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CHASSE DE NESLE-LA-REPOSTE

Après les guerres cruelles et les malheurs de toute sorte qui avaient accablé l'Occidenl pendant le X e siècle, les peuples avaient cru que la fin des temps allait arriver. Affaire», intérêts matériels, travaux des champs, tout avait été abandonné. On avait légué ses biens aux églises, pour s'acquérir des protecteurs dans le ciel, et les populations épouvantées s'entassaient incessamment dans les basiliques et dans les édifices consacres à Dieu, pour attendre dans la prière celte fin du monde qui n'arrivait pas. « Lorsque l'effroi universel se fut « calmé vers la troisième année après l'an i 000, » dit le chroniqueur Glaber. « les « basiliques sacrées furent réédiûôes de fond en comble dans presque tout funi- « vers, surtout dans l'Italie et dans les Gaules, quoique la plupart fussent encore « assez solides pour ne point exiger de réparations. Les peuples chrétiens sem- « triaient se disputer entre eux à qui élèverait les églises les plus belles et les plus « riches : on eût dit que le monde entier, d'un commun accord, avait dépouillé ses « antiques baillons pour se couvrir d'églises neuves comme d'une robe blanche. « Les fidèles no se contentèrent pas de reconstruire les basiliques épiscopales , ils « restaurèrent et décorèrent aussi les monastères dédiés aux saints et jusqu'aux • chapelles des villages. »

A ces églises qui s'élevaient de toutes parts, il fallait une orfèvrerie qui leur fût appropriée, et le même zèle qui poussait les populations à élover des temples nouveaux, leur faisait demander aux artistes des formes nouvelles pour le mobilier des églises , et ces reliques saintes que l'antique Orient se laissait arracher par le courage et la foi des Croisés. Ce fut à l'ombre des cloîtres que furent conçus et que s'exécutèrent ces instruments du culte, d'un stylo éminemment religieux qui s'est perpétué durant tout le moyen-âge.

11 serait impossible de dire à quelle époque les corps des saints commencèrent à être renfermés dans des châsses [captte], ou coffres que l'on pouvait transporter d'un lieu à un autre : originairement ces restes vénérables étaient placés dans des

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sarcophages, au-dessus ou au-devant desquels on élevait un autel Les dévastations des Normands, qui attaquaient de préférence les riches abbayes et les églises qui possédaient des trésors, firent adopter des châsses mobiles pour empêcher que les sépultures des saints martyrs ne fussent violées. Les auteurs qui ont parlé des invasions normandes et des affreux ravages qui les accompagnaient toujours, n'oublient pas de mentionner que les reliques étaient enlevées et cachées par les religieux en attendant des jours meilleurs. Nous ne saurions aujourd'hui nous faire une idée de la tristesse qui s'emparait des populations quand elles voyaient partir les restes de leur saint vénéré, et do la joie à laquelle elles s'abandonnaient lorsque la châsse rentrait en grande pompe, au bruit des cloches, des hymnes pieux et de l'allégresse générale. C'est qu'en effet, la présence d'un corps saint faisait de l'église un lieu inviolable, où le faible trouvait protection contre l'oppresseur; il était le témoin muet et toujours respecté des actes publics ; c'était sur lui qu'on prétait serment, lui auquel on demandait la cessation des fléaux, et quand l'ennemi arrivait menaçant aux portes de la cité, il suffisait quelquefois d'aller avec lui à sa rencontre pour fléchir sa colère, et s'il ne s'arrêtait pas, pour donner un courage indomptable à tous les habitants transformés en soldais.

De plus, les reliques étaient une source intarissable de richesses, non-seulement pour l'église, mais encore pour la contrée toute entière, en occasionnant des pèlerinages, des fêtes nombreuses qui avaient beaucoup d'importance au point de vue du commerce [1).

Aux XI* et XIF siècles, la forme la plus ordinairement adoptée pour Jes châsses était celle d'un cercueil assez grand pour renfermer un corps entier. Bientôt ces anciennes châsses parurent trop modestes au milieu du luxe déployé dans la décoration intérieure des églises, on diminua leurs dimensions, on leur donna la forme d'un sarcophage, surmonté d'un toit à deux versants avec des revêlements en ivoire, en émail, en métal gravé ou repoussé, on en fit de petits monuments blablcs à des chapelles, à des églises. Puis, au lieu de les placer sous l'autel, i le tombeau primilir, on les plaça sur l'autel même ou sur le retable ; on les suspendit sous des dais en bois, en pierre ou en métal disposés derrière l'autel; on les porta processionnellemenl dans l'église, dans la ville, dans le diocèse, et quelquefois jusque dans des pays éloignés, pour obtenir le moyen d'achever une cathédrale ou une abbaye.

(i) Vioun-ut-Dcc, Did. du Wt&Vr, W CMon

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