Tome II
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savait certainement quelles étaient les prétention^ qu'il ne soutiendrait pas. » Par sa lettre du 8 , le duc de Bassano approuvait cette réponse du duc de Vicence ; mais il répondait à l'observation de M. de Metternich k que si l'empereur Napoléon avait dû faire des propositions, sa base eût été simple, ce serait Yuti possidetis ante hélium. » Leduc de Bassano, ou plutôt l'empereur, ajoutait : « Si la guerre doit continuer, il arrivera un moment où nos ennemis se féliciteraient de pouvoir V obtenir. »
On voit, par cette réflexion, combien Napoléon se croyait fort , même sans la coopération qu'il négociait avec l'Autriche. Ce trait le peint tout entier. La dépêche continuait : « C'est un concert avec V Autriche pour la négociation que nous avons voulu établir. Nous n'avons en cela rien à faire avec les ennemis. C'est le mot de l'Autriche que nous voulons savoir. Tel est le sens exact des instructions qui vous ont été données pour une démarche confiée à vous seul. Ce n'est pas comme plénipotentiaire que vous vous êtes adressé à M. de Metternich, c'est comme investi de la confiance de l'empereur, et ayant crédit pour demander et recevoir les explications que vous provoquez en son nom... La prolongation de l'armistice n'a aucun avantage pour nous, cela est parfaitement exact. Nous ne gagnerions rien à différer d'un mois les hostilités si elles doivent avoir
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lieu. En supposant que l'armistice soit dénoncé le 10, on ne se battra pas avant le 18, ce qui nous mène bien près du mois de septembre, et le 12, quatre-vingt mille bommes, venant de Wurtzbourg, seront arrivés à Pirna. Ils seront remplacés à Wurtzbourg par d'autres troupes qui arrivent de France et d'Espagne. »
Le 7 août, Napoléon avait le mot de l'Autriche.
Elle demandait :
« La dissolution du duché de Varsovie , qui serait partagé entre la Russie , l'Autriche et la Prusse, Dantzick à la Prusse;
» Le rétablissement des villes de Hambourg, deLubeck, etc. , dans leur indépendance;
» La reconstruction de la Prusse avec une frontière sur l'Elbe;
» La cession à l'Autriche de toutes les provinces illyriennes , y compris Trieste ;
» Et la garantie réciproque que l'état des puissances, grandes et petites, tel qu'il se trouverait fixé par la paix , ne pourrait plus être changé ni altéré que d'un commun accord. »
Il était question aussi de l'indépendance de la Hollande et de l'Espagne. Mais ces conditions paraissaient plutôt de nature à être traitées à la paix générale.
Cette négociation semblait avoir mis plus d'harmonie dans les relations de M. de Vicence et de'
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M. de Mctternich. Ce minisire, en lui apprenant l'arrivée du général Morcau au quartier-général du prince royal de Suède , et en rengageant à en informer l'empereur Napoléon , lui déclarait que de quelque façon que se terminât la négociation , l'Autriche n'entrerait jamais dans ce qu'il appelait F intrigue de Morcau , et repousserait toute idée de bouleversement d'état en France.
La paix était donc faite, malgré la ligue anglaise, si Napoléon acceptait ces propositions. Mais malheureusement son esprit n'avait pu se ployer à croire que passé le terme rigoureux du 10, ne fût-ce que d'un seul jour, toute porte serait fermée pour traiter de la paix du monde. Au lieu de donner une heure à l'examen de ces propositions, il employa à délibérer toute la journée du 9, et donna le lendemain ce qu'il appelait sa première réponse :
« Il n'y aura plus de duché de Varsovie; soit. Mais Dantzick sera ville libre. Ses fortifications seront démolies , et le roi de Saxe sera indemnisé pour la cession des territoires de la Silésie et de la Bohème, qui sont enclavés dans la Saxe.
)) Les provinces illyriennes seront cédées à l'Autriche. On consent même à abandonner le port de Fiume. Mais Trieste ne sera pas compris dans la cession.
w La confédération germanique s'étendra jusqu'à l'Oder.
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» Enfin l'intégrité du territoire danois sera garantie, x>
Cette réponse est confiée à M. de Maussion , auditeur au conseil d'état, qui part de suite. M. de Bubna, à qui Napoléon l'a communiquée avec ordre de la transmettre directement à son beau-père, fait partir son courrier. L'empereur d'Autriche et son ministre doivent recevoir la réponse de Napoléon dans la nuit du 10 au 1 1 .
Napoléon écrit le même jour au prince d'Eckmûlh :
u Mon cousin, c'est aujourd'hui le 9. Le congrès de Prague va fort mal. Probablement l'armistice sera dénoncé le 1 1 par les alliés , et la déclaration de guerre de l'Autriche vous sera signifiée. Prenez cela pour votre gouverne. Sur ce, etc.
» Napoléon.
» Dresde, le 9 août i8i5. »
Le 1 1 , on apprend à Dresde que le congrès est dissous !
Dans leur réponse de la veille au comte de Metternich, les plénipotentiaires français avaient parfaitement traité , dans l'intérêt de la paix , la question du terme de la négociation. Ils avaient dit : « Les mots , derniers jours des négociations , amènent une réflexion bien douloureuse , en donnant à penser qu'on renonce dès à présent à toute idée de conciliation, tandis que la convention si-
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gnée à Neumarck , en établissant un terme avant lequel il n'est pas permis de dénoncer l'armis-r tice , n'en fait nullement une obligation , et n'annonce d'ailleurs en aucune manière que, ce terme arrivé, les négociations doivent cesser. » Ils ajoutaient : « Le médiateur ne regarde-t-il pas comme le plus saint des devoirs de concourir à faire rejeter une interprétation qui détruirait l'espoir d'un rapprochement , que les soussignés hâtent de tous leurs vœirx et de tous leurs efforts? »
M. de Metternich avait signalé son impartialité par son silence sur cette observation , dont la justice égalait la générosité. Mais il se hâtait de leur adresser sa dernière note.
Note de M. de Metternich aux plénipotentiaires français .
« Le soussigné , ministre d'état et des affaires étrangères de sa majesté impériale et royale apostolique , plénipotentiaire de la cour médiatrice, a l'honneur de transmettre à LL. Exe. MM. le duc de Vicence et le comte de Narbonne , plénipotentiaires de S. M. l'empereur des Français, roi d'Italie, copie des offices qu'il vient de recevoir de la part de MM. les plénipotentiaires de S. M. l'empereur de toutes les Russies et de S. M. le roi de Prusse , par lesquels ils lui déclarant que, le terme de l'armistice étant écoulé, ils
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regardent le congrès réuni pour la négociation de fa paix comme dissous.
» C'est avec un vif regret que le soussigné voit finir, en conséquence, ses fonctions de médiateur, sans emporter, d'un stérile essai d'arriver au résultat satisfaisant de la pacification des puissances belligérantes, une autre consolation que celle de n'avoir négligé, de son côté, aucun moyen pour consommer une œuvre aussi salutaire.
» Le soussigné saisit avec empressement l'occasion de cette dernière communication officielle pour offrir à LL. Exe. les assurances de sa haute considération.
» Signé t le comte de Metternich.
» Prague, le 1 1 août 1810. »
Note de M. d' Anstctt a M. le comte de Metternich.
« Le terme final de la médiation et des négociations ouvertes à Prague étant révolu avec la journée du 10, le soussigné a l'ordre exprès de déclarer formellement que ses pleins-pouvoirs cessent dès ce moment.
» Sur le point de quitter cette ville, il ne saurait le faire sans s'acquitter du devoir sacré d'offrir à S. Exe. M. le comte de Metternich les expressions de sa vive reconnaissance des marques de confiance et de bonté dont il a bien voulu l'honorer personnellement.
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» Quant à l'impartialité, à la noblesse, à l'esprit de conciliation , à la pureté des principes que son excellence a manifestés en sa qualité de médiateur , il n'appartient point au soussigné d'anticiper à cet égard sur les témoignages que les cours alliées s'empresseront de faire parvenir à S. Exe. M. le comte de Metternich. Il se borne à lui renouveler ceux de sa très-haute considération.
i> Signé, d'Axstett.
» Concordat cum originali,
» Signé, Metterxich.
» Prague , le 29 juillet ( 10 août ) 1 8 1 3 , à minuit. » Note de M. de Ilumholdl à M. le comte de Metternich.
« Le terme des négociations qui avaient été ouvertes sous la médiation de sa majesté impériale et royale apostolique étant révolu avec la journée du 10 août, le soussigné, ministre d'état et plénipotentiaire de S. M. le roi de Prusse, est,,, chargé , par les ordres exprès de sa cour, de déclarer formellement à S. Exe. M. le comte de Metternich , ministre d'état et des affaires étrangères, plénipotentiaire de S. M. l'empereur d'Autriche, que ses pleins-pouvoirs, ainsi que son caractère de plénipotentiaire , viennent a cesser.
» Le soussigné ne tarde pas un moment, par conséquent, à prier S. Exe. M. le comte de Metternich de témoigner à sa majesté impériale corn-
bien S. M. le roi de Prusse, tout en éprouvant des regrets vifs et sincères que les intentions bienfaisantes de la cour médiatrice n'aient pu amener le résultat désiré , est sensible aux nouvelles marques d'intérêt et de confiance que S. M. l'empereur a bien voulu lui donner aussi dans cette occasion importante. Ces efforts faits d'un commun accord pour rendre une paix stable et solide à l'Europe , ne pourront qu'ajouter aux sentimens d'amitié et d'attachement que se portent les deux souverains, et S. Exe. le comte de Metternicli sait combien tout ce qui a rapport à ce sentiment a de prix aux yeux de sa majesté et est cher à son cœur.
» Le soussigné saisit cette occasion pour présenter à S. Exe. M. le comte de Metternich l'expression de sa reconnaissance particulière dé toutes les preuves de bonté et de confiance que son excellence a bien voulu lui donner personnellement, et le prier en môme temps d'agréer l'assurance de sa haute considération.
» Signé , Humboldt.
n Concordat cum originali,
» Signé , Metternich.
» Prague , le 10 août 1 8 1 3 , à minuit. »
Réplique des plénipotentiaires français .
« Les soussignés, plénipotentiaires de S. M.
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l'empereur des Français , ont reçu avec la note que S. Exe. M. le eomte de Metternich , eLe. , leur a fait l'honneur de leur adresser aujourd'hui, les copies de celles que son excellence venait de recevoir de MM. les plénipotentiaires russe et prussien. Ils ont vu avec peine, mais sans surprise, dans cette communication, l'empressement avec lequel MM. les plénipotentiaires alliés ont saisi l'occasion de dérober à l'œuvre de la paciïi— cation le temps qui lui était encore réservé , et ils devaient s'attendre que le médiateur aurait usé de toute son influence pour conserver à la négociation des momens qui pouvaient amener la tranquillité de l'Europe.
» Les soussignés, convaincus qu'ils n'ont rien négligé pour remplir les intentions pacifiques do lflur auguste maitre, et qu'ils en ont encore donné une preuve en renouvelant avec instance , par leur note d'hier, les propositions les plus conciliantes, regrettent vivement qu'il ne leur reste d'autre devoir à remplir que de mettre sous les yeux de sa majesté impériale et royale les notes qui leur ont été adressées par M. le comte de Metternich.
» Signé , Caulai.xcourt , duc de Vicence.
m L. Narbo.wve.
» Prague, le ii août i8i5. »
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Le comte de Narbonne arrive à Dresde le i5,
porteur de la déclaration de guerre de l'Autriche.
Déclaration de guerre de l' Autriche.
<( Le soussigné, ministre d'état et des affaires, étrangères , est chargé , par un ordre exprès de son auguste maître , de faire la déclaration suivante à S. Exe. M. le comte de Narbonne , ambassadeur de S. M. l'empereur des Français, roi d'Italie.
)) Depuis la dernière paix signée avec la France, en octobre 1809, sa majesté impériale et royale apostolique a voué toute sa sollicitude, non-seulement à établir avec cette puissance des relations d'amitié et de confiance dont elle avait fait la base de son système politique, mais à faire servir ces relations au maintien de la paix et de l'ordre en Europe. Elle s'était flattée que ce rapprochement intime cimenté par une alliance de famille contractée avec S. M. l'empereur des Français , contribuerait à lui donner, sur sa marche politique, la seule influence qu'elle soit jalouse d'acquérir , celle qui tend à communiquer aux cabinets de l'Europe l'esprit de modération , le respect pour les droits et les possessions des états indépendans qui l'animent elle-même.
» Sa majesté impériale n'a pu se livrer longtemps à de si belles espérances-: un an était à peine
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écoulé depuis l'époque qui semblait mettre le comble à la gloire militaire du souverain de la France, et rien ne paraissait plus manquer à sa prospérité, pour autant qu'elle dépondait de son attitude et de son influence au dehors, quand de nouvelles réunions au territoire français , d'états jusqu'alors indépendans , de nouveaux morcellemens et déchiremens de l'empire d'Allemagne l vinrent réveiller les inquiétudes des puissances, et préparer, par leur funeste réaction sur le nord de l'Europe , la guerre qui devait s'allumer en 1812 entre la France et la Puissie 2.
" Observations dictées par Napoléon.
« L'Autriche a de plein gré renoncé à l'empire d'Ailema gne. Elle a reconnu les princes de la confédération , elle a reconnu le protectorat de l'empereur. Si le cabinet autrichien a conçu le projet de rétablir l'empire d'Allemagne , de revenir sur tout ce que la victoire a fondé et que les traités ont consacré , il a formé une entreprise qui prouve mal V esprit de modération et le respect pour les droits des états indépendans dont il se dit animé.
' » Le cabinet de Vienne met en oubli le traité d'alliance qu'il a conclu le 14 mars 181 2. Il oublie que par ce traité la France et l'Autriche se sont garanties réciproquement l'intégrité de leurs territoires actuels ; il oublie que par ce traité l'Autriche s'est engagée à défendre le territoire de la France tel qu'il existait alors, et qui n'a depuis reçu aucun agrandissement , il oublie que par ce traité il ne s'est pas borné à demander pour l'Autriche l'intégrité de son territoire , mah les agrandissemens que les circonstances pourraient lui
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» Le cabinet français sait mieux qu'aucun autre combien S. M. l'empereur d'Autriche a eu à cœur d'en prévenir l'éclat par toutes les voies que lui dictait son intérêt pour les deux puissances et
procurer ; il oublie que , le 1 4 mars 1813, toutes les questions qui devaient amener la guerre étaient connues et posées , et que c'est volontairement et en connaissance de cause qu'il prit parti contre la Russie. Pourquoi , s'il avait alors les sentimens qu'il manifeste aujourd'hui , n'at- il pas fait alors cause commune avec la Russie? Pourquoi du moins , au lieu de s'unir à ce qu'il présente aujourd'hui comme un cause injuste , n'a-t-il pas adopté la neutralité ? La Prusse fit à la même époque une alliance avec la France , qu elle a violée depuis ; mais ses forteresses et son territoire étaient occupés. Placée entre deux grandes puissances en armes et théâtre de la guerre , la neutralité était de fait impossible. Elle se rangea du côté du plus fort. Lorsqu'ensuite la Russie occupa son territoire , elle reçut la loi et fut l'alliée de la Russie. Aucune des circonstances qui ont réglé les déterminations de la Prusse, n'ont existé eu 1812 et n'existent en 181 3 pour l'Autriche. Elle s'est engagée de plein gré en 1812 , à la cause qu'elle «-oyait la plus juste , à celle dont le triomphe importait le plus à ses vues et aux intérêts de l'Europe dont elle se montre protecteur si inquiet et défenseur si généreux. Elle a versé son sang pour soutenir la cause de la France ; en 1 8 1 3 elle le prodigue pour soulenir le parti contraire. Que doivent penser les peuples ? quel jugement ne porteront-ils pas d'un gouvernement qui , attaquant aujourd'hui ce qu'il a défendait hier , montre que ce n'est ni la justice ni la politique qui règlent les plus importantes déterminations de son cabinet.
pour celles qui devaient se trouver entraînées dans la grande lutte qui se préparait. Ce n'est pas elle que l'Europe accusera jamais des maux incalculables qui en ont été la suite '.
» Dans cet état de choses, S. M. l'empereur, ne pouvant conserver à ses peuples le bienfait de la paix, et maintenir une heureuse neutralité au milieu du vaste champ de bataille qui , de tous côtés , environnait ses états, ne consulta, dans le parti qu'elle adopta , que sa fidélité à des relations si récemment établies, et l'espoir qu'elle aimait à nourrir encore que son alliance avec la France, en lui offrant des moyens plus sûrs de faire écouter les conseils de la sagesse , mettrait des bornes à des maux inévitables , et servirait la cause du retour de la paix en Europe 2.
« » Le cabinet français sait mieux qu'aucun autre que l'Autriche a offert son alliance lorsqu'on n'avait pas même conçu l'espérance de l'obtenir : il sait que si quelque ebose avait pu le porter à la guerre, c'était la certitude que nonseulement l'Autriche n'y prendrait aucune part contre lui , mais qu'elle y prendrait part pour lui. Il sait que, loin de déconseiller la guerre , l'Autriche l'a excitée ; que , loin de la craindre, elle l'a désirée; que, loin de vouloir s'opposer a de nouveaux morcellemens d'états , elle a conçu de nouveaux déebiremens dont elle voulait faire son profit.
a » Le cabinet de Vienne ne pouvait , dit-il , maintenir une heureuse neutralité au milieu du vaste champ de bataille qui l'environnait de tous les côtés. — Les circonstan-
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» Il n'en a malheureusement pas été ainsi : ni les succès brillans de la campagne de 1812, ni les désastres sans exemple qui en ont marqué la fin, n'ont pu, ramener dans les conseils du gouvernement français l'esprit de modération qui aurait mis à profit les uns, et diminué l'effet des autres r.
» Sa majesté n'en saisit pas moins le moment
ces n'étaicnt-elles donc pas les mêmes qu'en 1806 ? De sanglans combats ne se livrèrent-ils pas en 1806 et en 1807, près des limites de son territoire, et ne conserva-t-il pas aux peuples le bienfait de la paix , et ne se maintint-il pas dans une heureuse neutralité ? — Mais le gouvernement de l'Autriche , en prenant le parti de la guerre , en combattant pour la cause de la France , consulta, dit-il , sa fidélité à des relations nouvellement établies ; fidélité qui ne mérite plus d'être consultée lorsque ces relations sont devenues plus anciennes d'une année et plus étroites par Une alliance formelle. S'il faut l'en croire aujourd'hui , ce n'était pas pour s'assurer des agraudissemens qu'il s'alliait à la France en 1S12 , qu'il lui garantissait toutes ses possessions , et qu'il prenait part à la guerre : c'était pour servir la cause du retour de la paix , et pour faire écouter les conseils de la sagesse. Quelle logique ! quelle modestie !
1 » Comment le cabinet de Vienne a-t-il appris que les succès brillans delà campagne de 18 î 9 n'ont pas ramené la modération dans les conseils du gouvernement frrnçais? S'il avait été bien informé , il aurait su que les conseils de la France , après la bataille de la Moscova , ont été modérés et pacifiques , et que tout ce qui pouvait ramener la paix fut alors tenté.
où l'épuisement réciproque avait ralenti les opérations actives de la guerre, pour porter aux puissances belligérantes des paroles de paix , qu'elle espérait encore voir accueillir de part et d'autre avec la sincérité qui les lui avait dictées. » Persuadée toutefois qu'elle ne pourrait les faire écouter qu'en les soutenant de forces qui promettraient au parti avec lequel elle s'accorderait de vues et de principes l'appui de sa coopération active pour terminer la grande lutte ' ; en
1 » Le cabinet de Vienne met de la suite dans ses inconséquences. Il fait cause commune avec la France en 1812 ; et c'était , dit-il aujourd'hui , pour L'empêcher de faire la guerre à la Russie. Il arme en 181 5 pour la Prusse et la Russie, et c'est , dit-il , pour leur inspirer le désir de la paix. Ces puissances, d'abord exaltées par des progrès qu'elles devaient au hasard des circonstances , avaient été rendues à des sentimens plus calmes par les revers éclatans du premier mois de la campagne : affaiblies , vaincues , elles allaient revenir de leurs illusions. Le gouvernement autrichien leur déclare qu il arme pour elle : il leur montre ses armées prêtes à prendre leur défense , et en leur offrant de nouvelles chances dans la continuation de la guerre, il prétend leur inspirer le désir de la paix ! Qu'aurait-il fait , s'il avait voulu les encourager à la guerre ? 11 a offert à la Russie d'en prendre sur lui le fardeau ; il a offert à la-Prusse d'en changer le théâtre. Il a appelé sur son propre territoire les troupes de ses alliés et toutes les calamités qui pesaient sur celui de la Prusse. 11 a enfin offert au cabinet de Pétersbourg le spectacle le plus agréable pour un empereur de Russie , de l'Autriche , son ennemie naturelle, combattant
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offrant sa médiation aux puissances, elle se décida à l'effort, pénible pour son cœur , d'un appel au courage et au patriotisme des ses peuples. Le congrès proposé par elle et accepté par les deux partis s'assembla au milieu des préparatifs militaires que le succès des négociations devait rendre inutiles, si les vœux de l'empereur se réalisaient , mais qui devaient , dans le cas contraire , conduire par de nouveaux efforts au résultat pacifique que sa majesté eût préféré d'atteindre sans effusion de sang '.
» En obtenant, de la confiance qu'elles avaient vouée à sa majesté impériale , le consentement des puissances à la prolongation de l'armistice que la France jugeait nécessaire pour les négociala France , son ennemie actuelle. Si le cabinet de Vienne avait demandé les conseils de la sagesse , elle lui aurait dit qu'on n'arrête pas un incendie en lui donnant un nouvel aliment , qu'il n'est pas sage de s'y précipiter pour un peuple dont les intérêts sont contraires ou étrangers ; enfin qu'il y a de la folie à exposer à toutes les chances de la guerre une nalion qui , après de si longs malheurs , pouvait continuer à jouir des douceurs de la paix. Mais l'ambition n'est pas^un conseiller qu'avoue la sagesse.
1 » L'auteur de cette déclaration ne sort pas du cercle vicieux dans lequel il s'est engagé. La Russie et la Prusse savaient fort bien que le gouvernement autrichien armait contre la France Dès ce moment , elles ne pouvaient pas vouloir la paix. Ce résultat des dispositions du cabinet de Tienne était trop évident pour qu'il n'y eût pas compté tome II. 17
tions , l'empereur acquit , avec cette preuve de leurs vues pacifiques, celle de la modération de leurs principes et de leurs intentions '.
» Il y reconnut les siens, et se persuada, de ce moment, que ce serait de leur côté qu'il rencontrerait des dispositions sincères à concourir au rétablissement d'une paix solide et durable. La France, loin de manifester des intentions analogues, n'avait donné que des assurances générales trop souvent démenties par des déclarations publiques qui ne fondaient aucunement l'espoir qu'elles porteraient à la paix les sacrifices qui pourraient la ramener en Europe \
1 » Le cabinet de ^ ienne avait fait perdre le mois de juin tout entier, en ne remplissant aucune des formalités préalables à l'ouverture du congrès. La France ne demanda point que l'armistice fut prolongé , mais elle y consentit. Ce qu'elle désirait, ce qu'elle demanda , c'est qu'il fut convenu que les négociations continueraient pendant les hostilités. Mais le cabinet de ^ ienne s'y refusa ; l'Autriche aurait été liée, comme médiatrice, pendant les négociations; il préfera une prolongation d'armistice qui lui donnait le temps d'achever ses arméniens , et dont la durée limitée lui offrait un terme fatal pour rompre les négociations et pour se déclarer.
2 « Comment le cabinet de Vienne s'est-il assuré que la France ne porterait pas à la paix les sacrifices qui pourraient la ramener en Europe ? Avant, le moment qu'il avait lixé pour la guerre, a-t-il proposé un ultimatum et fait connaître ce qu'il voulait? — lia déclaré la guerre parce qu'il ne voulait
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» La marche du congrès ne pouvait laisser de doutes à cet égard : le retard de l'arrivée de MM. les plénipotentiaires français, sous des prétextes que le grand but de sa réunion aurait dû faire écarter l , l'insuffisance de leurs instructions sur les objets de forme qui faisaient perdre un temps irréparable , lorsqu'il ne restait que peu de jours pour la plus importante des négociations 2 ;
que la guerre. Il l'a déclarée, sans s'assurer si elle pouvait être évitée , et avec une précipitation à laquelle il est difficile de reconnaître l'influence des conseils de la sagesse.
1 » C'est par le fait de l'Autriche et des alliés que l'arrivée des plénipotentiaires a été retardée; cependant les difficultés suscitées à dessein n'étaient pas levées, que M. le comte de Narbonne était déjà à Prague. Ses pouvoirs , communs aux deux plénipotentiaires , l'autorisaient à agir concurremment ou séparément. M. le duc de Yicence arriva plus tard , parce que de nouvelles difficultés , où la dignité de la France était compromise , furent élevées par les ennemis. Mais à quoi bon ces observations? Qu'aurait fait un retai'd de quelques jours à un médiateur qui n'aurait pas voulu la guerre ; et quel motif de guerre qu'un retard de quelques jours !
2 » Les plénipotentiaires avaient pour instructions d'adhérer à toutes les formes de négociation consacrées par l'usage. Le médiateur proposa des formes inusitées et qui tendaient à empêcher tout rapprochement des plénipotentiaires , tout rapport entre eux , toute négociation. Il introduisit une discussion qu'avec une volonté sincère de la paix le médiateur n'aurait jamais occasionée. Il ne restait , dit-il, que peu de jours pour la plus importante des négociations. Eh ! pour-
léà LE PORTEFEUILLE
loutes ces circonstances réunies ne démontraient que trop que la paix , telle que la désiraient l'Autriche et les souverains alliés, était étrangère aux vœux de la France ' ; et qu'ayant accepté pour la forme, et pour ne pas s'exposer aux reproches de la prolongation de la guerre , sa proposition d'une
quoi ne restait-il que peu de jours, qu'avait de commun la négociation avec l'armistice ? ne pouvait-on pas négocier en se battant? Qu'importe quelques jours de plus ou de moins quand il s'agit de la paix ? Si le cabinet de ^ ienne ne voulait pas la négocier, mais la dicter, comme on dicte des conditions à une place assiégée , peu de jours à la vérité pouvaient suffire ; mais alors pourquoi n'a-t-il pas même proposé une capitulation? // ne restait que peu de jours pour la plus importante des négociations '. Quelle est donc la négociation qui a été faite en peu de jours? Le temps est l'élément le plus nécessaire quand il s'agit de s'entendre , le temps est un élément inutile pour un médiateur qui a pris d'avance son parti. Cependant lorsque c'est contre la France qu'il s'agit de se déclarer , une telle détermination n'est pas de si peu de conséquence qu'il soit indifférent d'employer quelques jours de plus ou de moins à y penser.
« » Il faut rendre ici justice à la pénétration du cabinet de Vienne. Sans doute la paix , telle que la voulaient les souverains alliés, était étrangère aux vœux delà France, de même que la paix , telle que la voulait la France , devait être étrangère aux vœux des alliés. Toute puissance qui entre en négociation veut tout ce qu'elle peut obtenir. Lorsqu'il y a un médiateur, il s'interpose entre les volontés opposées, afin de les rapprocher. Telle est sa mission : sa gloire est d'y réussir. Mais tel n était pas le vole que le cabinet autrichien
négociation , elle voulait en éluder l'effet ' , ou s'en prévaloir peut-être uniquement pour séparer l'Autriche des puissances qui s'étaient déjà réunies avec elle de principes, avant même que les
s'était donné ; il n'a jamais été médiateur , il a été ennemi dès le moment où , selon son aveu , il n'a voulu d'autre paix que celle que voulait une seule des parties. Mais quelle était cette paix que voulait le cabinet de Vienne ? S'il voulaiten effetlapaix , une paix quelconque, pourquoi ne s'estil pas expliqué? Pourquoi ? parce qu'il avait adopté toutes les prétentions de la Russie , de la Prusse et de l'Angleterre ; parce qu'il avait de plus ses prétentions propres sur lesquelles il ne voulait pas céder ; enfin parce qu'il était recoin à la guerre.
• » La France a proposé l'ouverture d'un congrès , parce qu'elle voulait sincèrement la paix , parce qu'elle se flattait que ses plénipotentiaires , mis en présence de ceux de la Russie et de la Prusse , parviendraient à s'entendre avec eux, parce qu'un congrès, même sous la médiation de l'Autriche, était un moyen d'échapper au danger des insinuations que le cabinet de Vienne répandait.
» La France a accepté la médiation de 1 Autriche, parce qu'en supposant au cabinet de Vienne les vues ambitieuses sur lesquelles nous n'avions pas de doute , on devait croire qu'il se trouverait gêné par son rôle de médiateur, et qu'il n'oserait pas , dans une négociation publique et pour son seul intérêt , repousser nos vues modérées et les sacrifices que nous étions disposés à faire à la paix ; parce qu'enfin , s'il en était autrement, et si le médiateur et nos ennemis étaient d'accord sur leurs prétentions réciproques , le cabinet de Vienne proposerait un ultimatum qui soulèverait l'indienation de la France et de ses alliés.
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traités eussent consacré leur union pour la cause
de la paix et du bonheur du monde '.
» L'Autriche sort de cette négociation , dont le résultat a trompé ses vœux les plus chers , avec la conscience de la bonne foi qu'elle y a portée. Plus zélée que jamais pour le noble but qu'elle s'était proposé , elle ne prend les armes que pour l'atteindre de concert avec les puissances animées des mêmes sentimens. Toujours également disposée à prêter la main au rétablissement d'un ordre de choses qui , par une sage répartition de forces, place la garantie de la paix sous l'égide d'une association d'états indépendans, elle ne négligera aucune occasion de parvenir à ce résultat; et la connaissance qu'elle a acquise des dispositions des cours devenues désormais ses alliées lui donne la certitude qu'elles coopéreront avec sincérité à un but aussi salutaire 2.
1 » Ainsi Y Autriche était déjà réunie, de principes avec les ennemis de la France. ! Qui lui demandait cet aveu?
» Le cabinet de Vienne craignait que la France ne se prévalût d'une négociation pour séparer l'Autriche des puissances ennemies ? Sans doute , si l'Autriche s'était unie à elles pour les empêcher de faire la paix et avec la ferme résolution de nous faire la guerre , elle devait craindre une négociation où notre modération pouvait leur offrir des chances plus avantageuses dans la paix que dans la guerre \ mais pourquoi donc le cabinet de \ ienne a-t-il offert sa médiation et fait retentir l'Europe de ses vœux pour la paix? 2 » L'Autriche veut établir un ordre de choses qui, par une
» En déclarant, d'ordre de l'empereur, à M. le comte de Narbonne que ses fonctions d'ambassadeur viennent à cesser de ce moment, le soussigné met à la disposition de S. Exe. les passe-ports dont elle aura besoin pour elle et pour sa suite.
» Les mêmes passe-ports seront remis à M. de la Blanche, chargé des affaires de France à Vienne, ainsi qu'aux autres individus de l'ambassade. » Il a l'honneur d'offrir, etc.
» Metternich.
» Prague , le ia août i8i5. »
sage répartition de forces , place la garantie de la paix sous V égide d'une association d états indépendans. Elle ne fera la paix que quand une égale répartition de forces garantira l'indépendance de chaque état. Pour y parvenir , elle doit d'abord agrandir à ses dépens la Bavière et la Saxe , car c'est aux grandes puissances à descendre pour que les puissances du second ordre deviennent leurs égales ; lorsqu'elle aura donné l'exemple , elle sera en droit de demander qu il soit imité. Ainsi le cabinet de Vienne veut combattre pour faire de toutes les puissances une république de souverains dont Les élémens seront parfaitement égaux ; et c'est à de telles rê-. v'eries qu'il faudrait sacrifier le repos du monde ! Peut-on se joUer plus ouvertement de la raison publique , de l'opinion de l'Europe ? En rédigeant des manifestes , comme en réglant sa conduite , le cabinet de Vienne n'a pas écoulé les conseils de la sagesse. »
Napoléon esta présent tout à la guerre. Il termine son séjour à Dresde par quelques lettres toutes militaires.
yJu prince ar< liichamclicr.
a Mon cousin, le ministre des relations extérieures vous a fait connaître que l'Autriche nous a déclaré la guerre. Son manifeste est assez insignifiant ; l'analyse en bon français est qu'elle croit l'occasion bonne pour reprendre son influence. Les négociations de Prague n'ont pas eu lieu, on n'a pas même pu échanger les pouvoirs. Les plénipotentiaires n'ont pas même pu se voir. Les affaires d'Espagne ont relevé les espérances , l'intrigue anglaise a fait le reste. Le 1 7, nous nous battrons. Je désire que l'impératrice fasse son voyage de Cherbourg et que ce ne soit qu'à son retour qu'elle apprenne tout cela. Faites-la partir le 17. Je vous prie de réunir le conseil des ministres pour savoir s'il ne faudrait pas lever vingt-cinq mille conscrits dans les départemens du Languedoc et de la Guyenne, qu'on dirigerait surBayonne pour renforcer les armées d'Espagne. Si vous êtes de cet avis, présentez le sénatus-consul{c au sénat. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
» Napoléon.
» Dresde, le 12 ;h>ûî i 8 1 3. »
DE MU- HUIT CENT TREIZ.E. a65
An prince il Ecknûïld.
« Mon cousin, j'ai nommé le général Girard, qui s'est si bien distingué à Lutzen, et qui es( guéri de ses blessures, pour se rendre à Magdebou rg. Il aura sous ses ordres :
n i°. Le corps du général Dombrowski , composé de huit bataillons polonais et de deux régimens de cavalerie, etc.
» 2°. Une division de neuf mille hommes tirée de la garnison de Ma ff débours.
» Ce général pourra donc réunir, entre Berlin WittembergetMagdebourg, quinze mille hommes, qui serviront à établir une communication entre vous et le duc de Reggio. Cependant ce corps ne doit pas s'éloigner de manière à être isolé de Magdebourg parce que la garnison de cette place ne serait plus suffisante. Le général Lemarois ayant le chiffre de l' état-major, que vous devez avoir aussi, vous pourrez correspondre. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
» Napoléon.
» Dresde, le 12 août au matin i8i5. » au prince d' Echinuli! .
« Mon cousin , le major général vous aura annoncé que les ennemis ont dénoncé hier l'armistice. Les hostilités recommenceront donc le 17.
Que votre quartier geWr.il sorte le plus tôt possible rie Hambourg; et ne vous laissez pas masquer par des forces inférieures et surtout par ce tas de canaille qui ne signifie rien. J'ai fait venir le général Yandamme à Dresde ; mais le <luc de Reggio avec son corps , qui est le douzième , le quatrième corps, commandé par le général Bertrand, fort de trois divisions, et le duc de Padoue, fort de trois divisions de cavalerie, ce qui fait une armée de soixante-dix à quatre-vingt mille hommes, débouche le 1 8 de Luckau sur Berlin. Vous sentez que ce corps n'étant qu'à trois journées de Berlin pressera davantage l'ennemi , et qu'il serait possible qu'il portât toutes ses forces contre lui. Vous devez donc manœuvrer de manière à inquiéter l'ennemi sur sa gauche , et à vous réunir avec le corps du duc de Reggio sur Berlin. Aussitôt que vous serez éloigné de Hambourg, vous aurez une communication sûre avec Magdebourg. Le général Lemarois a ordre Je former une division active pour manœuvrer autour de Magdebourg. Comme il est probable que l'Autriche est contre nous, les circonstances deviennent fortes. Il faut que vous mettiez la plus grande activité dans vos opérations. Aussitôt, que vous aurez reçu cette lettre , votre corps doit quitter Hambourg et menacer le flanc de l'ennemi. Annoncez l'arrivée d'un corps considérable venant de Wéscl. J'ai ordoniié au général Lema-
rois de se porter à Mindcnavec six bataillons de la sixième division bis , afin d'y former une réserve entre Cassel , Magdebourg et Hambourg. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
» Napoléon.
» Dresde, le 1 2 août i8i3. »
Au prince d Eckmùld.
(( Mon cousin , l'officier d'ordonnance Laplace arrive en ce moment , et m'apporte votre lettre du 10 août. J'attacbe comme vous beaucoup d'importance à ce que la communication soit la plus directe possible avec Harbourg : gagner une demi-lieue c'est beaucoup gagner ; et arriver promptement au secours de la garnison , cela équivaut à une augmentation de troupe. Je vois avec peine que vous ayez encore si peu de chevaux. Je vous ai fait connaître hier que l'ennemi avait dénoncé l'armistice , que les hostilités recommenceront le 1 7, et que l'Autriche nous a déclaré la guerre. La garde part aujourd'hui de Dresde , et demain je porte mon quartier-général à Bautzen. Les quatrième et septième corps , et le troisième corps de cavalerie sont en mouvement pour Luckau. J'espère que le 18 ils dépasseront Bareuth pour se porter sur Berlin. Annoncez donc votre mouvement offensif. On ne voit pas trop encore ce que veut faire l'ennemi. Le
a68 LE PORTEFEUILLE
général Girard est parti hier pour Magdebourg. Prenez toutes vos mesures pour remonter le plus promptement possible beaucoup de .monde. Assurez-vous que vous et le général Lemarois avez le même chiffre. Je suis surpris que vous ne soyez pas plus instruit des mouvemens de l'ennemi ; il me semble que par Altona et Copenhague vous devriez avoir toutes les nouvelles. J'attends aujourd'hui le roi de Naples qui vient prendre un commandement dans l'armée. Ayez soin d'écrire en chiffres tout ce qui aurait quelque importance. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. »
» Xapoléo.n.
«Dresde, ce i5 août iSi5. »
A M. le maréchal prince d'Eekmùhl.
Dresde le i3 août i8i3.
« Monsieur le maréchal, le duc de Pieggio, avec une armée de quatre-vingt mille hommes, composée de son corps (n°. 12), du quatrième commandé par le général Bertrand, du septième commandé par le général Régnier, et du troisième corps de cavalerie commandé par le duc de Padoue, part le 18 de Bareuth pour se porter sur Berlin ; il y arrivera le 21 s'il n'est pas retenu par des forces supérieures.
» Le générai Girard, avec dix ou douze mille
DE MIL HUIT CENT TREIZE. a6g
hommes, débouche par Magdebourg le 18, pour pousser l'ennemi devant lui s'il n'y est pas en forces supérieures, ou le suivre aussitôt qu'il sera affaibli. Le général Girard , formant la partie active du corps de Magdebourg, ne doit point se laisser couper de la ligne. Son but est d'aider la réunion du duc de Reeçio à vous.
ft L'intention de l'empereur est, qu'aussitôt que cela sera possible , tout votre corps d'armée soit réuni sur la rive droite *de l'Elbe en avant de Hambourg. Avec les Danois , et après avoir laissé une garnison dans la place , vous devez avoir un corps d'au moins trente mille combattans.
n Si l'ennemi n'est pas devant vous en forces supérieures, attaquez le 18, et le menez battant. S'il est en forces supérieures , non-seulement par le nombre, mais encore par la cavalerie, faites des mouvemens devant lui. Inquiétez-le et suivezle aussitôt qu'il sera affaibli. Votre principal but est de marcher entre la mer et Berlin pour vous réunir au duc de Reggio, pousser les Suédois dans la mer, et enfin débloquer Stettin. Si vous parvenez à débloquer cette place, il faut sur-le-champ en retirer les généraux inutiles , et réapprovisionner la place en prenant les blés qu'on pourra trouver, de manière que la place puisse tenir jusqu'à la fin d'octobre.
)) Vous trouverez ci-joint la liste des généraux qui ont le grand chiffre; je vous envoie copie d'un
a7o LE PORTEFEUILLE
petit. Comme il est facile à copier, vous pourrez le donner aux généraux qui seraient détachés, en leur faisant sentir l'importance de ne pas le perdre, et de s'arranger de manière que, venant à être faits prisonniers, par exemple, ce chiffre ne tombât pas au pouvoir de l'ennemi.
» L'empereur porte aujourd'hui son quartier général à Bautzen. Le maréchal Saint-Cyr, avec le quatorzième corps, est à Pirna, à cheval sur le fleuve. Le premier corps (celui du général Vandamme) arrivera le 17 à Dresde. La déclaration de guerre de l'Autriche accroît le nombre de nos ennemis. Il est nécessaire que tous les généraux détachés fassent tout ce qu'exigent, et leur zèle pour le service de l'empereur, et la gloire des armes françaises.
)) L'empereur vous a envoyé le général de division Pécheux, qui est un homme de mérite. Il vous envoie un nouveau général de brigade. Le général Lemoine, avec ses six bataillons de la sixième division bis , a ordre de prendre position à Minden ; donnez-lui des nouvelles par toutes les occasions.
» Vous recevrez cette lettre le 16. Il importe que vous me fassiez promptement connaître ce qui se passe devant vous, et ce que vous pourrez faire.
» Le prince vice-connétable major général,
Alexandre. »
L'empereur au prince <T EcrnûliL
« Mon cousin, je reçois votre lettre du n août. Je pars à l'instant pour porter mon quartier-général en avant; l'armée s'est mise en mouvement. Agissez avec l'activité et la vigueur qu'exigent les
circonstances. Sur ce , etc.
» Napoléon. »
» Dresde, le i5 août î8i3 , à midi. ■»
A Dresde tout était préparé pour la fète de la paix ; à la nouvelle de la rupture du congrès la transition fut brusque, et, quoique bien douloureuse , la guerre , et le cri de la guerre , remplacèrent tout à coup les espérances qui , depuis quelques jours, avait récréé les esprits. Mais à Prague, où le serment de la guerre était renouvelé chaque jour depuis un mois , il n'y eut pas de changement dans les apprêts, il n'y en eut que dans les localités. Le lendemain Prague était le grand quartier-général de l'empereur François et des alliés. C'était bien juste. La ville où la paix venait d'être refusée appartenait de droit à la guerre.
Cependant au milieu de la joie étrangère , le duc de Vicence conti nue sa mission auprès de M. de Metternich. A présent que ce ministre est affranchi du rôle de médiateur , on doit espérer qu'il marchera plus librement. En effet , il a reçu et examiné la réponse de Napoléon. Il réclame encore Trieste. Il refuse la ligne de l'Oder pour la con-
fédération; il demande l'indépendance de cette
confédération et celle de la Suisse.
Napoléon accepte dans leur entier les conditions du cabine! de Vienne , et si il demande à garder la Hollande et les villes anséatiques , c'est un dépôt, c'est un objet de compensation avec l'Angleterre pour la paix générale, qui est jusqu'au dernier moment l'objet de tous ses vœux.
M. de Metternich avoue que le 10 de telles concessions auraient pu mener à la paix, mais au lieu de médiateur, il est allié, et, à ce titre, il est obligé de référer de ces propositions à l'empereur Alexandre et au roi de Prusse que l'on attend. Napoléon en recevant la lettre par laquelle le duc de Vicence lui rend compte de cette dernière et irréparable difficulté, déclare en montant à cheval qu'il va se battre pour la paix. Il dicte à un secrétaire une dernière instruction pour le duc de Bassano.
« L'Autriche médiatrice rendait toute conciliation impossible : mais l'Autriche, en se déclarant en état de guerre, nous met tous dans une position plus vraie et plus simple. L'Europe est ainsi plus près de la paix; car il y a une complication de moins. Eh bien ! puisque les alliés fondent tant d'espérance sur les chances des combats, rien n'empêche de négocier en se battant. Écrivez à M. de Metternich que je propose d'ou~
Î)F. Mil. HUIT CENT TREIZE. *73
vrir dès aujourd'hui un congrès dans une ville frontière qu'on neutralisera. »
Le duc de Bassano s'empresse alors d'adresser la note suivante à M. de Metternieh.
yl M. de Metternieh.
« Le soussigné, ministre des relations extérieures, a mis sous les yeux de S. M. l'empereur et roi la déclaration du 1 1 août, par laquelle l'Autriche dépose le rôle de médiateur dont elle avait couvert ses desseins.
» Depuis le mois de février, les dispositions hostiles du cabinet de Vienne envers la France étaient connues de toute l'Europe. Le Danemarck, la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg , Naples et la Westphalie ont dans leurs archives des pièces qui prouvent combien l'Autriche , sous les fausses apparences de l'intérêt qu'elle prenait à son allié et de l'amour de la paix , nourrissait de jalousie contre la France. Le soussigné se refuse à retracer le système de protestations prodiguées d'un côté, et d'insinuations répandues de l'autre, par lequel le cabinet de Vienne compromettait la dignité de son souverain , et qui , dans son développement, a prostitué ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes , un médiateur , un congrès et le nom de la paix.
m Si l'Autriche voulait faire la guerre , qu'avaitelle besoin de se parer d'un faux langage et d'en- Tome U. 18
■>:i LE PORTEFEUILLE
tourer la Fiance de pièges mal tissus qui frappaient tous les regardas?
» Si le médiateur voulait la paix, aurait-il prétendu que des transactions si compliquées s'accomplissent en quinze ou vingt jours? Était-ce une volonté pacifique que celle qui consistait à dicter la paix à la France en moins de temps qu'il n'en faut pour conclure la capitulation d'une place assiégée? La paix de Tesehen exigea plus de quatre mois de négociations. Plus de six semaines furent employées à. Sistow avant que la discussion même sur les formes fut terminée. La négociation de la paix de Vienne, en 1809, lorsque la plus grande partie de la monarchie autrichienne était entre les mains de la France, a duré deux mois.
» Dans ces diverses transactions , les intérêts et le nombre des parties étaient circonscrits; et lorsqu'il s'agit à Prague de poser dans un congrès les bases de la pacification générale, de concilier les intérêts de la France , de l'Autriche , de la Russie, de la Prusse, du Danemarck, de la Saxe et de tant d'autres puissances ; lorsqu'aux complications qui naissent de la multiplicité et de la diversité des intérêts , se joignirent les difficultés résultant des prétentions ouvertes et cachées du médiateur, il était dérisoire de prétendre que tout fut terminé, montre en main, en quinze jours. Sans la funeste intervention de l'Autriche,
la paix entre la Russie, la France et la Prusse serait faite aujourd'hui.
m L'Autriche , ennemie de la France , et couvrant son ambition du masque de médiatrice, compliquait tout et rendait toute conciliation impossible. Mais l'Autriche, s'étant déclarée en état de guerre, est dans une position plus vraie et toute simple. L'Europe est ainsi plus près de la paix : il y a une complication de moins.
» Le soussigné a donc reçu l'ordre de proposer à l'Autriche de préparer dès aujourd'hui les moyens de parvenir à la paix , d'ouvrir un congrès où tontes les puissances, grandes et petites, seront appelées, où toutes les questions seront solennellement posées , où l'on n'exigera point que cette œuvre aussi difficile que salutaire soit terminée ni dans une semaine , ni dans un mois; où l'on procédera avec la lenteur inséparable de toute opération de cette nature, avec la gravité qui appartient à un si grand but et à de si grands intérêts. Les négociations pourront être longues : elles doivent l'être. Est-ce en peu de jours que les traités d'Utrecht, de Nimègue, de Ryswick, d'Aixla-Chapelle ont été conclus?
» Dans la plupart des discussions mémorables , la question de la paix fut toujours indépendante de celle de la guerre; on négociait sans savoir si l'on se battait ou non; et puisque les alliés fondent tant d'espérances sur les chances du combat,
lien n'empêche de négocier, aujourd'hui comme
alors , en se battant.
» Le soussigné propose de neutraliser un point sur la frontière, pour le lieu des conférences; de réunir les plénipotentiaires de la France , de l'Autriche, de la Russie, de la Prusse, de la Saxe; de convoquer tous ceux des puissances belligérantes, et de commencer, dans cette auguste assemblée, l'œuvre de la paix si vivement désirée par toute l'Europe. Les peuples éprouveront une consolation véritable en voyant les souverains s'occuper à mettre un terme aux calamités de la guerre, et confier à des hommes éclairés et sincères le soin de concilier les intérêts, de compenser les sacrifices, et de rendre la paix avantageuse et honorable à toutes les nations.
m Le soussigné ne s'attache point à répondre au manifeste de l'Autriche et au seul grief sur lequel il repose. Sa réponse serait complète en un seul mot. Il citerait la date du traité d'alliance conclu le 1 4 mars 1812 entre les deux puissances, et la garantie, stipulée par le traité, du territoire de l'Empire tel qu'il était le 14 mars 181 2.
» Le soussigné, etc.
» Le duc dk Bassaxo.
» Dresde , le i 8 août i 8 1 5. »
DE MIL HUIT CENT TREIZE. a77
Note de M. de Mettevnich en réponse à celle de M. de Bassano.
« Le soussigné , ministre secrétaire d'état des affaires étrangères , a reçu hier l'office que S. Exe. M. le duc de Bassano lui a fait l'honneur de lui adresser le 18 août dernier.
y Ce n'est pas après que la guerre a éclaté entre l'Autriche et la France, que le cabinet autrichien croit devoir relever les inculpations gratuites que renferme la note de M. le duc de Bassano. Forte, de l'opinion générale , l'Autriche attend avec calme le jugement de l'Europe et celui de la postérité.
» La proposition de S. M. l'empereur des Français offrant encore à l'empereur une lueur d'espoir de parvenir à la pacification générale , sa majesté impériale a cru pouvoir la saisir. En conséquence , elle a ordonné au soussigné de porter à la connaissance des cabinets russe et prussien la demande de l'ouverture d'un congrès qui, pendant la guerre même , s'occuperait des moyens d'arriver à une pacification générale. LL. MM. l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, animés des mêmes sentimens que leur auguste allié, ont autorisé le soussigné à déclarer à S. Exe. M. le duc. deBssaano, que, ne pouvant point décider sur un objet d'un intérêt tout-à -fait commun , sans en avoir préalablement conféré avec les au-
très alliés, les trois cours vont porter incessamment à leur connaissance la proposition de la France.
» Le soussigné les a chargés de transmettre , dans le plus court délai possible , au cabinet français, les ouvertures de toutes les cours alliées , en réponse à la susdite proposition.
m Le soussigné a l'honneur, etc.
» Le prince de Mettermch.
» Prague , le 2 i août 1 8 1 5. s
Ainsi le dernier mot de Napoléon à Dresde est un ordre pour travailler à la paix ! Ainsi l'existence politique actuelle de l'Europe n'aura dépendu peut-être que du courrier de Napoléon, qui n'est arrivé de Dresde à Prague qu'après minuit, dans la nuit du 10 au n août i8i5 ! !
DE MIL HUIT CENT TREIZE ajrfc)