer néanmoins qa'il réosslt.

« M. de Bagnols ayant commoniqué cette afbire par TaTiade M. Singlin à M. Maznre, cnre de madame de ChaTigny, ce pastenr la jugea grande, le lentit obligé de la confiance qo*on prenoit en lui, et refusa la liberté qu'on ai donnoit d'en parler à U veuve, aussi bien que de donner son avis sur la conduite que les dépositaires dévoient tenir, demandant du temps pour cela*, mais il promit au surplus qu'en cas que la veuve voulût en prendre son avis, il lui remontreroit ses devoirs.

« Le 14 d'octobre, M. de Lamoignon, qui étoit alors maître des Requêtes et qui devint depuis Premier Président, étant consulté par ces dépositaires, dit que l'afifaire se pouvoit défendre, qu'on étoit obligé de la soutenir et qu'on ne pouvoit composer.

« M. Issaly ayant consulté sur cela M. Oxanet rapporta que, selon ce célèbre consultant, il étoit difficile d'en attendre en just ce un événement fiivorable, à moins que d'en faire déclaration à l'Hôtei-Dieu, laquelle il approuvoit. Et le même M. Issaly ayant fait voir aux dépositaires les Remarques de Brodeao sur l'arrêt du curé de Saint-Jacques, ils jugèrent qu'ils faisoient quelque' préjugé désavantageux en la cause !

« M. de Sainte-Beuve consulté dit que l'on étoit obligé en conscience de soutenir le procès, et qu'il n'y avoit rien de si périlleux que d'entrer en composition, parce que l'on donnoit à connoltre par là qu'on étoit maître do dépét, ce qui ne le rendoit pas favorable.

«( Cependant M. Ooulas vint rapporter aux dépositaires que madame de Chavigny avoit plus d'éloignement d'acquiescer à la volonté de son mari qu'elle n'en avoit fait paroitre jusques alors ; qu'il lui avoit £&it proposer une conférence de M. le curé de Saint-Paul avec les dépositaires, mais que pour lui, comme il étoit occupé de ses aflaires particulières, il se retiroit de cette négociation, se croyant d'ailleurs y être inutile.

m Madame du Plessis-Ouénegaud rapporta encore en termes plus forts l'éloignement où étoit la venve. Elle dit que cette dame se désespérolt, et elle étoit persuadée qu'elle en étoit pénétrée d'une si grande douleur que cette affaire, dans l'état de grossesse où elle étoit, pourroit lui faire courir risque de la vie^EUe ajouta que madame la duchesse d'Aiguillon, qui approuvoit la disposition de M. de chavigny, avoit invité cette veuve à la suivre, et que depuis, s'étant laissé toucher par ses clameurs, elle avoit proposé la conférence de M. le curé de Saint-Paul, ou du moins y avoit consenti.

« Mais ce curé même témoigna aux dépositaires que cette dame n'étoit pas si emportée qu'on le leur avoit rapporté. Il leur fit entendre qu'elle se pourroit porter à composition; mais qu'avant de se déterminer, il étoit bien aise de prendre avis en Sorbonne. U leur représenta que, conuna il étoit de l'intérêt de Port-Royal que l'ailkire demeurât secrète, elle ne le pouvoit être que par la voie de la composition, et demanda conférence pour le lendemain.

« Le IS octobre, étant venu à Port -Royal, il fit d'abord quelques efforts inutiles pour persuader que les enfants du défunt n'avoient presque pas de bien, et proposa quantité de difficultés sur le fond de cette affaire. On 7 répondit. Et comme il voulut faire entendre qu'il étoit de la dernière Importance que la conduite de Port-Royal qnll affectionnolt, ne perdit pas en cette occasion les avantages qu'elle avoit acquis dans l'estime des gens de bien, ce qui tendoit à leur faire concevoir que le procédé des déposi-

taires poorroit paroftre trop sévère et en quelqae manière intéressé, on se défendit aisément sur ce dernier point. Il proposa ensuite de charger la conscience de la venve de l'exécution de la Tolonté de son mari, après lui avoir déclaré qu'elle ne pouvoit selon Dieu retrancher aucune chose de* ce qu'il avoit donné aux pauvres, mais que puisqu'elle témoignoit qu'elle ne pouvoit souffrir le retranchement d'un si grand bien sans réduire ses enfants à une extrême nécessité, on se contenteroit que pour le présent elle commençât cette exécution, remettant entre les mains des dépositaires une somme notable d'argent comptant et promettant d'apporter à la décharge de leur conscience une consultation de Sorbonne contraire à celle que l'on lui fit voir signée de MM. Charton, Du Val et de Sainte-Beuve, laquelle autoriseroit Texpédient qu'il proposoit, les conjurant de terminer l'affaire par cette voie. Enfin, les ayant ébranlés sur cette dernière proposition, il pressa de fixer la somme qu'ils prétendoient. L'un de ceux qui se trouvoient à cette conférence demanda cent mille écus. Il offrit d'abord cent mille francs ; puis il vint à cinquante mille écus. M. de Bagnols le pressa de pousser madame de Ghavigny jusqu'à deux cent mille livres. M. Singlin, étant interpellé de parler, dit qu'il ne prétendoit pas disputer le pins ou le moins; qu'il s'étoit ouvert de cette affaire à M. le curé de Saint-Paul qui avoit été pasteur du défunt et l'étoit encore de la veuve, et qu'il se déchargeoit de sa conscience sur la sienne. Ce procédé plut extrêmement à M. le curé de Saint-Paul et l'édifia tout à fait ; mais, avant que de s'engager plus avant, il fut convenu que lui, de sa part, il verroit cette dame pourlaporteràse rendre facile à l'exécution de la volonté de son mari et que les dépositaires iroient à Port-Royal des Champs consulter quelques-uns de leurs amis sur l'importance de cette affaire.

t M. Mazure s'en retournant chez lui ce jour-là dit à M. de Bagnols qu'il ne parleroit point à madame de Chavigny avec toute la vigueur qui avoit été arrêtée, mais qu'il lui diroit seulement, après avoir composé avec elle de l'argent qu'elle donneroit, que pour le surplus elle pourroit prendre avis de qui elle voudroit, la priant de le dispenser de lui en dire son sentiment.

a Cependant cette affaire qui jusques alors étoit connue de peu de personnes se répandit au-dehors; et le 16, M. de Bagnols apprit de M. de Saint-Paul qui l'avoit mandé chez lui que M le Président de Maisons avoit persuadé madame de Chavigny qu'on n'oseroit soutenir l'affaire en justice*, qu'il disoit qu'il n'en falloit pas davantage pour achever de ruiner la secte du Jansénisme ; que M- le Président de Nesmond seroit ravi de se faire honneur de cette affaire dans la congrégation ; qu'en un mot il répondoit de l'événement, et que, quand la chose seroit douteuss, il avoit un expédient infaillible pour l'assurer, qui éioit d'obliger tous les débiteurs de passer des titres nouveaux en faveur de cette dame et des héritiers, ce qu'il obtiendroit d'eux très-facilement et offroit pour son particulier de le faire pour sa dette; que si néanmoins la veuve vouloit en user comme on a de coutume lorsque des papiers sont égarés, elle pourroit donner quelque paraguante ' et que ce seroit assez son avis; qu'au surplus, si on prenoit l'affaire sur le point de la conpcience, il n'avoit rien à dire et quec'étoit à M. le curé à en parler.

« M. le curé de Saint-Paul dit sur cet article qu'il avoit fortement pressé madame de Chavigny, et l'avoit réduite à donner jusqu'à cent mille

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