DIVISIONS GÉOGRAPHIQUES DE L’ASIE EN 5 GRANDES PARTIES PHYSIQUES
Revers occidental du Grand- Plateau de l'Asie centrale avec les subdivisions gréographiques.
Turquie d’Asie.
Etendue — 6o,5oo lieues carrées — Population — ii,3oo,ooo habitans.
état présent. — La Turquie Asiatique, généralement d’une température délicieuse et d’un sol abondant, composa jadis une des plus belles portions de l’empire romain. Elle montrait alors des villes nombreuses parées de tous les agréinens des arts et resplendissantes de toutes les richesses du luxe. Les souvenirs dont est couvert cette terre classique, n’existent plus pour les habitans actuels, dont les mains dévastatrices ont fait disparaître tous les bienfaits de la civilisation, tous les charmes de la vie sociale. Les monumens sont en débris, les villages abandonnés, les campagnes livrées au brigandage, les villes remplies d’une vile populace, abrutie par l’ignorance et l’esclavage. Une égale obscurité enveloppe la gloire de vingt peuples qui jadis florissaient dans l’Asie occidentale; les troupeaux bondissent également sur le tombeau d’Achille et sur celui d’Hector; les troncs des Mithridates et des Antiochus ont disparu comme les palais de Priam et de C résus ; les marchands de Smyrne ne se demandent guère si ce fut dans leurs murs que naquit
Homère; le beau ciel de fJonie nïnspire plus ni peintres, ni poètes; un pasteur Arabe vient avec indifférence appuyer ses tentes aux colonnes brisées de Palmyre; b.ybylone aussi a succombé sous les coups du destin vengeur, et cette cité qui régnait sur l’Asie opprimée, laisse à peine après elle une trace qui puisse indiquer où s'élevaient les remparts de Sémiramis. A voir les murailles abattues, les fossés comblés, l’enceinte embarrassée de décombres de Jérusalem, on a de la peine à reconnaître cette fiére métropole, qui lutta jadis contre les empires les plus puissans et qui balança même les efforts de la puissance romaine. Tel est l’état présent de cet antique berceau du genre humain qui n'a besoin pour retrouver ses premières déstinées que d’un nouvel ordre de la providence qui y ranime la civilisation européenne.
-Le blé, la soie, toute espèce de fruits, d'immenses pâturages, couvrent presque sans travail une partie des plaines ; des raisins délicieux mûrissent sur les coteaux; des olives et des dattes renommées abondent dans les parties sablonneuses et d'immenses forêts chargent les montagnes.
Les principales villes sont alep (200,000 hab.), le rendez-vous des caravanes; damas (80,000 hab.) autrefois si célèbre par ses fabriques d’acier, où se rassemblent, selon M» Volney, tous les pélérins du nord de l’Asie, comme au Caire tous ceux de l’Afrique; la triste Jérusalem, qui possède à peine une population de 20,000 âmes; elle n'est pas tout-à-fait sur le même sol qu’autrefois ; le Calvaire, qui était hors de ses murs, est maintenant presque au milieu. C'est l'Empereur Adrien qui l'a fait rebâtir telle qu'on la voit aujourd’hui; smyrne, qu'enrichit le commerce maritime et que la peste dépeuple si souvent, ( 1 20,000 hab. ) ; angora (80,000 hab.; erzerum, près du Caucase et sur les frontières de la Perse ( 1 5o, 000 hab. ) ; dans la Misopotamie, mossoul, qui a remplacé l’ancienne Ninive; la grande et pittoresque bagdad, cet ancien séjour des Khalifes, ce théâtre de tant de fictions orientales, bâtie sur la rive gauche du Tigre, et accolée au sud sur l'Euphrate aux ruines de Babylone, dont la grandeur se trouve, depuis 24 siècles, dans un terrain parsemé de débris et de plantes sauvages, prés du florissant village de Hillah. 11 faut encore remarquer les ruines de Balbek ou Hei.iopolis, ou vallée de Baal , ville du soleil, au pied de l'anti- Liban, entre Damas et Tripoli sur la route de Tyr à Palmyre. Ce qui attire toute l’attention du voyageur, est le temple en ruines du soleil. Il est probable que cette ville fut fondée par Antonin le pieux; celles de falmvre. appelée par l'Arabe ïedmor ou tadmour, ville détruite sous l'Empereur Aurélien , par l'imprudence de la reine zénobie ( voy. PI. LIX). Il est très difficile de rendre toute la richesse, toute la magnificence de 1 architecture qu on voit encore dans l'immensité de ses ruines. La sensation d un pareil spectacle ne se transmet guère; mais il n’y a qu'à se peindre ces fûts si délicats , comme des colonnes dont la seule base surpasse la hauteur d'un homme. Il faut se représenter que cette file de colonnes de bout occupe une étendue de plus de i3oo toises, et masque une foule d'autres édifices cachés derrière elle. Dans cet espace, c est tantôt un palais, dont il ne reste que les cotirs et les murailles; tantôt un portique, un arc de triomphe, ou une galerie; tantôt un temple dont le péristile est à moitié renversé. Ici, de belles colonnes blanches forment des groupes; là, elles sont rangées en files tellement prolongées, que semblables à une belle avenue,
efles fuient sous l’œil dans le lointain. Si la vue s’abaisse sur le sol, ce ne sont de toutèto parts que fûts renversés, les uns entiers-, les autres disloqués et en pièces, des pierres immenses à demi -enterrées, des tombeaux violés. On en voit plusieurs aux environ* du temple de Neptune. L’architecture avait surtout prodigué son génie à l'extrémité dsces ruines, dans le temple du soleil, divinité de Palmyre. L’enceinte carrée de la. cour qui le renferme, a 679 pieds sur chaque façade; le long de cette enceinte intérieure règne un double rang de colonnes; et il est. à remarquer que ces deux façadesressemblent assez à la colonnade du Louvre, avec cette différence pourtant, que celles de Palmyre sont isolées, tandis qu’à Paris celles du Louvre sont accouplées. On ne peut, envisager ces monumens sans un mélange d’étonnement et d’admiration Au milieu de ces ruines vénérables, monument d’un peuple puissant et poli, par un contraste étonnant, on voit une trentaine de huttes de terre habitées par autant de familles misérar blés, dont toute l’industrie se borne à cultiver quelque peu de bled et quelques oliviers». Toute leur richesse consiste dans quelques chèvres et quelques brebis, qu’ils mènent paître dans, le désert..
On a réuni sur le premier plan de là planche quelques costumes dès peuples dë là Turquie d’Asie. A gauche, on remarque un de ces arabes bédouins des frontières, allant en quête du pillage. On voit à côté de lui sa femme et son enfant. Quoiqu’éloi-gnée du luxe de la civilisation, on pourra remarqùer que cette femme, à moitié nue • et couverte de lambeaux, porte à son cou, à ses oreilles et à son bras plusieurs oiv Siemens. Les tribus qui vivent dans le voisinage des Turcs sont sans cesse en guerreavec eux, et les malheureux cultivateurs deviennent les victimes de cette mésintelligence. Les Arabes coupent les moissons, enlèvent les troupeaux, interceptent les communications et le commerce, s’enfoncent dans le désert, et changent de campement suivant le besoin et les circonstances. Devant l’Arabe Bédouin on remarque deux femmes druzes occupées à écraser du bled entre deux meules. Cette manière de moudre
est fort en usage dans l’Orient et jusques en Sicile. C’est le véritable moulin antique. Il consiste en deux meules; celle de dessus est la plus petite; elle est percée d’un trou rond', dans lequel on verse du grain. On la fait tourner au moyen d’un bâton vertical, fixé à la circonférence ; un morceau de fer implanté au centre de là meule inférieure sert d’axe. Les Druzes qui sont tributaires de la Porte et qui, comme la prouvé le savant Volney, sont d’origine Arabe, ainsi que la plupart des autres habitans de la Syrie, sont un peuple cultivateur, dont' le Prince- ( hakem ou émyr) réunit les pouvoirs civil et militaire. Ils sont braves, et l’on sait que sous leur Émyr fakardin , ils résistèrent longtems aux armes othomanes; ils sont aussi hospitaliers et partageraient leur déruier morceau de- pain avec le passant affamé. Ils habitent les montagnes de l’Auti- Liban où il vivent répandus par villages, par hameaux et même par maisons isolées. La nation entière est agricole; chacun fait valoir son domaine dont il est le propriétaire ou le fermier. Les Lourdes ne pratiquent ni circoncision, ni jeunes, ni prohibition,^ ai fêtes, se marient de frère à sœur; en un mot n’ont presque point de culte. Cependant il faut en excepter une secte- nommée occai... A droite ou voit un de. ces
kdcrdes divisés en tribus répandues dans la Basse- Asie, voisine de la Perse, et qui habitent le pays connu sous le nom de Kourdistan. Leur gouvernement est féodal et assez semblable à celui des Druzes. Leur religion est un mélange de l’islamisme et de plusieurs pratiques superstitieuses, qui ont quelque rapport avec la religion des mages. “Plusieurs villages, dont chacun a son chef, ont adopté la vie errante des Turcomans et des Arabes; ils sont pasteurs et vagabons comme eux, mais leurs mœurs sont un peu différentes. Les premiers dotent leurs filles, les Kourdes les vendent. Ils font grand cas de la noblesse d'origine, et les Turcomans la dédaignent; ceux-ci ne volent point, et les autres passent pour des brigands. Le costume du kourde tracé sur le dessein fait par M.r Rosset dans le Kourdistan même, est d’accord pour le turban, avec celui qui a été donné par Niebuhr. Une particularité bien remarquable de ce costume, est le vaste manteau fait d’une étoffe extrêmement épaisse, qui les garantit des intempéries de l’air. A côté du Kourde , plus en arrière est représenté un arménien. Les Orientaux donnent aux habitans de l’Arménie (Arminyah) le nom d’AMEN et armeny. C’est le même peuple que les Grecs et les Romains ont appelé parthes. Les Arméniens forment à peuprès la douzième partie de la population de Constantinople. Presque tous marchands , quelques -nns font des affaires immenses et ont des -eorrespondans dans toutes les parties de l’Asie. On loue en eux un sens droit, leur prudence , leur habilité dans les spéculations commerciales, leur application continuelle et infatigable au travail, un fond de bonté naturelle qui les lie aisément avec les étrangers, qui exclut toute querelle entr’eux, pourvu que l’intérêt ne s’en mêle pas. Les défauts qu’on leur reproche sont ceux de presque toutes les nations, d’aimer la bonne chère, le vin et par -dessus tout l’argent; mais il faut dire à leur honneur qu’il n’est pas de peuple plus susceptible de sentirnens de religion et plus constant à suivre les pratiques du christianisme. Leurs églises sont les mieux ornées de tout l’Orient. Le premier Patriarche Arménien à son siège à erivan, dans le Korassan. La dernière figure à gauche représente un turc de damas , une des plus belles et des plus opulentes cités de l’empire Othoinan , et dont le Pacha est conducteur de la caravane sacrée de la Mekke, sous le nom d’Emyr Hadje. le manteau de feutre, qui sert de caftan au personnage est l’unique vêtement des baigneurs.
état ancien. — - Ce pays a été habité de toute antiquité. Nos livres saints sont se» premières annales, et les livres profanes s’accordent à le reconnaître pour la source des lumières et de la civilisation. Nemrod , Ninus, Sémiramis , les grands empires qu’ils ontélévés, ceux qui leur ont succédé, les héros de Troie, une multitude de fables grecques, la mémorable querelle des Perses, l’empire d’Alexandre, les Séleucides, les fameux Mithridate, la belle Reine d-e Palmyre , les brillans Khalifes de Bagdad, telle est -la foible esquisse des grands traits et des grands personnages dont ce pays a été constamment le théâtre depuis la première feuille de l’histoire jusqu'au jour fatal où la domination Turque sembla être venue lui faire expier sa longue célébrité.
Etendue — 120,000 lieues carrées — Population — 1 2,000,000' d’habicans.
état présent. — La péninsule d'Arabie, en quelque sort située au centre de l’ancieninonde, ressemble au vaste continent d’Afrique,, dont elle est voisine: elle offre dans le centre un désert immense persemé de quelques oasis sur les bords de la mer, où il pleut assez pour favoriser la végétation, on trouve de florissantes provinces: Phedjaz, le tehama et Pyemen, à l’ouest, et sur les rivages du golfe Arabique; Phadramaut, le seger , le mar-ah et I’oman , au S. E., et sur les. bords -de l’Océan -Indien; I'hedjer ou le bahrain au N. E» , et le long des rivages du golfe Persique., La. chaîne de montagnes qui borde la côte orientale du golfe Arabique,, acquiert dans PYemen une hauteur considérable: mais elle est dépourvue d’arbres.. L’intérieur parait être un plateau, dont la pente principale est vers l’est, et du côté du golfe Persique; le centre de ce plateau se nomme nedjed. La température de l’Arabie n’èst pas uniforme,, le vent qui souffle des déserts de l’intérieur, est sec; celui de la mer est humide;: c’est principalement dans le nord, ou dans le al-giuf et le al-dahna, qu’on- éprouve les effets désastreux de ce vent brûlant connu sous les noms de samiel,. simoom v sam oïl kamsin.. Ce fléau, n’est pas même inconnu dans quelques endroits de la Perse, des Indes, et de l’Espagne.. On explique ses effets funestes, en disant que Pair qui couvre lés plaines de la Lybie et de l’Arabie, ne trouvant ni lacs, ni ruisseaux, ni forêts, s’y échauffe puissamment par l’action, d’un soleil très-ardent sur les sables; et cela est si vrai qu’il ne règne heureusement que dans- la saison des grandes chaleurs. Les Arabes ont. l’odorat assez fin pour le reconnaître à son odeur de soufre. D’ailleurs un autre signe infaillible de ce vent, est que l’horizon , du point où il souffle, parait rouge et. enflammé,. Les Arabes se couchent: aussitôt ventre à terre, prétendant que la nature a appris aux animaux à. tenir la tête baissée dès qu’ils le sentent approcher. Les peuples actuels de l’Arabie composés de diverses tribus et morcelés en petites Souverainetés, forment aujourd’hui une association politique sans importance et sans but. Depuis quelques années la secte des- wechabites , nommée aussi weU^bis, sortie du Nedjed, parait vouloir changer, de face de l’Arabie,, en. cherchant à réunir les différentes tribus du désert en corps de nation.
On cultive en Arabie, le mais, l’indigo, le coton, et la plupart dés fruits d’Eüropeet des Indes. Mais ses célèbres productions indigènes sont le café, ('") l’aloès , le baume,, la myrrhe et l’encens; et l’on y nourrit de fameux chevaux estimés les premiers de la
*) Le café d’Arabie est le meilleur et le plus estimé; il est connu sous le nom- de iuora. On le cultive particulièrement à l’ouest des montagnes de 1 Hyemen. On croit communément qu un Moilach nommé choedely fut le premier Arabe qui fit usage du café , dans la vue de se délivrer d un assoupissement continuel qui ne lui permettait pas de vaquer à ses prières nocturnes. Ses derviches limitèrent, et leur exemple entraîna les gens de loi. Des bords de la nier rouge, cet usage passa à Medine et à la Mecque, et par les pélérins à tous les pays mahométans. Ce choedely est nouvellement le patron de Moka, où l’on à bâti une belle mosquée sur son tombeau, mais il l’est encore de tous les cafetiers, musulmans, qui font tous les matins mémoire de lui dans leurs prières. Ils ne l’invoquent pas, mais, ils rendent grâces à Dieu, d’avoir enseigné au genre humain l’usage du café, par. l’entremise de croeeelv,.
terre; le chameau, consacré aux lourds fardeaux et le dromadaire plus propre à la course.
Il est en Arabie deux villes célèbres médine, nommée yatrib par les Arabes, et la mecque. La première renferme le tombeau de Mahomet, la seconde fut son berceau. Cette dernière renferme de plus la célèbre kaba ou keabe, qui est la maison de Dieu. C'est un petit édifice carré, situé au milieu de la grande place, entourée d’arcades, dont la porte est du côté du sud, non pas dans le milieu, mais plus vers le sud-ouest. On y monte par une échelle qui s’emporte à volonté. Cette porte ne s’ouvre que deux fois par an, excepté dans les cas extraordinaires; encore n’est -elle alors ouverte qu’à des gens de considération, ou à ceux qui sont en rélation avec eux. Les Mahométans vénèrent si fort leur kaba, qu’en quelque lieu du monde qu’ils se trouvent, ils ne manquent jamais de se tourner du côté où ils la supposent, lors qu’ils font leur prière; et un bon musulman au lit de la mort dit avec calme à son fils: tournez-moi la tête du coté de la mecque, et il meurt ea paix. Tout vrai croyant est obligé de la visiter en personne ou par procuration, au moins une fois en sa vie.. Ce qui en fait un rendez-vous annuel de dévotion et de commerce. On assure que le réformateur abdul wehab a fait tomber ces deux villes sous ses coups, brûlé la Kaba et détruit le tombeau de Mahomet.
état ancien. — - Les Arabes sont un des premiers peuples dont nous parlent nos plus anciens livres. C’est une nation de tout teins intelligente et brave , qui n’a jamais subi le joug étranger, mais qui aucontraire a promené victorieusement ses lois et sa religion sous la bannière de Mahomet et des Kahlifes sur la moitié de l’Asie et de l’Afrique et une grande partie de l’Europe. Au 8.e et au g.e siècle, ils avaient fait de Bagdad le séjour des arts et des sciences, et lorsque nous croupissions dans la plus grossière ignorance, ces peuples brillaient en poésie, littérature, médecine, architecture, magnificence et galanterie. Le io.e siècle appelé le siècle de barbarie et d’ignorance, vit les Italiens, les Français, les Allemands, les Anglais se porter en Espagne pour y chercher chez les Maures des lumières entièrement éteintes dans leur pays,.