INTÉRIEUR DU PALAIS DE LA 'REINE JEANNE
La ruine moderne qu’une erreur du peuple convertie en tradition attribue à la reine Jeanne, ne fut ni construite, ni habitée par aucune des deux princesses sorties de ce noble sang français, comme dit Brantôme, qui, sous le nom de Jeanne, portèrent la couronne de Naples. Ce grand palais inachevé fut commencé vers la fin du seizième siècle par une femme de la famille Caraffa, nommée Dogn’Anna; et ses hautes voûtes n’ont jamais abrité, depuis ce temps, que les filets des pêcheurs, quelques lazzaroni vagabonds, et maintenant une verrerie à la noire et épaisse fumée.
Mais, j’ai hâte d’échapper à ces détails de l’histoire et de la statistique pour admirer sans distraction la belle montagne , ses tufs creusés en arcades, en grottes profondes , et le pittoresque édifice dont les murs croûlants ombragent les abîmes des flots.
« Roche sacrée de Pausilype, s’écrie Sannazar, sentinelle de lamer, « retraite des nymphes des eaux vos voisines, honneur et délices des « rois qui ne sont plus, vous seule offrez le repos L ma muse, chaque « fois que, pour vos solitudes , j’abandonne l’odieux tumulte de la « ville, et les agitations de l’inconstante faveur du peuple. O Mergel- « line ! quand je te retrouve , et que je parcours en les admirant tes « petites vallées, il me semble que l’onde de Pégase jaillit pour moi « de ta colline 1 . »
Rupisô sacer, pélagique custos Villa, nympharum domus, et propinquæ Doridos, regum decus unà quondam Deliciæque ;
Nunc meis tantùm requies Camœnis,
Sannazar. Epigr. Liv. i .
Et moi aussi, voyageur éphémère, je ne revois jamais sans une sorte d’enthousiasme poétique, le Pausilype, et le palais des grandes ruines.
Que de fois arrêtant pour lui ma harque errante, j’ai mesuré des yeux la hauteur de ces murs qui me menaçaient de leur chute ! que de fois, suspendant mes rames sur les ondes limpides, j’ai dans un repos silencieux interrogé l’écho des voûtes désertes ! combien de fois enfin, m’éloignant de la rive, et contemplant le plus beau golphe du monde, le Vésuve, la ville, ses collines, ses plages, ce ciel si pur, et cette mer si bleue, je me suis écrié avec un poète moderne que Naples m’a montré comme un de ses glorieux enfants :
« Napoli ! ô sede degli Dei ! quai terra « Più féconda di te? Quai cielo più puro « Quai più limpido mai'? Son lunghi e belli « I giorni tuoi ; tranquille noti e brevi ;
« Vaga luna d’argento te risehiara « Che al canto invita e alla pietà.
Stepbano. Tragédie du marquis de Casanova.