‹ Portefeville de mil huit cent treizeChapitre 12 sur 34 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Séjoar <le l'empereur à Dresde , du lo au 3o juin. — Correspondance de r empereur.

L A lettre que Napoléon avait écrite le 7 de ce mois au prince d'Eckmûlh a pu donner l'idée de rimportance qu'il attachait à la possession de Hambourg. D'autres lettres et instructions adressées soit au maréchal^ soit au ministre de la guerre , soit au ministre secrétaire d'état comte Daru , en sa qualité d'intendant-général de l'armée , font connaître plus particulièrement les dispositions que Napoléon prescrivit afin de rendre l'occupation de cette grande ville, de cette clef du Bas-Elbe , encore plus utile aux opérations qu'il méditait sur le nord de l'Allemagne si la paix n'avait pas lieu. Il n'y a peut-être eu dans aucune des guerres de l'empereur aucune correspondance plus suivie de sa part, avec un de ses généraux en chef, que celle qui eut lieu entre lui et le prince d'Eckmûlh , depuis la retraite du prince Eugène , dont ce maréchal partagea l'honneur, jusqu'à la reprise des hostilités après la rupture du congrès de Prague. Le maréchal avait ordre d'écrire tous les jours ,

et l'empereur lui écrivait plusieurs fois par semaine. Cette correspondance avec le prince d'Eckmûlh était spéciale, comme l'était le travail av^c le comte Daru : avec l'un , c'était sur la guerre; avec l'autre, sur l'administration de la guerre ; et , sous ces deux rapports , jamais souverain ne donna moins à créer et plus à exécuter. Mais la correspondance de Napoléon avec le prince archîchancelier avait un tout autre caractère ; elle était sur toutes les questions , sur tous les événemens , sur tous les détails , soit d'état , soit de famille , sur tout ce qui intéressait l'empire et l'empereur. Aussi était-elle toujours plus ou moins confidentielle. La variété de la coixespondance de l'empereur piquera sans doute là curiosité du lecteur.

Le séjour de Dresde est un repos au moins extérieur, pendant lequel il peut être intéressant de saisir les instans que Napoléon semblait déro ber ^ux plus graves occupations. Elles étaient de plus d'une nature : les préparatifs nouveaux pour une seconde campagne , et les négociations pour la paix , auxquelles se joignit bientôt une autre négociation incidentelle sur ïa prolongation de l'armistice. Le terrain militaire va se couvrir de nouveaux combattans ; ils arrivent de toutes les parties du nord au camp de Trachemberg* Ils marchent moins nombreux de Mayence à Dresde. Quant à la scène politique , elle va briller par de

nouveaux acteurs. Le comte de Bubna est venu l'annoncer à Napoléon le jour même du retour à Dresde. Lés débats vont avoir lieu avec le duc de Bassano; et dans peu de jours, M. de Metternich viendra plaider à Dresde la cause de la médiation autrichienne. Un congrès sera assemblé ; ce sera à Prague. L'arrivée prochaine de l'empereur François à Gitzchin dans un de ses châteaux de Bohême , voisin de sa c. pitale , va donner aux affaires un grand mouvement : S. M. impériale y sera suivie de sa chancellerie, de ses ministres. C'est l'empereur d'Autriche , avec toute sa puissance, qui va donner à Prague l'hospitalité au congrès ; c'est Napoléon , qui croit avoir autant à se défendre d'une paix injurieuse , que de la guerre à mort dont le menace la corruptrice Angleterre; c'est l'empereur de Russie et le roi de Prusse , armés l'un uniquement encore pour venger les flammes de Moscou, l'autre pour amnistier sa propre défection , et plus disposés à la guerre qu'à la paix. Ainsi » tandis que la politique des deux partis prépara ses arsenaux , désigne ses plénipotentiaires, établit ses griefs, ses moyens d'attaque et de défense , la guerre ^ dans les deux camps, reçoit et instruit ses recrues, l'artillerie renouvelle ses magasins de destruction épuisés, la cavalerie française s'achemine par petits détachemens, celle du Nord accourt en gros escadrons , l'Autriche complète deux cent mille hom-

8o LE PORTEFEUILLE

mes pour les mettre dans la balance de la paix ; Napoléon passe une partie de sa journée sur ses cartes de la Bohème , de la Saxe , de la Silésie , du haut et bas Elbe , sur celles même de la Prusse et de la Vistule , une autre à faire manœuvrer dans les plaines qui s'étendent devant le jardin Marcolini ^ et le reste du temps est donné à quelques réceptions et à sa correspondance.

C'est cette dernière partie des loisirs de Napoléon^ pendant les deux mois de son séjour à Dresde, qui doit distraire le lecteur des grands événemens entre lesquels il est placé comme Napoléon , et lui donner aussi son armistice* D'ailleurs , comme nous l'avons dit , cet ouvrage annonce par son titre que, sans manquer à la fidélité ni à là marche historiques , nous nous sommes imposé d'écrire , pour ainsi dire par journées , l'histoire de Napoléon en i8i5. Le lecteur est prié de ne pas perdre de vue cette modeste carrière, où nous a fait.descendre le désir de faire mieux connaître un souverain qui occupera à jamais une si grande place dans les fastes de la monarchie française.

Telle fut donc en partie la correspondance de Napoléon du lo au 3o juin avec le comte Daru , le prince d'Eckmûlh , le ministre de la guerre et Tarchichancelier. L'autre partie sera placée plus tard, d'après l'ordre des dates et celui des événemens , qui en déterminent, la publication.

DE MIL HUIT CENT TREIZE. 8i

Au prince d' Eckmuhl.

(( Mon cousin^ les neuf hataillons qui manquaient à la troisièine division étaient à Utrecht. Je leur ai depuis long-temps donné ordre de se rendre à Wesel , ainsi ces bataillons doivent être aujourd'hui près de leurs corps. J'ai ordonné que la première division qui est du côté de Crossen se rendît à Wittemberg. Il est indispensable que vous fassiez partir la cinquième en la dirigeant également sur Wittemberg. Je vous ai écrit et fait connaître mes intentions relativement aux fortifications de Hambourg, et à tout ce qui concerne 8on armement. Je donne ordre que le général Battus se rende à Hambourg pour commander l'artillerie , et que deux cents milliers de poudre soient dirigés de Wesel sur Hambourg , ainsi que quatre compagnies d'artillerie; faites en sorte qu'il y ait cent cinquante bouches à feu en batterie sur les remparts , et dans les ouvrages avancés , dans les premiers jours de juillet. Faites travailler aux ponts et aux bacs sur l'Elbe , vis-à-vis de Hambourg. Le général Haxo a eu ordre de se rendre momentanément à Hambourg, et le général du génie a ordre de fournir un officier de génie pris à Magdebourg. Il faut utiliser tous les Danois , cavalerie , infanterie , artillerie. Leur infanterie vaudra bien sans doute l'infanterie des villes anséatiques, et les landwerhsberlinoises. Les bataillons

Page 1