SUR PASCAL
{$6 rapporte à la page soi.)
«..,. Était joueur peut-être. » — Ce simple aperçu, auquel Je ne tiens d'ailleurs que légèrement , a fourni matière et prétexte à toute une réfutation d'un critique plein d'esprit et fort regretté du public , M. Rigault , mais qui m'a fait en ceci une véritable chicane. Combattant avec grande raison , selon moi , la théorie de M. Lélut, qui ne consiste pas seulement à dire que l'indisposition physique de Pascal entrait pour beaucoup dans ce qu'on appelle son moral ( vérité incontestable ), mais qui prétend bien au delà, et qui irait purement et simplement à faire de Pascal converti un homme de Bicètre et un halluciné, il n'a pas hésité à mettre sur la même ligne ce qu'il appelle mon hypothèse de Pascal joueur ,
c'est-à-dire cet aperçu fugitif, jeté en courant^ et qui ne saurait compromettre Tidéè d'ensemble et tout à fait approfondie que je crois avoir donnée , et de Thomme et du chrétien dans Pascal. Il faut voir (Journal des Débats du 15 septembre 1857) quel subtil appareil M. Rigault construit pour mieux me combattre :
• La Critique de nos joars, qui a la curiosité, dit-il , et la finesse d*un procarear , en a aassi le penchant à supposer le mal : le soupçon couve sous sa robe noire , et Taccusation éclôt. Dans les bibliothèques, qu'elle a changées en greffes , la Critique remue avec délices les vieux papiers , et quand elle subodore quelque faiblesse ignorée , quelque vice inédit d'un grand homme ou d'une grahde femme, c'est une volupté pareille à celle du juge qui amis la main sur le beau crime qu'il rêvait. Dans Pascal, l'ancienne Critique ne s'attachait guère qu'au grand écrivain et à l'ascète : la Critique moderne, qui dans les écrivains cherche surtout les hommes, e dans chaque homme les coins inexplorés , a découvert un côté de Pascal encore plongé dans un demi-jour plein d'attrait , le côté de l'homme du monde, de l'ancien ami du chevalier de Méré, du dissipé fastueux, qui fait rouler sur le pavé de Paris son carrosse à quatre chevaux. Jusque-là rien de mieux : c'est le droit, c'est le devoir de la Critique de regarder les grands hommes du plus près possible, dans leur tempérament et sous leur écorce, comme Ta très-bien dit M. S.-B. Mais, une fois entré sous l'écorce de l'homme, on subit malgré soi les illusions d'optique .qui se jouent des voyageurs, quand à la lueur vacillante des torches, ils visitent les Catacombes : comme ils prennent les reflets mobiles de la flamme sur les voûtes pour des fantômes qui voltigent devant eux, on croit découvrir dans ces régions souterraines de l'homme les traces d'une histoire intime qui peu à peu se dégagent et révèlent un personnage inconnu ; et de la meilleure foi du monde on invente ce qu'on- s'imagine observer. Qui osera se promettre de résister au prestige quand un œil si perçant et si sûr, celui de M. S.-B. a été ébloui ? Enfermé dans ce petit coin de Pascal mondain, au sein du clair-obscur, comme les personnages de Platon dans la caverne, M. S.-B. a cru voir passer devant lui l'ombre d'une vérité encore inaperçue , il a étendu les mains pour la saisir; mais tel est pris qui croyait prendre , et c'est lui qu'une illusion a captivé. Comparant la grandeur du train de vie de Pascal à la médiocrité de sa fortune, M. S.-B. a supposé que Pascal était joueur ; hypothèse imprévue et gratuite, qui a souri à son esprit parce qu'elle enrichissait d'un trait nouveau le portrait de Pascal. — Joueur et fanatique, voilà déjà un Pascal presque renouvelé par l'admiration du dix-neuvième siècle, etc....»
Tout ceci, on en conviendra, est fort tiré et fort recherché et d'idées et d'images. Je ne conçois guère que lorsqu'on est sous une écorce j fût-ce V écorce d'un homme, on ait des illusions d'optique ; qu'on soit comme un promeneur qui visite les Catacombes à la lueur vacillante des torches , et tout ce qui suit. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas pris tint de peine pour hasarder ma conjecture ; je n'ai pas étendu les mains pour la saisir. M. Rigault, qui avait beaucoup d'esprit, sentait trop le besoin de le montrer. Lisant ses premiers articles , comme on m'en demandait mon avis, je disais :
Il — 37
«... M. Rigault, qui sera lui-même un maître quand il se plaira un peu moins à étaler les plis de la robe du professeur, b n y a eu des moments d'heureuse et vive polémique où M. Pigaulta secoué ces plis et s'est montré vraiment un maître ; le professeur coquet avait disparu; mais, le jour où il me régentait de la sorte, il m'est permis de dire quMl en tenait encore. Ce jour-là il lui a convenu, pour briller et dans Tintérét de sa thèse, de m*ea faire dire plus que je n'avais dit réellement, et il ne s'est pas refusé ce plaisir, y mêlant d'ailleurs bien des politesses , comme un char* mant homme qu'il était.
PUf DB L'APPBKOICE.
AVBRTISSBMBNT ....f ••»• 1