‹ Portefeuille archéologique de la ChampagneChapitre 25 sur 82 · COS8EH\EE AU TRÉSOR DE LUOTEL-DHEU DE TR0TE · texte numérisé non relu

COS8EH\EE AU TRÉSOR DE LUOTEL-DHEU DE TR0TE

Cette Croix est un ouvrage d'Orfèvrerie d'un goût exquis. Je laisserai dire à d'autres si la eopie qui le reproduit est digne de l'original. La confrontation est facile.

La Croix proprement dite est en vermeil. Le pied sur lequel elle est posée, bien que délicatement travaillé, n'est qu'en cuivre doré. C'est un octogone irrégulier, oblong cl élevé sur quatre grifles de lion.

La figure du Christ est en argent, sans dorure; ses bras sont largement étendus.

Le Christ , dans celte position , semble vouloir embrasser le monde , qu'il a racheté par son sang: cette attitude est le cachet des artistes de l'école catholique; comme l'usage contraire, qui resserre les bras du CruciGx et les porte au-dessus de la tôle, indique l'hérésie qui professe que Jésus-Christ est mort seulement pour quelques hommes privilégiés, le petit nombre des élus.

la ccinlure du Chrisl, qui le serre à mi-corps et descend jusqu'au-dessous du genou , est en or. La chevelure est de même couleur. La tôle du Sauveur n'a p;is la couronne d'épines; elle est surmontée du nimbe crucifère, symbole de la sainteté divine. Les croisillons du nimbe sont en or, inscrits dans un émail de couleur bleu de ciel.

Quatre fleurons, se rapprochant beaucoup, par leur forme, de la fleur de lys. forment les quatre extrémités de la croix , savoir : le sommet , le pied et les deux bras. Chaque fleuron a, h sa base, un émail de couleur bleue ; la partie supérieure, composée d'une lancette et de deux feuilles tombantes, est ornée de pierres

(.) Voir Orjhrtri; Pbocbe i".

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gravées. Le* figures symboliques des quatre Évangtlistes sont repré-se niées scr les «-maux des quatre fleurons. La face humaine, attribuée à saint Mathieu, o; aux pieds du Christ; l'aigle de saint Jean, à la tète; le lion de saint Marc, a la droite; le bœuf de saint Loc. à la gauche. Chacune des figures apocalyptique et nitnbéc. A chacune (Telles est attaché un liston, sur lequel est inscrit mol : Ave. Cette parole d'adoration et de salut s'adresse évidemment à La Croix et doit se compléter ainsi : 0 Crux, are. Le mot Crux a semblé inutile, en pr»-nence de la Croix elle-même.

La suppression du mol Crux a été faite, dans un cas semblable, au sceau épiscopal. renouvelé de l'antique, de Monseigneur Dupanloup, évèque d'Orléans. Le prélat, prosterné au pied d'une croix, qui en occupe le centre, la salue par ce> mots inscrits sur une bandcrollc flottant au-dessus de sa tétc : Ate, tpet uniea.

Dans la lithochromic de la Croix . l'Artiste a donné aux figures symboliques des quatre Évangélisles la couleur jaunâtre de l'émail qui révélait jadis le fond d'argent. La dégradation faite par le temps ou toute autre cause a mis l'argent à découvert. On remarque pourtant quelques restes d'émail de couleur jaune , que l'Artiste a cru devoir rétablir dans son dessin.

Les pierres qui décorent l'extrémité des fleurons ont-elles quelque valeur? Je l'ignore. Je laisse aux amateurs et aux lapidaires le soin de les apprécier, a prix d'or ou d'argent. La plupart ont la couleur du rubis; quelques-unes sont gravées et portent des figurines. On remarque, entre autres, une tête de femme couronnée d'un diadème à dents de scie, un bouc, un agneau, et deux lettres enlacées, comme deux A l'un dans l'autre, formant à peu près le chiffre de la sainte Vierge. Chaque fleuron est un reliquaire qui s'ouvre au moyen d'une charnière. Le fleuron placé sous les pieds du Christ en a deux. L'un des deux est une croix saillante, destinée, sans doute, à une relique de la Vraie-Croix. Une parcelle de ce bois précieux semble y être déposée.

Quel est l'Auteur de ce chef-d'œuvre? — Voyez le revers de la Croix, une légende va vous révéler son nom :

Frater Petrut Froberii, magùter Domit Dei Trecetuit, fecit kanc Cmcem. Frir» Pierr. de Frotar, do U Mm-IIh II Trojw, t Ut Nft Cnfa.

D'après Courlalon, comme on le peut voir en sa Topographie historique de la ville et du diocèse de Troyes, sous les Utres Hôtel-Dieu-lc-Comte et Hôpital

df Saint-Bernard, on donnait le nom do maître do l'Hôtel-Dieu soit à un Administrateur chargé du temporel, soit à un Lcolésiasliquc chargé du spirituel.

Le nom de Frère, que prend ici l'Artiste , semble indiquer un religieux non prêtre. A ce titre, il a pu avoir le gouvernement temporel de l'Holcl-I»ieu , et l'autorité spirituelle sur les religieux hospitaliers qui desservaient le quartier des hommes.

Au-dessus de la légende, à la partie supérieure qui correspond au nimbe du Crucifix, est figuré- l'agneau, symbole de Jésus-Christ, immolé pour les péchés du monde. Cet agneau est de couleur blanche, symbole de pureté; il porte, dans un nimbe de couleur de sang, une Croix d'or, emblème de la charité. Arrêté sur trois pieds en un pré de verdure, son regard se porte sur une Croix qui semble lui traverser le corps et qui s'élève au-dessus, avec un pavillon flottant.

L'Artiste dessinateur attribue au XIII* siècle la Croix de l'Hotcl-Dieu. La perfection du travail est digne de cette époque et la forme de l'instrument sacré n'y répugne pas. Un jour, peut-être, un document historique tiré de nos archives viendra-t-il, en nous donnant des détails sur Pierre de Frôler, nous indiquer, au plus juste, la date de la Croix de l'Hotcl-lhcu, que nous admirons.

F..-N. Tridon.

PtrirfmSb «ni,,. ■l.çtyurXhip. VII.

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