‹ Porte-feuille géographique et ethnographiqueChapitre 18 sur 167 · DIVERSE SITUATION DES HABITANS DE LA TERRE · texte numérisé non relu

DIVERSE SITUATION DES HABITANS DE LA TERRE

La différence des longitudes et des latitudes a pareillement donné lieu aux géographes de diviser les habitans de la terre en trois classes, en périœciens, en antœciens et e» antipodes.

i*° Le?s périœciens, cest-a-dire, habitans autour, sont les peuples qui demeurent sous le même parallèle, mais sous deux méridiens opposés; tels sont les peuples de Mexico et ne Suraté; d ou il s ensuit qu ils ont meme latitude dans le même hémisphère, même pôle, même climat, même zone, et par conséquent mêmes saisons de l'année. Mais ils

diffèrent en longitude de 1 8o°, et ont, à cause de cela, les heures opposées ; les uns ont midi, quand les autres ont minuit.

2.0 Les antœciens, c’est-à-dire , habitans de deux côtés opposés, sont ceux qui ont line même longitude, mais sous deux parallèles opposés, également distants de l'équateur; tels sont les peuples du cap de Bonne-Espérance et ceux du cap Matapan. Ils ont même zône, même élévation du pôle, mais dans différens hémisphères; ils ont aussi en même tems midi et minuit, mais leurs saisons sont contraires; quand les uns ont l'été, les autres ont l'hiver et vice versa, et quand les uns ont leurs plus longs jours, les autres ont leurs plus longues nuits.

5.° On appelle antipodes les peuples qui sont distants de tout le diamètre de la terre, comme qui dirait presque pied contre pied , et le Zénith des uns sert de Nadir aux autres. Ils ont même climat, même zône, latitude égale et non la même, c’est-à-dire, dans ddifférens hémisphères; mais ils diffèrent en longitude de i8o°. Ils ont tout opposé, heures, jours et saisons.

On voit par ce que nous venons de dire, que les Périœciens ont les mêmes saisons et les heures contraires; que les Antœciens ont les mêmes heures et les saisons contraires, et que les Antipodes ont les heures et les saisons contraires. Les anciens ne pouvaient se persuader qu’il y eut des Antipodes. Cette idée, qui semble renverser à notre égard les habitans de l’autre hémisphère, a embarrassée longtems les anciens philosophes, qui ne pouvaient comprendre que cela fut ainsi. Pline en parle comme d’une chose douteuse. Cette difficulté n’était pas encore levée dans le huitième siècle. Virgile, prêtre associé à St. Boniface pour prêcher en Bavière vers l’an 745, plus savant dans les mathématiques que ne l’étaient les chrétiens de son tems, ayant dit qu'il y avait des Antipodes, fut accusé devant le pape Zacharie, comme s’il eut soutenu qu'il y avait un autre monde, une autre lune etc. Jusqucs-là on ne pouvait encore agir que par conjecture dans la question du fait, mais heureusement nous ne sommes plus dans ces tems d’ignorance. L’expérience a fait connaître aux hommes, depuis plus de deux cents ans, que la terre étant ronde, est habitée dans ses parties diamétralement opposées, et les découvertes plus récentes, qui ont enrichi la géographie d’un troisième monde, ont placé les Antipodes de Paris et de Londres au Sud-Est de la Nouvelle- Zélande dans le grand Océan.

Page 1