‹ Portefeuille de mil huit cent treizeChapitre 32 sur 49 · Tome 17. a a · texte numérisé non relu

Tome 17. a a

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cavalerie légère du général Lorge, ayant fait une fausse charge, l'infanterie du septième corps se trouva à découvert , et oji perdit presqu'en même temps les deux villages deNieder-Gersdorf et Goisdorf. Le maréchal Ney voyant que les différents corps de l'armée ennemie débouchaient les uns après les autres, fit approcher le douzième corps pour prendre part au combat. La division du général Guilleminot, formant tête de colonne, reprit Golsdorf , et le septième corps se remit en ligne ; aussitôt le général Bulow fit avancer ses réserves , et le maréchal Ney lui opposa la division Pacthod ; mais à peine commençait - elle à se déployer, qu'une division prussienne toute fraîche lui tomba sur les bras. C'était celle du général Borstel , à qui le prince royal avait donné l'ordre de se diriger de Kropstadt sur Eckmansdorf. Mais il avait appris, près de Tatichaw, qu'on avait besoin d'elle sur la droite , et elle s'y porta en toute hâte. En même temps le quatrième corps, fatigué d'un combat si long et si acharné, venait d'abandonner Dennewitz. Cenendant la

victoire était indécise. Tout en effectuant un mouvement rétrogade , l'armée française conservait une attitude imposante; ses masses repoussaient les charges de cavalerie, et semblaient braver le feu de la mitraille dont elles étaient foudroyées. Dans ce moment, le prince royal , qui s'était porté de Lobessen à Ecksmansdorf, parut près de Wilins-

dorf avec les Russes et les Suédois. Soixante-dix bataillons, dix mille chevaux et cent cinquante pièces de canon s'avancent pour soutenir l'attaque de Bulow. Déplus, quatre mille chevaux et quelques batteries se portent sur Suhausen et menacent de tourner la gauche française. Dans une situation aussi critique, le maréchal Ney se trouva hors d'état de résister à des forces si supérieures; il se retira en bon ordre, résolut de s'arrêter à Rohrbuk, d'y prendre une position plus resserrée, de s'y défendre jusqu'à la nuit , et d'effectuer sa retraite sur Torgau, puisque la route de Wittemberg lui était interdite.

Mais à peine commençait-on à se former en bataille dans le lieu indiqué , que deux divisions saxonnes , faisant partie du septième corps , dont la fidélité était déjà ébranlée, prirent la fuite, et laissèrent un vide énorme dans la ligne. Aussitôt que l'ennemi s'en aperçut, il porta des masses considérables dans cet intervalle. En vain le duc de Padoue , avec sa cavalerie , se présenta pour arrêter l'ennemi; ses efforts furent inutiles, elle fut rejetée sur l'infanterie. Alors le désordre se mit dans l'armée française; elle lâcha pied. En vain le maréchal Ney, avec cette intrépidité indomptable qu'aucun revers ne peut abattre, veut, à la tête des restes de la division Morand , arrêter l'ennemi. Deux divisions de cavalerie sont sourdes à ses ordres, et abandonnent le champ de ba-

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taille sans combattre ; alors la déroute devient complète et l'armée , partagée en deux , suivit des routes différentes. Le maréchal INey, avec le quatrième corps, se retira sur Dahme, et le maréchal Oudinot, avec le septième et le douzième , se jeta sur la route de Schweidnitz.

Au milieu de ce désastre , les deux armées admirèrent la conduite magnanime d'une poignée de Polonais ; un escadron de ces fidèles amis de l'honneur français servait d'escorte au prince de la Moscowa. Ils furent les derniers à abandonner le champ de bataille , et le maréchal leur dut plusieurs fois son salut. Ces braves étrangers, avec un héroïsme incroyable, se multipliaient, se précipitaient sur tous les points que le maréchal désignait à leur intrépidité, et une partie de notre infanterie put se retirer par le passage que les sabres polonais lui ouvrirent au travers des rangs ennemis.

Désespéré de sa défaite , le maréchal ne chercha point à la déguiser ni à l'atténuer en se plaignant, quoique avec forte'raison , de la désobéissance à ses ordres , et de la manière dont il avait été secondé. Il écrivit à Napoléon : « J'ai été battu complètement, je ne sais point encore si toute mon armée est ralliée. ^ otre flanc gauche est découvert; prenez-y garde : je crois qu'il est temps d'abandonner l'Elbe , ol de se replier sur la Sa;ile. y

Le 7 septembre , le général prussien Wobeser , qui avait pris Lukau , se porta ce jour-là sur la route de Dahmc, pour inquiéter notre retraite avec quatre mille hommes. Le vingt-troisième régiment de ligne, qui formait l'arrière-garde, parvint non sans peine à le contenir. Enfin, le 8, toute l'armée repassa l'Elbe, et se réunit sous les murs de Torgau ; le quartier-général français fut établi à Tulemberg. Le prince royal établit le sien à Interbogt.

Notre perte, dans la bataille de Dennewitz, put être évaluée à dix mille hommes, tués, blessés et prisonniers , vingt -cinq pièces de canon , dix-sept caissons. Celle de l'ennemi s'éleva à près de sept mille hommes, dont six mille Prussiens.

Le maréchal Ney profita du moment de relâche que lui donna l'inactivité du prince royal, pour réorganiser son armée. Le douzième corps fut entièrement dissous, les troupes qui le composaient furent réparties dans le septième et quatrième, à l'exception des Bavarois qui furent envoyés à Dresde pour y tenir garnison. Il devenait chaque jour plus dangereux d'avoir des troupes allemandes dans les rangs français.

La critique militaire devait aussi juger la bataille de Dennewitz.

Le maréchal iSey, trouvant l'armée concentrée en avant de \yit(emberg , l'avait disponible dans

la main. La moindre information sur la situation de l'armée alliée lui aurait appris combien elle était disséminée, et combien il lui aurait été facile, en portant la masse de ses forces sur la route de Wittemberg à Feuenbritzen et Postdam , de culbuter le centre de l'ennemi avant qu'il pût recevoir du secours des deux ailes , et d'agir après sur chacune d'elles séparément. Cette manœuvre aurait eu sans doute un plein succès. Mais si , comme l'a avoué le maréchal , son intention n'était pas de combattre , et qu'il voulût seulement gagner Dahme , où , d'après la promesse de Napoléon , il devait trouver le roi de Naples , comment alors a-t-il pu se laisser entraîner à livrer bataille sur un terrain qu'il n'avait pas choisi ? Il est bien certain qu'il pouvait faire arriver son armée à Dahme, sans passer par Juterbogt. Ainsi la marche du quatrième corps sur la chaussée qui mène à cette ville était mal calculée; on était sûr d'y trouver l'ennemi ; et même après la première tentative infructueuse de cette partie de l'armée, pour dégager la route, il pouvait retirer ses troupes , et, en appuyant à droite, continuer son mouvement sur Dahme. Mais le maréchal, dont l'impétuosité naturelle n'était pas toujours guidée par la prudence, engagea toute son armée , et le fit dune manière qui ne répondit pas à sa grande réputation militaire. Le maréchal n'auràit-il pas combattu avec plus d'avantage, si, au lieu d'envoyer

successivement les corps du général Reynier et du maréchal Oudinot au secours de sa gauche, il l'eût reployée , et lui eût évité un combat de quatre heures qu'elle soutint seule contre des forces trop supérieures ? Il fallut tout le talent et les bonnes dispositions du général Bertrand pour obtenir quelque succès au commencement de l'action , et pour avoir résisté aussi long-temps. Le maréchal Ney s'est plaint constamment de la désobéissance à ses ordres , et de ce que le maréchal Oudinot n'avait pas fait tout ce qu'il devait faire. Le douzième corps ne prit presque aucune part à l'action , et se trouva dans la déroute sans avoir combattu. Il faut avouer aussi que les Prussiens opposèrent la plus opiniâtre résistance aux efforts de l'armée française. Le général Bulow, par des dispositions heureuses et une vigueur peu commune , arrêta son attaque jusqu'à l'arrivée des Russes et des Suédois , dont la présence décida son succès. La perte des Français aurait été bien plus considérable , si la poursuite avait été suivie avec plus de persévérance ; leur centre était enfoncé, leur armée séparée en deux; l'ennemi pouvait les prévenir sur la route de Dahme, et le quatrième corps était forcé de mettre bas les armes. Aussi les alliés reprochèrent-ils au prince royal de Suède la mollesse avec laquelle il suivit l'armée vaincue. Cette circonspection fut-elle conseillée par sa prudence naturelle ? craignit-il dp

compromettre un avantage sur lequel il ne devait pas compter? ou bien se serait- il souvenu que l'armée qu'il venait de vaincre était composée de ses concitoyens, et commandée par ses frères d'armes?

Napoléon avait appris la nouvelle de la défaite de la Katzbach; il savait que l'armée de Silésie, fatiguée et hors d'état de résister à des forces considérables, battait en retraite sur Dresde et approchait de Bautzen. 11 vit combien il était urgent de porter encore un prompt secours à son lieutenant, et d'arrêter la marche triomphante du général prussien. Alors, pour la seconde fois, il abandonna toute idée d'opération contre la Bohème , et partit de Dresde le 5 septembre, avec la garde impériale, le corps du maréchal Marmont et la cavalerie de Latour-^îaubourg. Le 4 il rencontra l'armée du maréchal Macdonald qui se disposait à abandonner la position de Hochkirch , et à continuer sa retraite sur Bautzen. Napoléon arrêta ce mouvement ; et , relevant par sa présence le courage abattu de cette armée, il lui fit reprendre l'offensive. L'avant-garde du général Blucher, formant une forte colonne , s'avançait par la route de Gorlitz, feignant de vouloir pénétrer dans Bautzen. Le roi de Naples alla à sa rencontre , la força de rétrograder, et la rejeta derrière le Lœbaner-Wasser. Celte circonstance apprit au général Bluciier que l'armée française

venait d'être renforcée; et, fidèle à son plan, il ordonna la retraite ; elle se fit sur Gorlitz et sur Lobau , favorisée par les bois qui couvrent les montagnes de la Bohème , qu'il avait garnies d'infanterie légère. Le 6 septembre, Napoléon se porta en avant , et fit avancer ses troupes par Glossen sur Reichenbach. L'on fit quelques prisonniers dans une charge de cavalerie; l'ennemi continua son mouvement rétrograde , repassa la Neiss et la Queiss , et s'arrêta derrière ces deux rivières. Napoléon, trompé dans son espoir de joindre enfin le général prussien, jugea un peu tard que l'intention de son adversaire était de l'éloiffner le plus possible de Dresde , pour favoriser les opérations de l'armée de Bohème sur le haut Elbe. Il reprit alors en toute hâte la route de cette capitale , laissant au maréchal Macdonald pour toute instruction de ne rien hasarder, et de se retirer devant des forces supérieures. Mais c'était lors de son premier départ de la Lusace qu'il aurait dû lui donner un ordre semblable.

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