CHAPITRE XL
Convention pour la prolongation de l'armistice. — Départ ckl'empereur pour Mayence. — Retour à Dresde. — Lettre au grand-juge. — Correspondance avec l'archichancclier et le prince d'Eckmuld.
Dans l'acte relatif à l'acceptation de la médiation autrichienne , il était dit que l'empereur d'Autriche se réservait défaire agréer à la Russie et à la Prusse l'engagement convenu avec la France , de la prolongation de l'armistice jusqu'au 10 août , au lieu du 20 juillet. Cependant, malgré les assurances données à cet égard par le comte de Metternich, rien n'avait été préparé de la part de sa cour avec les souverains alliés. La convention de médiation qui stipulait cette clause était du 3o juin , et ce ne fut que le 1 2 juillet que le chef du cabinet de Vienne informa le ministre des relations extérieures de France de l'assentiment des deux cours de Pétersbourg et de Berlin. Elles avaient dû consulter le prince royal de Suède et les minisires anglais. Dans lintervalle de ces démarches, les généraux Dumoustier et Flahaut, commissaires français à Neumarkt, pour l'armistice , d'après les ordres de Dresde avaient
proposé aux généraux SchouwalolfetKleist, commissaires pour la Russie et pour la Prusse , de signer une convention ou stipulation de cette prolongation ; ceux-ci déclarèrent n'avoir point reçu de pouvoirs pour une telle négociation , et référ» rèrent de la proposition des commissaires français au général en chef Barclay de Tolly. Ce général répondit le 16 juillet, de Reichembach :
« Messieurs ,
» J'ai eu 1 honneur de recevoir votre lettre , en date du i5 de ce mois, ainsi que le projet de convention qui s'y trouve joint. Je vois que deux difficultés en arrêtent la conclusion : la première est celle qui regarde le jour où les hostilités pourront recommencer. Comme j'ai reçu à cet égard, de S. M. l'empereur , avant son départ de l'armée, des ordres très-positifs, je ne puis que m'y conformer exactement ; nous ne saurions consentir à dépasser le terme du 10 août (n, st.), pour la reprise des hostilités, si les préliminaires de la paix n'étaient pas signés à cette époque. Les deux manières de rédiger ce qui concerne ce point sont, ou de stipuler ce qui est marqué dans l'article premier de notre projet , et de ne point faire mention de démarcation ; ou d'ajouter que l'on s'oblige de dénoncer 1 armistice le 4 acut (n. st.), pour pouvoir recommencer les hostilités le 1 1 août (n. st.), c'est-à-dire que, passé le moment
de minuit entre le 10 et le n, V armistice aura cessé, et que l'on sera en droit d'agir hostilement. Je ne suis point le maitre de rien changer à ceci, fût-ce même mon désir, comme ce ne l'est pas ; en conséquence , il est inutile de revenir sur ce point , etc. »
Le général Barclay avait raison ; il s'en tenait à ses instructions, qui n'étaient point pacifiques. Aussi, les réponses que le comte de Metternich reçut de MM. deNesselrode etde Ilardenberg, relativement à la prolongation de l'armistice, lui déclaraient que, ce n'était qu'ajin de donner à S. 31. l'empereur d'Autriche une nouvelle preuve de leur confiance et de leur condescendance que LL. MM. lusse et prussienne consentaient à admettre cette proposition. Ainsi, chaque démarche que faisait Napoléon pour faciliter' les moyens de se rapprocher, en donnant le temps de se parler, était reçue de mauvaise grâce par les alliés ; et l'avantage qu'il avait recherché, en stipulant le 5o juin pour cette prolongation, était entièrement détruit par le fait des alliés , puisqu'ils prolongèrent leurs retards jusqu'au 26 juillet, où enfin parut la convention de Neumarkt. Il n'y avait donc que quinze jours pour traiter de la paix du 26 juillet au 10 août, taudis que si cette prolongation n'avait pas eu lieu , il y en avait vingt, du 5ojuin, époque de la signature de la convention de médiation, au 20 juillet, époque de la dénonciation de l'armistice.
La convention de Neumarkt fut connue de l'armée par l'ordre du jour.
Ordre du jour.
« Les puissances belligérantes, ayant jugé nécessaire de prolonger l'armistice conclu à Plesswilz le 'lïïLf 011t nommé à cette lin pour leurs plénipotentiaires :
» M. le baron Dumoustier, etc.
» M. le baron de Flahaut, etc.
» M. le comte de Schouwaloff, etc.
» M. le comte de Krusemarck, etc.
>i Après avoir échangé leurs pleins-pouvoirs a Neumarkt, en Silésie, ^juillet i8i3, sont convenus des articles suivans :
» Article premier. L'armistice signé à Plesswitz est prolongé jusqu'au ^Sr-
» Art. II. Aucune des parties contractantes ne pourra dénoncer l'armistice avant ladite époque.
» Art. III. Si, ce terme expiré , l'armistice est dénoncé par lune d'elles , elle en fera , six jours d'avance , la notification au quartier-général de l'autre partie.
» Art. IV. Les hostilités ne pourront en conséquence recommencer que six jours après la dénonciation de l'armistice aux quartiers-généraux respectifs.
» Art. V. Ladite convention sera envoyée, par
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des officiers français, à Stettin et Gustrin ; et quant aux places de Dantzig , Modlin et Zamosck , les dépêches cachetées du major-général de l'armée française , et le traité de convention pour l'armistice, seront portés par un olïicier russe aux gouverneurs de Dantzig, Modlin et Zamosck, qui en rapportera les réponses cachetées dans huit jours.
» Art. VI. Quant aux difficultés sur la quotité des subsistances à fournir aux garnisons des places pendant la durée de la prolongation de l'armistice, on convient de s'en référer de part et d'autre aux plénipotentiaires des puissances belligérantes, à Prague , sous la médiation de l'Autriche , et en prenant pour base ce qui s'est pratiqué en pareille circonstance.
» Art. VII. Toutes clauses et conditions de la convention de Plesswitz seront exécutées pendant la prolongation de l'armistice telle qu'elle est réglée ci-dessus.
» Fait et arrêté le présent acte en sept articles et en double expédition , les jour , mois et an que dessus ;
» Signé , le comte de Schouwaloff , Kruse-
marck, B. Dumoustier, B. de Flahaut.
m Pour ampliation :
» Le prince vice-connétable , major-général , » Signé , Alexandre. »
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Ainsi Napoléon était déjà puni d'avoir accepté, malgré une répugnance qui lui semblait invincible à lui-même, la médiation de l'Autriche, puisque, sous la protection, ou plutôt sous la garantie de celte médiation , il venait d'éprouver de la part des alliés une opposition qui avait duré vingt jouis. Mais ce n'était pas le seul désagrément qu'il eût déjà supporté. Dès le début de 1 armistice , il avait pu être choqué du choix que 1 empereur Alexandre avait fait pour son plénipotentiaire à Prague de M. d'Anslett, négociateur obscur, qui n'était connu par d'autres titres diplomatiques que par des agences secrètes, parla convention de Varsovie avec le prince de Sclrwartzenberg et par le traité récent de Reichembach avec l'Angleterre. Il y avait encore une raison de rejeter M. d'Ansteti; eileétait prescrite par les lois. IlétaitFrançais, et le décret du 2G août 181 1 , article 20, déclarait, que les Français au service dune puissance étrangère ne pourraient servir comme ministres plénipotentiaires dans aucun traité , oit tios intérêts pourraient être débattus. Sans doute il n'y avait point de motif aussi grave de refus pour M. de Humboldt, négociateur prussien ; mais aucun de ces deux plénipotentiaires , d'après les convenances diplomatiques, ne pouvait prendre rang avec deux personnages aussi considérables à la cour de France , que l'étaient le duc de Vicence, l'un des l»fands officiers de la couronne , récem-
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ment ambasadeur en Russie, et le comte de Narbonne, aide-de-camp de l'empereur, actuellement ambassadeur à Vienne. Sous ce point de vue , qui devait particulièrement fixer l'attention de la cérémonieuse Allemagne , cette patrie de l'étiquette , les souverains de Russie et de Prusse voulurent probablement donner à l'empereur des Français une preuve publique d'une sorte de déconsidération-Napoléon fut au moment de rejeter ces deux plénipotentiaires ; on peut croire qu'il sentit vivement ce manque de procédé à son égard, quand, trois fois vainqueur, c'était lui qui avait demandé l'armistice et la convocation d'un congrès. Mais il voulut encore faire ce sacrifice à la paix, qu'il espérait voir se négocier à Prague, et se contenta seulement de n'envoyer d'abord qu'un de ses plénipotentiaires, le comte de Narbonne, que sa qualité d'ambassadeur appelait naturellement à être plus voisin de l'empereur d'Autriche , et il retint près de lui le duc de Vicence, jusqu'à ce que les difficultés apportées par les alliés pour la convention de prolongation de l'armistice fussent enfin aplanies. Le duc de Vicence partit pour Prague le 26 juillet, jour de la signature de cette convention.
Cependant Napoléon ne peut voir que «le nouveaux gages d'hostilités dans tout ce qui se passe relativement à la prolongation de l'armistice. Il est instruit de plus qu'aux conférences de
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Trachenberg , quartier -général de l'empereur
de Russie , l'Autriche , non contente des engager
gemens qu'elle a pris à Reichembach, vient encore d'en contracter de nouveaux avec la confédération. Le système de déception de cette puissance, qui venait de lui être suffisamment dévoilé par le retard de trois semaines apporté à la conclusion de la dernière convention , sans laquelle il était impossible d'ouvrir la négociation de la paix, se développait de plus en plus à ses yeux , et il ne lui restait plus d'autre parti à suivre, que celui dont l'exemple lui était donné par l'Autriche ellemême et par ses nouveaux alliés, c'est-à-dire, de se préparer à la guerre, sous le voile d'un congrès. Le congrès lui-même avait déjà été frappé d'inertie à Prague , où la présence du comte de Narbonne , revêtu de pouvoirs suffisans pour négocier , n'avait eu aucun résultat. Napoléon , jugeant donc sa présence moins utile à Dresde depuis le départ de M. deMetternich, et pendant la stagnation imprimée par une perfide politique aux intérêts de la pacification de l'Europe, partit le iodecette ville pour aller se montrer à ses troupes. Dans une course de cinq jours il visita Torgau , AVittemberg, Dessau, Magdebourg , Leipsick. A Torgau, il passe en revue une nouvelle division d'infanterie saxonne, commandée par le général Lestocq. Il est loin de croire que ces troupes, que leur souverain envoie sous ses aigles, sont les alliés ca-
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chés des ennemis du roi de Saxe , qui sont les siens. A Magdebourg il fait défiler devant lui l'armée du général Vandamme, dont la valeur ambitieuse récemment excitée encore par la prise de Hambourg peut devenir fatale à ses armes. Enfin à Leipsick, en voyant la cavalerie du duc de Padoue, il peut craindre que le courage qui brille dans les regards de ces jeunes soldats ne puisse compenser ce qui manque à leur nombre et à leur expérience. Il revient à Dresde et en repart bientôt pour aller visiter en Lusace le maréchal Oudinot , et examiner les positions militaires où ses troupes sont cantonnées. DeLuckau il court h Luben , de Luben à Hepswerda ; il est de retour à Dresde dans la nuit du 21 au 25 juillet.
Instruit du départ de l'impératrice pour Mayence, l'empereur part de Dresde le 23. Le 29 il écrivit de Mayence au duc de Vicence.
« Monsieur le duc de Vicence, le duc de Bassano me mande que vous êtes arrivé le 27 à Prague. Je vous expédie un officier d'ordonnance pour vous donner de mes nouvelles. Je compte être le 3 à Dresde, et probablement le 2 à Bareuth. Le duc de Dalmatie est entré en Espagne le 24 à la tête de son armée , qui est de près de cent mille hommes , et pourvue d'une nombreuse artillerie. Il marchait sur Pampelune pour débloquer cette place, les Anglais se retiraient et étaient surpris de ce prompt mouvement, auquel ils étaient loin
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de s'a I tendre. J'attends la nouvelle qu'il a forcé les Anglais à lever le siège de Pampelune , ou qu'il y a eu une bataille. Ceci est pour votre gouverne. »
Ce qui voulait dire que le duc de Vicence devait parler dans ce sens à Prague; car l'empereur, qui connaissait bien la position où la défaite de Vittoria avait placé les Anglais et sa propre armée, s'était contenté de prescrire au maréchal de défendre les portes des Pyrénées, en lui recommandant de conserver Pampelune et Saint-Sébastien. C'était aussi pour atteindre le même but qu'il avait ordonné au maréchal Suchet d'évacuer \alence et les places fortes, et de se reployer sur cette barrière que la nature avait élevée pour défenure l'intégrité des deux pays.
La lettre de l'empereur continuait ainsi : a Du i5 au 5o août, douze mille hommes de cavalerie arrivent à Mayence. Ce sont de vieux soldats ; les ayant tirés de l'armée d'Espagne, où je les ai remplacés par un égal nombre de nouveaux cavaliers. Ces hommes de vieille cavalerie ne peuvent être en ligne que vers le milieu de septembre. Je les regarde comme un renfort réel. Comme le temps approche de la dénonciation de l'armistice, puisque vous ne recevrez vraisemblablement cette lettre qu'au 2 août , votre langage sur cet objet doit être simple. Si Ion veut continuer V armistice , je suis pi et ; si l'on veut se
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battre y je suis prêt. Vous connaissez assez ma position actuelle pour savoir que je me suis mis en mesure même contre les Autrichiens. Ainsi , si la Russie et la Prusse veulent recommencer les hostilités, tout en négociant, les chances ne pourraient que m'être favorables , d'autant plus que les armées que j'ai destinées à observer l'Autriche resteraient en observation sur mes derrières, et me mettraient en garde contre les caprices et le changement de système de l'Autriche. » Sur ce, je prie Dieu, etc.
» Napoléoiy.
» May en ce , le 29 juillet i8i5. »
Ainsi , Napoléon jugeait, d'après l'attitude des alliés et d'après le rôle que l'Autriche venait d'adopter , qu'il ne pouvait plus songer à négocier que les armes à la main : peut-être cette manière de traiter était-elle celle qu'il préférait. Mais il en avait reçu la nécessité de ceux même à qui il avait proposé la paix après ses victoires, et de celui surtout qui s'en était constitué le médiateur.
Le 3 août , l'empereur fut de retour à Dresde. Le lendemain , une alFaire d'une grande importance lui fut présentée. La lettre qu'il s'empressa d'écrire au grand juge rappellera au lecteur le procès de la ville d'Anvers contre les agens de son octroi, le jugement inique que la déclara-