Journal Encyclopédique, iS mai 1776, page
glet; mais, en passant condamnation sor le fond, la fonne laisse la plus haute idée des intentions, des Yues, des talents de ses anteurs. Toutes les positions où se pent trouver un militaire, soit commandant, soit commandé, ayee ses supérieurs, ses inférieurs, ses égaoz, ayec le soldat , le bourgeois, le paysan, sont en action ayec les deToirs du militaire, les difficultés qui peuvent naître de chacune de ces positions et les règles de conduite pour vaincre ces difficultés ou pour les éluder. Les propos mis dans tous ces cas dans la bouche du militaire sont encore, même pour notre sij^e^ des chefis-d'œuvre de délicatesse, de finesse et d'honnêteté; en on mot, les Mémoires de Pontis pourraient et devraient être anjourd*hni entre les mains de nos officiers, comme un excellent Traité de civilité militaire. Ils sont pour l'homme de guerre ce qu*est la Cyropédie, ce qu'est le Télimaque pour les souverains, ce qu'est pour les moines la fameuse Vie de saint Antoine.... »
Voilà certes de l'exagération dans un autre sens , et je ne puis en vérité, tout ami de ces Messieurs que je suis, aller jusqu'à ce panégyrique. Du Fossé , en faisant moraliser son héros à l'occasion y n'a pas pensé à toutes ces belles choses.
Au reste, la destinée posthume de Pontis, sa renommée, en durant et en se prolongeant jusqu'à nous , ne manque pas de piquant; elle a eu ses accidents de toute sorte et ses vicissitudes. Si Voltaire a paru douter que l'homme ait jamais existé , il n'a pu faire que ses Mémoires n'aient au moins une qualité, la vie. Ils transportent dans le temps, ils intéressent; on les lit jusqu'au bout avec plaisir. Aussi est-il arrivé que , malgré les protestations des historiens et des critiques, on a continué de les lire , qu'on 7 a puisé, qu'il en est resté dans les imaginations l'idée d'une figure originale, et que de nos jours, par une sorte de dédommagement et de revanche dont il se serait bien passé sans doute , Pontis est devenu.... quoiT... on ne l'aurait jamais deviné.... un personnage essentiel de mélodrame , une cheville ouvrière d'intrigue , un d'Artagnan du temps de Henri IV et de Louis XIII (voir la belle GàbrieUe et la Maison du Baigneur), 0 mon pauvre Pontis, mon cher solitaire I où ôtes-vous? où voire ami Du Fossé youi a-t-il conduit sans le savoir ni le vouloir?
Revenons au sérieux, et concluons avec des faits réels. Pontis, de son vivant, n'avait pu rester jusqu'à la fin dans son désert de Port- Royal ; il dut le quitter comme les autres ermites en 1660, et il alla demeurer à Pans. Il y vécut encore dix années et ne mourut que le 14 juin 1670, à l'âge de 87 ans. Le Père Rapin a essayé de le présenter dans les derniers temps comme un déserteur de l'Abbaye; ce n'est pas juste. Si Pontis s'éloigna de Port-Royal de Paris dans le temps où M. Chamillard en devint directeur, il ne fit en cela que ce qui était naturel et commandé à un bon et fidèle Port-Boyaliste; mais il y revint demeurer dans le corps de logis du dehors, la dernière année de sa vie, au moment de la Paix de l'Église. Il y fut enterré devant la grille du chœur des Religieuses, ainsi qu'il
rayait demandé par son testament qu'il atait^frît avant la séparation des deux maisons. Il se trouva ainsi reposer^ sans Tavoir prévu, en terre étrangère et ennemie : ce n'était point sa faute^^ U croyait retourner pour toujours ^ Jérusalem , il tomba en plein dans Samarie. U léguait àTabbaye^par ce même testament, 327 livres de rentes/qui furent adjugées; nous dit Guilbert, à la maison de Paris. Les Sœurs des Champs lui en restèrent reconnaijssantes. Je lis dans le Joumalmanuscrit de Port-Royal/ pour le mois de juin de 1670 :
« Le yendredi 37, ensuHa de Vêpres on chanta Vêpres et le prefiaierN^ietnrne des Horts-i^Tec ]es Ripons pour M..de Pontis qui étoit mort le I4 du môi^ et a laissé «pe «oBiéQe'à cette maison^-? I^e samedi 38, après Mathieu on dit les deux autres Noctomes sans chanter, et, après Tieniss, od oIulbu Landes et la Messe. »
Enfin Tart^cle qu'on lut destinait dai^ IjB ^écsrologe est de la plume de la mère Angélique de S(ûnt-Jean,:x'est sa digne .oraâsop funèbre. Que faut-il de plus? .j
LES MÉSAVpTURBS pu lîÈRB .BOUHbïIBS',
POUâ SON NOUYÈAU^TfSTA^tÇNT,, ...^ ;. (Se rapporte 4 la page: S78.)' ^ >^ t.
Le peu de gravité du Père BouhoursysoB pei^ de ^nsfdéràtf Où ecclésiastique nous sont attestés 4^une<nuin%)re Men sensfBIe et rendus tout à fait évidents' par tes passage suivadts que j'çmh prunté à la Ck^rre^ondanceds M. >VuiIkrt bveie M. 'dePréfontaine :
«(27 octobre 1696)... Je finis p^ iinj feiKtiT^^oniriMix el.trtsrcertaiik Le fameux Père Bouhours, jésuite , a triait les^ qfta^ . SvaugéliAtet. en français; Il les a fait Imprimer. Il, y, a plus d'im a^.<^ue I^lipaore^pp .9^ pose : car il vouloit en demeurer à' cette' première partië'du ,NOu]reau-T«f^ tament qni est lapiné aisée podiriiii tradtïct'ôûr, et h'osoU 'entreprendre les Actesetleff^ÉpKres , etc., ^arce' qixé la iraductioii^ei&'e^. beaucoup plus difGcile., Ses amis, oipenâant', l'enr «pressé de ne pas'donher la 'première partie, saiis la seconde. ÏÏ3 Iniiont' aidé poeff^le: sens et •lei' ont laissé le soin de l'expifi^ssion. Comme.on flejoameocoit' à •copier sa. T^rsicin^tes Actes , etc., on sa seconde partief , las^é de ^nt a^ji^adre ponr 14 publicatioB de la première , il a enfin prié M. l'açchevêque ^ i/. (U iy^pi/(^ ) 4e la ▼ouloir approuver. Il l'a accepté 1 à condition jCie la fairç exapai^ei;, On l'a donc examinée ; et, sur le mémoire des observations de ftiM. les ezam nateurs, le prélat é'est cm obligé de preSprire un grand notnt^re de corrections au traducteur. Il lôs a fait £sdre. Ge n'est' pas tout. M. PàrcheTëque a
exigé de plnsqnll ôtâteon nom de la première' page : proportion trèsamère an paavr» Père Boohoars , qvA s^stjet^. inutilement' aux pieds du prélat pour le supplier, ayec larmes, de lui épargner t'afflront qu'il rece- Troit de cette suppression. Mais la raison que M. rarchevéque en a donnée aux prjnoipajox . confrères etaoxpiisaanta.amisda PèM BOtffiours, c'est que son nom , leur a*t-il dit , n*«<^ pas aasez grave pour ttre mU à la tite d'un livre si divin. Il a été ferme coqume un rocher dans son reftis : il a cru de soin devoir d'être inexorable et, a poussé son exactitude jusqu'à faire ûter'le noin ^u traducteur de PExtrait du Privilège imprimé à la tête du livre, où, en tout, on assure qu'on a fait plus de cent cartons* c'est dire qu'il a fallu réimprimer les feuillets 8i;r lesquels les fautes corrigées se
trouvoient» ' '
M. Vuillart retient' sur le fait et en cbtifinne rexactitujcle d?ins une lettre du 6 ilotembre, eu réponse à une objection qu'avait soulevée èon corresppndaAt ;, . . r
• Oui, iponsienr, la suppression du nom, dOiPère Bouhours à la tète et jusque dans i'JSxtrait du Priviléige de sa version du Nouveau-Testamenl est ce fait sur lequel AI. rarchevéque a marqué une extrême vigueur et eet demeuré inflexible , parla raison qu'un nam aii|«tp<«0r<MW, que celai du Père Bouhours qui jusques à présent, n*a guère écrit que sur des matières profanés, et qui est l'auteur dé l'Épitaphe de Molière et d'une infinité de bagatelles , ne doit point paroitre à la tête d'un livre si divin. Votre raison est très-solid^. «q^e le,^om,4'an autour le rendigarant de son ouvrage. «iMaisl^nom' du Père^ouhours garantira sa version, a'il le faut; car il est dans l'original du Pnvilége , et ne sera supprimé que dans I'Ej^trait qd'on imprime , et à la première page du livre. »
Je ne puis dissimuler que nos amis poursuivent le Père Boubours à outrance et comme Tépée dans les reins. Ils ne lui font pas quartier. M. Vuillart revient à la charge sur son compte, dans une lettre du 17 juin 1699; ayant raconté un trait de modération et de modestie du Père de Gonelieu, jésuite, il ajoute :
« On auroit de la peine à croire le Père Bouhours aussi vertueux dans l'entretien qu'il eût fortdtement ces jours^ passés avec M. Pirot(le docteurexaminateur), qui depuis plus d'un an lui garde la seconde partie de sa version du Nouveau-Testament dont on n'a imprimé encore que les quatre Évangélistes. Ce docteur étoit dan» le cabiE^t^»M.'Anis8on^,étayecluiun curé de la ville. Le p4re Bou^ours^ arrive. On en avertit M^J^nisson qui va le recevoir et le convie d'entrer, te jésuite apercevant le docteur est frappé de sa présence et lui dit un peu ému • « Hé bien 1 Monsieur, quand ûuirezvous donc? •• — « Ou*°d jû pourrai, mon Révérend Père, car j'ai bien d'autres choses à faire, qui retardent la vôtre, malgré qu'on en lUt, i^épond le docteur. » — « Mais c'est me faire bien htoguir, repreéd le Père. » -^ a il faut vous, préparer i une plus longue patience, oontinoe M; Pirot; car, après mon examen, M. Tarehevêque veut faire le sien, plus pansement que celui des Évangélistes qu'il a eu du regret d'avoir lâchés si facilement. Mais