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CHAPITRE IX

Affaires politiques et militaires de l'Espagne. — Succès des armées de Catalogne et d'Aragon. — Délivrance de Tarragone. — Retraite de Madrid. — Bataille de Yittoria. — Départ du duc de Dalmatie pour les Pyrénées. — Lettres deNapoléon au maréchalSoult etau ])rince arcliichancclier.

L'année i8i3 fut aussi l'année fatale de l'Espagne : ce n'est pas parce qu'elle vit partir Joseph et rentrer Ferdinand , mais c'est parce que les servilès trouvèrent leur triomphe dans les succès de Wellington , qui les protégeait contre les cortés dont il défendait le drapeau. Ainsi la conquête de la péninsule recelait en elle-même, déjà à cette époque , le principe de la destruction de ces hommes généreux, qui, le 19 mars 1812 , avaient couronné la gloire de leur héroïque résistance à l'occupation française par la proclamation d'une constitution. Cet acte politique serait devenu le salut de l'Espagne si, dès le premier jour , à Cadix , le clergé , soutenu par le nonce du pape , n'avait , par son opposition , animé contre les libérales , dont le sang coulait chaque jour pour la patrie , cette immense et barbare population qu'il est impossible de reconnaître pour la nation espagnole.

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Quant à l'occupation française , au lieu d'être uniquement militaire , ce qui eût fait sa force , elle était politique : funeste effet de la condition de la royauté de Joseph , qui pesa plus sur les destinées de l'armée française, qu'elle n'avait pesé sur celles du peuple espagnol! Car ce prince, aussi malheureusement épris de la puissance royale que de la gloire militaire , avait sacrifié à la vanité de prolonger à Madrid un séjour, dont le sacrifice n'était pas nouveau pour lui , la nécessité de se concentrer sur l'Ebre avec toutes les forces françaises, d'après Tordre qu'il en avait reçu de son frère , à son retour de Moscou. Ce retard fut de deux mois , et compléta le cercle des fatalités que îe duc de Raguse , jaloux de gagner une grande bataille à lui seul , avait ouvert pour la France , par sa défaite aux Aropiles, le 22 juillet 1812 , deux jours après le traité de Yeléky-Louky, entre l'empereur Alexandre et la régence de Cadix. Cette journée avait été également funeste à l'Espagne et à la France : car si les Français avaient été victorieux , la régence de Cadix faisait sa soumission au roi Joseph, dont l'armée commandée par le maréchal Soult n'était qu'à vingt-quatre heures de celle du maréchal Marmont : le traité avec la Russie était déchiré, ainsi que la convention militaire avec la Grande-Bretagne ; et Wellington , vaincu par les deux armées réunies , aurait disparu de la scène de l'Europe ; l'Espagne

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eût été constitutionnelle à jamais ; elle eût servi de modèle à l'indépendance de ses royaumes d'Amérique, et, confédérée avec eux par un véritable pacte de famille, elle fût. remontée en Europe au rang des premières puissances. Mais l'exemple de Marmont sera perdu pour Joseph lui-même, qui voudra aussi , malgré les conseils d'un vieux guerrier , son major-général , risquer dans une bataille rangée , non son trône que la défaite de Marmont a fortement ébranlé , mais celui de Napoléon par l'invasion d'une autre armée étrangère dans le midi de la France.

Napoléon avait laissé six armées dans la pénin" suie ; mais elles avaient été affaiblies de plus de cinquante mille hommes, qui, dès le mois de janvier , s'étaient mis en marche vers le Rhin , se portant sur l'Elbe. L'armée du midi était sous les ordres du général Gazan , depuis le départ du duc de Dalmatie que l'empereur avait malheureusement rappelé dans le mois de février. Celle de Portugal était commandée par le général Reilîe ; celle du centre par le roi ; celle du nord par le général Clausel ; celle de Catalogne par le général Decaen : cette armée faisait partie de celle de Valence et d'Aragon aux ordres du maréchal Suchet , duc d'Albufera. Les trois premières étaient sous les ordres directs du roi, et ne présentaient plus qu'un effectif de soixante mille hommes dispersés dans cette vaste étendue

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