CHAPITRE XII
960, on trouva à ses côtes une crosse décorée de compartiments émaillés, qui est un modèle de simplicité de forme en même temps que d'élégance. Le pommeau renferme quatre sujets tirés de l'histoire de David. Le montant de la volute est divisé, au moyen d'un ornement en forme de réseau à mailles allongées, en trente-trois compartiments, dont les six inférieurs renferment les personnifications des vertus morales triomphant des vices qui leur sont contraires; leurs noms respectifs sont écrits au-dessus et au-dessous de chacun d'entre eux ; ainsi , pour la bande inférieure, ce sont les trois groupes suivants :
Fides Pudicicia : Camtas :
Idolatria : Libido : Ijsvidia :
Et pour la bande supérieure, ces trois autres groupes :
Somuetas : Larguas : Co>cordia :
Lrxi'RiA Avaricia : rUxcon :
Ce qui nous frappe dans la crosse de Hagcnfroy, c'est que la mise en scène est exactement la même que dans notre Coffret ; que non-seulement ce sont des femmes couronnées armées de boucliers, de lances ou depées, qui terrassent les Vices, mais que les Vertus sont vêtues et drapées de même; que les altitudes respectives sont en tout semblables; qu'en un mot, le dessin de chaque groupe est tellement identique, qu'on peut affirmer sans crainte que le type ou patron de notre Coffret doit remonter à l'époque de l'exécution de la crosse de Ragenfroy, c'est-à-dire au X* siècle [î).
bisons en passant que ce fait n'a rien d'extraordinaire, que les types ou les modèles d'un monument remontent souvent à plusieurs siècles, et que cette circonstance rend notre Coffret d'autant plus précieux.
Quant à la foule, elle n'avait qu'à jeter les yeux sur les splendides monuments que la foi dressait comme par enchantement sur tous les points de l'occident , elle y retrouvait inscrites, de pair avec les saints et les légendes locales les plus chère* .à sa piété, les représentations des vertus et des vires devenues, depuis le XII' >iècle. un des sujets favoris des artistes. Il est vrai qu'à partir du XIII* siècle, relie époque de suprême élégance, de mesure cl de noblesse dans le domainr des arts, au lieu de représenter les vices sons des formes hideuses, de les
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l'on, i . pl. 3u et |uf . si.
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montrer se convulsionnant sous les coups de la vertu armée soit d'une lance, soit d une épéc, on avait mis quelque soin dans la distinction des spécialités. Chaque vertu était figurée par un de ses actes ou attributs les plus frappants, et dans un autre tableau, mis en regard, chaque vice était peint par l'action honteuse qui le caractérise. Quelquefois ces sujets sculptés en bas-reliefs étaient placés dans de petits cadres ou des quatre-feuilles (1).
Ainsi, dans l'abside de la cathédrale d'Auxerre on voit, en regard des arts libéraux que les tendances encyclopédiques de la fin du UT siècle avaient commencé à mettre en honneur, la personnification des vertus morales opposées aux vices. Ce vitrail du XIII' siècle se trouve à gauche de celui de la passion et de l'avènement de Jésus-Christ. Autour do la rose centrale, les Vertus sont assises aux places d'honneur, en pleine lumière , dans la sérénité et le calme qui leur conviennent si bien. Dans les derniers compartiments de la circonférence et aux extrémités les plus voisines de l'ombre, les Vices hagards, violents, s'agitent et contrastent d'une manière saisissante avec la noble contenance des Vertus. Palienlia est au-dessus de Detperalin , — llumililat, de Siifierbia . — Castitas, de Lxuuria , — Largila*. de Aearicia, — Sobrielas. de Ebrirta* , — Sapienlia, de Slullilin, — Concordia , de biteordia, — Félicitât, de Itnlor.
Plus lard, à la fin du Xlll* siècle et au XIV*. les artistes, ces frères des poètes, se reprirent à symboliser les vices sous la figure d'animaux |2 . On peut voir, dans un bas-relief d'une châsse très-précieuse de la cathédrale d'Evrcux, saint Taurin iirrèlé à l'entrée de son église par trois animaux symbolisant les vices ou l'esprit du mal.
En effet, l'homme par sa double nature participe an monde des esprits et à celui «les corps, entre lesquels, pendant son rapide passage sur la terre, il vit comme suspendu; suivant donc qu'il écoute les inspirations du principe immortel et élevé qui réside en lui , ou qu'il obéit aux penchants grossiers de sa nature périssable , il peut monter sur les ailes de l'aine jusqu'aux confins de la patrie des anges ou «'abaisser au niveau des bêles, dont il contracte alors la triste ressemblance. Aussi, sans jKirler des livres saints qui , savants d'une science surhumaine, empruntaient
(■) I p Bulletin roonutneuul a ,i„nw |tlu«ww» »|MrMWUli«i» tin «M** et An vertu».
( i) Vi.i. le tlrbut «le l'Enfer du Dante et lu rencontre qu'il bit d'une panUirrr, -l'un lipn rt il utw louve, qui «ont les irai bole* de U luiurc, de l'orgueil, ilr l'ambition .1 del'ataricc Cjiitr. pri«i-,»lr. Il, iS, 17, tic. — I.M XI* et XII* bM* •«•inrl Un» ,l„.„c l'ocmple de ce* H .-m.»1>.fir»t..«..
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habituellement ces images pour peindre la dégradation de l'intelligence cl du cœur, voyons-nous lu philosophie païenne, frappée de ces étonnants rapports, dire, par la bouche d Aristolc , le maître par excellence au moyen-àgc ( itimtà* , r n ) , que les qualités des animaux sont exprimées par la forme de leurs organes , et que la ressemblance de ces organes avec ceux de l'homme en suppose une entre les caractères. Les Kgypticns ne croyaient-ils pas, au dire d'Hérodote, que les Ames en quittant nos corps passaient dans celui des animaux, et Platon n'a-l-il pas écrit, dans le Phédon et le Timée , que les gourmands, après la mort, devenaient des ânes; les tyrans, des loups; les ravisseurs, des éperviers; les homicides, des bétes féroces; les débauchés , des porcs ou des sangliers; les étourdis, des oiseaux , et les paresseux , des poissons.
Boéce, au VI" siècle, pensait que celui que les \ices ont transformé peut devenir tel, qu'il cesse d'être un homme, et que quand avec la vertu on a perdu la dignité humaine, dans l'impuissance de s'éle\er à l'union divine, on est changé
El plus tard, au XII' siècle, l'abbcssc llerradc, dans les miniatures du célèbre manuscrit de la bibliothèque de Strasbourg, n'a-t-ellc pas figuré la personnification des vices par des animaux dont une légende dévoile le mystère : Ia malpropreté, c'est le pourceau ; — la violence, c'est l'ours ; — l'ambition , c'est le lion ; — la rapacité, c'est le loup (2).
Ces images écrites et figurées ou illtutrations parlant à l'esprit et aux yeux, étaient faites pour devenir populaires, et nous les retrouvons dans un manuscrit du XIV >ièt le, appartenant à la Bibliothèque impériale .'V. Chacun des sept péchés capitaux y est mis en rapport avec un élat de la société . un oiseau et un quadrupède ; au-dessus des miniatures se trouvent les légendes suivantes :
Orgoille ressemble un roi chivaehant chevauchant; sur un léon, portant en sa main un ègle ;
Envye ressemble un frère chivaehant sur un chen, portant en sa main un esperver ;
Yrc ressemble une femme chivaehant sur un s englcr ; sanglier;, portant en sa main un cok ;
(i) Bonn ., •!* Cmmitt, ffa h Mp H , Lit». V.
(i) Huuu, Hoi lm déliant um , f jr,3. — Voj. Dl B«»t.«ii. Prtm. rl «m« Jr, «WIIKIÇ1 j tt. (3) Mm. ftmir., «• -an, 3, 3.
en bèto [I).
HOniLIEB CIVIL ET RELIGIEUX. 4 5
Accidie (paresse; ressemble un vileyn chivachant surunasne, portant en sa main un bubon (chat-huanl! ;
Avarice ressemble un marchant chivachant sur un taxe (blaireau), portant en sa main un chouetc ;
Glotonye ressemble un jouvence I chivachant sur un loup, portant en sa main un mufle 'sorte d'oiseau] ;
Léché rie luxure, ressemble une dame chivachant sur une chèvre, portant en sa main une colombe ;
F.nlln . la renaissance elle-même , malgré son mépris affecté pour le moyen-âge et sa prétention de renouer la chaîne des temps, lui a fait, à son insu, nombre d'emprunts; elle a notamment conservé le symbolisme des vices par les animaux, témoin ce charmant manuscrit du Musée de Cluny, catalogué sous le n* 803, qui contient des rondeaux à l'intention de Louise de Savoye.
On lit sur la couverture :
En ce petit livre tant sept Rondeaux de* vert ut contre let péchés mortelt. En chacun desquel* ès première* li'jnet e*t le nom et surnom de vous. Madame, et pourrez relire les ditz Rondeaux au rebours commentant du bas au hault. Lesauelx se rentrent en retournant tut la drrrenière liane.
Ces Rondeaux sont placés dans l'ordre suivant :
Humilité contre orgueil, — libéralité contre avarice, — charité contre envie , — patience contre ire, — sobriété contre glolonie , — chasteté contre luxure. — diligence contre paresse.
Chaque sujet se compose de la' figure de la mère du roi, représentée soit debout, soit à cheval, et accompagnée des attributs de la vertu dont clic est l'image. Elle foule aux pieds le vice qui lui est opposé. Les peintures sont entourées d'encadremenls d'architecture. Kn bas e>l l'éeusson armorié de la princesse, avec deux anges ailés pour supports. Lu face des peintures sont les rondeaux, dans lesquels, comme il est dit en la dédicace, 'la première lettre de chaque vers est une des lettres du nom de Loïse de Savoie, de sorte que ce nom >e trouve répété de haut en bas à chaque rondeau.
Il est vrai que, comme ce livre s'adressait à la mère de François I", renseignement si' cachait sous la flatterie; mais il faut dire que si Louise de Savoie put être charmée de reconnaîtra SCS traita dans ceux des vertus victorieuses, ce fut à cause de.s miniatures empruntées, par un artiste de ;j<mïi . à n<»>. anciens monuments du
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moyen-âge, — qui pourtant laissaient subsister la leçon entière , — plutôt qu'aux acrostiches d'André de La Vigne , qui n'ont guèrcs d'autre mérite que d'être des tours de force, ainsi qu'on en peut juger par le suivant :
SOBRIÉTÉ CONTRE GLOTOKIE :
ou tous les biens du monde sont compris, ^-e dy c'est toy, en qui n'est trouvé biasme , =*>obrc plus que autre et vertueuse dame estimée est, dont digne loz a pris, oieu le créa pour chef d'œuvrc entrepris, mxquise en mœurs et parfaiclc en espris ; cA.ans point mentir tu es de corps et d'âme
k» faire excès jamais rien lu n'appris; vanter le puys que par gloutons périlz eneques ton bruyt ne fut reprouché d'âme, •-nvincible as le cuer qui raison ayme.
pin loulc chose on le x oit sans mespris Le vrai miroer.
Les procès-verbaux de l'Académie de peinture nous apprennent que Charles LeBrun avait entrepris uno dissertation sur cet intéressant sujel des vices des hommes, empruntant aux animaux leurs traits avec leur caractère; il ne nous reste plus que les dessins où il rapproche les létes d'hommes et de bêles, et qui sont conservés parmi les cartons du Louvre [I).
Nous aurions voulu être plus court, mais nous ne pouvions pas abandonner la pensée de notre Coffret , sans montrer la transformation qu'elle avait en divers temps subie pour arriver au même précepte; c'est-à-dire que la vertu doit combattre pour triompher des vices, qui sont les suggestions de l'esprit de ténèbres sur l'homme, lorsqu'il veut en faire sa proie.
(l) DiwrUUna w un da Ch. I.cBrtm, Mrttlunl l«TJ|i|«.r« Jula plij «.■iBimie bum.iw- j«<-g orllr .lr» «oihm«.
— C«/c"S>-«;>*ir J'I VWr ,ViV'i>/.™>, iSofl. — L»v»n». Pl., wfiwnw . r.liu <W
r-e vrai miroer des dames de hault prix .
Le vrai miroer.
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■barim i*Mm d. kSotUU M*Jéab|« de lA.bt.
TABLE