LA PERSE
Etendue. — 100,000 lieues carrées. — Population. — 10,000,000 d habitans, savoir: 6 millions pour la Perse-occidentale et 4 millions pour la Perseorientale ou l’Afghanistan.
état présent. — Les révolutions qui ont désolé la Perse, ont divisé cet empire en deux monarchies très distinctes auxquelles on donne le nom de perse -occidentale et de perse- orientale ou Afghanistan. Cette dernière a été séparée de la Perse en iy5o, par abdalla- ahmet-khan , chef Afghan, qui réussit à se former un état puissant aux dépens de la Perse et de l’Hindoustan. zemaun, actuellement régnant, suivant les dernières rélations, est le 3.e Roi de cette nouvelle monarchie. La Perse -orientale qu’on peut appeler aussi royaume de kandaiiar, ou empire des afghans, a pour villes prinoi—
pales kandahar , cabul ou kAbodl, demeure des Souverains et cachmyr , célèbre par ses schâls. La Perse-occidentale semble prendre une attitude stable sous une dynastie nouvelle. Fathali-chah la gouverne depuis 1796. Il a fait plusieurs guerres aux Russes; et pour mieux défendre contre eux les provinces septentrionales, il a établi sa résidence à tahiran ou Téhéran. Les provinces qui obéissent à son sceptre sont indiquées au tableau sommaire des états de l’Asie page 14.
Les Scheiks Arabes sur le golfe Persique lui payent tribut, et le Wali ou prince de Mekran lui envoie des présens respectueux.
Le plateau que forme la Perse offre de vastes plaines sans eaux, sans culture; des déserts plus vastes encore, imprégnés de sel marin; des montagnes couvertes de neiges; des vallons spacieux et bien arrosés; mais il ne présente aucun fleuve navigable; on y rencontre de gras pâturages, des vergers abondans en fruits suceulens; ici des villes en ruines, des villages inhabités et des champs abandonnés; là des pays cultivés, des villes populeuses, des villages nombreux, perdus sous des forêts de palmiers, défendus par des fossés, des murs de terre et quelques tours en brique. Les délicieuses vallées de la Perse sont comme une réunion de paradis terrestres, ceints par des monts élévés ou entourés par des solitudes stériles; les sommets des montagnes sont dépourvus diarbres et présentent un aspect nud et triste. Cette contrée éprouve toutes les variétés et les appositions des divers climats. Cependant cette description exacte pour la Perse en général, ne s’applique pas aux provinces voisines de la mer Caspienne, dont les districts montagneux offrent de tous côtés des aspects enchanteurs. La rareté des rivières est un des traits géographiques qui distinguent la Perse des autres contrées, et dans tout le continent de l’Asie, il n’y a peut-être que l’Arabie et le désert de Cobi qui en soient encore plus dépourvus. Dans les provinces orientales et méridionales de la Perse, le sol est en général léger et sablonneux; dans les parties occidentales il est dur, graveleux; au nord et dans les environs de la mer Caspienne, il est gras et riche.
Le riz, le blé , l’orge sont les principaux grains que l’on y cultive. Les fruits y sont délicieux. C’est la patrie de la pêche et de l'abricot. La Perse exporte à Astrakhan, en Russie et à Constantinople des lingots d’or et d’argent, de la soie écrue, des perles, des schàls, des tapis, des vins, du sel, du naphte, des chevaux et de l’essence de rose.
Les Persans sont gais, vifs, spirituels, instruits; leur secte de mahométisme ( celle d’Ali gendre de Mahomet), est indulgente et facile; ils parlent la langue la plus harmonieuse de l’orient et la plus favorable à la poésie. Aussi possèdent -il en ce genre de véritables richesses; ils ont entre autres les poèmes héroïques de ferduzi; le moraliste sadi et l’aimable hajtz, l'Anacréon de l’orient.
hxspahan , la capitale de la Perse avant ses dernières révolutions, comptait 600,000 habitans. On y compte encore 200,000 âmes, Téhéran sur le Jageron est la capitale moderne, depuis qu’elle est devenue le siège du gouvernement; elle compte déjà 60,000
âmes, tauris vient ensuite pour l’étendue, la richesse, la population et la magnificence. mésched , ville industrieuse, qui fait un commerce considérable du produit de ses fabriques de velours et de pelisses fourrées, surtout avec la Tartarie et le Kandahar. asterabao sur la côte méridionale de la mer Caspienne; c’est dans cette ville que se trouvent les trésors du roi. shiras est cité comme un des lieux les plus délicieux de la terre, et renferme les tombeaux d'Hafiz et de Sadi. C’est près de cette ville qu’on admire les ruines de l’antique persépolis composées d’un amas de palais, de temples, de galeries, de colonnades à demi -renversées couvertes d’inscriptions, dont on prétend que les caractères ont de l’analogie avec les lettres des Scandinaves. Au midi de Théhéran sont les ruines de la célèbre rev,- la Raghes des Grecs, la patrie d’Aroun-Rachid. hamadan, dans l'Jrak-Agemi renferme le tombeau d’AViCENNE , savant médecin Arabe qui naquit à Bokhara , en 980 de J. C. , et Ton croit que c’est l’ancienne ecbatane.
I.es principales villes à l’orientsont kandahar, lieu de passage pour aller de l’Inde dany la Perse et la Tartarie; hérat, autrefois aria, où sont les manufactures des plus beaux tapis, célèbre chez les poètes pour avoir donné le jour à l’émir aii-chir, grand homme d’état et le médecin de sa nation. Son commerce immense lui a mérité l’épithète de bender, port. Sa population est évaluée à 1 00,000 âmes; kabdi. , alternativement avec Kandahar, la résidence du Chah. Cette ville près de la source du Sinde ou Jndus est regardée comme la clef de l’Inde.
état ancien. — Ce pays classique réparait sans cesse dans nos premières études avec les grands noms de Zuroastre , Cyrus, Xerxès, Darius, Alexandre, les Parthes, dont l’empire succéda à celui des Saleucides; les Sassanides, jusqu’à ce qu’enfin les Mahométans viennent y porter une religion, des lois nouvelles, et le font rentrer alors dans l'histoire des révolutions modernes de l’Asie.
Costumes des Persans et des Guèbres , -
I.e vêtement influe beaucoup sur nos qualités physiques et morales. Le Persan doit peut-^tre à son habit plus simple, plus dégagé, moins ample, moins pesant que celui du Turc, tous les avantages qu’il a sur lui; les manières ^lus aisées, par exemple, les mouvemens plus accélérés, cette plus grande aptitude aux travaux manuels; cet esprit plus vif, ce jugement plus prompt, qui frappent l’étranger au premier pas qu’il fait en Perse. L’habit turc condamne peu à peu l’homme à l’inaction, en rend trop pénibles les mouvemens du corps; l’habit persan, au contraire, permet d'agir à l’instant,, suivant les conceptions de la tête, ou suivant l'instinct purement animal qui veille à notre conservation.
Les pièces dont se compose l'habillement d'un PeTsan sont i.° le zir-djaméh, espèce de pantalon très large, en toile de coton ou en soie, qui descend jusqu’à la cheville, s attache au moyen d’une coulisse faite a la ceinture, et qui noue par devant ; 2.0 le
pirahen , chemise en toile, qui se passe par-dessus le pantalon, et tombe un peu audessous des hanches; 3.° Perkalig, veste très juste , qui tombe jusqu’au bas du jarret,' et dont les manches vont jusqu’au poignet, mais sont ouvertes depuis le coude; le 4.0 caea, longue robe qui touche à la cheville, serre le corps jusqu’aux hanches, et boutonne sur les côtés. Le bagau. est . un autre espèce de robe qui se croise sur la pmi-
trine et se boutonne de coté jusqu'à la hanche; ce vêtement -ci së fait généralement de drap, d’étoffe, de schall ou de toile de coton que l’on double; on le porte l'hiver seulement; 5.° La robe extérieure, qui est toujours de drap, et que l’on ôte ou l’on met suivant la température; 6.° le chali-ke-Mr, ou schall de ceinture qui serre la taille par-dessus le caba, au-dessus des reins. A cette ceinture dont l'étoffe varie, selon la fortune de l’individu, s’attache le kandtar , espèce de couteau de chasse. Les Persans ont encore des pelisses d'étoffes très riches et garnies de fourrures; tel est le katédi , habit magnifique qui couvre tout le corps, et est garni de bordures en fourrures le long du dos, aux épaules, aux poignets et intérieurement. C’est de tout le costume persan, le vêtement le plus riche et le plus imposant; 7.0 le kourdi, espèce de justaucorps qui serre la taille, et dont les basques tombent sur les cuisses. La coiffure des Persans, quoique plus commode que le turban, ne donne pas moins de chaleur à la tête; c’est un bonnet, kula, fait d’une peau d’agneau à laine noire, courte et crépue, doublé en dedans d'une peau grisâtre moins fine, et qui se termine par une calotte de beau drap rouge ou bleu de ciel, ou même d'une simple peau blanche. La seule distinction qui existe dans ce genre de coiffure, consiste en un schall tourné au tour du kula; distinction réservée au Roi, aux Princes ses fils, à quelques nobles, aux grands officiers de letat, et aux magistrats.
Quant à la chaussure, les Persans ont trois espèces de souliers et deux paires de bottes; les personnes de qualité portent des pantouffles vertes; les autres sont de cuir rouge ou jaune; les paysans et les gens du peuple font usage d'un fort soulier de cuir ou de toile de coton matelassé. Des deux espèces de bottes, l'une a des grands talons, est très haute, et relevée au bout du pied; elle couvre toute la jambe. Les autres bottes sont plus petites et plus étroites; elles montent jusqu’au gras de la jambe.
Les Persans ont une grande estime pour la barbe; elle est l’objet constant des soins de leur coquetterie. En Egypte elle indique l’état de liberté; en Perse, l'esclave la porte aussi bien que le maître; on méprise trop la condition d'eunuque, pour se rapprocher d’eux par aucune ^narque extérieure. Les barbes noires et touffues sont celles qu’on estime le plus. Les Persans se rasent la tête deux ou trois fois la semaine. Une autre de leurs coutumes est de se peindre, par coquetterie, les ongles des pieds et des mains. Ils changent rarement de vêtement; ils se baignent souvent, moins par esprit de religion et de propreté que par goût et par plaisir.
Le costume des persannes est simple, sans cependant exclure la richesse , et se compose d’un moins grand nombre de pièces que l’habillement des femmes Européennes. Une Persanne ne se charge point, dans son intérieur, de beaucoup de vêtemens; dans sa coquetterie, elle parait attacher peu de prix à la beauté des formes. Un caleçon de velours épais, très - ample et doublé, tombe jusque sur ses talons, et dérobe a l'œil sa jambe entière. Sur ce caleçon, elle passe une chemise, fyrahen, de mousseline, de soie ou de gase, qui est ouverte en devant jusqu’au milieu du ventre, et peu se boutonner. Ordinairement elle met sur le pyrahen une ceinture en peau, recouverte de drap ou de soie, brodée et garnie d'une plaque d'or, d'argent ou de pierreries. Tel est
le costume cTété; celui d’hiver est le même, à l’exception des schalls dont les femmes s’enveloppent pour se garantir du froid. La chaussure est une espèce de babouche assez semblable à nos mules. Lorsqu’une femme sort, elle se couvre d’un manteau ou voile qui descend de la tête aux pieds , et cache sa figure avec tout le scrupule oriental.
L'habillement des femmes d’une classe inférieure a quelque chose de lugubre; il est ordinairement d'une couleur brune très foncée; le caleçon, la chemise, le voile sont d’un même drap. Ainsi vêtues, les femmes ont constamment l’air de faire partie d’un convoi funebre.
La planche LX présente à gauche des guèbres qui différent autant des Persans modernes par leur physionomie, que par leurs mœurs; ils sont petits et robustes, portent la barbe et les cheveux longs, et se couvrent la tête d’un bonnet de laine. Leurs vêtemens sont en toile ou en étoffe de laine et de poil de chèvre. Quant aux femmes la misère plutôt que la nature leur a donné les traits grossiers qui caractérisent la physionnomie de la plupart d’entre elles ; car il en est quelques-unes dont les figures sont gracieuses, délicates et spirituelles. Cette même misère a banni de leur esprit tout goût pour la parure et la coquetterie. Rien n’est si éloigné de la galanterie, si proche de la mauvaise grâce, que leur costume. L’agriculture est dans leur opinion le plus noble des arts, la profession la plus belle. Ils doivent cette croyance à la religion qu’ils pratiquent; elle leur enseigne que l’œuvre la plus méritoire auprès de Dieu, c’est d’engendrer des enfans, de cultiver une terre en friche, de planter un arbre. Les mœurs des guèbres offrent l’influence de leur genre de vie, de leurs occupations; elles sont douces et simples. Ils boivent du vin, et mangent de toute sorte de chair, à l’exception de celle de vache et de bœuf. Jamais ils ne s’allient avec les étrangers. Leurs prêtres sont appelés destour; ce sont les mages des Grecs: on nomme leur Pontife destour destouran , Destour des Destours; il réside dans une montagne à douze lieues de Yezd , et est assisté dans son ministère religieux, par plusieurs Destours, chargés, comme lui, d’entrenir le feu sacré- Les Guèbres évitent toujours avec soin de s’expliquer sur le culte qu’ils rendent, au feu: autrefois il était certainement relatif; peut-être qu’aujourd’hui l’ignorance l a rendu direct, et qu’ils adorent ce qui n'était, dans l’origine, que l’emblème de la Divinité- Lorsqu'ils prient ils se tournent vers le soleil ; toute prière faite dans une autre position est une idolâtrie. Le code religieux de Zoroastre se nomme zend - avesta- Ses Dogmes principaux étaient l’unité de Dieu; l’existence des deux principes; l’un bon, qrmouzd, créateur du monde; l’autre mauvais, ahriman, auteur du mal; l’immortalité de L’a me ;: un paradis et un enfer pour la vie future, avec différents degrés de béatitudes et de souffrances- Les Guèbres portent un grand respect aux morts; la manière dont ils les enterrent mérite d’être remarquée. Dans le voisinage des endroits qu’iLs habitent, ils construisent une tour de 55 a 40 pieds de haut, d’un diamètre très grand, sans entrée et sans couverture. Dans l’intérieur est un. escalier qui tourne autour du mur- Lorsqu’un Guèbre est mort, on porte son corps, dans une maison bâtie à cinquante pas de la tour; là , les prêtres remplissent quelques cérémonies avant de l’ensèvelir, l’ensèvelissent, l’introduisent dans l’intérieur de la tour, en l’élevant au moye*n d'une échelle, et le dcscen-
dent par l’escalier. Une espèce de fosse occupe le milieu de ce cimetière. Les morts y sont rangés les uns contre les autres, sans distinction d’âge, de sexe ni de qualité, couchés sur le dos, ayant les bras croisés sur l'estomac, près du menton, les jambes placées l’une sur l’autre et le visage découvert; ils conservent leurs vêtemens et reposent sur une espèce de lit formé d’un matelas et d’un coussin. On a soin de mettre près d’eux des bouteilles de vin, des grenades, des coupes de faïence, un couteau, et d’autres ustensiles dont la valeur est proportionnée à la richesse de la famille du mort. Le dernier plan de la planche représente la maison de plaisance (takti-cadjar), un des bâtiuiens les plus remarquables qu’ait fait élever fath-ali-chah , depuis qu’il occupe le trône. Si l'on n’y reconnaît point cette magnificence royale qui caractérise les édifices élevés sous le règne des Sophis, on conviendra néanmoins que la situation et plus encore la disposition de ce palais d’été, le rendent vraiment un lieu de délices. Vu de loin, le Takti-Cadjar, situé â 2 milles N. E. de Téhéran, parait être d’une élévation prodigieuse; mais à mesure qu’on s’en approche, l’illusion disparait, et ce qu’on prenait pour des étages d'un même bâtiment, n’est qu’une gradation de terrasses plus élevées les unes que les autres. L’entrée se compose d’une porte très -simple, surmontée d’un pavillon; après l’avoir traversée, on entre dans une vaste cour, dont le milieu est occupé par une allée principale bordée de chaque côté par de jeunes cyprès et des peupliers, et coupée, à angles droits dans son centre, par un canal de pierre. Ce canal conduit un ruisseau d’eau limpide qui forme, par des chutes bien ménagées, plusieuas petites arcades. La première terrasse supporte un bâtiment octogone , ouvert de tous côtés en arcades, et dont le plafond est soutenu par des colonnes. Le plancher découpé en plusieurs petits canaux, est traversé par un ruisseau qui vient du haut de l’édifice, et passe par toutes les terrasses, en formant plusieurs cascades. Cette petite habitation, bien que construite en grossiers matériaux, et assez mal décorée, a été élevée sur un plan parfaitement combiné pour préserver des chaleurs de Tété. Sous le bâtiment sont des chambres souterraines. De cette terrasse on parvient à une autre, sur laquelle repose une maison de plaisance, très grande, également bien disposée pour Tété, mais dont le plan est moins heureux. Le ruisseau dont il a déjà été parlé, traverse aussi cette maison, devant laquelle s’étend une nappe d’eau, carrée; cette terrasse conduit à plusieurs autres beaucoup plus élevés que la première, et dont le plateau est occupé par de simples réservoirs. Enfin on parvient à l’habitation principale, composée comme toutes les maisons des Persans, d’une cour carrée , autour de laquelle règne une rangée de salles et de chambres de dimension et usage divers. Mais l’endroit le plus agréable du Takti-Cadjar est un pavillon ou belvcder, qui en occupe la sommité. La structure en est simple, le décor précieux, la vue dont on y jouit ravissante. O11 a rassemblé dans ce lieu les œuvres des plus habiles artistes du pays5 en peinture, mosaïque et vernissure ; et ce qui est digne de remarque, on y trouve plusieurs portraits de femmes européennes, au milieu des portraits de I'ersaunes. Les glaces ont été peintes en perfection; les portes, travaillées avec un art infini, sont incrustées de citations de poètes, gravées sur ivoire.