‹ Portefeuille du comte de Forbin, directeur général des musées de France, contenant ses tableaux, dessins et esquisses les plus remarquablesChapitre 3 sur 48 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Une notice historique sur M. le Comte de Forbin, rédigée avec autant d’exactitude que de goût par son compatriote le compagnon de sa jeunesse, et l’un de ses plus fidèles amis, M. le Vicomte Siméon, a été lue à l’Académie des Beaux-Arts le 27 mars 4 844 , et imprimée à la suite delà séance.

Après cet écrit où les talents variés du comte de Forbin, sa vie militaire et artistique, son habile direction des Musées de France, et la grâce de son caractère et de son esprit sont si justement appréciés, nous avions pensé n’avoir rien de mieux à faire que d’en présenter le résumé à nos lecteurs, quand nous avons découvert au milieu des manuscrits deM. de Forbin, une courte et modeste biographie tracée par lui-même. La voici :

« Louis-Nicolas-Philippe-Auguste, Comte de Forbin, est né au château de la Roque d’Antheron en Provence, le 4 9 août 4 777. Il éprouva, dès sa première jeunesse, les plus douloureuses peines de cœur. Après le siège de Lyon, où il combattit à côté de son gouverneur, qui y perdit un bras, et où un domestique fidèle de

4 iv y

sa famille fut tué près de lui, il vit périr sur l’échafaud révolutionnaire son père et son oncle. La fortune entière de sa famille ayant été confisquée ou anéantie à cette époque, il fut sauvé de la misère et de toutes ses suites si fatales à cet âge, par les soins de M. de Boissieuxde Lyon, excellent dessinateur, également célèbre par ses ouvrages et par ses vertus.

« Les premières impressions du jeune Forbin avaient indiqué un grand éloignement pour le service de la marine, auquel il était destiné, comme presque tous les gentilshommes fils cadets des familles de sa province, et, en même temps un goût très-vif pour la peinture quis’est perpétuéjusque dans les dernières années de sa vie. Ce goût et le désir de terminer une éducation négligée au milieu de tant de sanglantes vicissitudes, l’amenèrent à Paris, où il appela près de luiM. Granet, son pluscheretson plus ancien ami; tous deux, ils entrèrent dans l’atelier de David, et travaillèrent ensemble sous ce grand-maître : ainsi fut cimentée entre ces deux fils de la Provence une affection qui, les rapprochant sans cesse, devait les unir plus fortement chaque jour, et ne finir qu’avec eux.

« En 4799, compris dans la seconde levée delà conscription, M. de Forbin fut incorporé dans le 24 e régiment de chasseurs à cheval ; et bientôt à la faveur de son nom, des malheurs si peu mérités de sa famille, et par l’influence de quelques amis communs, le simple cavalier épousa en Bourgogne une riche et belle héritière, fille unique de M. le comte et de madame la com- I tesse de Dortan, née Damas.

« Deux ans après, il passa dans le 9e régiment de dragons, et Si interrompit alors une première fois sa carrière militaire, pour Jt se livrer tout entier à la peinture qu’il alla étudier en Italie, en-

courage qu’il était par ses premiers ouvrages exposés au Louvre dès 1796, et loués déjà par David et par Gérard. Il fut nommé en

I 803 chambellan de S. A. I et R. la princesse Pauline Borghèse, et rentra activement dans l’armée. Attaché alors à l’état-major du maréchal duc d’Abrantès, il fit la première campagne de Portugal, où il reçut la croix de la Légion-d’Honneur pour une action d’éclat; il servit ensuite sous les ordres du maréchal duc d’Istrie pendant la campagne d’Autriche términée par la paix de Schœnbrunn. A cette époque, dégoûté de la cour, il donna sa démission de chambellan, et se rendit une seconde fois en Italie où il se livra exclusivement à sa passion pour les arts.

« Revenu à Paris en 1 81 4, peu de temps après la rentrée du roi Louis XVIII, il y terminait son tableau de la Mort de Pline pendant les Cent- Jours. Il fit partie de l’institut en 1816, et dans la même année, fut nommé directeur général des Musées de France.

« M. de Forbin avait écrit dans sa jeunesse quelques pièces pour les petits théâtres oubliées aujourd’hui comme tant d’autres, et un roman intitulé Charles Barimore, à qui une sorte de chaleur, et une certaine vérité de sentiment, valurent quelque réputation.

II entreprit en 1 81 7 le voyage du Levant, et en 1 820 celui de la Sicile qu’il a publiés tous les deux.

« Depuis, devenu successivement lieutenant-colonel, chevalier de l’ordre de St-Michel, commandeur de la Légion-d’Honneur, gentilhomme honoraire de la chambre du Roi, et membre d’un grand nombre d’Académies, il s’est uniquement consacré aux fonctions difficiles de la direction des arts en France, et à son penchant toujours aussi prononcé pour la peinture, cherchant, par des tentatives beaucoup trop multipliées sans doute, à

4 vi }

exécuter bien imparfaitement lui-même les conseils qu’il donnait aux autres par devoir comme par affection. »

C’est là que finit ce que M. de Forbin a raconté si naïvement de lui-même. Nous imiterons sa noble réserve; ce n’est pas à nous que les liens du sang attachent de si près à sa personne, qu’il peut appartenir’de mêler des louanges à nos si justes et si amers regrets ; et, d’un autre côté, notre modestie obligée pourrait nous rendre inexacts. Laissons parler un peintre éminent qui fut l’émule, le collègue, l’ami, le protégé, ainsi qu’il veut bien le dire lui-même, du Comte de Forbin; et, écoutons M. Paul de La Roche, lequel, comme s’il n’était pas assez riche de ses propres chefsd’œuvre, s’affiliant à l’illustre race de nos grands peintres, a mérité comme eux un de ces éloges où le directeur-général des Musées savait mettre à la fois la plus piquante finesse et le plus spirituel enjouement.

« Le talent chez les Vernet, disait M. de Forbin, est un malt jorat, une sorte de substitution qui témoigne de la fidélité « des mères, et fait pour eux du fauteuil académique un meu- « ble de famille. »

Voici ce dernier et pieux hommage adressé par M. de La Roche à la mémoire de M. le Comte de Forbin :

« S’il eût suffi d’une affliction sincère et de regrets bien profonds pour parler dignement de M. de Forbin, j’aurais hautement revendiqué ce douloureux honneur. Mais, je le sens, le cœur tout seul ne peut s’acquitter d’une tache si difficile. Ce n’est donc pas ici un académicien survivant, essayant de louer l’académicien

qui n’est plus; c’est un artiste reconnaissant qui vient payer sa dette personnelle à l’homme illustre dont il déplore la perte. Je n’oublierai jamais que c’est du Comte de Forbin que j’ai reçu les premiers éloges donnés à mon premier ouvrage : c’est encore à lui que j’ai dû le premier travail qui m’a fait sortir de la gêne et de l’obscurité. J’étais alors sans aucun autre appui à un âge où on n’ose guère; et je n’avais de titres à ses bontés que mon zèle et ma jeunesse. Mais ce fut assez pour me valoir sa protection changée depuis en un vif sentiment d’amitié que la mort seule a pu rompre.

« Ce que M. de Forbin a fait pour moi avec cette grâce qui le caractérisait, il l’a fait aussi pour bien d’autres qui, comme moi, avaient besoin d’être encouragés au début, et soutenus dans le cours de notre commune carrière. C’est ainsi que le directeur général des Musées de France comprenait la haute mission confiée à ses soins: son amour pour les arts lui inspirait le patronage le plus bienveillant envers les artistes ; et nul ne le quittait sans en avoir obtenu souvent une grâce, toujours une espérance ou une consolation. Je laisse à de plus habiles, je le répète, l’appréciation des talents si variés qui distinguaient M. le comte de Forbin. Pourmoi, j’ai voulu seulement faire entendre la voix fidèle de la reconnaissance et rendre un dernier hommage à celui qui, dans son importante position, se montra constamment l’interprète éclairé de nos besoins et de nos idées, en même temps que le zélé défenseur de la dignité de notre art.

Page 1