‹ Portefeville de mil huit cent treizeChapitre 11 sur 34 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'empereur porte son quartier-général à Dresde.

Des officiers des nations belligérantes sont partis de Neumarck pour aller notifier rarmis-* tice sur toute la ligne, c'est-à-dire, sur la ïnoitié du diamètre de la terre germanique depuis Breslau jusqu'à Hambourg, où ils ont retrouvé le drapeau français, et à Lubeck, où les Danois sont aussi entrés de vive force le 3 juin : et depuis l'Elbe jusqu'à la Vistule , excepté les places de Thom , de Spandau , et de Gzeutochau , qui ont capitulé dans le mois d'avril, ils trouvent les généraux Dufresse à Stettin, Fornier d'Albe à Custrin , Daendels à Modiin , Hauke à Zamosc , set Rapp à Dantzick. Ces villes guerrières apprennent par ces officiers les victoires de la Saxe et l'armistice de la Silésie. C'est pour elles le dernier adieu de la gloire. A Hambourg et à Lubeck, le prince d'Eckmûlh compte quarante-deux mille combattans sous ses ordres; Rapp en a trente-deux mille à Dantzick, vingt mille sont dispersés dans les autres places. Cent mille hommes sont retranchés de la fortune française, quand cent mille nouveaux combattans entrent dans les cadres des confédérés, en aittendant que deux

tent mille alliés de la France soient prêts pour marcher contre elle avec «es ennemis. L'armistice couvre la guerre, et la négociation du con-r grés couvrira le plan de la campagne. Mais n'aivticipons point sur les événemens.

Napoléon a laissé à Neumarck les généraux Fiahaut et Dumoustier en qualité de commissaires pour l'exécution de l'armistice. U a repris pour se rendre à Dresde la route de ses victoire». Il revoit, le 5, Liegnitz, d'où M. de Buhnaest parti pour chercher encore des pouvoirs à Vienne y afin de terminer une première hase de négociatioa que le duc de Bassapo lui a proposée et qu'il a ap* prouvée; le 6, Napoléon séjourne à Haynau. La cour de Saxe est dépossédée , par le fait de 1^. défection autrichienne, du grand duché de Varso^ vie, occupé par l'ennemi. C'est donc à Napoléon de prendre sohx de ces braves Polonais: qui, à la jsuite du contingent du prince de Schwartzenberg ont dû traverser désarmés les provinces de son allié , et qui attendent , sous les ordres du héro& de la Pologne > du prince Poniatowsky , les com-^ mandemens qu'il lui plaira de leur donner. Cette petite armée vient de reprendre ses armes dans la Lusace.^ Elle n'a plus de patrie que le drapeau de Napoléon , et , par le décret de Neumarck du X *'. juin , elle est passée à sa solde. L'empereur écrit en conséquence à son ministre secrétaired'état,: intexidant-général de ses armées..

« M onsienr le comte Daru , vous verrez , par le décret ci-joint, qu'à compter du i*'. juin , je prends à ma solde le corps du prince Poniatowsky. Les fonds seront fournis par le ministre des relations extérieures ; mais ces paiemens seront faits par le payeur de l'armée. Ce sera seulement un chapitre à ajouter au budget de Tarmée. Mon intention est que ce corps reste à Zittau. Écrivez au duc de Bassano , pour qu'il charge le baron Bignon de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire fournir à Dresde, ou dans les autres villes de la Sax€ , les effets d'habillement et d'harnachement nécessaires pour équiper ce corps, prenez des mesures pour qu'il y ait à Zittau, le la juin, deux cent mille francs, et le i5 juin, deux cents autres mille francs, afin de payer la solde du mois de juin à tous les hommes présens au corps. Paites-en passer la revue à cet effet par un inspecteur aux revues français. Cet inspecteur aux revues sera chargé d'organiser ce corps de concert avec l'inspecteur aux revues polonais , conformément au décret que je prendrai. '

» Sur ce , je prie Dieu , etc.

)) Napoléon.

» A Haynau, Ifi 6 juin i8i3. »

Au prince ttEckmiihl,

Buntzlau, le 7 juin i8i3.

« Mon cousin , témoignez ma satisfaction au

général y andamme sur l'occupation de Hambourg. Je vous envoie un c^ci^r d'ordonnance qui est oflScier du génie. Il verra en détail Hambourg, les lies, Haarbourg, Lunebourg^ Lubeck, si vous y êtes, le fort de Cuxhaven , et viendra me rendre compte de tout ce que vous faites , et de quelle manière se dirigent les travaux. Le major-général a dû vous faire connaître mon système , c'est celui que j'ai adopté pour toutes les grandes villes. Une ville comme Hambourg ne pourrait être défendue que par une garnison de vingt-cinq mille hommes et un matériel immense ; et pour courir les chances de perdre une garnison de vingt-cinq mille hommes et un grand matériel ^ il faudrait une place qui pût se défendre au moins deux mois de tranchée ouverte. Or , pour donner à l'enceinte de Hambourg une résistance de deux mois de tranchée ouverte , il ne faudrait pas moins de dix ans et de trente à quarante millicms . Toutefois^ je veux conserver Hambourg, nonseulement contre les habitans , contre les troupes de ligne, mais même contre un équipage de siège. Je veux que , si cinquante mille hommes se présentent devant Hambourg , la ville soit non^seulement à l'abri d'un coup de main , mais puisse se défendre, obliger l'ennemi à ouvrir la tranchée et soutenir quiiize ou vingt jours de tranchée ouverte. Ces résultats , je veux les obtenir cette année avec la seule dépense de deux à

trms millions^ avec un matériel de cent à cent cinquante bouches à feu et une simple garnison de six mille hommes. Je veux que , dans cette hypothèse , la ville prise après un blocus de quinze ou vingt jours de tranchée ouverte , je ne perde rien , ni en canons ni en hommes , et que la garnison puisse se réfugier dans une citadelle et se défendre un ou deux mois de tranchée ouverte , selon la capacité et le degré de perfection auquel sera portée cette citadelle. La simple exposition de ce système l'explique ; il faut travailler à l'exécuter sans perdre une heure, Vingt-quatre heures après l'arrivée de mon officier d'ordonnance , dix mille travailleurs devront être à l'ouvrage. Vous devrez : I®, Faire abattre toutes les maisons qui sont sur le rempart , impitoyablement , sauf l'évaluation de l'indemnité qui sera payée par la ville; 2**. vous devez faire abattre toutes les maisons qui sont sur le glacis; 5**, toutes les maisons qui sont sur la citadelle ; ^. vous devez en même temps faire re-^ lever tous les parapets en creusant tous les fossés; 5®. faire faire des ponts-levîs à toutes les portes j 6**. faire faire des demi-lunes devant toutes les portes ; 7**. mettre de l'eau autant que les fossés en pourront contenir ; 8**. faire ce qui est nécessaire pour pratiquer une inondation dans les parties qui en sont susceptibles ; 9**. fermer à la gorge tous les bastions les plus ilnportans et les plus grands avec un mur crénelé , les moins im-'

portans avec une bonne palissade ; 10°. faire travailler à un chemin couvert et à un glacis ; faire palissader les chemins couverts ; 1 1^. faire pla- » cer sur chaque bastion au moins quatre pièces de canon , dont deux d'un calibre de douze ou supérieur ; deux d'un calibre inférieur ; 1 2**, faire placer des mortiers en forme de citadelle pour pouvoir les tourner contre la ville , dans les deux bastions les plus grands ^ et spécialement dans le bastion et la partie de l'enceinte qui est entre les deux lacs ^ et qui peut facilement être isolée et considérée comme citadelle ; 1 5**, rétablir les retranchemens qui couvrent le grand faubourg, le bien palissader , y établir quelques blockaus ; 14". faire occuper toutes les îles par un système de redoutes et de digues ; faire même des ponts sur pilotis , sur les petits bras ; faire deux bacs sur chaque gros bras , comme je l'ai pratiqué à Anvers, Tun pour la marée descendante , et l'autre pour la marée montante, de manière que cent chevaux et cinq cents hommes d'infanterie puissent passer à la fois; relever > armer et palissader Haarbourg, Supposez tous ces ouvrages faits , et ils peuvent l'être en peu de mois , il est évident que quatre compagnies d'artillerie et cinq mille cinq cents hommes d'infanterie seront maîtres de Hambourg* Pour compléter le système , tracer une citadelle entre la rivière et la ville , de sorte que la citadelle, les îles et Haarbourg fassent un seul sys-

tème; cette citadelle peut d'abord être faite en terre avec des fossés pleins d'eau, de bonnes palissades et des blindages en bois pour les magasins d'artillerie, pour les magasins à poudre et pour la garnison. Vous voyez que la ville , prise après un siège en règle , la garnison se réfugierait dans la citadelle, dans les iles et dans Haarbourg. Tout cela peut se faire dans l'année. Les années prcH* chaines je ferai revêtir la citadelle en pierre et lui donnerai toute la force possible. Voilà le sys^ téme défensif que j'ai adopté pour Hambourg. Je donne l'ordre au général Haxo de l'étudier, de le tracer et de l'exécuter , mais il est bien important que vous profitiez du premier moment pour jeter à bas toutes les maisons qui gêneraient l'emplace^ ment de la citadelle, comme je l'ai dit plus haut. Je sais que le général Haxo avait projeté de placer la citadelle du côté d'Altona j cela n'est pas possible, cela effraierait les Danois : d'ailleurs, mon intention est que la citadelle soit une tête de pont sur la rive droite, Haarbourg une tête de pont sur la rive gauche, les iles un moyen de communication. Vous savez que je n'ai point vu Hambourg ; que l'on doit étudier l'esprit de l'ordre que je donne et non la lettre , de manière qu'au i5 juillet il n'y ait aucune difficulté à laisser six mille hommes isolés à Hambourg , et que leur communication avec la rive gauche soit à l'abri de toute inquiétude.

» Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

» Napoléon. »

Le 8, Napoléon s'arrête à Gorlitz : un incendie éclate dans un faubourg ; la perte est estimée ; il ordonne qu'elle soit payée aux malheureux habitans. Lé 9, il a revu Bautzen; le 10, l'empereur arrive à Dresde à quatre heures du matin , sans s'être fait annoncer y et il va s'établir au palais Marcolini , qui, situé dans un faubourg, réunit à la jouissance d'un vaste jardin l'avantage d'une «orte de solitude dont Napoléon a besoin pour reprendre les habitudes de «es travaux avec ses deux ministres et son major- général. L'empereur a songé aussi à ne pas partager avec le roi la résidence souveraine, et a préféré l'habitation d'un de ses grands officiers qui voyage en Bohème. Le soir même , l'empereur reçoit le baron de Kaas , ministre de Tintérieur de Danemarck. Les alliés avaient employé à Altona , auprès de cet envoyé , les promesses et les menaces pour le décider à renoncer à sa mission ; ils avaient été jusqu'à . proposer de renoncer à la^cession de la Norwége ; et, le3i mai, le lendemain de la prise de Hambourg par le prince d'Eckmûlh , l'apparition de la flotte anglaise dans la rade de Copenhague était venue réveiller dans cette ville un affreux souvenir. Un vaisseau , porteur d'une injurieuse sommation.

était entré dans le port, et c'était au moment où la négociation d'un armistice commençait en Silésie que le commandant de ce vaisseau sommait le roi^ sous quarante-huit heures, de, souscrire le traité de la cession de la Norwége à la Suède, de remettre en dépôt la province de Drontheim , et de donner vingt-cinq mille hommes à la confédération jcontre la France. Le roi et son ministre avaient été également fidèles; la somgiation avait été rejetée. M. de Kaas avait continué sa route ^ et le prince royai de Danemarck, qui était parvenu à débarquer en Norwége , déguisé en matelot ^ avait , par une noble proclamation , appelé les Norvégiens à la défense nationale. Déjà , à cette époque , le despotisme anglais ne dissimulait plus le rôle qu'il voulait jouer dans les affaires de l'Europe* Il dépouillait le Danemarck, et déclarait qu'il n'accep-^ terâit pas pour la France même les bases de la paix de Lunévilley comme étant trop fav6rahle$. à cette puissance.

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