‹ Portefeuille du comte de Forbin, directeur général des musées de France, contenant ses tableaux, dessins et esquisses les plus remarquablesChapitre 25 sur 48 · INTÉRIEUR D’UN JARDIN A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR D’UN JARDIN A CONSTANTINOPLE

« Que de fois dans Je sein de la fière Bysance ,

« Je m’en souviens encor, d’un œil présomptueux,

« Contemplant du sérail les murs voluptueux,

« Ses tours, ses minarets, ses kiosques, ses portiques « Et leurs globes dorés, et leurs cyprès antiques,

« D’un désir imprudent mon esprit excité « Et par l'air du mystère en secret irrité,

« Malgré ses fiers gardiens, ces portes redoutables « Brûlait de pénétrer ces murs impénétrables,

« Où veille la terreur à côté du plaisir,

« Où la variété réveille le désir.

« Dans mon illusion, grilles, tours, janissaires,

« Mon œil franchissait tout : mes regards téméraires « Osaient percer l’asile où l’indolent orgueil « Flotte sur mille appas et choisit d’un coup d’œil.

« Autour de ces sophas où la langueur repose >< J’aspirais le moka, je respirais la rose;

« J’osais plus, dans ces bains frais et mystérieux « Que jamais ne profane un regard curieux,

« Où centjeunes beautés, plus belles sans parure,

« Pour voile à la pudeur donnent leur chevelure,

« Malgré l’affreux cordon, malgré le sabre nu,

« J’entrai brûlant de voir et tremblant d’avoir vu. »

Delille. Imagination. C. 4.

« Il est inutile d’avertir, ajoute le poëte Esménard, que l’abbé « Delille n’a vu ce tableau que des yeux de l’imagination. Jamais un « Européen, peut-être même jamais aucun Musulman, n’a pénétré « dans un bain de femmes turques. » Ce harem, aux grilles improvisées , ouvert à nos regards sur une des magnifiques terrasses dominant le Bosphore et au loin la pointe du sérail, nous montre une scène de toilette qui fait suite aux bains si longs et si voluptueux dont les femmes de Constantinople ne se lassent jamais. « La démarche de « ces femmes, comme leurs mouvements, dit lady Montague, avaient

« cette grâce majestueuse que Milton attribue à la mère du genre humain. Quelques-unes d’entre elles ont des formes aussi parfaites « que les déesses nées du pinceau d’un Titien ou d’un Guide. « Plusieurs, buvant du café ou des sorbets, étaient négligemment « couchées sur des sophas, tandis que leurs esclaves, qui sont ordi- « nairement de jolies filles de dix-sept ou dix-huit ans, s’occupent à « tresser leurs cheveux en mille façons capricieuses. »

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