IL REVEES MÉRIDIONAUX DU GRAND T P LA TE A U
INDE en-deça du GANGE.
Etendue — ■ 120,000 lieues carrées — Population — 60,000,000 d’habitans.
état présent. — » Sous le n om classique de I’inde les anciens et la plupart des modernes ont compris trois grandes régions de l’Asie méridionale. La première embrasse les contrées arrosées par l'Indus et le Gange, aujourd'hui désignées communément sous le nom d’HiNDOusTAN dans le sens le plus étroit (*). Au sud de la rivière de Nerbuddah commence cette espèce de péninsule que les Européens nomment quelquefois la presqu’île en-deça du gange, et que les Indiens appellent le décan , c’est-à-dire, pays du midi. L’ile de Ceylan et les Maldives, quoique séparées du Décan par des bras de mer, en forment un appendice naturel.
Les limites naturelles de ce vaste pays sont, au N. les montagnes d'Himmolaya , qui séparent le Bengale , les pays de l’Oude, de Delhi, Lahor, Moultan, Kachemire et Kaboul, de la Boukharie et du Thibet; à l'E., le Bourampouter ; au S., la mer; enfin à l'O. , le Sind et les provinces de Kaboul et de Moultan.
Le climat de l’Inde est très chaud, mais fort salubre; son sol est d’une fertilité prodigieuse; ses productions abondantes, variées et précieuses, entre autres lesdiamans, les rubis, les saphirs, l’ivoire, la myrrhe, les encens et les épices.
La population de l’Hindoustan se compose, i.° des hindous qui sont les indigènes, divisés, comme dans l’antiquité en 4 castes ou dchadi, dont chacune a des privilèges, des fonctions et des lois particulières; a) la caste des brahmans, c. à. d. des prêtres, savans, jurisconsultes et fonctionnaires; b) celle des chatri , tschatert , kchteri ou kottri, c. à. d. des enfans des rois, parce qu’ils se regardent comme les descendans des anciens rois Indiens; ils sont destinés à l’état militaire; il sont soldats nés.- Dans le centre de l’Hindoustan on leur donne le nom de radchapoutes ; c. à. d. de fils de princes; et on y donne en général le titre de radcha ou rajah à tous les chefs 04 seigneurs, dans le Décan, les chefs des naïres sont des chevaliers de cette caste; c) celle des vaichies, beises ou vassiers. Ses fonctions sont l’agriculture, le jardinage, l’éducation du bétail et le commerce des productions de la terre et des objets manufacturés. Les marattes sont généralement de cette caste. Ce peuple guerrier encore inconnu aux Européens il y a cent ans, possède actuellement, après avoir renversé l’empire du Grand -Mogol, le plus vaste état libre de l’Inde. Les Marattes se divisent en orientaux, cap: nagfour, et en occidentaux, cap: pounah.
*) Les Indes, les grandes Indes ou les Indes occidentales comprennent dans le stus le plus étendu 1 Asie méridionale entre la Perse et la Chine les deux prèsqu’îles en - deçà et au-delà du C-ange, et toutes les îles de l’Océan Indien depuis les Laquedives jusqu’aux Mananes , et quelquefois aussi la Chine et le Japon.
Lorsque les Vaichies se livrent au commerce, surtout dans les pays étrangers, ils portent le nom de banians; d) celle des soudeks, choutb.es ou tchoutbies; c. à. d. les artisans et les ouvriers. — Dans les divisions ignobles sont compris les baeum -sunkeb , les pabriahs, que les Hindous ont rejetés de leur société, et qui par conséquent sont obligés de vivre dans les lieux solitaires, de fuir à l’aspect d’un Hindou, de marquer leurs fontaines par un entourage d’os d’animaux et de se livrer aux occupations les plus dégoûtantes. En revanche ils peuvent manger de tout et entrer au service des Européens. Les races provenues du mélange des Hindous avec les nations venues de l'étranger, sont les aschamiens et les chingalais (anciens habitans de l’ile de Ceylan ) ; les seiks se sont également séparés des Hindous. Ce peuple guerrier et entreprenant, qui domine principalement dans î’Hindoustan-Sindétique a pour religion un Brahmisine réformé qui ne date que du i5.e siècle.
a.° Les afghans ou patanes, dont les rohillas ( c. à. d. habitans des montagnes) sont une branche.
3.° Les mongols, descendons des anciens conquérans; ils sont mahométans, de la secte d'Omar.
4.0 Les parsis ou guèbres, qui sont des Persans fidèles à l’ancien culte et réfugiés dans les Indes, où ils ont conservé la religion de Zoroastre, les mœurs et les costumes de leurs ancêtres, malgré le cours des siècles et les révolutions de leur patrie.
On y trouve en outre des perses, des arabes, des arméniens, des chinois, des juifs, des Européens, surtout des anglais des portugais, des français, des espagnols, des Danois, etc. La religion propre des Hindous et qui s’est répandue fort au loin dans l'Asie, est le brahmismg. brahma en est le dieu, les vedas en sont les livres sacrés et le sanscrit la langue servante. ( voy. page 8 1 , première partie.)
L’Hindoustan contient 6o millions d’habitans , dont 40 millions sont dominés par les Anglais, qui possèdent en toute souveraineté les trois cinquièmes des états de cette vaste contrée; et les potentats qui figurent encore sur des trônes dans les deux autres cinquièmes ne peuvent y être considérés que comine les vasseaux et ont des garnisons anglaises dans leurs capitales.
Les principales villes de l’Hindoustan sont; delhy, autrefois la capitale de l’empire du Mogol. Cette ville que quelques uns croient avoir été le siège du Royaume de Porus vaincu par Alexandre, dans le tems de sa splendeur, s’étendait jusqu’à une distance de 3o milles anglais. Elle fut saccagée en 17J8, par Schah -Nadir, et dépouillée de ses trésorts, qu’on évalue à plus d‘un milliard, et parmi lesquels on cite des collections de diamans , un trône en or massif chargé de pierreries et des statues d’éléphans en or ciselé. Les Afghans et les Marattes achevèrent de ruiner cette ville. Cependant elle possède encore, selon M Legoux de Flaix, plus de 1700,000 habitans et un grand nombre de monumens. Le plus beau est le palais Impérial, dont les salles brillent d’or, dazur et de toutes sortes d’ornemens. Dans l’un des palais qui ornent les vastes faubourgs de Delhy, on voit encore, selon M. Legoux, le fameux trône du faon que selon d’autres Nadir -Schah fit enlever. Ce trône, Je forme ovale.
dit Je même auteur, est posé sous un palmier qui l’ombrage de ses feuilles; un paon . perché sur l'une des dernières palmes, étend ses ailes, comme s’il voulait en couvris* celui qui est assis. Le palmier et le paon sont d'or, les ailes et les branches ou palmes sont d’une telle légèreté, que l’on s’imagine les voir obéir au souffle des zéphyrs et se balancer au gré de leur douce haleine. La queue et les ailes du paon , qui sont étendues, étalent les plus superbes émeraudes. Les fruits du palmier, recourbés sur les pétioles des grappes, sont d'une si grande vérité, qu’on tendrait volontiers la main pour les cueillir; ces grappes sont figurées par les plus beaux diamans de Golconde.
Agra dans la soubabie d'Agra, ville très grande. Il ne reste plus à cette capitale qu’un petit nombre de tous ses inonumens, dans lequel on distingue le palais d’Akbar, un ries plus beaux édifices de l’Asie.
Patna, capitale du Bahar, ville très grande et bien peuplée, sur la rive méridionale du Gange.
Bénakès, ville peuplée de 58o,ooo âmes, capitale de la province de ce nom, dont le sol classique des muses Indiennes, jouit d'un ciel toujours serein, qui n’est jamais obscurci par le moindre nuage, et où la rosée de la nuit suffit à la fertilité; ensorte que l'on y récolte 3 moissons par an et que les arbres se chargent autant de fois des fruits les plus délicieux. On admire encore à Bénarès l’observatoire astronomique, fondé par le Rajah Djessing. L’affluence des pélérins entretient toujours le commerce de cette ville dans un état florissant; et les études y attirent un grand nombre de jeunes Hindous. On évalue les affaires qui s’y font à 2 milliards de francs.
Calcutta, capitale du Bengale (*) et de toutes les possessions anglaises dans l'Inde. C’est le siège du gouvernement général et de la première présidence. Elle compte actuellement 700,000 habitans.
Nepoul , dont la population est estimée à un demi -million.
Pounah , capitale des états Marattes, résidence du peichwa, et dépôt des richesses de ce peuple belliqueux.
Hydrabad, ville très étendue, résidence du Nizam ou Soubah du Décan , qui était anciennement gouverneur d’une partie de l’empire Mogol; mais qui ayant refusé l’obéissance à l’Empereur, s'érigea en souverain des états confiés à son administration. Dans la suite sa puissance et son territoire furent considérablement diminués par les Marattes et les Mysoriens , et surtout par les Anglais. Goj.cosnE, capitale de l’ancien royaume de ce nom, aujourd’hui elle est presque déserte.
Jagrenat ou Jagkenaut, dans la province de Kattak, fameuse par les pélérinages qu’y attirent 5 grandes pagodes, dont les tours se voient de loin dans la 111er. La pyramide qui couronne l’entrée de la principale pagode a 544 pieds de hauteur; elle est toute chargée de sculptures. La plus belle pagode est bâtie sur un grand rocher de pierres granitiques, dont plusieurs ont 10 à 12 mille pieds cubes. L'idole, sculptée en bois, a des yeux de diamans. Au milieu du temple, à la hauteur de 70 pieds de la terre, on voit sortir du mur un énorme bœuf en pierre. Les 5 grandes pagodes sont
') Cette province a été omise dans la topographie sommaire des états de l’Asie; elle vient après le lierai dans l’accolade des provinces qui composent l’Hjndoustan central , page l5.
entourées de murs construits en grosses pierres noires sans mortier. Les pèlerinages ont accumulé dans cette ville des richesses énormes. Au commencement du dernier siècle, les impôts levés sur les pélérins, par le Rajah du pays, et les dons faits aux Brahmans , rapportaient annuellement environ 1,800,000 francs.
Madras, siège d*une présidence et d’un gouvernement, une des plus belles villes Européennes de l’Inde, avec plusieurs beaux établissemens, peuplée de 3ôo,ooo habitons, capitale du Jaghire de Madras, ou du Circar.
Seringapatam ou seringapatnam, dans le Mysore, ville forte, résidence du Prince vassal des Anglais, peuplée de 3a, 000 âmes, de i5o,ooo qu’elle en avait; elle renfermait des trésors immenses, une grande bibliothèque et d’autres objets très curieux, dont une partie a été transportée en Angleterre (en 1 799 et 1 800 ) , après que le Sultan tippo-saïb, fils d'HYDER aly, se fut ensèveli sous les ruines de sa capitale, dont la trahison avait ouvert les portes aux Anglais.
Surate, une des plus grandes places de commerce de l’Inde. Elle a 3 lieues de tour et renferme de beaux édifices. La piétié indienne y a élevé plusieurs hôpitaux pour les animaux, y compris les punaises et d’autres vermines. Sa population est de 600,000 habitans. La classe des bayadères ou danseuses y est très nombreuse.
Bombay, dans une île de ce nom, siège de la 3e. présidence anglaise, ville très grande, peuplée de 200,000 âmes, avec un port qui passe pour un des meilleurs de l’Inde. C'est l’entrepôt général des marchandises arabiques, persiques et indiennes. Près de Bombay se trouvent les îles de salsette ou canarin et elephanta anciennement appelée kaiabouri; cette île n'est qu’un assemblage de montagnes; son nom actuel lui vient de la figure d’un éléphant qu’on voit taillée en pierre noire dans un coin de l’ile, au pied d'une montagne. Cette île est fameuse par les nombreuses pagodes et autres monumens Indiens qu’elle renferme. La plus remarquable en est la caverne auprès de laquelle est l’éléphant dont nous venons de parler. Cette caverne est taillée dans le roc; la voûte en est soutenue par une colonnade également dans le rocher. Sur les murs sont sculptés des figures gigantesques; on y remarque, entre autres, un homme d’environ 17 pieds de haut, et muni de 4 bras; à sa gauche il y a une femme de la hauteur d’environ 1 5 pieds; à côté de chaque groupe, il y a une petite chambre noire. Les Portugais ont détruit une partie de ce monument curieux.
Goa, ville belle et très -commerçante, résidence d’un vice -roi Portugais, et ornée de palais et de beaux édifices.
Calicut, port Indien où aborda Vasco de Gama.
Cochin , qui a un roi particulier, mais soumis aux Anglais, sur la côte de Malabar; ce fut dans cette ville que mourut Vasco de Gama.
Pondichéry, sur la côte de Carnate, aux Français.
Candy, capitale de l’ile de Ceylan , ville prise par les Anglais en 181 5; c'était la résidence du Roi.
Tkinquemale, port principal de l’île qui est habitée par les Chingulais ou Cyngalais, race originaire de llnde. Au sud de Candy s’élève la célèbre montagne appelée ne
«Fadam, de forme conique, visible à 3o et quelques lieues, au sommet duquel on montre une pierre où se voit l’empreinte d'un pied gigantesque. C’est, selon les uns, celui d'Adam; selon les autres, celui de St. -Thomas; mais les indigènes veulent que ce soit un vestige de Bouddha, qui, après 999 métamorphoses, s’élança de ce lieu vers les demeures célestes. Les peuples de Ceylan , de Pégu, de Siam, de Malaka, accourent en pelérinage auprès de ce monument sacré.