‹ Port-RoyalChapitre 88 sur 94 · Quelque présent, des épingles comme on dit · texte numérisé non relu

Quelque présent, des épingles comme on dit

lifres, mais à la charge qa*elle auroit connolssanoe de la dittribatioQ( i que comme il lui avoit représenté qa'il y avoit des raisons secrètes i . importantes qui empéchoient que cela ne se fit en cette manière^ elle lii avoit donné ia liberté de faire cette offre sans condition.

t M. de BagQols répondit que la qualité qu'il avoit eh cette affaire ne loi donnoit point d'autre liberté que d'écouter et de rapporter oe qaH entendoit; qu'il diroit exactement à M. Singlin ce qu'il venoit d'apprendre, mais qu'en attendant qu'il lui en fit part, il pouvoit dire à M. de Saint- Paul, afin d'aider le sèle qu'il faisoit paroitre pour le bien des pauvres, qu'il avoit consulté cette affaire sous des noms empruntés, à des personnes aussi habiles que le pouvoit être M. le Président de Maisons, et qu'il les avoit trouvés d'avis fort contraire au sien ; qu'il y avoit des particularités dans l'affaire, que ce Président ignoroit ; et que quand en jostice on verroit sur le dos des papiers déposés des notes de la main du défont, par lesquelles il paroltroit qu'il avoit pris des intérêts de ses débiteurs pour des sommes notables, il auroit grande peine avec son crédit d'éviter qu'on n'en ordonnât la restitution; que quant k l'expédient qu'il proposoit de faire passer titre nouvel par les débiteurs, c'étoit une chose qui n'étoitpai en sa puissance et qu'il n'oseroit soutenir devant des personnes de si profession ; qu'en un mot, après avoir fait tout ce qui étoit en lui pour l'exécution précise de la volonté de feu M. de Cbavigny, il conseilleroit i M. Singlin pour le bien des pauvres, et pour prévenir les avantages que la veuve pourroit trouver en l'autorité de M. de Maisons et d'antres semblables personnes qui l'appuyeroient, de mettre les papiers en des mains si puissantes et si favorables qu'il seroit difficile à cette dame de les retirer avec tout son crédit. M. de Saint-Paul fit attention à tout ce discours et promit de disposer nvidame de Ghavigny k se faire justice eo cette rencontre.

« Le 18, les dépositaires ayant arrêté de traiter cette affaire par arbitrage, le 19 ils le proposèrent à M. de Saint-Paul en tels ou semblablei termes : « M. Singlin a beaucoup de peine que madame de Cbavigny ait t pensé qu'on veuille se prévaloir du dépôt pour exiger d'elle par vio- « lence quelque somme. Si ia tradition des pièces déposées que l'on a ne « donne point de droit pour l'exécution de la volonté du défunt, il n'en veot « rien. Si au contraire lesdits avantages sont jugés solides, ledit sieur « Singlin ne voudroit pas les faire perdre k ceux que ledit défunt a consi- «dérés; que pour cela il falloit des juges ; que d'en prendre de rigueur, « les dépositaires des papiers y trouveroient plus d'avantages, d'autant « que leur décharge seroit plus pleine ; mais que, par la considération de « la mémoire dudit défunt, il seroit bien aise de terpiiner cette affaire le « plus secrètement qu'il pourroit; et pour cela, qu'il estimoit qu'il n'y avoit « point de voie plus commode que celle d'un arbitrage, lequel il pensoit t qu'on pouvoit composer d'une ou deux personnes de justice de part et « d'autre, d'autant d^ docteurs de Sorbonne,et de sa personne qu'on pnn- « droit pour surarbitre. »

« M. de Saint-Paul agréa cette proposition et fit espérer de la fidre approuver à la veuve.

« Le 20, ce curé rapporta que madame de Ghavigny consentoit k l'aihi* trage, mais qu'elle ne vouloit aucun compromis ni donner aucune décharge aux dépositaires. M. de Bagnols promit d'en instruire M. Singlin ; mais, afin de le pouvoir faire plu» clairement, il demanda l'explication du mot de décharge et dit que, fi la veuve pensoit qu'on la demandoil de sa part, il

seroit aisé de la cotttenter; mais qae, si elle ne yontoit pas consentir qne les arbitres donnassent nne sentence ou avis pour ladéchstrgedes dépositaires, il étoit impossible de rien relâcher; qae, ^àant au compromis, on àTiseroitsi on pôuvoits'en passer. M. de Saint-Paul dit qu'il étoit bon de prendi^ du temps pour délibérer de toutes choses et qu'il sQlfisoit qu'on se revit dans deux jours pour rapporter de part et d'autre les résolutions qu'on auroit prises.

« Le 32, on consulta M. Le Nain, maître des Requêtes. Son premier sentiment fut de plaider la cause, croyant qu'elle se soutiendroit fort bien en justice. Mais ayant depuis écouté les raisons qui avoient obligé à prendre la Toie dé l'arbitrage, il fut résolu aveô lui, et par l'avis de tous ceux qui avoient connoissance de cette affaire, que M. de Bagnols, conférant avec M. le curé de Saint-Paul, pourroit se relâcher du compromis, et insisterait par tous bons moyens à demander la décharge des dépositaires signée des arbitres; et que sil jugeoit, avant que de le quitter, qu'il fût impossible de l'obtenir, il se réduiroit à l'expédient qu'on avoit mandé de Port- Royal des Champs, qui étoit une déclaration par écrit que Ton prendroit de M. de Saint-Paul, par laquelle, afin de prévenir et de dissiper les faux bruits qui pourroient courir sur cette affaire, comme il en avoit couru sur le sujet de la confession et de l'absolution de M. de Chavigny, il certifieroit le public qu'il ne s'y est rien passé que dans les voies d'honneur et de piété ; et qu'ayant été choisi pour principal ou plutôt unique entremetteur, il peut s'assurer que toutes les personnes s*y sont conduites selon le vrai esprit du Christianisme, qui est un esprit de charité, de vérité et de paix, dont il a été lui-même très-édiflé ; et que même M. Singlin s'est déchargé entre ses mains de ce dont il avoit été chargé, ayant cru qu*il n*y en avoit point déplus favorables dans une affaire de conscience que celles d'un pasteur -, qu'il a cru être obligé |)our l'honneur de toutes les personnes qui l'ont bien voulu avoir pour médiateur et pour le sien propre, de rendre ce témoignante à la vérité.

« Dès le soir du même jour, M. de Bagnols fit entendre ce que dessus k M. de Saint-Paul, à la réserve du dernier expédient, parce qu'il n'en fut pas besoin; et ce curé crut que la décharge étoit nécessaire non-seulement pour les dépositaires, mais même à l'égard de la veuve. Il demanda néanmoins du temps pour l'y engager formellement. Il fut parlé dans cet entretien des suspicions que ces dépositaires avoient contre M. le Président de Maisons après la déclaration qu'il avoit fiedte, et M. de Saint-Paul les approuva et promit d'en parler à madame de Chavigny. M. de Bagnols lui dit encore qu'un de leurs arbitres avec lequel ils avoient conféré de cette affaire la trouvoit trop grande pour être discutée au nombre de cinq qui avoit été arrêté à la conférence précédente, et que Ton seroit bien aise d'en ajouter encore un de chaque côté II rejeta cette proposition et témoigna au surplus être fort édifié de la conduite que l'on tenoit, qu'il dit être trèssage, très-prudente et très-désintéressée.

« Le 24 d'octobre, M. de Bagnols étant allé voir M. de Saint-Paul qui étoit malade, apprit de lui que madame de Chavigny agréoit l'avis ou le jugement des arbitres que les dépositaires demandoient pour leur décharge mais qu'eUe insistoit à garder M. le Président de Maisons. Sur quoi M. de Bagnols lui ayant répliqué qu'il étoit difficile que l'on pût se résoudre à le souflHr, attendu qu'il s'étoit trop ouvert dans cette affaire, parlant désavantageusement de la conduite des dépositaires et que, son nom étant dans les papiers comme débiteur d'une grande somme, il pouvoit être

considéré comme ptrUe; que, si même on ne le pooTolt pu exclure, on te résoudroit en tout cas de lui opposer nne personne de même dignité, comme MM. de Novion et de Mesme, M. de Saint-Paul convint que madame de Chavigny se faisoit tort d'insister à la nomin&tion d'un tel arbitre et promit de la voir encore pour la. presser de s'en départir ou pour accepter en tout cas Taugmentation d'arbitres que l'on proposoit.

« Le 25, M- de Saint-Paul manda à M. de Bagnols par un billet que cette dame ne vouloit point se départir de M. de Maisons; que l'on y joignoit M. Tnbeuf et que l'on nommoit pour docteur de Sorbonne M. Rousse, le curé de Saint-Roch ; que ces arbitres se rendroientehez lui le lundi suivant et que l'on attendoit incessamment sa réponse. La nomination de M. Tobeuf fit juger aux dépositaires que madame de Chavigny ne cherchoit pas la décharge de sa conscience dans le jugement arbitral, mais qu'elle ne pensoit qu'à ses intérêts. On remarqua aussi que M. Tnbeuf n'ayant aucun caractère de juge, il y auroit contestation entre lui et M. de Lamoignon qui avoit été nommé de la part des dépositaires.

« Le 26, les dépositaires reçurent avis de Port-Royal des Champs qui portoit qu'ils dévoient sortir des mains des arbitres séculiers le plus doucement qu'ils pourroient et s'en tenir à la décision des trois docteurs de Sorbonne. Tontes choses considérées, on inclina à rendre les papiers à la veuve sans condition, en lui déclarant que l'on en chargeoit sa conscience: qu'elle n'y avoit rien et que son mari les avoit retranchés de son bien sans aucun scrupule ni dessein de faire des aumônes, mais par une pure nécessité. Il fut aussi proposé de suivre l'avis de Port-Royal des Champs qui tendoit à terminer cette affaire par l'avis des trois docteurs de Sorbonne; mais, avant que de se déterminer à l'un de ces deux partis, il fut avisé d'envoyer à cette dame une personne qui lui fût agréable et aftidée aux dépositaires pour lui déclarer que l'humeur et les conditions des arbitres laïques qu'elle avoit nommés leur déplaisoit fort; qu'ils ne pouvoient rendre juges d'une affaire de cette importance des personnes aussi humaines et aussi séculières que l'étoient ceux-là, et qu'ils ne pouvoient trouver en leurs avis la décharge qu'ils cherchoient devant Dieu et devant les hommes. Et pour témoigner la répugnance qu'on avuit de les prendre po ir arbitres, il fut arrêté que l'on consentiroit plutôt à lui remettre les papiers qu'à subir leurs jugements.

• Le 27, M. Singlin alla prier madame du Plessis-Guénegaud de se charger de cette commission, et il apprit chez elle que M. Mole, Président et Gardedcs-Sceaux savoit TafTaire. Madame du Plessis ayant été dîner pour cet effet chez madame de Chavigny rapporta que cette veuve se rendoit à prendre l'un des deux avis qui avoient été concertés le jour précédent, acceptant ou de prendre les papiers et faisant espérer beaucoup plus de satisfaction qu'on n'en recevroit par une autre voie, ou à («tV:)subir le jugement des docteursde Sorbonne. Avant que de se déterminer on voulut apprendre les sentiments de M. de Saint-Paul qui s'étoit beaucoup entremis dans cette affaire. Il conseilla aux dépositaires de remettre les papiers au docteur de Sorbonne qu'ils avoient nommé de leur part, d'en charger la conscience de la veuve, de lui faire entendre tout ce que l'on savoit de secret dans cette aflaire pour lui faire craindre les jugements de Dieu si elle retenoit ce que son mari avoit retranché de ses biens par de très-bonnes et très-justes causes, et au surplus que l'on attendoit le jugement des docteurs pour décider, terminer et déclarer tout ce qu'en leur conscience ils croiroient devoir faire raifonnablement. Cet expédient fut accepté à la réserve de la remise des papiers

que les dépositaires Tonloient mettre entre les mains de M. de Saint-Paul pour faire connoitre un plos grand désintéressement de leor procédé.

« On exécuta la chose dans le même instant, et ce curé reçut les papiers. La TeuTe mandée chex lui se fit doTancer par madame du Plessis qui vint prier M. SingUn de lui parler le plus doucement qu'il pourroit, parce qu*elle disoit être plus morte que vive; mais M. de Saint-Paul le pria au contraire de lui parler vigoureusement. Étant entrée ayec son fils, son père et sa mère, elle parut interdite au premier abord, témoigna que les discours que lui tenoit M. Singlin lui causoient beaucoup d*inquiétude et témoigna en substance que si M. de Chavigny s'étoit expliqué de sa yolonté, elle auroit Tendu jusqu'à sa chemise pour l'exécuter, mais que lui étant notifiée par M. Singlin saisi des papiers, sa foi lui étoit suspecte ; qu'au reste ses enfants n'auroient pas du pain si les effets contenus dans ces papiers étoient retranchés. Les papiers lui furent ensuite montrés et on lui fit Toir un 'billet de l'Épargne de huit cent cinquante mille livres qui lui étoit inconnu. Ils furent ensuite cachetés du cachet de M. de Saint-Paql et enfermés par lui dans son cabinet, et l'assemblée des docteurs remise au lendemain.

M Le 28, on tira à M. de Sainte-BeuTO quatre grandes palettes de sang pour une grande colique ; ce qui fît Toir que les soupçons qu'eut madame de Chayigny que cette maladie ne fût une défiaite, étoient mal fondés.

« Le 29, MM. les docteurs s'étant assemblés chez M. de Saint-Paul, il leur proposa succinctement ce qu'il sayoit de cette afildre et pria M. de Sainte-BeuTe de s'en expliquer plus au long. On a su, par le rapport que ce professeur de Sorbonne en a fait, qull s'en acquitta très-sagement et très-avantageusement pour la cause qu'il soutenoit. M. de Saint-Rocb, nommé par la yeuTO, dit qu'on avoit fait ce qu'on avoit pu pour l'empêcher de Toir son mari et de lui parler pendant sa maladie; qu'on ne saToit comment les papiers étoient Tenus entre les mains des dépositaires; qu'on aToit peine de comprendre conmient ils les avoient Touln retirer de la maison du défunt sans en donner connoissance à la Teuve , et plusieurs autres choses sur ce ton. A quoi M. le curé de Saint-Paul répondit trèsaTantageusementpourlajusûfication de ces deux messieurs, et selon la connoissance qu'il aToit de leur procédé. Il fut arrêté que l'on manderoit le lendemain madame de Chavigny et M. Singlin pour être ouïs.

« Le même jour, M. de Bagnols alla remercier madame la duchesse d'Aiguillon de la bonne opinion qu'elle aToit conçue de la*conduite des dépositaires et des instantes sollicitations qu'elle aToit faites en faveur des pauTres auprès de la veuye. Il prit soin de lui justifier plus amplement le procédé qu'on avoit tenu, et pour l'engager à seconder leurs bonnes intentions, il lui fit part de tous les secrets de Tafiaire qui lui étoient connus; ce qu'il fit d'autant plus librement que sachant combien elle avoit aimé feu M. de Chavigny, il étoit persuadé qu'elle cbérissoit sa mémoire et que par conséquent elle étoit incapable de révéler les choses qu'il lui confioit. Elle lui promit d'en user avec toute la discrétion possible et de se servir de la connoissance qu'il lui donnoit pour porter la veuve, ainsi qu'elle avoit commencé, à suivre ponctuellement la volonté de son mari.

« Le 30, M. de Saint-Roch s'excusa de l'assignation par une lettre qu'il écrivit à M. de Sainte-Beuve à cause des afi'aires qu'il avoit avec un neveu de M. l'évèque d'Orléans venu de Brie, et le pria de remettre l'aflaire au Jour des Moris après midi. Cette excuse parut légère et on crut que madame de Chavigny le faisoit agir pour arriver à ses fins.

« Le 2 novembre, MM. les docteurs de Sorbonne, assemblés chex M. le

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curé dp Saint^anl, U. Singlin toi ouï et letir dit'oé quH crnt leur pouTOir apprep^f^ des oonférencee-qne lf»idetGhiiTif^avoit«iieâ avec des personneg capables de le conseiller à roceasâW'detf tefrancbements qaH pensoit devoir faire de soa biep. Il.ies assura qo%prè8 Fezaàien qui fet fait du Mémoire qu'il leur donna écrituiQ sa maia contenant la nature dodit bien et les voies qu'il avolt tenues pouc l^quérir, le dëfunt jugea qaiJ devoit séparer de sçs biensjonte.à dousft^cent miMe livres; que ce-retrao chement n'avoit été fait par aucun scrupule ni par ^aueun mouvement d< piété extraordinaire, mais par une pure nécessité.- M^ d& Saint-Rbch de^ manda à M- Sin^^in s'il sespQvenoit de ce.qpe oéotenoit ce Mémoire; il'lni dit que non.jnais qu'il ylavoit una pûrsonneà^i M. de Cbnyipgf\D. avoit parlé ainplen^ent,iqui pourrait peut-etres'eit'SODvenîr-. '

« Madame de Ghavigny étant aussi entendue dit qu'elle connoîsseH la nature dii bien 40 son mari; qu'il n'avoit rien qui nefûttt-ès-*Ié^timeibent»quis;,que ses enfants n'auroient pas de pain ai eo^rétrancbefflent subsistoft; que lorsque le défunt les avolt tirés (ces papiers) de son cabinet pour tes mettre sous son chevet, ç'avoitété possible pour les lui donner; et qu^ainà les dépositaires ne deyoieat pas tirer ^rand avantage de ce qu'ils s'en tronvoient saisis. A quoi M. ÇlngÛnj^epartit qu'U fbllott de deux choses ruoc, ou que cette dame voulût ^nssiracci^er jd'avotr«oustnât ces papiers, ou que le défunt l'eût pris lui qui parloit pour cette dame. Elle fut surprise et ne répondit rien précisément à cela : mais elle youldt encore iUre efFbrt pour persuader aux docteurs que depuis le lundi au seir 7 octobre, Jour de la tradition des papiers, monsieur son mari n'avoit es qn^m fort médiocre usage de sa raison. M. le curé de Saint-Paul lui dotma quelque avantage sur cette dernière déclaration j car il dit que M. ide €bfà^gnj^daxiè toute sa maladie avoit eu l'esprit abattu, et pouvoit.se dire n^étre pas lui-même. *

«Après que M. Singjlln .et madame.de. Cba!l4gny se furent retirés, dans l'examen que l'on fit des papiers, on trouva, sur les ddssier^ fie» promesses et obligations, qu'il y avoit des notes écrites de la main de M. de Chavigny qui marquoient qu'il avoit reçu des intérêts et des intérêts d'intérêts. De la part de M. le curé de Saint-Roch, il fnt'aussi dit que madante de Chavigny avoit soutenu que ces papiers ne subsi^toient plus >our les ifmds qalls contenoient, d'autant que le défunt avott reçu sur oes papiers 'quelques deux cent tant de mille livres; ce; qui faisoit voir, disoit ce docteur, qu'il n'avoit pas grande liberté au temps de ladite tradition. M. de Sainte- Beuve opina ce jour-là; et M' de Saint-Roch,aussibienqueM. deSatat- Paul, voulut remettre au lendemain à prendre avis sor cette affaire.

« Ce ne fut que le 4 de novembre que les docteurs de Sorhonne s'assemblèrent chez M. de Saint-Paul depuis huit heures du madn josqn^ midi, et arrêtèrent, ainsi, qu'il fut rapporté par M. de Sainte-Beove, que les papiers seroient rendus à la veuve et qu'il lui sérdt dit, «n tes lui donnant, qu'elle n'étoit point déchargée de satisfaire à la volonté de son mari, qui av^it été. d^ retrancher ;de son bien celui qu'il avoit mal acquis; que pour cet effet elle étoit obligée, d'examiner devant Dieu -et en sa conscience tous les moyens desquels il s'étoit servi pour ^b iÊJoqûhsitions; et que, selon les connoissances qu'elle leur en donneroitpar un Mémoire qu'ils attendoient d'elle, ils lui diroient avec sincérité ce qa'sUe éloit obligée de faire pour satisfkire à la volonté du défunt : et cependant qu'elle donneroit cent mille livres pour commencer le retranchement qu'elle devoit faire. Us arrêtèrent aussi un écrit portant lés avis sur Je «filfii' rend qu'on avoit remis à leur jugement.

« C6 jngemetit fot jporté i Port-Royal et çioiiAiimniqaÀ «Qz penon&ef qni avoient connoissancei de cette affaire. Les motifs ea forent expliqués par M. de Sainte-Beuve, et on trouva fort pçn à^redireuftia. termes dans lesquels il étoit congu. Il fut pourtant réformé ^p quelque PMtie et porté i l'instant à M. le curé de Saint-Paul , qui promit de le faire signer en la manière gu'il avoit été revu. ^ ......

« Ce cure apprit qu*ayant rendu les papiers. à madame de Chavigny^et lui ayant fait entendre l'arrêté secret , elle ayoit été tellement t9m«hée des paroles qu'il lui avoit dites sur ce sujet, qu'elle n'ayoit pu coutenlr.aes larmes, ce qui lui avoit donné quelque espérauce qu'elle se rei\4JC<ÛtAUX.aTis qu'il lui donnoit suivant le résultat. Il dit aussi qu'elle avoit voulu lui ïaire compter là somme de cent n^ille livres, mais qu'il s'étoit ejccusé de la QQce- Toir jusqu'à ce qu'on eût convenu avec M. Sixiglin k quoi eÙe aeroit employée, prenant néanmoins pour la sûreté de ceux à qui elle,8eroit donnée une promease de cette dajne, à lui payai>ie, ppc^r .4tr9.emidoyée en^yuyres plas suivant l'intention du défunt* .^ .^ .

c n pressa ensuite M. de Ëà^oLs, avei^ lequel U avolt cette oonféreuce, de s'ouvrir déâ do^Mins que M. Singlm pouvojjt ayoir»,poar distribuer cette aommQt tt^i iaeiuuaat, auiant qu'il lui c toit possible, qu'il ne lui seroit pas désavantageux de le fairt» aana donner une çnt^re coQçoisiiaqce 4e ce à quoi il U<iestinoit. El il ne témoigna pus jl'aversiou .4e se cjbiaiger aiyec M. de Saintr-Hodi de faire o^tto distribution par leurs n^aÎQS, aelon les ^nnnissuncea qu'ils ponrroient avoir dh% plus pressauiea néQeasitéS',4es pauvres. .......

« M. de B£^ols se tenant fort réservé sur cet article lui jiUttqu'U n'.avoit de charge de^. Slinglin sinon de lui demander cet avis par éciitipouDJui servir de déch^r^e à l'égard dç^ perçonneA qui voudroient accusaria' conduite qu'il aiiroit tenue^ 09 cpt.te affaire; et qu'au aurpluade ceiqoi tegardoit cette somnie de cent jmijle Uvjcea, il n'avoit rien.ià, diis; (jpie^ ^;00 la leur donnoitj ils en.useroiejit 3el.0n.les intentions .qui l^ur avoient été^«xpliquées.par.M. de Çhavigny; que si^lul,. M. de Saint^Paiilt croyoitia peuvoir mieux .employer, ils ne les eropéçhero.ient point. .

« Cette retenpe^n'ayant, pf^.plu. autrement i Jâ* dOcSainIrPaol, U deimanda à parler à fiï/âingUn, afin Je conelaro avec lui co qp^Û seroit 4 prcpoa de faîrû pour la conclusion dc: .cette. ^ijfaire. ,j /. .,

« Le 6s ftJ* Sinelln et W. de Biignois éîftht allés voirez curé, ils. lui tinrent d^abord le méitie langage Bijlnn lequçi M. de Ba^înola lui avoU çâpondu deux Jours apparaviint^ M^ib a 'en étant pas satlarait^ il ût ce. qu'il put pour leur persuader qulU avaient grand intèfét de se dpcharger de Ifi distribution diï ces deniers, aEu d'éditer toutes les calomnies gii«,il'Q9 commençoit 4 publier <j<3titre eoi. Ce qui engagea M, aingUn jk .Iq^^dire qully avoit ce ri^nea nécesiUès dans cette affaire qui dévoient demejorer dana le dernier &eoret et qui Tem péchaient de déférer volontairement aux avis qu'il lui donnoit de np prendre aucune part dans la djatribution ^de cfîB df^ni^s^ Maia pour lui montrer qu'il ne prenoit point dân^ cette af? faire aucun ^ntérét qu«L cç^ui da lâ-justlca^ et de La dûcba^r^e de la cou; science dia diétun^, il e^ rerueitoit abEolument à Ini de juger âl lui} M., le curé de Saint-Paul^ après cti qu'il lui iiuroit pu dira, pau voit se dispenser de rcm^ tire entre les maina de M. de Gaguols, silai:! t'iutentioude M. de Cb^tvi^ny^ cette somme de cent mille livres; lui p ro testai) I de sa pftrt que B il cro^'ûit la pouvoir retenir pour en laire ha distrii^utioa, ni M* .de .Ba* gnols ni lui ne la lUi demanderoient jamais. M, de Sûnt-Paol ort embar-

rastéda cette réponie remit la oonolnsion de cette affaire aa retour de M. Singlin qui alloit fiidre un petit tour > la campagne.

Le 8 de noTembre, les docteurs de Sorboane, arbitres de ce différend, concertèrent et arrêtèrent en ces termes leor résolution da 4* da même mois:

« Un homme de condition, malade, ayant fait appeler poo^aa confession, « da consentement et permission de son cnré, an prêtre, séculier et hi: c ayant mis certaines promesses et obligations de 'grandes sommes i lu.

• dues pour être employées en œuTres pies suivant la disposition qu*il ev « a déclarée à ladite personne, la yeuve en ayant eu aTis aussitôt après h « mort de son mari de la part dudit dépositaire, ayoit Cait difficulté de m consentir à Texécution de ladite disposition : sur quoi nous soussignés, m docteurs de Sorbonne, choisis exprès par ladite yeuTe et par ledit dépoli sitaire d'en donner notre avis, ici lui dépositaire s'étant auparavant « démis Yolontairement desdits papiers entre nos mains pour en ordon- « ner selon Dieu, et après que nous avons oui tant ladite veuve que ledit « dépositaire, duquel nous avons trouvé l'intention et la conduite très- « sincère et très-chrétienne, sommes d'avis que les promesses et obUjpi. « tiens dont est question soient baillées à ladite veuve sous les conseils « et avis que nous jugeons lui devoir être donnés par nous de ce qui est « i faire par elle en conscience en exécution de la dernière volonté de son

• mari et que, moyennant les avis et les conseils ainsi baillés, ledit déposi- « taire sera bien valablement déchargé devant Dieu du dépôt et de dispo-

• sition à lui confiée par ledit défunt, comme aussi qu'en fisisant icenx

• par ladite dame, elle sera bien déchargée en conscience de l'exécution, «I délibération et dernière volonté de son mari. Et par effet ont été les pro- « messes et obligations présentement délivrées à ladite veuve sous nosdits « conseils et avis qui lui ont aussi été déclarés et donnés i entendre en « présence de ses père et mère et de son fils aîné, et autres personnes de « son conseil. Ce qu'elle a dit vouloir entièrement suivre et exécuter. Fait

• et exécuté comme dessus ce lundi quatrième novembre après midi mille « six cent cinquante-deux. Signé, Rousse, curé de Saint-Roch, Ifasure, curé fl de Saint-Paul, de Sainte-Beuve, professeur en théologie. »

« Ce résultat ayant été porté à Port-Royal par M. de Sainte-Beuve, on trouva que le mot d'oraeret piês n'étoit point favorable à la cause que Ton avoit soutenue et qu'au surplus cette résolution étoit très-avantageuse dans le fond , mais exprimée en termes obscurs et peu congrus.

• Cette affaire avoit passé par tant de mains qu'il étoit impossible d'empêcher qu'elle ne vint à la connoissance de tout le monde. Une personne de qualité ayant vu M. de Bagnols le 9 du même mois lui apprit que s'étant trouvé au Conseil d'en haut, il en avoit oui parler d'une manière désavantageuse à Port-Rojal; que l'un des chefs de cette compagnie en avoit pris occasion de dire qu'il falloit empêcher l'agrandissement de oette maison nouvelle et qu*il seroit peut-être nécessaire d'interposer l'autorité du roi pour arrêter le progrès de leurs desseins; que Ton avoit fait même plusieurs railleries au sujet de la conduite qu'on disoit qu'ils avoient tenœ i l'égard de M. de Cbavigny. M. de Bagnols se croyant obligé d'en donner avis à Port-Royal, il fut conclu qu'il verroit les quatre principales têtes do Conseil pour les informer de la vérité de cette affaire, après avoir vu ma dame de Cbavigny pour lui faire entendre que la nécessité de défendre la r^uution des personnes intéressées en cette aflkire l'engageoit d'en £aire eftteiidre la vérité aux ministres et qull n'en auroit jamais parlé, onUnte

de blesser la répatation da défont, si elle-même ne l^Tolt rendue pnbliqne par les coanoissanoes qu'elle en ayoit données i tons ses parents et amis.

« Il la vit le même jonr, et sur ce qu'elle ent peine i consentir qu'il ezpliquàt la chose aux ministres, il loi remontra que ce n'étoit point on aris qall lui demandoit, mais une résolution qu'il lui apprenoit. Elle fut obligée d'y donner les mains, et ensuite elle lui fit tant d'ouvertures des ueines que cette affaire lui avoit causées et qu'elle loi causoit encore qu'il se crut obligé de lui parler comme il fit avec toute sorte de liberté, lui faisant entendre qu'elle n'auroit jamais de repos ni sa famille de bénédiction qu'elle n'eût pleinement exécuté la Tolonté de son mari. Il crut même avoir sujet déjuger qu'elle en étoit comme persuadée, parce qu'elle lui témoigna nettement qu'elle ne prenoit point de confiance dans le jugement des docteurs et sembloit même vouloir demander quelque avis de tempérament pour chercher la paix qui étoit nécessaire pour le repos de sa conscience. Et pour marquer davantage la confiance qu'elle prenoit en lui, elle lui fit voir, à la prière qull lui en fit, un écrit qui avoit été donné i M. de Chavigny pour régler sa vie, par la lecture duquel il put très-facilement juger qoe ses dérèglements avoient été jusques à se voir obligé de restituer le bien d'autrui, ce qu'il fit fort considérer à cette dame. La conclusion de la conféreoce fut que, selon les conseils qull lui donnoit , elle feroit prier Dieu qull l'éclairàt de ses lumières et lui donnât la force nécessaire pour accomplir ses devoirs.

M M. le Chancelier donna ce jour-li une favorable audience à M. de Bagnols, écouta avec attention le récit qu'il lui fit de ce qui s'étoit passé et l'assura que tous les bruits qui avoient couru de cette affaire ne lui avoient donné aucune mauvaise impression contre les personnes qui s'en étoient,mélées.

« Le 10* du même mois, il fit entendre la vérité de cette aflkireà M. Mole, Garde-des-Sceaux et Premier Président, et comme ce grand magistrat lui témoigna qu'il trouvoit cette histoire étrange, il le pria de lui dire si c'étoit à l'égard de lui et de Messieurs de Port-Royal qull la trouvoit étrange. M. le Oarde-des-Sceaux lui dit qu'à l'égard de sa personne il n'y trouvoit qu'honneur et désintéressement et ne voulut pas s'expliquer davantage à regard de Messieurs de Port-Royal , quoique M. de Bagnols lui ayant fait entendre qu'on ne pouvoit distinguer sa conduite de celle de ces Messieurb l'obligeât en quelque manière de parler, sll eût eu quelque rai* son de faire cette distinction.

« M. de Bagnols remarqua dans cet entretien que lorsqull lui fit entendre que l'on avoit eu quelque pensée de lui remettre les papiers, i lui Gardedes-Sceaui, pour les faire valoir au profit des pauvres, il avoit témoigné par son geste et par qoelqoes demi -mots qoll ne les auroit pas refusés et qu'ayant appris que les docteurs avoient quelque pensée de faire la distribution des cent mille livres, il avoit trouvé ce procédé extraordinaire. Il lui it même paroitre que, si on lui donnoit part de cette somme pour l'Hûtel? Dieu, il ne la refuseroit pas.

« Le 13 et le' 14 de ce mois se passèrent en propositions et en oonférences du certificat que madame de Chavigny demandoitpour lui servir de décharge de cette somme. Il se fit aussi un éclaircissement de quelques paroles que M. de Bagnols avoit dites à M. le Chancelier touchant M. de Chavigny qui avoit témoigné lui vouloir dire après la communion quelque chose dlmportance. U sut aussi de M. de Yillesavin, père de cette veuve, que MM. de

Saint-Paul et de Saint-Rooh n'avoient fait que suivre IMntention de sa fille sur Tarticle des cent mille liTre.4 ; .que, ai elle eût voulu moins donner, ils Tauroient condamnée à moins et qu'ils ne faisoient aucun doute de se charger de la distribution -de cette somme.

« Le 15, M. de Bagnols ayant informé df toute Taffaire M. le maréchal de Villeroy, il approuva la conduite qu'on avuit tenue et lui dît qu'il en avoit entendu parler devant la Reine de telle manière que les dépositaires de la volonté de M. de Ghavigny.n'avoient reçu a^cun désavantage dans le rapport qu'on lui en avoit fait.

« Le 19, M. de Saint-Roch communiqua à M. de Sainte-Beuve trois formulaires de certificats qu'il avoit dressés. Les deux premiers exposoient que les cent mille livres que donnoit la veuv& faisoient partie des avis qoi lui avoient été donnés en conséquence du jugement de ces docteurs et ne l'acquittoient pas du surplus qui étoit le retentum secret dont on a parlé ci-devant. Le troisième étoit équivoque et exprimé en ces termes :

« Nous soussignés, docteurs de Sorbonne, pour expliquer et certifier par « écrit comme nous avons donné à eii tendre spécialement quelle est l'au- « jnône contenue et sous-entendue dana l'écrit de notre déclaration du 4* du « présent mois, déclarons et certifions que c'est d'employer par la veuve « d'un homme de condition y mentionnée la somme de cent mille livres en « aumônes envers les hôpitaux , pauvres honteux et autres ; de laquelle « notre pré^*ente déclaration et attestation ladite veuve ce requérant pour « la sûreté dudit emploi, nous lui avons baillé et signé notre présent écrit, u ce vingtième novembre 1652 : signé. Rousse, curé de Saint-Roch, et Mazure, « curé de Saint-Paul. »

« M. de Sainte-Beuve fit entendre qu'il pourroit signer les deux premiers certificats, mais qu'il ne se résoudroit jamais à souscrire le dernier, parce qu'il étoit contraire à la vérité ; qu'étant conçu en paroles équivoques la veuye pottcroit a'imaginer qu'elle seroit quitte de leurs jugements pour la somme de cent mille livres, et ainsi se nourrir de la pensée de sa fausse paix .qui pourroit beaucoup blesser sa -conscience-, que d'autres personnes malintentionnées pour ceux qui avoient eu plus de part dans cette affaire en prendroient encore avantage pour soutenir les calomnies qu'ils avoient déjà publiées, et diroient sur cela deux choses, (l'une) que les avis des docteurb se réduisant à une simple aumône, celle qui avoit été conseillée par ceui dont M. de Chavigny avoit pris avis étoit excessive; la seconde, qu'il nV avoit eu aucune nécessité au retranchement que ce défunt avoit fait, puisque la veuve avoit la liberté de l'employer aux hôpitaux, pauvres honteux et antres charités qu'elle trouveroit raisonnables. M. de Saint-Roch parut touché de ces raisons et promit de s*en servir pour s'excuser de conientir aux intentions de madame de Chavigny et au conseil de ses avocats qui lui faisoient entendre qu'elle ne trouveroit point de sûreté pour payer cette somme de cent mille livres-que dans le certificat ci-devant transcrit. Et ils demeurèrent comme d'accord qu'ils s'arréteroient à l'un des deux premiers formulaires, où il paroissoit, que cette somme de cent mille livres ne faisoit que partie de leur avis. M. le curé de Saint-Roch ne put s'empêcher d'avouer à M. de Sainte-Beuve que la mère de madame dcChavigoy et toute sa famille lui faisoient les dernières instances pour l'engager à signer le troisième certificat

« Le 20, M. de Saint-Roch ayant écrit à M. de Sainte-Beuve pour lui demander une entrevue avec M. de Saint-Paul malade qui ne s'accommodoit point des deux premiers certificats , ce professeur de Sorbonne lui

répondit par ane lettre qnll se rendrdt an lieu de Tassignation, mais qn'il n'attendoit pas grand fruit de cette entrevue; puisque, ainsi qu'il avoit appris de lui, on consultoit des avocats pour une affaire de conscience ; quil ne voyoit que deux voies pour sortir de cette affaire, dont Tune étoit de s*en tenir an premier jugement qu'ils avoient rendu, et l'autre de i'expliqner, s'il étoit nécessaire, eh termes plus forts et plus clairs; et qUe, puisque M. de Saint-Paul n'approuvoit pas le formulaire qu'en avoit dressé M. de Saint-Rocïi avec de très-grands tempéraments, il n'espéroit pas grande utilité de leur conférence. = .

« M. de Saint -Roch vraisemblablement fit voir cette réponsô à M. de Saint-Paul et à madame de Chavigny et k^wm conseil. Quoi qu'il en soit, ils se contentèrent de la signature de ces deux curés et n'appelèrent ni ne pressèrent plus davantage M. de Sainte-Beuve.

« Le 21, madame du Plessis-Ouénegaud ayant porté le certificat à Port- Royal pour faire «n sorte que M. de Sainte-Beuve le signât, on le trouva si ridicule que les personnes qui en eurent communication arrêtèrent que Ton verroit M. de^ Sainte-Beuve pour l'affermir, s'il étoit besoin, daos la résolution de ne le point signer. . .

« Le 23, madame de Chavigny ayant prié M. de Bagnols de la Tenir voir Ini fit de grandes instances pour l'engager à iisire signer le troisième certificat par M. de Sainrte*B«uve^ U lui répondit qu'il l'avoit disposé d'en signer on tel qu'elle le pouvoit désirer pour sa décharge à l'égard de ses enfants et que c'étoit la seule chose qu'elle lui avoit demandée et de laquelle il avoit .besoin; mais^que pour ohanger ou diminuer en façon quelconque les avantages qui étoient acquis par le premier jugement des docteurs k la conduite de cette afiGsûre et pour altérer la' vérité dii résnltàt de ce jugement, c'étoit une chose qui lui étoit tout à fait impossible. Cette dame dit que, piiisque les deux docteui^ curés Tavoient signé, elle ne savoit pas pourquoi il vouloit être plus exact. M. de Bagnols lui répondit qu'ils avoient chacun leur lumière, «t qu'il étoit impossible d'engager M. de Sainte-Beuve par l'autorité de ces messieurs de suivre un déguisement affecté et de souscrire une attestation peu sincère et peu conforine à là vérfté de leur résultat. Cette veuve dit qu'elle ne lui feroit nulle violence pour le signer* et Se contenteroit de la signature des deux autres. Il lui fut répondu que si elle en étoit satisfaite, on n'avoit rien à dire, mais seulement i prier Dieu qu'il lui donnât les lumières nécessaires pour se conduire dans cette affaire selon son esprit et non point selon llndustrie et les pensées des hommes.

« Kon-seulement elle ne témoigna point être blessée de ce discours, mais •elle voulut même perstiader à M. de Bagnols ^u*^^'^ i® considéroit comme son ami et qu'en cette qualité elle: avoit à lui demander son aWs sur la distribution qu'elle devoit faire des cent avilie livres, lui faisant entendre que ces deux curés lui en avoient donné toute liberté; qu'elle entroit dans la neuvième mois de sa grossesse ; qu'elle avoit accoutumé dans ce terme d^efojrt malade^ qu'elle commençoit de se ressentir de ses infirmités ordinaires; qu'elle: craignoit môme d'y mourir et'qUe dans cette vue elle voniôit achever Cette afiïiire importante à la décharge de sa conscience, de crainte que si elle étoit imparfaite avant sa mort, elle ne s'achevât jamais, •ainsi qu'elle atvoit (lieu) de croire, connoissant l'humeur des peréonnes qui •devment lui survivre.

« M. de Bagnols lui témoigna qu'il se sentoit obligé de la confiance qu'elle vouloit prendre en lui; qn'il étoit incapable de la jamais tromper et d'avoir aucune complaisance basse pour elle, et qu'ainsi il lui déclaroit que la

Ci«inte qQ*elle avoit de hHaan cette affidre imparfaite étoit bien fondée mats quMl étoit obligé de lui dire qa*an payement de cent mille Uvres ne l'acqoittoit pas devant Dieu de ce qu'elle devoit poor satisfaire à la yolonti de son mari. Elle eut peine à supporter ceA paroles; et M. de Bagnols, la Toyant peu disposée à souffrir qull lui en dit davantage sur le' mteie ton, se contenta de lui dire qu'il n'ayoit pas d'avis parti sulier à lui donner sur cette distribution, parce qu'il se sonvenoit que s'itant troQTé ciiex M. de Saint-Paul à la dernière vitite que M. Singlin lui rendit, il entendit dire à M. Singlin qu'il avoit déchargé sa conscience sur celle de ces docteurs, et n'avoit plus de part à prendre dans cette affaire que celle qnlls lui donneroient, de sorte que, s'ils retenoient cet argent, M. Singlin ne s'en plaindroit jamais ; mais que s'ils le lui donnoient, il ne rendroit jamaia aucun compte qu'à Dieu de la distribution qu'il en feroit, et qu'il étoit obligé en ce cas-là de la faire selon la volonté étroite de M. de Chavigny, de laquelle il ne lui avoit laissé aucune liberté de se départir. Il est bie» vrai, ajoutoit M. Singlin, que, si la somme entière de neuf cent tant éb mille livres étoit à distribuer, il y anroit moyen de considérer des charitéb publiques et particulières pour ndson desquelles il eût été ravi de prendre les avis de M. le curé de Saint-Paul ; mais, dans one aussi petite somme qu'étoit celle de cent mille livres, il n'avoit quasi point de liberté: qnH avoit jugé de ce discours de M. Singlin qu'il y avoit des particuliers intéressés dans cette distribution, et peut-être plus d'obligation de payer nne dette que de faire une aumône; qu'ainsi madame de Cbavigny n*avoit à son sensque deux partis à prendre, ou celui de distribuer cette somme comme elle. voudroit, l'assurant encore tout de nouveau que M. Singlin ne lui en demanderoit jamais un denier, ou de la donner à M. Singlin sans attendre qu'il lui rendit aucun compte.

c Elle fut alarmée de la nouvelle connolssance que lui donna M. de Bagnols et dit que, si M. Singlin lui vouloit découvrir le secret de cette afifàire, elle consentiroit qu'il reçût l'argent. BL de Bagnols lui répondtt qu'il ne pensoit pas qu'il le pût faire, parce que cepouvoit être nn seeret de confession qui est de soi incommunicable : et de plus qu*il y pouvoit avoir d'autres personnes intéressées que M. de Chavigny et que, si cela étoit ainsi, elle n'en pouvoit jamids rien savoir. Elle sinquiéta fort de ce qu'on ne lui vouloit point donner d'avis agréable et fit même quelques reproches de ce qu'on avoit voulu miner treixe enfants. M. de Bagnols loi répondit qu'il avoit voulu seconder les intentions très-pieuses et très-justesde son mari et éviter la malédiction de Dieu que la détention d*nn bien mal acquis pouvoit attirer sur treize enfants, et qu'au surplus on n'avoit rien à lui dire qui lui pût être plus agréable, parce qu'on ne pouvoit pu s'écarter de la vérité. M. de Bagnols la laissa dans l'inqniétode, qu'elle faisoit parottre.

« Cette peine ne fut néanmoins qu'un trouble de peu de dorée. Or madame Du Plesûs-Guénegaud ne fit pas d'impression sor son esprit pir le billet qu'elle lui écrivit le 13 décembre en ces termes :

• J'ai rendu compte aux personnes de votre résolution. A quoi ils m*ont « répondu que, quant à ce qui les regarde, ils n'ont rien i dire ; maisqnUs c vous supplient seulement de tous souvenir qu'ils ont lait tout ce qd a « pu dépendre d'eux pour l'exécution de la volonté de M. de Chavigny et « qu'ainsi ils sont bien aises qo'en étant déchargés devant Dieu, ils n'aient « point à se justifier devant les hommes de la distribution de cet ir- «gent. 9

« Il y avoit en des temps oà on billet écrit de ce style auroit cansé quelque agitatioa dans TAme de madame de chavigny; mais elle le reçut iTec une tranquillité meireilleuse et lai répondit ainsi :

« Je TOUS rends mille grâces de tous donner tant de peines que j*espèr«

• qui finiront demain aTec les miennes pour cette affaire, allant faire tra- « Tailler mes docteurs à remploi de l'argent duquel je me décharge tout « i fait sur eux, ne désirant rien que d'en sortir et que ce que l'on a résolu « soit exécuté avec toute la circonspection qui se peut. »

« Madame du Plessis fut un peu surprise d'une résolution si ferme après iant de longues et pénibles consultations, et elle en donna aris le 16 du même mois à M. d'Andilly par ces deux lignes :

« Je TOUS envoie la réponse de madame de Chavigny. Le billet que nous

• lui avons écrit ne la met pas beaucoup en peine, comme tous le Terres par «le aient »

« Voilà la Relation que M. de Bagnols a dressée lui-même et dont il a fait comme une espèce de journal. Elle ne Ta pas plus avant ; mais on en voit assez, dans la simple exposition de ces iàdts si importants, pour faire Toir à toute la postérité que ceux qui ont pris occasion de cette affaire pour calomnier la conduite de Port Royal ne deTOient aToir que du respect pour les personnes de cette maison qui y ont eu quelque part, puisqu'on ne leur peut reprocher qu'une fidélité inébranlable pour consenrer le plus grand et le plus sacré de tous les secrets, une sagesse très-solide et très-éclairée à traiter avec tant de précaution une chose si délicate dans laquelle les Grands du monde vouloient entrer pour en prendre connoissance , une force merveilleuse pour résister à toutes les sollicitations et à tous les vains accommodements de l'esprit du siècle, et un parfait désintéressement pour ne considérer dans tout ce qui s'y est passé que la seule gloire de Dieu , l'édification du prochain, les maximes de la justice et les règles de la conscience. On a cru devoir Csire entrer dans le corps de l'histoire de l'Église cet événement que l'on peut dire des plus fameux de notre siècle dans ce genre de direction , afin que ceux qui le liront après nous reconnoissent que, dans un temps où les plus célèbres directeurs et les plus austères religieux laissent dorer ou enrichir leurs chapelles pour reeevohr comme le prix de leur lâche complaisance, il y avoit encore dans Paris des ecclésiastiques assez éclairés, et des directeurs assez désintéressés pour ne pas faire dépendre de la considération des familles les plus illustres l'exécution des règles les plus inviolables de l'Évangile. »

Tel est , de point en point , l'exposé Téridique de cette affaire par Port-Royal. C'est (sous la plume de M. Hermant) M. Du Gué de Bagnols que l'on vient d'entendre. Quand un honnête homme de ce calibre a parlé, le Père Rapin, honnête selon le monde, est Inen mince et bien chétif : il représente la conscience facile et intéressée de madame de Chavigny. Il aurait dû être son confesseur; il en était digne. Pour nous^ il nous suffira , sur quelques points essentiels, de trois ou quatre réfutations de cette force pour faire apprécier quelle est la moralité du livre de ce Père et quelle confiance il mérite, lui et ses annotateurs. Tallemant des Réaux en mérite mille fois plus : il n'y a même pas de comparaison ; car s'il est également médisant ,.11 l'est sans haine , sans parti priS|

sans mot d*ordre. Il y a de Tallemant au Père Rapin toute la différence de la curiosité médisante qui s'amuse, à la calomnie malicieuse qui combine et qui construit.

Et à ceux qui trouveraient la pièce trop longue, je répéterai encore une fois que ce n'est pas ma laute si je me suis vu forcé de la produire, mais qu'elle était devenue nécessaire^ Quand on est accusé par des Jésuites anciens et modemes d'être des ffipons («t c^étatt ici le cas pour Messieurs de Port-Royal), il est bon de prouter péremptoirement qu'on ne l'est pas. L'infamie de l'accusation^ portant à faux, se retourne et va en plein à qui de droit ^

SUR M. DE PONTIB.

(Se rapporte à la page 29X)

La question des Mémoires de Pontis a été reprise de nos jours avec une extrême vivacité par un jeune érudit , M. Philippe Tamizey de Larroque. Ayant eu à s'occuper du célèbre maire et défenseur de La Rochelle Jean Guiton'j, il a mis. en cloute ce qu'a dit de lui le sieur de Pontis, les actions et les paroles qu'il lui prête, et à cette occasion l'estimable écrivain, en ami déclaré qu'il est de la vérité his.

1. EiiXttî tous hs âutcuri dû mémoirofl dti lêmpe, ItLOanËt^T la JDdF' cleose mat1;tn)c tte MaliuvINe, sî éloli^née de tout »prit de partit i It mieux vu aur cstL<^ aOiilre de M. ûq Cbavigny, ci vokl «n qué^ termes elle en paifte^ raient siLiîisi &a part au pHnce de Cûndà. très^-mocbiuit amr^ M pans ce oitm^ iaiiiii^. M. la prince tomJia malade d'nnc] Devra continue. « Sur la fin de sa mcladit;, Chavigoy Taj^nt étd voir* œ Prince ^ ftuf quelques « dégoûtB qu'il aToïL coA dé sa conduita» »^i%r[t contre 9ul et lui dit M quelques ^mmlus fftdieuaeB;, dont CLavig^nj fut si touché qii&^ r^veBàiit «chez lui. 1] Lomltd maUde et mourut do rage. M- lé Prince ^ qui la pof^ « toit mÎKiJï aJor», I ututil ajté voir coinrae ïl éMi h ïetlrémile, parut le « regretter ; ^t \mù pt.'rsorine qui éLoii. jjrcsËjriTe à cûtle vialtË. rn'a dît que «lesyeu:^ Ein toLigirentp et qu'ii voulut, pur uno manière de dcie»amr, « s'arrach'^E Jea cheveux ; tnaia, après l'avcïr rt^garifo^ il djt ^n s'^n allaDt^ c et se m^? jijacit de son ugonïti, «lu'iJ! Ëtult J;iid en diable. — Ca ministre « infidèle ù sou roi mourut cou boni mé par r»rdeur de son atnbitioa, el «I parles rui^le» eiïtlH de celle d'aulrui il $e rtrounUt^ à l'heure de samoH. <c de s'être laifiiè eniportt^r à la vanité de ses aé»ifa \ et^ pour ^atJBfafrfl à M la justice de Dieu, il UL«»â une grande somme de denîere aux p^UTrea, « mais qui ne Tarent point donnes, parce que la prudence humaine et les «I intérêts de ai famille changèrent nta ordreft. a si au lieu de c»>tte giosae aumône plus ou moins fâculùtlve^ dettinée aux pauvre &t ^n entend fhluiûc diverses ^ùninies qui ètulenl Je fe*iitiitij>n êtrollu et précise, oa a fâ en peu de mots une exacte idêa de cette aHiiire si péQiblo et de rlmpre&iiou qu'elle doit laisMr chez tous les bons e&prite.

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