PEUPLES DU CAUCASE
Des montagnes qui, dès l’origine du monde, n’ont point été frappées par les rayons de l’astre du jour et ne connaissent d'autre éclat que celui des neiges éternelles qui couvrent leurs flancs : un plateau qui, par sa hauteur presque incommensurable, semble défier le ciel, des pics, des rochers, des précipices dans le voisinage de riantes campagnes et de champs élisiens: la pauvreté, la misère et le goût du brigandage à côté des paisibles et utiles habitudes du cultivateur: les rugissemens des tigres à côté des chants rustiques des bergers: tel est l’aspect du mont Caucase. Ce pays si renommé d’ailleurs par la fabuleuse antiquité, par la guerre des géants, par le supplice de Prométhée et les mythes de Phryxus et de Jason , a subi tant de dominations différentes, qu'il est impossible de demêler la véritable origine des peuples qui l'occupent de nos jours. La Russie est actuellement la puissance dominante de la vaste chaîne du Caucase; nous en avons indiqué les peuples à la page 68. Depuis la domination des Mameloucs en Egypte, on transportait dans cette contrée de l’Afrique beaucoup de Circassiens, d'Abasses, de Mingréliens et de Géorgiens, qui y recevaient une éducation guerrière et formaient cette célèbre milice, qui, après des prodiges de valeur, s’est vue réléguée dans la haute Egypte, d’où elle a été récemment chassée par le pacha Mahemed-Ali, qui l’a poursuivie au-delà des Cataractes et la contrainte à chercher un refuge à Dongola.
Les peuples les plus civilisés du Caucase sont les Géorgiens *) et les Circassiens de la Kabardie, parmi lesquels on retrouve l'ancienne éducation des Arabes et des Egyptiens. Quoique le sol de la Circassie soit extrêmément fertile, quoique les productions en soient très-précieuses, quoiqu’elles fournissent une race de chevaux presque aussi estimés que ceux de l’Arabie, ce n’est pas par ses productions territoriales et par ses richesses que la Circassie a paru aux Russes et aux Ottomans une conquête si précieuse. La réputation de beauté et d’agrément des Circassiennes , réputation généralement établie même en Europe, le désir de posséder un pays dont les femmes sont vendues au poids de l’or dans toute l’Asie, ont fait ambitionner à la cour ottomane la conquête de la Circassie et ont été la cause première de ces guerres, qui pendant plusieurs siècles ont ravagé un pays que l’on peut regarder, par la fertilité de son sol et par la beauté surprenante de l’espèce humaine, comme la plus belle contrée de l’univers. L’hitoire, les voyageurs, les romans, n’ont rien dit de la beauté des Circassiennes qui ne soit encore au-dessous de la vérité. Elles sont recherchées partout; elles régnent dans tous les sérails de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe. On conçoit sans peine, qu'un peuple qui regarde la beauté comme une marchandise, ne puisse en faire sa compagne, ni Aoir dans le mariage une société indissoluble; aussi les Circassiens ont-ils plusieurs femmes et en changent-ils à volonté; cependant la première épouse a toujours sur les autres un empire que rien ne peut anéantir, et qu’elle conserve jusqu’à la mort. Le prix ordinaire d’une belle Cireassienne jeune et rousse, va ordinairement de 8 à îo mille piastres.
Voyez le mot Tejlis , page t2i.
La figure placée à droite (pl. XXXVII) devant une jeune Circassienne, représente un Circassien de qualité dans son costume ordinaire. Il porte des chaussons de maroquin rouge garnis de tresses en argent, des pantalons de drap garnis de même, un habit dedessous d’étoffe de laine blanche, qui descend jusqu’aux mollets; un habit de-dessus comme les pantalons, qui descend jusqu’aux genoux; à droite et à gauche, sur la poitrine, 4 chasses de patrons, en maroquin rouge brodé en argent; une ceinture serrée au-dessus des hanches, faite d’une courroie ornée en argent et à laquelle pend un sabre courbé dans le sens du tranchant, et dont le fourreau est recouvert d'étoffe de diverses couleurs ; un bonnet matelassé en drap blanc garni d’argent, ayant la forme d’un melon; il tient une longue pipe turque à la main.
Le Circassien de la basse classe diffère peu du premier par son costume. Il porte un gilet d’étoffe de diverses couleurs, des bas de gros drap, des chaussons de cuir noir, un habit blanc de-dessus, un autre par-dessus, également en gros drap avec des chasses de patrons; au ceinturon un sabre et un briquet; un manteau de feutre a long poil (Barka) , pour se garantir du froid et de la pluie. Il ne sort pas du village sans être armé du moins d'un bâton garni d’un gros pommeau de fer et un stilet à côté du sabre.
On remarque à la jeune Circassienne une chaussure particulière faite en forme d'échasses; elle porte des chaussons de maroquin rouge; la robe de-dessous est en soie avec des brandegourgs en argent; la robe de-dessus, qui est de la même étoffe, avec des manches fendues (qu’on laisse pendre sur le dos en été), se boutonne également par-devant. La chevelure, qui sur les faces est coupée, jusqu’au bout de l'oreille, forme une longue queue recouverte d’une étoffe blanche en coton, terminée par un nœud de ruban. Sa tête est couverte d’un bonnet à la circassienne garni de tresses.
La même planche représente un Circassien armé. Il est vêtu d’une culotte courte garnie de franges noires aux genoux; de bas faits en drap d'un brun-clair et de chaussons de maroquin rouge garnis de tresses; d’un habit de-dessous, semblable à celui du Circassien de qualité, mais recouvert d’une cotte de mailles faites de petits anneaux du plus bel acier poli, laquelle descend jusqu’aux milieu des cuisses; par-dessus une courte chemisette blanche; les bras sont également recouverts d'un filet d'acier, attaché par des bandes du même métal, et de grands brassards d'acier poli vont jusqu'au-delà des coudes. Le filet d'acier qui couvre toute la main, est ici retroussé, et laisse voir la doublure de maroquin rouge brodé en argent; au ceinturon, à droite, pend un carquois de maroquin rouge garni d'argent, et à gauche on remarque le poignard, le sabre et l’arc dans son étui de maroquin. Par-dessus le petit bonnet rond doublé, le Circassien porte un mantelet orné au sommet de bandes de maroquin brodées en argent, en guise de plumet; il tient à la main droite un fouet qui remplace les éperons.
Le cavalier représente un prince de Circassie en armure coinplette. Son costume' ne diffère du précédent qu’en ce qu’il est sans la chemisette de-dessus.