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Convention de Dresde, par laquelle la France reconnaît la médiation de l'Autriche,
L'armistice avait été signé le 4 juin. Le 11 , le comte de Bubna était revenu de Vienne à Dresde; il s'était contenté de notifier au cabinet de France l'acceptation de la médiation autrichienne par les alliés. Pour la troisième fois depuis le 16 de mai, il se trouvait encore sans pouvoirs pour négocier la convention par laquelle le cabinet de France voulait aussi stipuler son acceptation. Le mois de juin s'écoulait ainsi sans que le congrès pût s'ouvrir. Impatient de ces retards, qui faisaient tourner au détriment de la pacification générale les dispositions tant de fois réitérées de l'empereur Napoléon pour y amener les puissances belligérantes et l'empereur d'Autriche, dont il avait accepté l'intervention avec tant d'empressement , le duc de Bassano adressa le i5 juin au comte de Metternich , alors résidant à Gittschin auprès de son souverain , deux notes très-pressantes , l'une sur la question de l'alliance , l'autre sur la médiation et la négociation de la paix. Par la première, ce ministre demanda , « i°. que la cour deVienne
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fit connaître si le traité de Paris était encore existant, et s'il continuait à lier les deux puissances; 2°. dans le cas de l'affirmative, nue cette cour donnât des pouvoirs pour négocier la nouvelle convention qui devait suppléer les articles secrets du traité de Paris, lesquels seraient considérés par elle comme n'étant pas applicables à la conjoncture actuelle; 5°. qu'elle chargeât une personne , munie de ses instructions et de ses pouvoirs, de négocier, conclure et signer une convention relative à la médiation qu'elle avait offerte. » Par la seconde note, le duc de Bassano se déclarait autorisé à insister de nouveau sur l'ouverture immédiate, dans un lieu intermédiaire du séjour des diverses cours belligérantes , d'un congrès, pour la paix générale , et dans le. cas où l Angleterre aurait refusé ou refuserait d'y adhérer, pour la paix continentale ; et à faire la déclaration réitérée , qu'aussitôt que les ennemis de sa majesté et leurs alliés auront nommé leurs plénipotentiaires, et que le lieu de leur réunion en congrès aura été désigné , elle y enverra les siens , et invitera tous ses alliés à y envoyer les leurs.
Le 22 juin, le comte de Metternich envoya, en réponse, deux notes, dont l'une, relative à l'alliance , déclarait au nom de S. M. impériale, « i°. qu'ayant la persuasion qu'il n'y aurait pas opposition entre le traité du 14 mars 1812 et la médiation de l'Autriche, elle autorise le soussi-
gné à convenir , avec le gouvernement français , d'une réserve expresse à l'égard de celles de ces stipulations qui s'en trouveraient affectées ; i°. qu'elle ne refuse aucunement à passer une convention relativement à l'offre et à l'acceptation de la médiation autrichienne; 5°. que le soussigné enfin est chargé et muni de pleinspouvoirs nécessaires pour régler les termes de ces deux actes et pour les signer. » Par la seconde note , relative à la négociation de la paix dans un congrès, le médiateur proposait son château de Gittschin pour le lieu des conférences, et invitait l'empereur Napoléon à y envoyer un plénipotentiaire. »
Le 27 , une note du duc de Bassano déclarait ses pleins-pouvoirs pour négocier et conclure la convention proposée. Par une autre du même jour, ce ministre, également autorisé à négocier pour les réserves que l'empereur d'Autriche jugerait convenable de faire au traité de 181 2, priait M. de Metternich de lui remettre le projet de ces réserves. Ces réponses de M. de Bassano devaient avoir un effet très-prompt. M. de Metternich était arrivé à Dresde : il n'y avait plus moyen , d'après les nouvelles instances du cabinet de France, d'éluder encore la question du congrès , ni de renouveler les apparitions sans pouvoirs du comte de Bubna. Le 28, M, de Metternich remit lui-même ses réponses à M. de Bas-
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sano, relativement aux réserves sur le traité de 1 812 ; il proposait le projet de convention suivant : « La qualité de médiateur emportant la plus entière liberté, et n'admettant aucune obligation qui pourrait se trouver en opposition avec les intérêts de Tune ou l'autre des parties intervenantes, LL. MM. impériales et royales, animées d'un égal désir de concourir par tous les moyens en leur pouvoir au rétablissement le plus prompt de la paix, savoir : S. M. L'empereur d'Autriche , par l'offre qu'elle a faite de sa médiation aux puissances belligérantes, et S. M. l'empereur des Français par 1' acceptation.de la médiation de l'Autriche, leurs dites majestés impériales ne voulant, d'un autre côté, aucunement préjuger , par le fait de la médiation , contre l'existence de l'alliance établie entre elles par le traité du 14 mars 181 2 , sont convenues , d'un commun accord , de déclarer que les stipulations dudit traité, qui affecteraient V impartialité du médiateur , seront suspendues pendant tout le cours des négociations , se réservant expressément de faire revivre lesdites stipulations , sauf les modifications que, d'un commun accord, elles jugeraient devoir Y apporter ensuite de la pacification , qui , dans le moment actuel, est le premier objet du soin deLL. MM. impériales. » Une autre note accompagnait Fofl're de la médiation de S. M. l'empereur d'Autriche, et le dernier office mentionnait l'aecep-
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tation de cette médiation par les cours de Russie et de Berlin.
Par une note du môme jour, le duc de Bassano représentait au comte de Melternich que cette proposition mettait en réserve la lettre entière du traité de 1812, au lieu de quelques articles , ainsi que M. de Metternich l'avait déclaré dans sa note du 22, où il était dit « qu'il était autorisé à convenir avec le gouvernement français d'une réserve expresse à l'égard de celles de ces stipulations qui s'en trouveraient affectées. » « Il n'est au pouvoir de personne, disait la note de M. de Bassano, de faire que ce qui existe n'existe pas. Or, on ne pourrait dire que le traité d'alliance existe, si toutes les stipulations étaient placées dans les réserves.... Sa Majesté ne peut considérer le vœu de la cour de Vienne que comme l'équivalent d'une
renonciation à l'alliance Sa Majesté, qui ne
veut pas rendre son alliance onéreuse à ses amis , ne fait aucune difficulté de renoncer à celle qui la liait avec l'Autriche, si tel est le vœu de l'empereur François. » La noblesse de cette réponse contrastait d'une manière bien énergique avec le caractère de subtilité de toute cette négociation. La franchise du cabinet de France se fit encore connaître par une seconde note relative au congrès. Il avait été justement étonné de l'obligation que l'Autriche imposait à la France de concert avec les alliés de ne paraître au congrès que par Vin-
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lermédiaire de cette puissance, lu canevas de convention fut remis par INI. de Bassano à M. de Metternich , qui l'emporta avec lui.
u i". Sa majesté l'empereur d'Autriche olïVc sa médiation pour la pacification générale,
» 2°. Sadite Majesté , en offrant sa médiation , n'entend pas se présenter connue arbitre , mais comme un médiateur animé du plus parfait désintéressement et de la plus entière impartialité , et ayant pour but de concilier les différens et de faciliter , autant qu'il dépendra de lui , la pacification générale.
» 5°. La médiation s'étendra à l'Angleterre , aux États-Unis , au roi d'Espagne , à la régence de Cadix et à toutes puissances de.-; deux masses belligérantes.
» Sa majesté l'empereurdWutriehe leur proposera les villes de Vienne ou de Prague pour le lieu du congrès.
» 4". Sa majesté l'empereur des Français accepte pour lui et ses alliés la médiation de sa majesté l'empereur d'Autriche , telle qu'elle est proposée par les articles ci-dessus.
» Elle accepte également pour le lieu du congrès celle des villes de \ienue et de Prague , qui sera le plus à la convenance des autres parties belligérantes.
» 5°. Les plénipotentiaires français , russes et prussiens se réuniront dans ladite ville dans les
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cinq premiers jouis de juillet, sous la médiation de l'Autriche , afin de commence]' les négociations et, soit par des préliminaires , soit par une convention , soit par un traité de paix particulier, de l'aire cesser l'effusion du sang , qui afflige le continent.
» 6°. Si au 20 juillet l'une des deux parties belligérantes dénonce l'armistice , conformément à la convention du 4 juin (celle de Plesswitz), les négociations du congrès n'éprouveront pour cela aucune interruption. »
Sans doute les dispositions que renfermait le projet de convention étaient véritablement pacifiques et honorables pour le gouvernement qui les proposait. C'était ia paix du monde que Napoléon, peu confiant dans une simple paix continentale , voulait traiter à ce congrès : en môme temps il respectait la dignité ou l'intérêt des deux parties, quand il proposait de remettre la dénonciation de l'armistice, cà la volonté de l'une ou de l'autre. Mais, comme il en donna bientôt la preuve, il demandait que l'on continuât de négocier les armes à la main , parce , que ia paix était le vœu comme le besoin de sa politique. « M. le comte de Metternich, disait la note qui accompagnait ce projet, reconnaîtra dans le sens des dispositions projetées le désir de Sa Majesté de replacer sur ses bases l'Europe ébranlée par trente années de guerre , et de substituer à. des paix partielles une. paix gé-
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nérale négociée, non dans le cabinet, mais devant tonte l'Europe et en face de tous les peuples. C'est ainsi qu'il en lut usé à Munster, à Nimègue , à Riswick , a Utrecht, etc. »
Telle était, le 29 juin, la position avec laquelle Napoléon se présentait à son beau-père. Il était difficile de se refuser à en apprécier la grandeur et la générosité. De la même main qu'il avait déchiré le traité de 1812, qui garantissait les deux empires, il acceptait la médiation de l'Autriche , dans le but d'une paix solennelle, qui , loyalement et librement discutée dans une grande capitale, fût devenue, pour tous les peuples de l'Europe, un monument également expiatoire de leurs succès et de leurs désastres. Les Elats-Unis d'Amérique, mis en présence de l'Angleterre , son frère Joseph , mis en présence de la régence de Cadix, donnaient à celte grande représentation des puissances civilisées, réunies pour le salut de la grande famille chrétienne, le caractère d'un grand jury, d'une haute cour sociale , investis par tous les peuples du droit de les rendre amis et heureux.
La veille de cette discussion diplomatique, M. de Metternich , porteur d'une lettre de son souverain pour l'empereur des Français, avait été admis à une audience qui s'était convertie en une longue conférence. Elle avait commencé dans le jardin du palais Marcolini; elle avait été
terminée dans le cabinet des Cartes. Napoléon, trop plein de ses griefs contre la maison d'Autriche , depuis la négociation du prince de Schwartzenberg à Minsk, récapitula toutes ses offenses; et, après une longue énumération de tout ce qu'il avait à lui reprocher, arrivant aux engagemens de Trachemberg et de Reichembach, il ne fut plus le maître de conserver cette prudence, cette convenance que la supériorité impose aux souverains , et regardant tout à coup le ministre de son beau-père : « Metternich , lui dit-il , dites-moi combien C Angleterre vous avait promis j)our me faire ta guerre? ... >> Le silence du ministre prouva à Napoléon de quel outrage gratuit il venait de le blesser. Il était difficile de penser qu'une semblable insulte , faite au premier ministre de la puissance dont il avait le plus besoin de capter la partialité, pût être jamais oubliée : elle ne le fut pas l ; elle ne pouvait pas l'être. Il paraît que les prétentions de l'Autriche, avouées par son ministre , avaient commencé l'exaspération qui changea en paroles si amères les derniers mots de cette malheureuse conférence. L'Autriche demandait la moitié de l'Italie, indépendamment de l'Iiîyrie, le retour du pape
1 VoiiTouvi-aj'c de M. Fain, témoin de cette scène : elle est merveilleusement décrite dans le deuxième volume de son ouvrage , page 56.
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a Rome, la Pologne saxonne, l'abandon de la Hollande, de l'Espagne; la renonciation à la confédération du Rhin , et au protectorat de la Suisse. Cest le partage de F empire français que vous voulez, avait dit Napoléon; cela était vrai, et cette conviction ancienne dans son esprit, prenant tout à coup , par les aveux de M. de Meîlernieh, la forme d'une sentence déjà portée par ses ennemis, devait livrer à la plus violente irritation un souverain qui avait à la main des armes victorieuses, et à qui un arrêt secret enlevait tout à coup la moitié d« l'Europe, qu'il avait conquise sur les champs de bataille.
Il fallait que le parti de l'Autriche, relatif au démembrement de l'empire français fût pris depuis bien plus long-temps que Napoléon ne pouvait le soupçonner, puisque déjà, avant la bataille de Lutzen , à Paris le prince de Schwartzenberg avait osé dire au duc de Bassano , qui faisait valoir les liens de famille entre les deux souverains : La politique a fait le mariage , la poHti- ( pie peut le détruire. Cette injure était plus haute, mais elle était moins grave. Le duc de Bassano la pardonna pour son souverain ; le comte de Metternieh ne pouvait être aussi généreux pour luimême .
Le oo juin , M. de Metternich quitta Dresde après avoir signé, avec le duc de Bassano, la convenu.»!; suivante :
((S. M. l'empereur des Français , etc. , et S. M. l'empereur d'au triche, etc., animés d'un égal désir de parvenir au rétablissement de la paix, et ayant à cet effet sadite majesté l'empereur d'Autriche offert sa médiation pour la paix générale , et , à son défaut, pour la paix continentale, et S. M. l'empereur des Français ayant manifesté l'intention d'accepter ladite médiation , ont jugé à propos de constater ladite offre et ladite acceptation par une convention; en conséquence, leursdit.es majestés ont nommé pour leurs plénipotentiaires , savoir : S. M. l'empereur des Français, M. Hugues Bernard, comte Maret, duc de Eassano, etc., et S. M. l'empereur d'Autriche, M. le comte Clément Wenceslas de Metternich, Winnebourg, Ocksenhausen, etc., lesquels, après avoir échangé leurs pleins-pouvoirs respectifs, sont convenus des articles suivans :
» i°. S. M. l'empereur d'Autriche offre sa médiation pour la paix générale ou continentale.
» 20. S. M. l'empereur des Français accepte ladite médiation.
» 5°. Les plénipotentiaires français, russes et prussiens se réuniront avant le cinq juillet dans la ville de Prague.
» 4°- Vu l'insuffisance du temps qui reste à courir jusqu'au 20 juillet , terme fixé pour l'expiration de l'armistice par la convention signée à Plesswitz le 4 juin; S. M. l'empereur des Fran-
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çais s'engage à ne pas dénoncer ledit armistice avant le 10 août, et S. M. l'empereur d'Autriche se réserve de faire agréer le même engagement à la Russie et à la Prusse.
» 5°. La présente convention ne sera pas rendue publique.
» Elle sera ratifiée, et les ratifications en seront échangées à Dresde dans le terme de quatre jours.
» Fait et signé à Dresde, le 5o juin iSid.
» Le duc de Bassa.xo , » le comte de Metternich. »
L'acte de médiation était signé. Il était bien différent de celui que Napoléon avait, proposé la. veille. L'Autriche en avait retranché tout ce qu'il contenait de généreux et de salutaire pour la paix universelle. Il n'y restait que ce dont elle avait besoin pour assurer le succès du complot de Reichembach. Par l'armistice, Napoléon avait servi les intérêts militaires de la Russie et de la Prusse. Par l'acte de médiation, qui prolonge l'armistice au 10 août, il donne le temps à la Suède d'arriver, au médiateur de préparer les défections germaniques, de compléter ses arméniens, de réunir et de faire marcher sur la Bohème toutes ses forces, et il le rend ainsi , peut-être malgré les deux parties, l'arbitre du congrès et celui de la guerre.