LA VIA APPIA
Pourtant je les ai vus, ces rivages si beaux Où le Tibre immortel coule entre des tombeaux ; J’admirai de ses bords la superbe misère.
Delphine Gay. Poésies.
C’est vers Terracine que la via Appia conserve encore le plus de ces monuments qui la bordaient quand elle conduisait à Brindes, à la conquête de l’Orient, et à l’empire du monde. Rien ne parle plus éloquemment aux âmes rêveuses que cette route tumulaire et triomphale se dirigeant, après les palmiers des jardins de la ville, à travers des halliers solitaires, vers la frontière napolitaine ! Dans un de ces beaux jours si communs en Italie à la fin de l’automne, quand le soleil frappe de ses rayonslesrochersd’Anxur, « et l’océan immense aux vagues apaisées1. » Le voyageur errant au milieu des chênes verts, des myrtes et des hautes bruyères qui cachent tant de vieux débris, cueille, encore autour de lui les dernières fleurs de l’année ; puis il s’arrête et contemple les pavés de la voie antique attestant les grands travaux des hommes d’autrefois, les édifices circulaires ménagés par une bienfaisante prévoyance pour le repos du chemin, enfin les sépulcres en ruines qui semblent lui demander un pieux souvenir....
« Une femme d’esprit, me disait M. de Forbin, prétendit un soir, « (était-ce malice ou coquetterie?) que je ne savais plus écrire ni pein- « dre; et que je ne publierais plus autre chose que les vieilles études « de mon atelier, ou les ratures des billets-doux de ma jeunesse. Cette « critique vraie ou fausse me piqua. J’écrivis le Quaker de Philadelphie, « et je peignis d’imagination et de mémoire la Voie Appienne. »
Sainte-Beuve. Consolations.