CYANÉ ET ANAPUS A SYRACUSE
Voulons-nous savoir, nous autres, barbouilleurs de papier, illustrateurs d’albums éphémères, comment nos devanciers et nos maîtres s’acquittaient, il y a quelques mille ans, de ces descriptions qui nous tiennent en souci, et nous font retourner en tout sens notre stérile plume.
« Non loin des murs d’Enna, il est un lac sur la montagne, habité par « plus de cygnes que le Caïstre dans tout son cours n’en entend sur « ses bords. Une forêt entoure les ondes de sa fraîche ceinture, et les « protège de son feuillage comme d’un voile contre les ardeurs du « soleil. La terre, abreuvée, y fait naître les plus éclatantes fleurs. « C’est là que Proserpine, aperçue à peine, fut aimée et enlevée « aussitôt par Pluton, tant l’amour est prompt et impatient!... Plus « bas entre les rivages de Cyané et d’Aréthuse est une mer rétrécie < par deux promontoires rapprochés : dans ce golfe appelé de son « nom, la plus célèbre des nymphes de Sicile, Cyané, s’élève en ce « même moment au-dessus des vagues, et reconnaît le dieu des en- « fers : — Vous n’irez pas plus loin, lui dit-elle, tu ne peux, malgré « Cérès, devenir son gendre; il fallait la demander et non la ravir à « sa mère. Et moi aussi, Anapus m’a aimée, mais je n’ai cédé qu’à « des prières, et jamais, comme Proserpine, à des menaces. »
Aujourd’hui, la vertueuse Cyané, mariée depuis trois mille printemps au fleuve Anapus, voit croître des tiges de papyrus dans ses ondes limpides, et cache de temps en temps sous ses roseaux un
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