‹ Portefeville de mil huit cent treizeChapitre 20 sur 34 · Tome IL i · texte numérisé non relu

Tome IL i

^i^ >LE PORTEFEUILLE

savait certainement quelles étaient lés prétentions qu^il ne soutiendrait pas. » Par sa lettre du 8 ^ 1« duc de Bassano approuvait cette réponse du duc de Vicence ; mais il répondait à l'observation de M. de Metternich ce que si l'empereur Napoléon avait dû faire ^es propositions , sa base eût été çimple^ ce serait YuiL possidetis ante bellum. » Le duc de Bassano, ou plutôt l'empereur, ajoutait : (c Si la guerre doit continuer^ il arrivera un moment où nos ennemis se féliciteraient de pouvoir Tobtenir* >y

- On voit, par cette réflexion, combien Napoléon se. croyait fort, même sans la coopération qu'il négociait avec l'Autriche. Ce trait le peint tout entier. La dépêche continuait : w C'est un concert avec V Autriche pour la négociation que nous avons voulu établir. Nous n'avons en cela rien à faire avec les ennemis. C'est le mot de l'Autriche que nous voulons savoir. Tel est le sens exact des instructions qui vous ont été données pour une démarche confiée à vous seul. Ce n'est pas comme plénipotentiaire que vous vous êtes jadressé à M. de Metternich, c'est comme investi de la confiance de l'empereur, et ayant crédit pour demander et recevoir les explications que vous provoquez en son nom... La prolongation de l'armistice n'a aucun avantage pour nous, cela est parfaitement exact. Nous ne gagnerions riea à différer d'un mois les hostilités si elles doivent avoir

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iieu. En supposant que rarmistice soit dénoncé fe lo , on ne se battra pas avant le i8, ce qui nous mène bien près du mois de septembre, et le 12 f quatre-vingt mille hommes, venant de Wurtzbourg , seront arrivés à Pirna. Ils seront remplacés à Wurtzbourg par d'autres troupes qui arrivent de France et d'Espagne. »

Le 7 août , Napoléon* avait le mot de l'Autriche.

Elle demandait :

« La dissolution du duché de Varsovie , qui serait partagé entre la Russie, l'Autriche et la Prusse, Dantzick à la Prusse;

)) Le rétablissement des villes de Hambourg, de Lubeck , etc. , dans leur indépendance ;

M La reconstruction de )a Prusse avec une frontière sur TElbe ;

» La cession à TAutriche de toutes les provinces illyriennes , y compris Trieste ;

» Et la garantie réciproque que l'état des puis* sances, grandes et petites, tel qu'il se trouverait fixé par la paix , ne pourrait plus être changé ni altéré que d'un commun accord. »

Il était question aussi de l'indépendance de la Hollande et de l'Espagne. Mais ces conditions pa-» raissaient plutôt de naturf à être traitées à la paix générale.

Cette négociation, semblait avoir mis plus d* harmonie dans les relations de M. de Vicence et de

M. de Metternich. Ce ministre , en lui apprenant l'arrivée du générai Moreau au quartier-général du prince royal de Suéde , et en l'engageant à en iQforoaer l'empereuF Napoléon , lui déclarait que de quelque façon que se terminât la négociation , l'Autriche n'entrerait jamais dans ce qu'il appelait l'intrigue de Moreàu, et repousserait toute idée de bouleversement d'état en France.

La paix était donc faite, malgré la ligue anglaise, si Napoléon acceptait ces propositions. Mai9 malh^ireusement son esprit n'avait pu se ployer à croire que passé le terme rigoureux du 10, ne fût-ce que d'un seul jour, toute porte sers^it fermée pour traiter de la paix du monde. Au lieu de donner une heure à l'examen de ces propositions , il emplbya à délibérer toute la jcmr^ née du g, et donna le lendemain ce qu'il appeh^^ sa preodiére réponse :

(T II n'y aura phis de duché de Varsovie ; soit. Msiisf XXantûck sera ville libre. Ses fin^tifications 9ero«kt déioolies , *et le roi de Saxe sera indemnisé pour la cession des territoires de la Silésie et de la Bohème , qui sont enclavés dans la Saxe.

» Les provinces illyriennes seront cédées à l'Autriche. On consent même à abandonner fe port de Fiume. Mais Ti'îeste ne sera pas eoiBpris dans la cession.

» lia eonfSédération> germanique s'étendra JASqu'à l'Oder.

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» Enfin l'intégrité du territoire danois sera garantie. »

Cette réponse est confiée à M. cle Maussioâ , auditeur au conseil d'état, qui part de suite. M, de Bubna, à qui Napoléon l'a communiquée avec ordre de la transmettre directement à son beau-père, fait partir son courrier. L'empereur d'Autriche et son ministre doivent recevoir la ré^ ponse de Napoléon dans la nuit du lo au 1 1 .

Napoléon écrit le même jour au prince d'Eckmûlh :

« Mon cousin, c'est aujourd'hui le 9. Le congrès de Prague va fort mal. Probablement l'armistice sera dénoncé le 1 1 paf les alliés , et la déclaration de guerre de l'Autriche vous sera signifiée. Prenez cela pour votre gouverne. Sûr ce, etc.

» Napoléoiv.

' » Dresde , le 9 août 1 8 1 5. »

Le 1 1 , on apprend à Dresde que le congrès est dissous !

Dans leur réponse de la veille au comte de Metternich , les plénipotentiaires français avaient parfaitement traité, dans l'intérêt de lavpaix, la question du terme de la négociation. Ils avaient dit : « Les mots, derniers jours des négociations ^ amènent une réflexion bien douloureuse , en donnant à penser qu'on renonce dès à présent à toute idée de conciliation , tandis que la convention si-

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gnée à Neuniarck, en établissant un terme avant lequel il n'est pas permis de dénoncer l'armistice, n'en fait nullement une obligation, et n'annonce d'ailleurs en aucune manière que , ce terme arrivé , les négociations doivent cesser. » Ils ajoutaient : « Le médiateur ne regarde^-t-ii pas comme lé plus saint des devoirs de concourir à faire rejeter une interprétation qui détruirait l'espoir d'un rapprochement ^ que les soussignés hâtent de tous leurs vœux et de tous leurs efforts? »

M. de Metternîch avait signalé son impartialité par son silence sur cette observation , dont la justice égalait la générosité. Mais il se hâtait de leur adresser sa dernière note.

Note de M^ de Metiemich aux phnipotehtiaires^ français,

w Le soussigné , ministre d'état et des attires étrangères de sa majesté impériale et royale apostolique, plénipotentiaire, de la cour médiatrice,^ a l'honneur de transmettre à LL. Exe. MM. le duc de Vicence et le comte de Narbonne , plénipotentiaires de S. M. l'empereur des Français, roi d'Italie, copie des offices qu'il vient de recevoir de la part de MM. les plénîjpotenti aires de S. M. l'empereur de toutes les Russies et de S. M. le roi de Prusse , par lesquels ils lui déclarent que, le terme de l'armistice étant écoule, iU

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regardent le congrès réuni pour la négociation de 'la paix comme dissous.

» C'est avec un vif regret que le soussigné voit finir^ en conséquence, ses fonctions de médiateur/ sans emporter, d'un stérile essai d'arriver au résultat satisfaisant de la pacification des puissances belligérantes , une autre consolation que celle de n'avoir négligé, de son côté, aucun moyen pour consommer une œuvre aussi salutaire.

» Le soussigné saisit avec empressement l'occasion de cette dernière communication officielle pour offrir à LL. Exe. les assurances^de sa haute considération.

; » Signé j le comte de Metternich.

» Prague, le ii août i8i5. »

Note de Af. dAnstett à M, le comte de Metternich.

« Le terme final de la médiation et des négô^' ciations ouvertes à Prague étant révolu avec la journée du lo , le soussigné a l'ordre exprès de déclarer formellement que- ses pleins-pouvoirs? cessent dès ce moment.

» Sur le point de quitter cette ville, il ne saurait le faire sans s'acquitter du devoir sacré d'oP frir à S. Exe. M. le comte de Metternich les ex-* pressions de sa vive reconnaissance des marques de confiance et de bonté dont il a bien vôulu i'hd^' norer personnQllement.

a4S LB PORTEFEUILLE

» Quant à rimpartialité^ à la noblesse » à l'esprit de conciliation ^ à la pureté des principes que son excellence a manifestes en sa qualité de médiateur , il n appartient point au soussigné d'anticiper à cet égard sur les témoignages que les cours alliées s'empresseront de faire parv^iir à S* Exe. M.le o<Mnte de Metternich. Il se borne à lui reooiiTeler ceux de sa très-haute considération*

» Signée d'Anstett.

m Concordai cum originali,

» Signé, Metternich.

» Pragae » le ag juillet ( lo août } i S 1 3 , à minuit. » Note de Jf . de ffmnholdt à M. le comte de Metternich.

K Le terme des négociations qui avaient été ouvertes sous la médiation de sa majesté impériale et royale apostolique étant révolu avec la journée du lo août» le soussigné , ministre d'état et plénipotentiaire de S. M. le roi de Prusse , est chargé , par les ordres exprès de sa cour^ de déclarer formellement à S. Exe. M. le comte de Metternich , ministre d'état et des alfoîres étrangères, plénipotentiaire de S. M. l'empereur d'Autriche, que ses pleins-pouvoirs, ainsi que son caractère de plénipotentiaire , viennent à cesser.

» Le soussigné ne tarde pas un moment, par conséquent, à^prier S. Exe* M. le comte de Metternich de témoigner à sa majesté impériale com-

bien S, M. le roi de Prusse, tout en éprouvant des regrets vifs et sincères que les intentions bienfaisantes de la cour médiatrice n'aient pu amener le résultat désiré • est sensible aux nou'- Telles marques d'intérêt et de confiance que S. M. l'empereur a bien voulu lui donner aussi dans cette occasion importante. Ces efforts faits d'un commun accord pour rendre Une' paix stable et solide à l'Europe^ ne pourront qu'ajouter aux sentimens d'amitié et d'attachement que se por-* tent les deux souverains , et S. Exe. le comte de Metternich sait combien tout ce qui a rapport à ce sentiment a de prix aux yeux de sa majesté et est cher à son cœur.

» Le soussigné saisit cette occasion pour pré- . senter à S. Exe. M. le comte de Metternich l'e^i[»re8si<m de sa reconnaissance particulière d^ toutes les preuves de bonté et de confiance que son excellence a bien Voulu lui donner personnellement, et le prier en même temps d'agréer l'assurance de sa haute considération.

» Signé ^ HCMBOLDT.

» Concordat cum originali ,

» Signé f Metternich.

» Prague , le 10 août i8i3 , à minuit. »

Réplique des plénipotentiaires français,

« Les soussignés, plénipotentiaires de S. M.

aSa LE PORTEFEUILLE

écoulé depuis Tépoque qui semblait mettre le comble à la gloire militaire du souverain de la France y et rien ne paraissait plus manquer à sa prospérité , pour autant qu'elle dépendait de son attitude et de son influence au dehors^ quand de nouvelles réunions au territoire français , d'états jusqu'alors îndépendâns , de nouveaux morcellemens et déchiremens de l'empire d'Allemagne ' vinrent réveiller les inquiétudes des puissances^ et préparer, par leur funeste réaction sur le nord de l'Europe , la guerre qui devait s allumer en i8i:a entre la France et la Russie *•

• Ohservation.% dictées par Napoléon.

(c L'Autriche ade plein gré renoncé à l'empire d'Allemagne. Elle a reconnu les princes de la confédération , elle a reconnu le protectorat de l'empereur. Si le cabinet autnchîen a conçu le projet de rétablir l'empire d'Allemagne , de revenir sur tout ce que la victoire a fondé et que les tFaités ont consacré , il a formé une entreprise qui prouve mal V esprit de modération et h respect pour les droits des étais indépendans dont il se dit animé.

' » Le cabinet de Vienne met en oubli le traité d'alliance qu*il a conclu le i ^ mars 1 8 1 2 . Il oublie que par ce traité la France et T Autriche se sont garanties réciproquement l'intégrité de leurs territoires actuels ; il oublie que par ce traité l'Autriche s'est engagée à défendre le territoire de la France tel qu'il existait alors , et qui n'a depuis reçu aucun agrandissement y il oublie que par ce traité il ne s'est pas borné à demander pour l'Autriche l'intégrité de son territoire, mais les agrandissemens que les circonstances pourraient lai

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» Le cabinet français sait mieux qu^aucun autre combien S. M. l'empereur d'Autriche a eu à cœurd'en prévenir l'éclat par toutes les voies que lui dictait son intérêt pour les deux puissances et

procurer ; il oublie que , le 1 4 mars 181a, toutes les questioDs qui devaient amener la guerre étaient connues et posées , et que c'est volontairement et en connaissance de cause qu'il prit parti contre la Russie. Pourquoi , s'il avait alors les sentimens qu'il manifeste aujourd'hui , n'ar t- il pas fait alors cause commune avec la Russie? Pourquoi du moins , au lieu /le s'unir à ce qu'il présente aujourd'hui comme un cause injuste , n'a-t*il pas adopté la neutralité ? La Prusse fit à la même époque une alliance avec la France , qu'eUe a violée depuis ; mais ses forteresses et son territoire étaient occupés. Placée entre deux gmndes puissances eu armes et théâtre de la guerre , la neutralité était de fait impossible. Elle se rangea du côté du plus fort. Lorsqu' ensuite la Russie occupa son territoire , elle reçut la loi et fut l'alliée de la Russie. Aucune des circonstances qui ont réglé les déterminations de la Prusse , n'ont existé en 1 8*1 3 et n'existent en i9i5 pour l'Autriche. Elle s'est engagée dé plein gré en 1812^ à la cause qu'elle croyait la plus juste, à celle doBt le triomphe importait le plus à ses vues et aux ifttérêts de l'Europe dont elle se montre protecteur si inquiet et défenseur si généreux. Elle a versé son sang pour soutenir 1,2 cause de la France ; en 1 8 1 3 elle le prodigue pour soutenir le parti contraire. Que doivent penser les peuples ? quel jugement ne porteront*iis pas d'un gouvernement qui , attaquant aujourd'hui ce qu'il a défendait hier , montre que ce n'est ni la justice ni la politique qui règlent les plus importantes-déterminations 4e son cabinet.

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pour celles qui devaient se trouver entraînées dans la grande lutte qui se préparait. Ce n'est pas elle que l'Europe accusera jamais des maux incalculables qui en ont été la suite ^

» Dans cet état de choses , S. M. l'empereur, ne pouvant conserver à ses peuples le bienfait de la paix, et maintenir une heureuse neutralité au milieu du vaste champ de bataille qui , de tous côtés , environnait ses états, ne consulta, dans le parti qu'elle adopta, que sa fidélité à des relations si récemment établies, et l'espoir qu'elle aimait à nourrir encore que son alliance avec la France, en lui offrant des moyens plus sûrs de faire écouter les conseils de la sagesse, mettrait des bornes à des maux inévitables , et servirait la cause du retour de la paix en Europe *.

* » Le cabinet français sait mieux qu'aucun autre que l'Autriche a offert son alliance lorsqu'on n'avait pas même o^nçu l'espérance de l'obtenir : il sait que sf quelque chose avait pu le porter à la guerre, c'était la certitude que nonseulement TAutriche n'y prendrait aucune part contre lui , mais qu'ellç y prendrait part pour lui. 11 sait que , loin de déconseiller la guerre , l'Autriche Ta excitée j que , loin de la craindre , elle l'a désirée ; que , loin de vouloir s'opposer à de nouveaux morcellemens d'états , elle a conçu de nouveaux déchiremens dont elle voulait faire son profit.

* » Le cabinet de Vienne ne pouvait , dit-il , maintenir une heureuse neutralité au milieu du vaste champ de ba^ taille qui relivironnait de tous les côtés. — Les circonstan-

)) Il n'en a malheureusement pas été ainsi ; ni les succès brillans de la campagne de 18x2^ ni les désastres sans exemple qui en ont marqué la fin, n'ont pu ramener dans les conseils du gouvernement français l'esprit de modération qui aurait mis à profit les uns, et diminué FefFet de$ autres '.

n Sa majesté n'en saisit pas moins le moment

ces n'étaîeut-elles donc pas les mêmes qu'en 1806 ? De sanglans combats ne se livrèrent-ils pas en 1806 et en 1807, près des limites de son territoire, et ne . conserva- t-il pas aux peuples le bienfait de la paix , et ne se maintint-il pas dans une heureuse neutralité ? — Mais le gouvernement de TAntriche/, en prenant le parti de la guerre , en combattant pour la cause de la France , consulta, dit-il , sa fidélité à des relations noui^sllement établies ; fidélité qui ne mérite plus d'être consultée lorsque ces relations sont devenues plus anciennes d'une année et plus étroites par une alliance for* meiie. S'il faut ïen croire aujonsd^bui , ce n'était pas pour sassurer des agrandisatpnens qu'il s'alliait à la France en i8ia ^ qu'il lui garantissait toutes ses possessions , et qu'il prenait part à la guerre : c'était pour servir la cause du retour de la paix ," et pour faire écouter les conseils de la sagresse. Quelle logique ! quelle modestie !

* » Comment le cabinet de Vienne a-t-il appris que les succès brillans de la campagne de 1^19. n'ont pas ramené la modération dans les conseils du gouvernement frrnçais? S'il avait été bien informé , il aurait su que les conseils de la France , après la bataille de la Moscowa , ont été modérés et pacifiques , et que tout ce qui pouvait ramener la paix fut alors tenté.

OÙ répuisement réciproque avait ralenti les opérations actives de la guerre^ pour porter aux puissances belligérantes d^ paroles de paix , qu'elle espérait encore voir accueillir de part el d'autre avec la sincérité qui les lui avait dictées, i) Persuadée toutefois qu'elle ne pourrait les faire écouter qu'en les soutenant de forces qui promettraient au parti avec lequel elle s'accorderait de vues et de principes l'appui de sa coopération active pour terminer la grande lutte ' ; en

' » Le cabinet de Vienne met de la suite dans ses inconséquences. Il fait cause commune avec la France en 1812 ; et c'était , dit-il aujourd'hui , pour l'empêcher de faire la guerre à la Russie. Il arme en 181 3 pour la Prusse et la Russie , et c'est , dlt-il , pour leur inspirer le désir de h paix. Ces puissances, d'abord exaltées par des progrès qu'elles devaient au hasard des circonstances , avaient été rendues à des sentimens plus calmes par les revers éclatans du premier mois de la xampagne : afiaiblies , vaincues » elles, allaient revenir de leui*s illu^ns. Le gouvernemeat autrichien leur déclare qu'il arme pour elle *. il leur montre ses armées prêtea à prendre leur défense , et en leur offrant de nouvelle» chances dans la continuation de la guerre , il prétend leur inspirer le désir de la paix ! Qu'aurait-il fait y s'il avait voulu les encourager à la guerre ? Il a offert à«}a Russie d'en prendre sur lui le fardeau ; il a offert à la Prusse d'en changer le théâtre. Il a appela sur son propre territoire les troupes de ses alliés et toutes les calamités qui pesaient sur celui de la Prusse. Il a enfin offert au cabinet de Pëtersfaourg le spectacle le plus agréable pour un empereur de Russie , de l'Autriche , son ennemie naturelle , combattaBt

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o&ant sa médiation aux puissances, elle se décida à l'efFcrt ^ pénible pour àon cœur , d'Un appel au courage ef au patriotisme des ses peuples. Le congrès proposé par elle et accepté par les deux partis s'assembla au milieu des préparatifs militaires que le succès des n^ociations devait rendre inutiles, si les vœux de Fempereur se réalisaient y mais qui devaient , dans le cas contraire , conduire par de nouveaux efiPorts au résultat pacifique que sa majesté eût préféré d'atteindre sans effusion de sang ^ •

» En obtenant , dé la confiance qu'elles avaient vouée à sa majesté impériale , le consentement des puissances à la prolongation de l'armistice que la France jugeait nécessaire pour les négociala France , son ennemie actuelle. Si le cabinet de Yienne avait demandé les conseils de la sagesse , elle lui aurait dit qu'on n'arrête pas un incendie en lui donnant un nouvel aliment , qu'il n'est pas sage de s'y précipiter pour un peuple dont les intérêts sont contraires ou étrangers ; enfin qu'il y a de la folie à exposer à toutes les chances de la guerre une nation qui , après de si longs malheurs , pouvait continuer à Jouir des douceurs de la paix. Mais l'ambition n'est pas un conseiller qu'avoue la sagesse.

■ » L'auteur de cette déclaration ne sort pas dii cercle vicieux dans lequel il s!est engagé. La tlussie et la Prusse savaient fort bien que le gouvernement autrichien armait contre la France. Dès ce moment, elles ne pouvaient pas vouloir la paix. Ce résultat des dispositions du cabinet de Yienne était trop évident pour qu'il n'y eût pas compté. TOME U. .17

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tîonSf l'empereur acquit, avec cette preuve de I leurs vues pacifiques , celle de la modération de kurs principes et de leurs intentions ' . .:

» Il y reconnut les siens , et se persuada , de ce moment^ que ce serait de leur côté qu'il rencontrerait des dispositions sincères à concourir au rétablissement d'une paix solide et durable. La France , loin de manifester des intentions analogues y n'avait donné que des assurances générales trop souvent démenties par des déclarations publiques qui ne fondaient aucunement l'espoir qu'elles porteraient à la paix les sacrifices qui pourraient la ramener en Europe '.

* » Le cabinet de Vienne avait fait perdre le mois de juin tout entier, en ne remplissant aucune des forn^alités préalahles à Touverture du congrès. La France ne demanda point que l'armistice fût prolongé , mais elle y consentit. Ce qu'elle désirait, ce qu'elle demanda , c est qu'il fût convenu que les négociations continueraient pendant les hostilités. Mstis le cabinet de Vienne s'y refusa ; l'Autriche aurait été liée , comme médiatrice , pendant les négociations ; it"préfera iine prolongation d'armistice qui lui donnait le temps d'achever 9es armemens , et dont la durée limitée lui offrait dn terme fatal pour rompre les négociations et pour se déclai'er.

^ » Comment le cabinet de Vienne s'est-il assuré que la France ne porterait pas à la paix les sacrifices qui pourraieni ta ramener en Europe ? Av^mt le moment qu'il avait fixé pour la guerre , a-t-il proposé un ultimatum et fait connaître ce qu'il voulait? -— Il a déclaré la guerre parce qu^il ne voulait

DE MIL IltriT CENT TREIZE aSg

» La marche du , congrès ne pouvait laisser de doutes à cet égard : le retard de l'arrivée de MM. les plénipotentiaires français, sous des^ prétextes que le grand but de sa réunion aurait dâ faire écarter ' , l'insuffisance de leuts instructions sur les objets fie formé qui faisaient perdre un temps irréparable j lorsqu'il ne restait que p«u de jours pour la plus importante des négociations ^ ;

que la guerre. Il Ta <lëclarée , sans s*assa^er si elle pouvait être évitée , et avec une précipitation à laquelle il est difficile de reconnaître Tinfluence des conseils de la sagesse.

• » C'est par le fait de T Autriche et des alliés que Farrivée des plénipotentiaires a été retardée ; cependant les dif-o ficultés suscitées à dessein n'étaient pas levées, que M. le comte de Narbonne était déjà à Prs^gue. Se» pouvoirs , communs aux deux plénipotentiaires , l'autorisaient à agir concurremnreat ou séparément. M. le duc de Vicence arriva plus* tard ; parce <|ue de nouvelles dilicuités , où la dignité de la France était compromise ^ furent élevées par les cn-r nemis. Mais à quoi bon ces observations? Qu'aurait fiait «n retard de quelques jours à un médiateur qui n'aurait pas voulu la guerre; et quel motif de guerre qu'un retard de quelques jours !

* » Les plénipotentiaires avaient pour instructions d'adhérer à toutes lés foihîieîs de négociation consacrées par l'usage. Le médiateur proposa des fourmes inusitées «t qui tendaient à empêcher tout rapprochement des plénipotentiaires , tout rapport entre eui ,• toute négo<îiation. Il introduisit une discussion qu'avec une Volonté sincère de la paix le médi/ateur n'aurait jamais occasionée. Il ne restait , dit-il^ que peu de jours pouf la plus importante dès négociations^. Eh îpour-.

'i6o LE PORTEFEUILLE

toutes ces circonstances réunies ne démontraient que trop que la paix , telle que la désiraient TAu-* triche et les souverains alliés^ était étrangère aux vœux de la France ' ; et qu'ayant accepté pour la forme , et pour ne pas s'exposer aux reprocbes de la prolongation de la guerre , sa proposition d'une

quoi ne restait^il que peu de jours ^ qu'avait de communia négociatioQ avec l'armistice ? ne pouvait-on pas négocier en se battant? Qu'importe quelques jours de plus on de moins quand il s'agit de la paix ? Si le cabinet de Vienne ne voulait pas la négocier, mais la dicter, comme on dicte des conditions à ude pfàce assiégée , peu de jours à la vérité pouvaient suffire ; mais alors pourquoi n'a-t-il pas même proposé une capitulation? Il ne restait que peu de jours pour la plus importante des négociation^ / Quelle est donc la négociation qui a été faite en peu de jours ? Le temps est l'élément le plus nécessaire quand il s'agit de s'entendre , le temps est un élément inutile pour un médiateur qui a pris d'avance son ^parti. Cependant lorsque c'est contre la France qu'il s'agit de se déclarer , une telle détermination n'est pas de si peu de conséquence qu'il soit indi£Pérent d'employer quelques jours de plus ou de moins à j penser.

■ » Il faut rendre ici justice à la pénétration du cabinet de Vienne. Sans doute, la paix , telle que la voulaient les souverains alliés, était étrangère aux vœux de la France, de même que la paix, telle que la voulait la France, devait être étrangère aux vœux des alités. Toute puissance qui entre en négociation veut tout ce qu'elle peut obtenir. Lorsqu'il j a un médiateur , il s'interpose entre les volontés opposées, afin de les rapprocher. Telle est sa mission : sa gloire est d'y véussir. Mais tel n'était pas le rôle que le cabinet autricbieit

DE MIL HUIT CENT TREIZE. aôt

négociation , elle voulait en éluder l'effet ' , ou s'en prévaloir peut-être uniquement pour séparer l'Autriche des puissances qui s'étaient déjà réunies avec elle de principes , avant même que les

s'était donné ; il n'a jamais été médiateur , il a été ennemi dès le moment où , selon son avea , il n a voulu d'autre paix que celle que voulait une seule des parties. Mais quelle était cette paix que voulait le cabinet de Vienne ? S'il voulait en effet la paix , une paix quelconque, pourquoi ne s'estil pas expliqué? Pourquoi? parce qu'il avait adopté toutes les prétentions de la Russie , de la Prusse et de l'Angle:terre ; parce qu'il avait de plus ses prétentions propres sur lesquelles il ne voulait pas céder ; enfin parce qu'il était ré« solu à la guerre.

■ » La France a proposé l'ouverture d'un congrès , parce qu'elle voulait sincèrement la paix , parce qu'elle se flattait que ses plénipotentiaires, mis en présence de ceux de là Russie et de la Prusse , parviendraient à s'entendre avec eux, parce qu'un congrès, même sous la médiation de l'Autriche, était un moyen d'échapper au danger des insinuations que le cabinet de Vienne répandait.

» La France a accepté la médiation de l'Autriche , parce qu'en supposant au cabinet de Vienne les vues ambitieuses sur lesquelles nous n'avions pas de doute , on devait" croire qu'il se trouverait gêné par son rôle de médiateur, et qu'il n'oserait pas , dans une négociation publique et pour son seul intérêt , repousser nos vues modérées et les sacrifices que nous étions disposés à faire à la paix ; parce qu'enfin , s'il en était autrement, et si le médiateur et nos ennemis étaient d'accord sur leurs prétentions réciproques , le cabinet de Vienne proposerait un ultimatum qui soulèverait Tindi- [{Dation de la France et de ses alliés.

a63 LE PORTEFEUILLE

traités eussent consacré leur union pour la cause de la paix et du bonheur du monde ' .

» L'Autriche sort de cette négociation , dont le résultat a trompé ses vœux les plus chers , avec la conscience de la bonne foi qu'elle y a portée. Plus zélée que jamais pour le noble but qu'elle s'était proposé, elle ne prend les armes que pour l'atteindre de concert avec les puissances animées des mêmes sentimens. Toujours également disposée à prêter la main au rétablissement d'un ordre de choses qui , i)ar une sage répartition de forces, plact la garantie de la paix sous l'égide d'une association d'états indépendans, elle ne négligera aucune occasion de parvenir à ce résultat ; et la connaissance qu'elle a acquise des dispositions des cours devenues désormais ses alliées lui donne la certitude qu'elles coopéreront avec sin*cérité à un but aussi salutaire "•

IWP— ^ III III Il I I . I ■ I HH I I I I ——I I I ■ I I I I ■■

* » Ainsi V Autriche était déjà réunie de principes avec les ennemis de la France ! Qui lui demandait cet aveu ?

» Le cabinet de Vienne craignait que la France ne se prévalut dupe négociation pour séparer TAutriche des puissances ennemies ? Sans doute , si T Autriche s'était unie à elles pour les empêcher de faire la paix et avec la ferme résolution de nous faire la guerre , elle devait craindre une négociation où notre modération pouvait leur offrir des chances plus avantageuses dans la paix que daus la guerre ; mais pourquoi donc le cabinet de Yieniie a-t^il offert sa médiation et fait retentir l'Europe de ses vœux pour la paix ?

' » L'Autriche i^eut établir un ordre de choses qui^ par une

DE MIL HUIT CENT TREIZE. a63

» En déclarant , d'ordre de Tempereur , à M. le comte de Narbonne que ses fonctions d'ambassadeur viennent à cesser de ce moment^ le soussigné met à la disposition de S. 'Etc. les passe-ports dont elle aura besoin pour elle et pour sa suite.

» Les mêmes passe-ports seront remis à M. de la Blanche , chargé des affaires de France à Vienne ^ ainsi qu'aux autres individus de l'ambassade*

» Il a l'honneur d'offrir, etc.

» Met^erniçh.

• Prague, le la août iSi3. »

sage repartition de forces , place la garantie de la paix sous T égide d'une association d états indépendans. EUé ne fera la paix qae quand une égale répartition de forces garantira l'indépendance de chaque état. Pour y parvenir , elle doit d'abord agrandir à ses dépens la Bavière et la Saxe , car c'est aHx grandes puissances à descendre pour que les puissances du second ordre deviennent leurs égales ; lorsqu'elle aura donné l'exemple , elle sera en droit de demander qu'il soit imité. Ainsi le cabinet de Vienne veut combattre pour faire de toutes les puissances une république de souverains dx)nt les élémens seront parfaitement égaux ; et c'est à de telles re-r veries qu'il faudrait sacrifier le repos du monde ! Peut-on se jouer plus ouvertement de la raison publique , de l'opinion de l'Europe ? En rédigeant des manifestes , comme en réglant sa conduite , le cabinet de Vienne n'a pas écouté les conseils de la sagesse. » ^

vtôi LE PORTEFEUILLE

Napoléon est à présent tout à la guerre. Il termine son séjour à Dresde par quelques lettre» toutes militaires.

jéu prince archicliancelier^

w Mon cousin , le ministre des relations extérieures vous a fait connaître que FAutriche nous a d^clar^ la guerre. Son manifeste est assez insignifiant ; l'analyse en bon français est qu'elle croit l'occasion bonne pour reprendre son influence. Les négociations (^ Prague n'ont pas eu lieu , on n'a pas^néme pu échanger les pouvoirs. Les plénipotentiaires n'ont p^ même pu se voir. Les affaires d'Espagne ont relevé les espérances , l'intrigue anglaise a fait le reste. Le 1 7, nous nous battrons. Je désire que l'impératrice fasse son voyage de Cherbourg et que ce ne soit qu'à son retour qu'elle apprenne tout cela.. Faites-la partir le 17.. Je vous prie de réunir le conseil des ministres pour savoir s'il ne faudrait pas lever vingt-cinq mille conscrits dans les départemens du Languedoc et de la Guyenne , qu'on dirigerait sur Bayonne pour renforcer les armées d'Espagne. Si vous êtes de cet avis, présentez le sénatus-consulte au sénat. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa

mainte et digne garde.

^ » Napoléon^

V Dresde, le ii août i8i3. »

DE MIL HUIT CENT TREIZE. a6D

Au prince d'EckmUhl,

« Mon cousin , j'ai nommé le général Girard , qui s'est si bien distingué à Lutzea, et qui est guéri de ses blessures , pour se rendre à Magdebourg. Il aura sous ses ordres :

» i**. Le corps du général Dombrowski , composé de huit bataillons polonais et de deux régimens de cavalerie, etc.

» 2?. Une division de neuf mille hommes tirée de la garnison de Magdebourg.

)) Ce général pourra donc réunir, entre Berlin Wittemberg et Magdebourg, quinze mille hommes, qui serviront à établir une communication entre vous et le duc de Reggio. Cependant ce corps ne doit pas s'éloigner de manière à être isolé de Magdebourg parce que la garnison de cette place ne serait plus suffisante. Le général Lemarois ayant le chiffre de l'état-major, que vous devez avoir aussi, vous pourrez correspondre. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. ^

)) Napoléon,

» Oresde, le 12 août au matin 181 5. »

Ju prince d'Eckmiihl.

« Mon cousin , le major général vous aura annoncé que les ennemis ont dénoncé hier l'armistice. Les hostilités recommenceront donc le 17.

Que votre quartier général sorte le plus tôt possible de Hambourg ; et ne vous laissez pas masquer par des forces inférieures et surtout par ce tas de canaille qui ne signifie rien. J'ai fait venir le général Vandamme $. Dresde ; mais le duc de Reggio avec son corps „ qui est le douzième ^ le quatrième corps • commandé par le général Bertrand, fort de trois divisions, et le duc de Padoue, fort de trois divisions de cavalerie , ce qui fait une armée de soixante-<îix à quatre-vingt mille hommes, débouche le x8 de Luckau sur Berhn. Vous sentez que ce corps n'étant qu'à trois journées de RerMn pressera davantage Tennemî , et qu'il serait ^iossible qu'il portât toutes ses forces contre lui. Vous devez donc manœuvrer de manière à inquiéter l'eaRemi sur sa gauche , et à vous réunir avec le corps du duc de Reggio sur Berlin., Aussitôt que yoj;s serez éloigné de Hambourg, vous r?.urez une communication sûre avec Magdebourg. Le général Lemarois a ordre de former une division active pour manœuvrer autour de Magdebourg. Comme il est probable que l'Autriche est contre nous , les circonstances deviennent fortes. Il faut que vous mettiez la plus grande activité dans vos opérations. Aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, votre corps doit quitter Hambourg et menacer le flanc de l'ennemi. Annoncez l'arrivée d'un corps considérable venapt de Wéael. J'ai ordonné au général Lema-

rois de se porter à Minden avec six bataillons de la

sixième division bis^ , afin d'y former une réservé

entre Cassel , Magdeboui^g et Hambourg. Sur ce ,

je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne

garde.

D Napoléon.

» Oresde, le 12 août i8i5. 9

' ^u prince dEckmuhl,

« Mon cousin , Tofficier d'ordonnance Laplace arrive en ce moment , et m'apporte votre lettre du 10 août. J'attache comme vous beaucoup d'importance à ce que la communication soit la plus directe possible avec Harbour g : gagner une demi-lieue c'est beaucoup gagner; et arriver promptement au secours de la garnison , cela équivaut à une .^ugmentation de troupe. Je vois * avec peine que vous ayez encore si peu de chevaux. Je vous ai fait connaître hier que l'ennemi avait dénoncé l'armistice , que les hostilités recommenceront le 1 7, et que l'Autriche nous a déclaré la guerre. La garde part aujourd'hui de Dresde , et demain je porte mon quartier-général à Bautzen. Les quatrième et septième corps , et le troisième corps de cavalerie sont en mouvement pour Luckau. J'espère que le 18 ils dépasseront Bareuth pour se porter sur Berlin. Annoncez donc votre mouvement offensif. On ne voit pas trop encore *ce que veut faire Tennemi. Le

a68 LE PORTEFEUILLE

général Girard est parti hier pour Magdebourg^.-^ Prenez toutes vos mesures pour remonter le plus promptement possible beaucoup de monde. Assurez-vous que vous^ et le général Lèmarois ave^ le même chiffre. Je suis surpris que vous ne soyez pas plus instruit des mouvemens de l'ennemi ; il me semble que par Âltona et Copenhague vous devriez avoir toutes les nouvelles. J'attends au* jourd'hui le roi de Naples qui vient prendre un commandement dans l'armée. Ayez soin d'écrire en chiffres tout ce qui aurait quelque importance. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. >»

» Napoléow.

uDresde, ce i3 août i8i3. »

A M, le maréchal prince d' EckmiihL

Dresde le i3 août i8i3.

w Monsieur le maréchal^ le. duc de Reggio^ avec une armée de quatre-vingt mille hommes, composée de son corps (n°. 12), du quatrième commandé par le général Bertrand , du septième commandé par le général Régnier, et du troisième corps de cavalerie commandé par le duc de Padoue , part le 1 8 de Bareuth pour se porter sur Berlin ; il y arrivera le 21 s'il n'est pas retenu par des forces supérieures.

» Le général Girard, avec di^f ou douze mille.

bommes, débouche par Magdebourg le 18, pour pousser l'ennemi devant lui s'il n'y est pas en forces supérieures , ou le suivre aussitôt qu'il sera affaibli. Le général Girard , formant la partie active du corps de Magdebourg, ne doit point se laisser couper de la ligne. Son but est d'aider la réunion du duc de Reggio à vous.

)} L'intention de l'empereur est, qu'aussitôt que cela sera possible , tout votre corps d'armée soit réuni sur la rive droite de l'Elbe en avant de Hambourg. Avec les Danois , et après avoir laissé une garnison dans la place , vous devez avoir un corps d'au moins trente mille combattans.

» Si l'ennemi n'est pas devant vous en forces supérieures , attaquez le 18, et le menez battant. S'il est en forces supérieures , non-seulement par le nombre , mais encore par la cavalerie , faites des mouvemens devant lui. Inquiétez-le et suivezle aussitôt qu'il sera affaibli. Votre principal but est de marcher entre la mer et Berlin pour vous réunir au duc de Reggio, pousser les Suédois dans la mer, et enfin débloquer Stettin. Si vous parvenez à débloquer cette place, il faut sur-le-champ en retirer les généraux inutiles, et réapprovisionner la place en prenant les blés qu'on pourra tix)uver, de manière que la place puisse tenir jusqu'à la fin d'octobre.

)) Vous trouverez ci-joint la liste des généraux qui ont le grand chiffre; je vous envoie copie d'un

petit. Comme il est facile à copier, vous pourrez le donner aux généraux qui seraient détachés, en leur faisant sentir l'importance de ne pas le perdre, et de s'arranger de manière* que, venant à être faits prisonniers , par exemple , ce chiffre ne tombât pas au pouvoir de l'ennemi.

» L'empereur porte aujourd'hui son quartier général à Bautzen. Le maréchal Saint-Cyr, avec le quatorzième corps , est à Pirna , à cheval sur le fleuve. Le premier corps (celui du général Vandamme) arrivera le 17 à Dresde. La déclaration de guerre de l'Autriche accroît le nombre de nos ennemis. Il est nécessaire que tous les généraux détachés fassent tout ce qu'exigent, et leur zèle pour le service de l'empereur, et la gloire des armes françaises.

» L'empereur vous a envoyé le général de division Pécheux, qui est un homme de mérite. Il vous 'envoie un nouveau général de brigade. Le général Lemoine, avec ses six bataillons de la sixième division bis , a ordre de prendre position à Minden ; donnez-lui des nouvelles par toutes les occasions.

» Vous recevrez cette lettre le 16. Il importe que vous me fassiez promptement connaître ce qui se passe devant vous, et ce que vous pourrez faire.

» Le pri^ce vice-connétable major général,

Alexandre. »

L empereur au prince d'EcmuIil.

« Mon cousin , je reçois votre lettre du 1 2 îtoût. Je pars à l'instant pour porter mon quartier-général en avant; l'armée s'est mise en mouvement. Agissez avec l'activité et la vigueur qu'exigent les

circonstances. Sur ce , etc.

« Napoléon. «

» Dresde, le r5 aoû* i8i3 , à midi. »

A Dresde tcal était prcnaré ryour îa fête de la paix ; à la nouvelle th îa rupture du congrès la transition fat brusi^rie. et, quoique bien douloureu-< se, la guerre , et le cri de la guerre , remplacèrent tout à coup i'.s \jupéranc?3 qiiî , depuis quelques jours, avait récrée les espri.s. Riais à Prague, où le serment de Iti guerre était rv?noJveIé chaque jour depuis un mois , il n'y eut pas de changement dans les apprêts , il n'y en eut que dans les localités. Le lendemain Prague était le grand quartieivgénéral de l'empereur François et des alliés. G^étaitbien juste. La ville où la paix venait d'être refusée appartenait de droit à la guerre.

Cependant au milieu de la joie étrangère, le duc de Vicence continue sa mission auprès de M. de MetterRÎch. A présent que ce ministre est affrancliî du rôle de médiateur , on doit espérer qu'il marchera plus librement. En effet, il a reçu et examiné la réponse de Napoléon. Il réclame encore Trieste. Il refuse la ligne de l'Oder pour la con-

in^ LE PORTEFEUILLE

fédération; il demande l'indépendance de cette confédération et celle de la Suisse.

Napoléon accepte dans leur entier les conditions du cabinet de Vienne , et si il demande à garder la Hollande et les villes anséatiques , c'est un dépôt , c'est un objet de compensation avec l'Angleterre pour la paix générale, qui est jusqu'au dernier moment l'objet de tous ses vœux.

M. de Metternich avoue que le lo de telles concesçions auraient pu mener à la paix , mais au lieu de médiateur , il est allié , et , à ce titre , il est obligé de référer de ces propositions à l'empereur Alexandre et au roi de Prusse que l'on attend. Napoléon en recevant la lettre par laquelle le duc de Vicence lui rend compte de cette dernière et irréparable difficulté , déclare en montant à cheval qu'il va se battre pour la paix. Il dicte à un secrétaire une dernière instruction pour le duc de Bassano.

(( L'Autriche médiatrice rendait toute conciliation impossible : mais l'Autriche , en se déclarant en état de guerre, nous met tous dans une position plus vraie et plus simple. L'Europe est ainsi plus près de la paix; car il y a une complication de moins. Eh bien ! puisque les alliés fondent tant d'espérance sur les chances des combats , rien n'empêche de négocier en se battant. Écrivez à M. de Metternich que je propose d'où-

DE MIL HUIT CENT TREIZE. %jl

rrir dés aujourd'hui un congrès dans une ville frontière qa'on neutralisera. »

Le duc de Bassano s'empresse alors d'adresser la note suivante à M« de Metternich.

ji M^ dé Metternich,

(t Le soussigné y ministre des relations extérieures , a mis sous les yeux de S. M. l'empereur et roi la déclaration du 1 1 août^ par laquelle l'Autriche dépose le rôle de médiateur dont elle avait couvert ses desseins •

}) Depuis le mois de février^ les dispositions hostiles du cabinet de Vienne envers la France étaient connues de toute l'Europe. Le Danemarck^ la Saxe , la Bavière , le Wurtemberg , Naples et la Westphalie ont dans leurs archives des pièces qui prouvent combien TÂutriche , sous les faus* ses apparences de l'intérêt qu'elle prenait à son al<* }ié et de l'amour de la paix , nourrissait de jalour* sie contre la France. Le soussigné se refuse à retracer le système de protestations prodiguées d'un côté y et d'insinuations répandues de l'autre , par lequel le cabinet de Vienne compromettait la dignité de son souverain , et qui , dans son déve^ loppement^ a prostitué ce qu'il y a déplus saerë parmi les hommes , un médiateur , un congrès et le nom de la paix«

» Si l'Autriche voulait faire la guerre , qu'avait-, elle besoin de se parer d'un faux langage et d'en-

TOMB u. l8

174 lE PORTEFEUILLE

tçurer la France de pièges mal tissus qui frappaient tous les regards?

*> Si le médiateur voulait la paix, aurait-il prétendu que des transactions si compliquées s'accomplissent en quinze ou vingt jours? Était-ce une volonté pacifique que celle qui consistait à dicter la paix à la France en moins de temps qu'il n'en faut pour conclure la capitulation d'une place assiégée ? La paix de Teschen exigea plus de quatre mois de négociations. Plus de six semaines furent employées à Sistow avant que la discussion même sur les formes fût terminée. La négociation de la paix de Vienne , en 1 809 , lorsque la plus grande partie de la monarchie autrichienne était entre les maiùs de là France, a duré deux mois;

' n Dans ces diverses transactions, les intérêts -et le nombre des parties étaient circonscrits; et 'l<M*squ'il s'agit à Prague de poser dans un congrès les bases de la pacification générale , de concilier W intérêts de la France , de l'Autriche , de Ja Russie, de la Pruisse, du Daneiharck, de la Saxe et de tant d'autres puissances ; lorsqu'aux complications qui naissent de la itmltiplicité et de la diversité des intérêts , se joigbirent les difficultés résultant des préteniions ouvertes et cachées du médiateur, il était dérisoire de prétendre que tout fut' terminé , montre en main , en quinze jours. Sans la fuilesCe intervention de l'Autriche,

DE MIL HUIT CENT TREIZE. vjS

là paix entre la Russie , la France et la Rpusse serait faite aujbttra'hui.

D L'Autriche , ennemie de la France, et couvrant son ambition du masque de médiatrice , compliquait tout et rendait toute conciliation impossible. Mais TAutriche, s'étant déclarée en état de guerre, est dans une position plus vraie et toute simple. L'Europe est ainsi plus près de la paix : il y a une complication de moins.

lï Le soussigné a donc reçu Tordre de proposer à r Autriche de préparer dès aujourd'hui les moyeu» de parvenir à la paix, d'ouvrir un congrès où toutes les puissances, grandes et petites, seront appelées , où toutes les questions seront solennellement posées , où Ton n'exigera point que cette œuvre aussi difficile que salutaire soit termitiée nidâns une semaine, ni dans un mois^QÙ l'on procédera avec la lenteur inséparable de toute opération de cette nature, avec la gravité. qui appartient à un si grand but et à de si grands intérêts. Les négociations pourront être longues^ : elles doivent l'être. Est-ce en peu de jours- que les traités d'Utrecht, de Nimègue, de Ryswici:^.4'Àixla-Chapelle ont été conclus?

» Daus la plupart des discussions mémorables , la question de la paix fut toujours indépendante de celle de la guerre ; on négociait sans savoir si l'on se battait ou non ; et puisque les alliés fondent tant d'espérances sur les chances du combat.

rien n'empêchç de négocier, aujourd'hui comme

alors , en se battant. *

» Le soussigné propose de neutraliser un point sur la frontière, pour le lieu des conférences ; de téunir. les plénipotei^tiaires de la France , de l'Autriche, de la Russie, de la Prusse, de la Saxe; de convoquer tous ceux des puissances belligérantes, iei de commencer, dans cette auguste assemblée., l'œuvre de la paix sj vivement désirée par toute l'Europe. Les peuples éprouveront unç consolation ' véritiable en voyant les souverains s'occiipejr à mettre un terme aux calamités de la ifuerre , et conlier à des hommçs éclairés et sincères le soin de concilier les intérêts , de compenser les sacrifices , et de rendre la paix avantageuse et hpnor i*able à toutes les nations.

V » Le soussigné ne s'attache point à répondre au manifeste de l'Autriche et au seul grief sur lequel il repose. Sa réponse serait complète en un is'eul mot. Il citerait la date du traité d'alliance conclu le 14 mars 181 2 entre les deux puissances, et la garantie , stipulée par le traité , du territoire de l'Empire tel qu'il était le 14 mars 181 2.

» Le soussigné, etc.

» Le duc DE Bassaivo.

» Dresde , ie 1 8 iaûx 1 8 13« •»

Noie de M, de Metternich e/» réponse à celle dé M. de

Bassano. . .

c< Le soussigné , ministre secrétaire d'état des affaires étrangères , a reçu hier TofEce que S. Exe. M. le duc de Bassano lui a fait Thonneur de lui adresser le 18 août dernier.

» Ce n'est pas après qiie la guerre a éclaté entre l'Autriche et la France, que le cabinet autrichien croit devoir relever les inculpations gratuites que renferme la note de M. le duc de Bassano. Forte de l'opinion générale , l'Autriche attend avec calme le jugement de TEurope et celui de la postérité.

» La proposition de S. M. l'empereur des Français offrant encore à l'empereur une lueur d'espoir de • parvenir à la pacification générale , sa' majesté impériale a cru pouvoir la saisir. En conséquence , elle a ordonné au soussigné de porter à la connaissance des cabinets russe et prussien la demande de l'ouverture d'un congrès qui, pendant la guerre même , s'occuperait des moyens d'arriver à une pacification générale. LL. MM. l'empereur Alexandre et le roi de Prusse , animés des mêmes sentimens que leur auguste allié, ont autorisé le soussigné à déclarer à S. Exe. M. le duc deBssaano, que, ne pouvant point décider sur un objet d'un intérêt iout-à -^Jàit commun , sans en avoir préalablement conféré avec les au^

ttes alliés f les trois cours w)nt porter incessamment à leur cùnnaissance la proposition de la France.

)) Le soussigné les a chargés de transmettre , ' dans le plus cour]; délai possible , au cabinet français, les ouvertures de toutes les cours alliées , en réponse à la susdite proposition.

» Le soussigné a l'honneur, etc.

» Le prince de Metternich.

» Prague , le a i août 1 8 1 3. »

Ainsi le dernier mot de Napoléon à Dresde est un ordre pour travailler à la paix ! Ainsi Texistence politique actuelle de l'Europe n'aura dépendu peut-être que du courrier de Napoléon, qui n'est arrivé de Dresde à Prague qu'après minuit^ dai)$ la nuitdu 10 au 1 1 août i8i3 ! !

DE MIL HCIT CENT TREIZE ajg

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