‹ Portefeville de mil huit cent treizeChapitre 27 sur 34 · Tome IÎ · texte numérisé non relu

Tome IÎ

J[o^ LE PORTEFEUILLE

dé rétrécir sçn ordre de bataille , et en se rapprcH chant de Leipsick, de se lier plus fortement avec sa gauche sans laisser d'intervalle. Aune heure du matin , il quitta son bivouac , et ^ à deux heures, il fît exécuter un changement de front, la gauche en arrière , le village de Connewitz servant de pivot. De cette manière, l'armée se trouva dans la position suivante : le maréchal prince Poniatowski, avec son corps et le quatrième de cavalerie , fixant sa droite à Connewitz, aligna sa gauche dans la direction de Probsteyde ; le maréchal Augereau suivait cette direction; le duc de Bellune occupait ce village, sa gauche appuyée par les cinquième et premier corps de cavalerie. Le maréchal Macdonald rétro-^ grada jusqu'à Holszhausen formant la gauche de cette ligne. Le général Lauriston avait été placé en seconde ligne à Stœtteritz , avec le deuxième corps de cavalerie. La garde impériale était en réserve à Thonbeiç, divisée en quatre colonnes comme au point le plus central , d'où elle pouvait facilement porter du secours aux endroits menacés. Le maréchal Mortier , avec deux divisions de la jeune garde, occupait les débouchés deLeipsick. Des détachemens furent laissés Mans les villages de Dœlitz\ Dœsen, Zugelshausen , Kleîn-Possna et Baalsdorf , dans la bergerie de Meysdorf et dans la tuilerie , pour tromper l'ennemi et entraver sa marche. D'autres troupes occupaient les village»

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à(b Zweissaundorf et Mœlkau , et entretenaient la communication avec le maréchal Ney. Cette partie de l'armée était sous ses ordres immédiats^ et fut placée , le corps du duc de Raguse à Schœnfeld , le troisième corps à Neutsch et Sancta- Thœla, le septième à Punsdorf, avec une avantgarde à Heiterblei ; laeavaleriedu duc de Padoue et du général Dombrowski resta dans le faubourg de Halle. Napoléon s'était rendu à Reudnitz, au quartier-général du maréchal Ney. Après avoir concerté avec lui les dispositions pour le lendemain ^ il aHa à Lindedah , où il donna l'ordre au général Bertrand de se porter avec son, corps en toute hâte à Weissenfels , et de se rendre maître du passage de la Saale , comme s'il prévoyait le besoin qu'il en aurait bientôt. Il le fit remplacer dans sa position par deux divisions de la garde; Le général Beiirand exécuta l'ordre avec ponctualité^ et le mémejour, à midi^ il était maître du pont de Weissenfels.

Bataille de Leipsick

Napoléon était retourné à Stœtteritz y où était son quartier-général ; sur les huit heures ^ on lui annonce l'approche de l'ennemi de tous les côtés^ et ses prép^atifs pour l'attaque. £n effet, le prince de Schwartzeriberg , encoiiragé par lès nombreux renforts qui l'avaient jointe s'était mis en mouvement dès la pointe du jour. Son armée et celle de Pologne formèrent trois eolonnes^

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ëeUe de droite , sous les ordres de BeDÎogseD^ était formée de son armée , du corps de Klenau et de la brigade prussienne de Ziethen ; elle eut or^ tire de se porter de SeyfFartzhayii, et Gross-Poehua, Bur Holzbausen. La colonne du centre , comman* dée par le général Barclay de ToUy , où se trou- Taient les corps de Kleist et de Wittgenstein , ayant les grenadiers russes et la garde russoprussienne en réserve , se réunit à Gossa , et fu{ dirigée sur Wachau ; celle de gauche, aux ordres du prince de Hesse-Homboùrg^ consistant dans sa réserve , dans la division dû prince Aloi$ de Lichtenstein et dans le corps de Meerjfeld , et ayant en seconde ligne celui de CoUôrédo , sç iréunit à Gostewitz et Markleeberg : elle devait Tnarcher sur Dœlitz et Dœsen. On laissa une division du corps de Meerfeld sur la rive gauche de la Pleiss^ pour masquer le débouché» de Gonne- "vntz. Les cosaques de Platow furent placés à droite sur la route de Wurtzen , pour entretenir k communication avec le prince de Suède. Celui-ci, avec le Q<H*p8 de Langëroii , qui , pour ce jour-là, "àvattété mis sous ses ordres ^ quitta Breitenfeld;, et résolut de passer la Partha , en tournant la droite du maréchal Ney^, et dfi faire son attaque par la it)U,te de Taudja ^ Leipsîck.'Blûch^r , avec le Mirté de ^QS trou|)es, resta sur la droite de la l^arthia devant Mœkera et Eutritzsçh , où il devais porter son attaque* ^

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' A huit heures , l'armée combinée était ea pleine •marche, et attaqn^ nos avaiit-postes : la colonn^e de gauche s'avança sur Dœlit^ et Dœsen^ et s'eii rendit maître après un combat opiniâtre. Le prince de Hesse-Hombourg fut blessé à Dœsen , et fut remplacé dans sou commandement par le général Bianchi ; la colonne du centre poussa en avan^ de Wachau, et s'empara de la bergerie de Meysdorf et de la tuilerie. Les généraux K^leist et Witt? ^enstein formèrent leurs lignes en face de Prob- «teyde. La colonne de droite se subdivisa en trois colonnes y et traversa le ruisseau de Liébertwolkwitz. A dix heures les deux armées étaient en présence , et la canonnade s'engagea sur toute la ligne. Le général Ziethen prit le village de . Zu-^ gelbausen; en même temps , le corps de !l^lenaja te présentait devant Holzhausen ; le général Beuingsen , déjà maître de Baalsdorf ^ se dirigeait sur Z^einaundorfy et rejetait les faibles détachemens français sur le gros de l'armée. Le maréchal Macdonald^ menacé d'être tourné sur sa gauche par cette manœuvre, reçut l'ordre de se replier sur Stœtteritz. Le cinquième corps se rap^ procha de Probsteyde. Ce viUage devint l'angle saillant de la ligne de défense ; et là aussi le combat fut le plus remarquable. A la droite, différentes colonnes avaient abordé le corps du prince Pohiatowskiy et le pressaient vivement dans sa position de Gonnewitz* Deux divisions de la jeune

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garde conduites par le maréchal Oudinot , répoussèrent l'attaque du général Bianchî jusqu'à D(»- Htz, en lui faisant essuyer une perte considérable. Le prince généralissime donna l'ordre au gé-

néral Giulay , qui était à Auenhayn, de se porter au secours de Bianchi; mais déjà deux divisions du général CoUorédo y étaient accourues , et avaient arrêté notre mouvement offensif. Le îprince ponîatowski, attaqué par des forces supérieures, fat obligé de se replier sur sa première position de Coiinewitz ; il s'y maintint toute la journée , et les Autrichiens ne purent parvenir à déboucher de Lœssnig.

Au centre, la grande attaque commença sur les deux heures : les divisions de Pirsen et du prince Auguste de Prusse s'avancèrent pour emporter le village de Probsteyde. Ce village était occupé par le corps du duc de Bellune et celui du général Lauriston; deux formidables batteries, établies sur ses flancs, en défendaient l'accès. Cependant J'attaque des Prussiens fut si vive qu'ils pénétrèrent jusqu'au milieu du village; une charge vigoureuse les repoussa dans le vallon ; les chefs ennehiis rallient leurs troupes, les ramènent à la charge et parviennent à se loger une seconde fois dans le village. Mais, sentant toute l'importance de ce point. Napoléon lui-même ordonne la dernière attaque, qui repousse l'ennemi définitivement. Le maréchal Macdonald s'était re-

"fiié sur Stœttterîtz; , le général Ziethen marcha pour ly attaquer, sotitenu par le corps de Béning%en ; mais arrêté par un feu très-Vif et par les feujc de revers que la position de Probsteyde * permettait dç diriger contre lui, il se contenta d'engager une forte canonnade , qui n'eut d'autre résultat que d'}ncendier le village. A cinq heures, Napoléon fit avancer ses réserves d'artillerie, et les fit mettre en batterie sur le plateau de Probsteyde : le» troupes ennemies furent foudroyées dans le^ vallon. Le prince de Schwartzenberg , dégoûté par la non réussite de ses attaques de vive force , où il avait perdu beaucoup de monde , fit retirer ses troupes et garnir le plateau opposé d'une artillerie formidable. Alors commença de part et d'autre une canonnade terrible et d'une activité extraordinaire. Toute cette ligne n'était qu'un feu continu. Les Français , foudroyés en place, montrèrent une constance admirable. Cerpendant ils tentèrent de déboucher deProbBteyde; mais une grêle de mitraille arrêta leurs colonnes, et les força de rentrer dans la position i là , îm-^ mobiles* la mort les moissonnait; mais, inébran-* labiés , ils gardèrent le poste qui leur avait été assigné. Ce feu épouvantable se prolongea de part et de d'autre jusqu'à la nuit. Les Français perdirent les généraux Vial et Rochambeau; lé général Yial fut tué par un boulet qui, passant devant lui , rasphjlia sans le toucher; il était di»^

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tiûgué par une grande instruçtiDa^ une EHravdiilir calme, et avait rempli avec honneur et distincflion des postes éminens dans la diplomatie. U avait sollicité de quitter l'ambassade de Suisse^ pour prendre le commandement d'uij^e divisioii ,. et partager les périls de ses aitciens compagnons d'armes.

Pendant que l'armée combinée était ainsi arjré-^ tée païf l'héroïque constance de l'armée française, Je pri^e royal #t le général Blûcher étaient aussi entrés en action^ A huit heures ', le prince foyal ^vait levé son camp de Breitenfeld, et s'était mis en marche, ç^ur trois colonnes , vers là Pàrtha : celle de gauehe^ formée du eorps^de Bu<* low et de la cavalerie russe, se porta sur Taucha^ el^ y fit prisonQier un bataillon; la colonne du ççptre. passa la rivière au. gué de Grasdorf ^ le* Suédois, formant la colonne de gauche, la tra-^ verièrent à Plaussig^ Le corps de Langeron força 1^ pasia^ cfe ]ViiE)ckau , et , en descendant la Far^ t^a, se dirigea sur Schœufeld* Le maréchal Ney jugea le mouvement de l'ennemi : sa droite était menacée d'être tournée; il fit sur-le-clfttmp un <lhangement de front, l'aile droite en arriére, lé sixième corps, appuyant toujours sa gauche à Schcenfeld , et sa droite se trouva rapprochée du corps de Regniea^; le troisième eorps vint joindre sa droite à la gauche du sixième, à Sqhœnfeld, se rangeant le long de la rive gaucihe de la Par->

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tha. Ainsi , l'année française décrivait une ligne circulaire autour de Leipsick. Cette partie de l'armée attendait^ dans une attitude imposante^ l'attaque de rennemi* La cavalerie russe, ayant dépassé Taucha, s'a tança sur les jiauteurs de Heiterblik. Là , était placée l'avant-garde du sep^ iiéme corps, formée d'une brigade de cavalerie saxonne et d'un bataillon de la même nation. Au lieu de combattre les Russes, cefte troupe in-» fâme alla à leur rencontre , et brigua l'honneur dé faire leur avant-garde. Ce n'était que le prélude de la trahison en ma$se« L'ennemi s'approchait dePaunsdorf, et commençait l'attaque, lorsque le r^ste des troupes saxonnes , : formant deux brigades^ avec quarante pièces d'artillerie et la hvU gade de cavalerie wurtembwgeoise. , commandée par le général Normann-, passèrent à Tennemi malgré les instances de leur chef, du générât 2!eaçhau qui , fidèle à son prince et à l'honneur militaire , resta dans nos rangs avec seulement v eÎDq cents hommes. Le nom du général Zeschau doit être honoré par tout écrivain français qui re^ trace le tableau de ces terribles journées ; mais il doit dire aussi qu'avant même d'être arrivés à dis-* tance, ces traîtres dirigèrent; le feu de leur artillerie sur la division Durutte qui était en l^ne avec eux ^ Ainsi fut donné l'exemple de la plus insigne^ trahison. L'armée saxonne portera long-4emps le poids d'une actipn aussi honteuse, et peut-*

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^ être unique dans les annales des .peuples ctvili^ fiés. L'ennemi lui-même, à qui ce crime fut d'un si grand avantage , ne put s'empêcher d'en témoigner son indignation. Trahir le jou^r de la bataille, passer à lennemi au milieu de l'action, et abandonner leur roi qui était< dans nos rangs, tel fut le crime des soldats et surtout des officiers saxons. Quant à la nation saxonne , cette trahison ne lui appartient pas plus qu'à son vertueux monarque : les Français ne peuvent jamais t>ublier la généreuse hospitalité avec laquelle ils furent reçus par elle , lorsqu'aprés les désastres de la Russie ils furejtit traités, dans toute la Saxe, en amis et secourus en frères. La conduite de l'armée saxonne a flétri et n'a point souillé les cheveux blancs du roi ; et la loyauté de leur général en chef et de cette poignée de braves qui restèrent fidèles à la France occupera à jamais une place distinguée dans la reconnaissance et l'estime nationales.

La trahison des Saxons laissa un vide dans la ligne française, et le général Régnier , dont le fai< ble corps était réduit à moins de quatre mille hommes, fut obligé d'abandonner le village de Paunsdorf. En même temps , le général Langeron attaquait vivement Schœnfeld; la possession de ce beau village, qui est comme un faubourg de Leipsick, fut long-temps disputée. Deux fois les Russess'en rendirent les maîtres, et deux fois le sixième corps

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parvînt à les enchâsser, mais les munitions lui ayant manqué un moment, il fallut l'abandonner.

Cependant le maréchal Ney fit relever Ite sixième corps par le troisième, et le village fut dç nouveau attaqué et emporté; alors le général Langeron y engagea tout son corps d'armée, et après une résistance des plus opiniâtres , sur les cinq heures il resta aux Russes. Les pertes furenl considérables de part et d'autf e. L'ennemi y perdit un général et cinq mille hommes; les Français à peu près autant et les colonels Forgeot et Maîgrot, qui furent tués. Le maréchal Ney fut forcé de se replier sur Reudnitz, où Langeron le suivit de près.

L'armée suédoise et le corps de Wihtzîngerode, n'ayant devant eux que la seule division Durutte, qui malgré son extrême faiblesse faisait la meilleure contenance et disputait le terrain pied à pied , s'étaient avancés jusqu'à Kohlgœrten et s!en étaient emparés. Mais bientôt la division Belnias du troisième corps accourut avec la brigade de cavalerie du général Beurman , et en chassa les Suédois. Mais cette poignée de braves, assaillis par plus de trente mille hommes, fut repoussée à son tour. Le dixième de hussards et les dragons badois fuirent culbutés , et le général Delmas fut blessé mortellement. L'ennemi, ayant dépassé Kohlgœrten,poursuivitsa marche surLeipsick. Napoléon fut bientôt instruit des progrés que

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faisait l'armée du prince de Suéde.. Il s'y porta de da personne avec une division de sa garde à pied ^t les grenadiers achevai. L'ennemi approchait lie Reudnitz ^ mais le,s grenadiers à cheval et une division de cuirassiers dépassèrent Kohlgœigten et le repoussèrent jusque dans la position de Schœnfeld^ où il se maintint^ soutenu par une forte batterie que le prince royal y avait fait établir.

Cependant Napoléon, ayant remarqué tine lacune assez considérable entre l'armée de Beningsen, et celle du prince royal, donna f ordre au général Nansouty de se jeter dans cet intervalle avec la cavalerie légère de la garde, soutenue par la division Durutte et vingt pièces de canon , et d'attaquer les Suédois par leur gauche qui sp trouvait, à découvert. Mais à peine le général Nansouty débouchait-il par le village de Mœlkau , que d'un côté il se trouva avoir en tête la division Bubiia qui formait la droite de Beningsen> et de l'autre la division du prince Louis de Hesse^ Hombourg. L'attaque des alliés fut soutenue par l'artillerie saxonne, et par une batterie anglaise, dite à la Congrève , que le prinée royal avait à son service. Le général Nansputy fut arrêté ; le général Bulow accourut ayec son corps d'armée, et s'empara de vive force des villages de Stunz et de Selserhausen, où il se maintint tout le reste de la journée malgré les attaques réitérées des Français.

Le généra^ Blûcher, de son côté , avait fait attaquer par le corps de Sacken , le faubourg de Leipsick appelé Rosenthal ; mais nos troupes , favorisées par le terrain, s'y défendirent avec autant de bravoure et d'opiniâtreté , que sur tous tes autres points du champ de bataille, et rendirent inutiles tous Jps efforts "de l'ennemi. Vers le soir, Blûcher, remarquant sur la route deWeisisenfelz des files de voitures qui semblaient annoncer un mouvement de retraite, détacha le corps d' York sur Halle , pour tâcher de prévenir les Français sur la rive gauche de la Saale.

La nuit seule put séparer les combattans, et faire cesser cet effrayant carnage. Ainsi se termina la fameuse bataille du i8 octobre. Cette terrible journée, où avec moins de cent trente mille hommes , Napoléon lutta pendant un jqur entier contre plus de trois cent mille, et contre une artillerie du triple supérieure à la sienne, sera toujours un des plus beaux titres de la gloire française. Partout l'armée opposa une résistance héroïque; sur tous les points la constance. Fin-trépidîté des troupes, le sang-froid et la valeur personnelle des officiers, furent au-dessus de tout éloge. Quelque pénible qu'il puisse être pour uû Français de blâmer le grand capitaine qui partagea constamment tous les dangers de son armée, l'on ne peut s'empêcher de regretter que , par une obstination fatale, il se soit décidé à accepter cette

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bataille^ et que le 1 8 au matin Tarmée ne se 8oit pas trouvée dans la position du 19, défendant la ville de Leipsick; intacte alors et ayant traversé les rivières sur les derrières, avec quels avantages sa retraite ne se serait-elle pas effectuée? L'élite des armées françaises fut moissonnée dans la jour* née du 18, et la catastrophe du 19 en fut la suite naturelle.

Malgré tant de pertes , ce ne fut pas le courage , ce furent les' munitions qui manquèrent à Tarmée française. Napoléon ne balança point sur le parti qui lui restait. Depuis cinq jours , l'armée avait consommé plus de deux cent cinquante mille coups de canon ; ^1 n'en restait que seize mille dans les caissons, quantité à peine suffisante pour entretenir le feu pendant deux heures; les réserves les plus voisines étaient à Magdebourget Er fur th. La retraite fut décidée. Dès le soir, leç parcs , les équipages , l'artillerie filèrent par Lindenau sur Lutzen. Les corps de cavalerie , plusieurs d'infanterie et la garde suivirent dans la nuit. L'exécution de ce mouvement de retraite offrait de grandes difficultés. De Leipsick à Lindenau , il règne un défilé étroit d'environ deux lieues , traversé par plusieurs ponts* Nous avons déjà dit qu'aucun pont n'avait été jeté sur les différentes rivières que l'on devait traverser, pour faciliter à droite et à gauche récoulement de cette masse énorme de [bagages et de

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voitures, qui obstruaient toutes les* avenues. Tout devait donc passer par cette voie unique , et Ton peut facilement se figurer le désordre que pouvait causer un tel encombrement. Le jour qui devait éclairer de nouveaux désastres parrut enfin, et permit de mettre un peu d'ordre dans la défense pîrojetée de Leip^ick.

Des conseillers, pour qui les droits de rhumanité ne sont pas d'une grande valeur, engagèrent, dit-on. Napoléon, à brûler les faubourgs de Leipsick , et aidé de la faible enceinte ' qui entoure la ville, à la défendre comme tête de défilé. Heureusement pour Thonneifr français , Napiûléon rejeta uue pareille proposition; il sut , respecter une ville qui lui était restée fidèle , il voulut la conserver au souverain qui avait tout sacrifié pour sa cause, et qui donnait au monde un si rare ex!^mple. Napoléon eût imité les Saxons qui venaient de le trahir, et de tirer sur ses troupes , s'il eût ordonné la destruction des faubourgs. Le conseil était militaire, il faut l'avouer; mais Napoléon préféra l'honneur de succomber comme un Français à l'exécrable avantage de se défendre comme un Attila.

La ville de Leipsick , proprement dite , est d'une médiocre étendue , et d'une forme iri'égulière. Elle n'a pour enceinte qu'une vieille muraille de maçonnerie, couverte d'un fossé presque effacé, et autour régne un large boulevart.

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planté d^ deux rangées d'arbres. Du coté du nord y sont les portes de Ranstadt et de Halle ; à 1 orient celle de Grîmma ; au midi celle de Sainte Pierre ou de Dresde : la partie occidentale n'a que trois fausses portes sur les boulevarts. La :ville est environnée par de vastes faubourgs , ex-» cepté du côté de l'ouest , où elle domine une plaine basse , que les eaux de la Pleiss et de l'EIster arrosent^ en se divisant en plusieurs ca^ naux.

Les faubourgs qui s'étendent au midi et à Test sont de bonne défense. Ils sont entourés d'une muraille qui a des barrières sur les principales routes. Le faubourg de Halle, situé au nord, est couvert par la Partha , sur laquelle il y a un pont* Mais celui de Rosenthal, renfermé dans une presqu'île formée par les courbes que décrivent la Pleiss et un bras de l'Elster, et celui de Ranstadt , sur la route de Lutzai, sont de véi^itables défilés ,^ où l'on ne peut tenir dé$ que ('ennemi a passé la Partha, au-dessus du confluent de la Pleiss, où qu'il est maître du faubourg de- Halle. Le faubourg de Ranstadt surtout, traversé dans toute son étendue par un long/ canal, n'a pour issue qu'unqrue étroite , quiméne à la barrière de la route de Markranstadt , par où devait dé« fikr toute l'armée française* . Napoléon avait résolu de défendre les faubourgs pçur retarder J^ennemi e^ faciliter récoulement

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4e8 équipages d'aFtillerie et des différens corps de Tarmée, En coBséquence, la division Dnrutte, -qoi restait seule du septième corps , fut placée au fitul)ourg de Rosenthal ; le sixième corps , dans celui de Halle ; le troisième occupa toute la partie entre les routes deWurtzen et de Naunhof; et dé ce point, les onzième et huitième s'étendirent jusqu'à la Fleiss. Les maréchaux Macdonald e( Poniàtow^ki étaient chargés de faire rextrême arriére-garde , et d'effect^r eux*^mêmes à onze heures le passage du défilé*

Le. 19 au matin /les généraux ennemis^' s*étant aperçus de notre mouvement rétrograde, mirent aussitôt toutes leurs masses en marche, et s'a vancèrènt sur Leîpsîck.

L'empereur Alexandre et le roi de Prusse , qui avaient couché 1 Rœtha, rejoignirent l'armée , lorsqu'une députation de la ville, sortie par la porte de Peters^Thor, vint lès supplier d'épargner les habitans. Cette demande fut rejetée avec dé^ dain. Un second parlementaire, que le maréchal Macdonald hasarda de leur envoyer, pour le même olijet, eut le même sort. Aveuglés par la victoire dont ils n'avaient point partagé les périls, ces souverains le furent aussi sur les maux de l'humanité, et le destin de Leipsiek fut livré au hasard d'un combat. Cette ville riche et conimerçante- était condamniée à subir le sort d'une pkce prise d'assaut. Le général Bludîl^,^ avant

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de commencer l'action ^ osa faire à l'armée française la ridicule sommation de poser les armes : son parlementaire ne put pas dépasser les avantpostes du iToisijème corps^ Aiosi^ vers huit lieures, les colonnes des coalisés étaient devant les faubourgs. Le général . Collorédo avec les réserves arriva par la route de Fegau. Les généraux ^lefôt, Wittgeosteiû etKlenau parcelle de Naun-^ hof, Bulow et les Suédois, en lacé de la rivière de Qrimma , Langiero.i^ur la route d'Euienburg, et Sacken au nord, sur celle de. Halle. # $^ckep s'approcha de la Piirth^ pour attaquer 4fi front le faubourg de JQalle. Les troupes 4u sixième corps occupaient la fabrique de Pfaffendorf ^ à cinq cents pas du pont qui sert d'entrée au faubourg. Un^ pnemiére attaque , de Ssk^ken ayant échoué, le corps de L^uQiger&ii sfavança pour le soutenir* Cette seconde tentative ne fut pas plus heureuse. Le régiment d'Archangel y fiât presque détruit, et les Russes fuient repoussés avec vigueur. Le général Langeron voulut alors essayer de tourner la fabrique; il détacha à cet effet un gros de troupes le long de ila Partha ; mais, foudroyé par l'artillierie^ ii.fût forcé de renoncera son^prcget. Cependaiit un dermier effort de ces deux corps réunis les rendit à la fin maitnes de ce poste, qui n'était plus qu'un nuduceàu de décombres. Les Français se retirèiiei^ dans le Tauboui^ de Halle , derrière la Partha. Le pont en

tut forcé par les Russes ^ malgré le feu et la mi-^ traille de deux pièces de canons, qui ie jondièrent de cadavres, et l'ennemi pénétra dans la grande rue du faubourg ; mais même dans cette -extrémité }es Français continuèrent la défense; inéfugiés dans les maisons , ils firent pleuvoir une grêle de balles sur les colonnes serrées des Russcis^* qui n'avançaient que lentement et avec la plu$ grande difficulté.

Le prince royal, de son cété, était arrivé devant les faubourgs de Test, afMrés avoir forcé les défilés de Reudnitz. Un combat des plus opiniâtres js'engagea aux palissades de Hinter-^Thor et KoUgarten-Thor. Les Prussiens forcèrent le passage^t lavorisés par la diversion que fit lé général Woronzow, sur la barrière de Grimma et sur l'hôlûtal; mais les troupes du troisième «e Icjgérent dans les maisons , et par un feu soutenu par les fenêtres arrêtèrent les progrès de l'ennemi. En même temps les troupes de Be&ingseû et les Ai>- 4iicfaiens forçaient les barrières du midi , et acv -cuiaient les huitième >et onzième corps sur le^ lx»alevarts-.

Cependant Napoléon, avant de quitter Leip- «ick, eut la générosité* d'aller consoler le roi de Saxe de Ja trahison de ses troupes. Les ^dieùx ^ ee vî^ix prince &rent twchans ; il accompa-* goa de tous ses vceux, pcnir une meilleure fortune , Vhote illustre qui avait placé sur sa tête le

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diadème royal , et il se décida courageusement & rester à Leipsick , pour partager le sort de s^ sujets. Aussi confiant que Porus devant Alexandre, il crut pouvoir espérer detre traité en roi> et d'adoucir, par sa présence ^ la sévérité du vainqueur. Un bataillon saxon , Oui avait été formé à Dresde, et qui marchait avec la garde impériale,, fut laissé par Napoléon pour garder le palais dtt roi et le préserver du premier mouvement de l'ennemi. Napoléon voulait sortir de la ville par la tarriére de Ranstadt; niais il la trouva tellement encombrée^ qu'il fut obligé de longer le boulevart de l'ouest pour gagher la route de Lutzen. Bans •cet instant les portes de Halle et de Grimma étaient forcées, celle de Saint- Pierre livrée aux Autrichiens par les troupes badoises, et les différentes colonnes ennemies se réunissaient sur la grande place.

L'on se pressait de toute part sur la route de Lutzen , et l'encombrement et le désordre étaient à leur comble dans le faubourg de Ranstadt. Pourtant, malgré cette confusion , Ton combattait encore : la fusillade se soutenait , et les Français disputaient le terrain pied à pied. Le prince Pcniatowski avait jeté quelques centaines de Polo-^ nais dans le jardin de Ruchel, à l'extrémité du ^boulevart de l'ouest; ils ^'y défendaient avec acharnement, et protégeaient là retraite.' Il ne fallait que deux- heures d'uiie résistance pamHe

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pour sauver l'arrière-garde, quand une explosion terrible annonça que le pont de TElster venait de sauter. Cet accident si funeste fut occasîoné par la précipitation du sapeur qui tenait la mèche. L'ordre était de ne détruire ce pont que lorsque l'armée aurait défilé , et que les colonnes ennemies paraîtraient; mais des tirailleurs du corps de Langèron , ayant dépassé le faubourg de Halle, s'étaient glissés, en remontant l'Elster, jusqu'auprès du pont, et tirèrent sur nos troupes qui passaient çur la route ; trompé par ces feux si rapprochés , le sapeur crut que le moment était venu d'exécuter son ordre. Les débria du pont tombaient encore lorsque , accourant de toutes parts snr la rive opposée, les troupes de F arrière-garde française trouvèrent détruite cette porte de salut. Ceux qui étaient déjà passés partagèrent leur désespoir : ils s'efforcèrent vainement de les secourir avec des planches et avec tes faibles moyens qu'ils trouvèrent sur l'autre rive ! Le lit de la rivière est encaissé et bourbeux , les bords en sont marécageux : tout ce qui ne put pas nager fut englouti. Tel fut le sort du vaillant maréchal, pri ncePonîatowski ; blessé de deux coups de feu, il voulut trayei'ser la rivière et s'y noya, ainsi que le général Dumontier, déjà aussi grièvement blessé. Le maréchal Macdonald la pas^a à la nage. De tout ce qui ne pu( pas passer > les plus braves vendirent chè^ r-ement leur vie^ et le re^te fut fait prisonnier. Vers

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deux heures^ le, combat avait entièrement fioi dans Leipsick. La perte des Français fut de prés de douze mille hommes prisonniers , soixante pièces de canon attelées , et une quantité d'équipages.

Dans fa soirée^ l'armée française était réunie à Markranstadt , et les débris de ses corps d'armée se ifalliaient de leur mieux. La plus grande partie des alliés resta dans Leipsick. Blûcher^ avec les corps de Sacken et de fjangeron^ se porta àSkeudnitz^ York poussa jusqu'à Halle^ pt le corps , de Giulay marcha sur Pégau .

La perte des Français , dans les quatre journées ou ils combattirent sous les murs de Leipsick^ s'éleva à peu prés à vingt mille morts et trente mille prisonniers^ y compris les malades et les blessés qu'ils durent laisser dans la ville , et qui pouvaient se mcmter à vingt-deux mille hommes. Cent cinquante pièces de canon et près de cinq cents chariots tombèrent au pouvoir de l'ennemi. •Le prince de la Moscowa , le duc de Raguse , les généraux Souham, Compans^ Latour-Maubourg et Friederichs, étaient au nombre des blessés. Les généraux Lauriston , Régnier, Delmas, Rotnietz-ki , Kajinski> le comte de Hochberg^ le prince Emile de Darmstadt , les généraux de brigade Valory, Bertrand, Dorsenne, d'Etzko, Coulomy, Bronikowski^ Sliwowiez, Mabkowski, Zautenstranch et Stockkorn , presque tous blessés, furent

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faits prisonmers. Le roi de Saxe aussi fut prisonnier; il fut traité comme traître pour n'avoir pas trahi son allié! Les ennemis eurent prés de quatre-vin^t mille hommes hors de combat. Us eurent huit généraux de tués, et onze de blessés.

Le :20, l'armée française arriva à Weissenfels. La grande route était înteiyeptée par le corps de Giulay qui , de Pégau , s'était porté sur Naunburg. Napoléon fit construire des ponts sur la Saale, pour gagner Freyburg. Le même jour, le général Wassilezikow , avec la cavalerie du corps de Sacken , ayant passé l'Elster, joignit notre arrièregarde S Markranstadt , et nous fit quelques centaines de prisonniers. Le 21 , l'armée était à Freyburg; il fallait traverser l'Unstruth , rivière encaissée et d'un abord difficile : la désordre qui régnait encore dans l'armée retarda le passage et donna le temps au général York, avec son corps , d'arriver sur les hauteurs pour le troubler. Les Prussiens furent attaqué^ et repoussés au loin ; mais étant revenus à la charge , favorisés par leur position, ils firent beaucoup souffrir notre arrière-garde, qui perdit quelques canons et mille hommes prisonniers. Dans le même temps , le gé-^ néral Bertrand , avec le quatrième corps , avait une affaire très-chaude du côté de Naumburg avec les troupes de Giulay. Maîtresse du défilé de Kœsen , la seule division du général Guilleminot

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suffit pour contenir l'ennemi et l'empêcher de troubler la retraite du reste de l'armée. Dans la nuit, le général Bertrand rejoignit à Eckartzberg, où était arrivé Napoléon. Le lendemain , 22, l'armée arriva à CUlendorf. ]Le général LefebvreiDesnouettes, avec les chasseurs de la garde, fut détaché sur la ville de Weymar, où s'était rassemblé un corps de troupes légères considérable. L'hetmann Platow y était aussi avec ses cosaques et plusieurs régimens de dragons autrichiens. Le général français dut se retirer sur Erfurt ; ce qu'il fit en bon ordre. Le 23 , Napoléon était dans cette ville , et son armée occupait les environs. L'intention de l'empereur était dé s'y arrêter pour rallier l'armée , et avoir le temps de prendre les provisions et les munitions qui y étaient déposes ; mais la marche rapide de Blûcher , qui se portait sur Eiseuach , et qui menaçait de s'emparer de la grande route , le força de quitter Erfurt le 25. L'armée arriva le même jour ' à Gotha. Blûcher la suivit de prés; lé !^6, il attaqua l'arrière-garde entre Gotha et Eîsenach, et fit environ deux mille prisonniers. Après ce combat, les alliés marchèrent plus lentement. L'armée Vaincue put continuer tranquillement sa retraite ,*et après le passage de la forêt de Thurînge, elle ne fut plus poursuivie que par 1^3 cosaques de Platow, de Czernichew et d'OrlofF Denisow, qui inquiétaient ses flancs et ramassaient les traî-

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nards et les malades; ceux qui ne purent les suivre furent impitoyablement massacrés. Tout ce qui était encore resté de troupes de la confédération sous le$ drapeaux français avait déserté entre Leipsick et Erfurt. .

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