‹ Portalis, sa vie et ses œuvresChapitre 17 sur 48 · Cet orateur fécond, ami de l'infortune · texte numérisé non relu

Cet orateur fécond, ami de l'infortune

. » Qui des droits du naufrage étonna la tribune, » Et d'un arrêt barbare attendrit la rigueur. » (Esménard. Poème de la navigation, chant îv.)

3. Il fut encore chargé de faire le rapport d'un projet de résolution sur le divorce. 11 y soutenait les principes qu'il développa plus tard devant le Conseil d'État. Les conclusions de son rappjrt, lu seulement après le 18 fructidor, furent approuvées.

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le droit de déporter les prêtres par simple arrêté et de supprimer sommairement tous les journaux qu'il jugerait dangereux.

A ces illégalités flagrantes s'ajoutaient les rigueurs contre les personnes. Les membres les plus éminents de l'opposition, dénoncés comme royalistes par les proclamations des trois directeurs conventionnels, étaient condamnés sans jugement à la déportation, c'est-à-dire à la mort, sous le ciel de la Guyane : c'était ce que le Directoire appelait épureriez Conseils. Deux directeurs, Carnot et Barthélémy, quarante-deux députés des Cinq-Cents et onze des Anciens, les propriétaires, éditeurs et rédacteurs de quarante-deux journaux, étaient inscrits sur la liste de déportation. On remarquait parmi eux Pastoret, Siméon, Vaublanc, Camille Jordan, Barbé-Marbois, Tronçon-Ducoudray, Boissy d'Anglas, Henri Larivière, Quatremère de Quincy, le duc de Noailles et l'amiral Villaret de Joyeuse.

Portalis partageait cette honorable proscription : il devait être déporté à Ouessant; mais l'amitié, qu'il avait le don d'inspirer à tous ceux qui l'approchaient, le sauva comme en 1793. Un de ses anciens compagnons de captivité, M. Etienne Delessert, le cacha dans sa maison; son amie dévouée, Mme de La Borde, prépara son départ, et le Ministre de Danemark, M. de Dreyer, lui donna un passe-port qui lui permit de sortir de France, sans être inquiété.

Il entrait en exil. Sous le coup de la Terreur, il avait refusé d'émigrer, et le Directoire l'expulsait de France, pour le seul crime d'avoir parlé librement. 11 emportait

du moins deux consolations précieuses, l'estime de tous les honnêtes gens et la conscience du devoir accompli. Séparé du Directoire et de la République par ses principes, ses souvenirs et ses sympathies, il n'avait ni trahi la République, ni combattu aveuglément le Directoire. Il n'avait pas hésité à signaler les fautes de ce gouvernement faible, violent et corrompu ; mais il l'avait fait en homme qui comprend la dignité de son mandat et le rôle de l'opposition dans les assemblées délibérantes. Il ne connut jamais l'approbation de parti pris, il en eût rougi; mais il eût rougi plus encore du dénigrement systématique. Il avait un trop profond amour de la vérité pour cacher sous le voile du patriotisme des arrière-pensées ambitieuses, il aimait trop son pays pour faire, de ses dangers ou de ses revers, aux yeux de l'Europe, un thème incessant de récriminations; il respectait trop les autres, il se respectait trop lui-même pour se mêler aux scènes de violence par lesquelles de faux libéraux déshonoraient la liberté. Il savait que cette conduite est toujours une faute grave, alors même qu'il n'y faut pas voir la plus détestable des tactiques, et que de tels apôtres de liberté sont moins propres à en inspirer l'amour que le dégoût.

11 avait donc fermement maintenu, contre les résistances des uns, contre les emportements des autres, les grands principes d'ordre, de légalité, de concorde politique et de liberté religieuse qui sont la pierre angulaire de toute société civilisée. Il avait compris que, devant cet intérêt supérieur, les questions de personnes et les

prétentions dynastiques doivent s'effacer. Aussi fut-il franchement constitutionnel, quoi qu'en aient pu dire les scribes attitrés du Directoire. Sans doute, il avait peu de foi dans la vitalité du gouvernement républicain, si chargé de crimes quoique si nouveau; la monarchie lui paraissait mieux appropriée au génie national et aux traditions séculaires de la France, il croyait à son rétablissement plus ou moins prochain et ses sympathies intimes étaient acquises à la famille royale que tant de vertus et de malheurs devaient rendre chère à tous les coeurs généreux; mais ces sympathies ne lui firent jamais oublier ni ses devoirs de citoyen, ni son serment de député. Les républicains extrêmes qui l'accusaient de royalisme parce qu'il combattait leurs motions radicales, les agents bourbonniens qui le comptaient parmi leurs adhérents parce qu'il appartenait à l'opposition étaient les uns et les autres dans Terreur. Il a été exilé comme royaliste, sans être royaliste. 11 n'eut jamais de correspondance avec les princes exilés, nùde relations politiques avec leurs affidés, Pichegru, Lemerer, Mersan et Duverne de Presle; jamais il ne consentit à employer contre le Directoire d'autres armes que la raison et l'éloquence.

Divers témoignages pourraient, il est vrai, faire concevoir des doutes à cet égard. Ainsi, au moment des élections de l'an IV, un des agents du comte de Provence, Mallet du Pan, écrivant au comte de Sainte- Aldegonde (28 octobre 1795), énumérait les nouveaux députés dévoués à la cause des Bourbons et comptait parmi eux « Portails rainé, avocat distingué au

Parlement oVAix, franc royaliste1. » Quelques jours plus tard , le 4 novembre 1795 , il disait encore au même correspondant : « Cro}rez-vous que ceux » qui choisissaient pour représentants M. d'Ambray, » M. de Bonniôres, l'abbé Morellet , Gibert des » Molières , Portalis , fussent des républicains et » même des constitutionnels de 1791 2? »

La conviction du parti royaliste sur ce point paraissait arrêtée ; car, au commencement de 1797, lors de la découverte de la conspiration royaliste de l'abbé Brotier, le Directoire trouva, dans les papiers de cet ecclésiastique, la note suivante, qui fut rendue publique :

« Affaires étrangères, M. Hénin, ancien pre-

» mier commis.

» L'Intérieur, laisser Bénézech.

» La Marine, M. de Fleurieu.

» La Justice, M. SiméonouBaresseux.

» Les Finances, M. Bernignot de Grange, rue de » Saint-Florentin, vis-à-vis l'hôtel de l'Iiifantado.

» Un Barbé-Marbois, qui a des talents., del'instruc- » tion, qui a été intendant à Saint-Domingue, et qui » passe pour honnête.

» Ponts et chaussées, M. de la Millière.

» Subsistances, M. de Vauvilliers.

» Commissaire général des prisons, M. Sourdas.

» Police, laisser Cochon *, on y mettra Portalis ou » Siméon, si Baresseux est à la Justice.

1. Mémoires et correspondance de Mallet du Pan, recueillis par M. A. bayous, lome II, page 188.

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