‹ Portefeuille archéologique de la ChampagneChapitre 32 sur 82 · DIVERS MONUMENTS D'ORFÈVRERIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

DIVERS MONUMENTS D'ORFÈVRERIE RELIGIEUSE

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Au moyert>-age, où les richcsmélaux eia.«ui loin d'être abondants, cl se trouvaient mis en œuvre et pour ainsi dire interceptés dans les opulents trésors des Princes et des Grands, les orfèvres ne dédaignaient pas d'appliquer leur art le plus délicat au fer cl au cuivre, à l'égal de l'or et de l'argent. C'est pourquoi nous pouvons classer sous le litre d'orfèvrerie une foule d'objets exécutés en métaux communs , que nos orfèvres, aujourd'hui, trouveraient tout au plus dignes des métiers secondaires.

Nous n'avons pas la prétention d'écrire l'histoire de l'orfèvrerie, à propos de quelques objets que le Portefeuille archéologique a cru devoir reproduire, et cependant il nous parait impossible de ne pas faire précéder leur description de quelques considérations sur un art qui tint une si grande place au' moyen-âge , et qui se lie intimement à son histoire. En faisant deux parts de notre sujet , nous pouvons mettre de côté celle qui. ne relevant que de la vanité humaine, lui a dans tous les temps fourni un supplément de mérite ou d'attraits , eV nous contenter d'apprécier sérieusement des objets inspirés par un sérieux hommage. Ce n'est toutefois pas sans quelque regret.

Déjà nous avons côtoyé l'orfèvrerie dans ce qu'elle a de plus charmant et de plus mobile , alors que, destinée à satisfaire la passion de plaire , eHe se transforme en séduisantes cl folles fantaisies, pour suivre- la mode ou répondre à l'idéal d'un instant, rapide comme le caprice et fugitif comme lui.

Un jour, peut-être, trouverons-nous l'occasion de montrer que notre France qoi, par ses institutions chevaleresques-, porta si haut le culte des femmes, en les faisant présider à tous les actes de sa vie sociale cl trôner en souveraines dans toutes ses fêtes, a reçu d'elles, avec la tradition élégante d'une civilisation qui paraissait perdue, la vaillance, la courtoisie, la délicatesse de l'esprit et celte verve spirituelle qui se reflète dans toutes ses œuvres d'arl et leur assure la prééminence dans le monde.

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L'art de l'orfèvrerie fut en grand honneur dans l'antiquité , ainsi que nous l'apprennent les écrits des auteurs anciens, plus encore que les rares monuments qui sont arrivés jusqu'à nous. Le triomphe de la religion chrétienne lui donna un nouvel essor, et nous savons par le Lib< r Pontificalit d'Anastasc |e bibliothécaire, que Constantin, ovant de transporter en Orient la capitale de son empire , combla les églises de Rome de présents magnifiques ; c'étaient des croix d'or du poids de trois cents livres, des patènes d'or, des calices d'or, des fonts baptismaux , des devants d'autels en métaux précieux , des encensoirs d'un poids considérable et jusqu'à des statues d'or et d'argent.

Les artistes les plus habiles s'étaient fixés à Constanlinoplc; sous leur impulsion les arts de luxe y prirent un développement inouï, si bien que saint Jean Chrysostûme, effraye d'un faste qui commençait à quitter les temples pour se répandre dans les palais , s'écriait du haut de la chaire : « Toute notre admiration est au» « jourd'hui réservée pour les orfèvres et pour les tisserands (I). »

L'orfèvrerie n'élait pas seulement florissante à Rome et à Constanlinoplc, la Gaule elle-même, malgré l'invasion des Francs, avait conservé les habitudes somptueuses de la civilisation romaine, et les premières églises s'étaient enrichies de vases d'or et d'argent comme celles de la métropole; nous n'en voulons d'autres preuves que l'histoire si connue du vase de Reims , réclamé par saint Remy et brisé par la francisque d'un soldat de Chlodowig (2), et ce passage du testament de Perpeluus, évèque de Tours, vers 47i, qui disposait ainsi : Je donne et lègue à mon église le reliquaire d'or qui est dans mon trésor, les deux calices d'or et la croix d'or fabriquée par Mabuinus (3).

S'il nous restait plus de choses de l'orfèvrerie des premiers siècles de l'église, nous leurrions nous y appesantir, mais comme il est impossible d'écrire l'histoire d'un art sans les monuments qu'il a produits, nous nous contenterons de dire que les orfè\res chrétiens n'avaient pas encore do style qui leur fut propre, et que s'inspirant, comme les architectes cl les sculpteurs, de l'art antique , leur orfèvrerie fut en tout scmblablo à celle des païens. Puis, quand ils eurent perdu les traditions de l'antiquité, ils négligèrent la beauté de la forme pour rechercher exclusivement la magnificence, en sorte que l'amoncellement des pierres précieuses, des camées

(i) CÉMMMV, in Joan. tawK, LXIX.

(») HiiiiKuiii, Hntoirc d* Fianer, T. I, p.

(3) D'Achxt, SpicittgiuM , T. V, p. 10C

cldcsinlaillcsdansdcs réseaux de filigrane, devint le cachcl particulier do leur orfèvrerie ( I ).

On csl obligé d'arriver jusqu'au XI* siècle, cette époque de renouvellement et pour ainsi dire de résurrection générale, pour rencontrer dans l'orfèvrerie un style nou\cau. Appelée à orner les églises, l'orfèvrerie devait naturellement subir les phases de l'architecture religieuse, s'élever avec elle et déchoir quand elle tomberait. Tant que l'architecture domina les autres arts qu'elle avait rendus ses tributaires, les efforts aspirèrent tous vers un but commun, l'harmonie de l'ensemble. Mais dès que la foi, qui, au X 1 1 1 ' siècle, avait imprimé un si grand élan aux Ames, se fut affaiblie, les liens de l'unité se relâchèrent et les arts ne lardèrent pas à s'affranchir de la tutelle où jusques là les avait tenus l'architecture. Le faisceau fut rompu, l'individualité commença à paraître, le sculpteur, le peintre, l'orfèvre, virent leurs œuvres plutôt que le monument auquel elles étaient destinées, et si la beauté de détail put y gagner, celle d'ensemble disparut, et l'architecture entraîna dans sa décadence les arts qu'elle avait jusques là soutenus et inspirés. Voilà pourquoi aux formes mâles cl sévères des XI' et XII* siècles, à la noblesse et à la correction du XII 1*, succédèrent l'élégance trop délicate et trop brillante du XIV, puis la recherche et la mièvrerie du XV, pour finalement aboutir aux fantaisies du XVI' siècle, qui sut si bien dissimuler son absence d'idées sous le caprice de la forme et la profusion des ornements, qu'il faut presque se défendre de l'impression que les monuments de cette époque produisent. Lorsqu'on veut obtenir do grands effets, ne faut-il pas, indépendamment de la simplicité de la conception, le calme et la fermeté des lignes, sans lesquelles rien de vraiment beau ne peut naître dans le domaine des arts T

Nous désirerions justifier les réflexions qui précèdent par les pièces d'orfèvrerie dont nous avons à parler, mais tout insuffisantes qu'elles soient pour une pareille démonstration, elles serviront à prouver que nous sommes dans le vrai , lorsque nous disons que l'orfèvrerie religieuse a subi les vicissitudes de l'architecture, et qu'après avoir atteint son apogée au XIII' siècle , elle n'a plus fait que descendre à mesure qu'elle s'est davantage éloignée de celte époque remarquable.

(•) Stc,,„, /*.«*™^« g*,tù, cl. D.CU.M, T. IV, P . 34«.

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