‹ Portefeville de mil huit cent treizeChapitre 3 sur 34 · TOMI II. I · texte numérisé non relu

TOMI II. I

ne pouTons entrer en discussion. » Ce début moù^ trait assez sur quel ton ils voulaient prendre la négociation. En effet, la réunion eut lieu, et le duc de Vicence rendit compte à Tempereur de cette première entrevue. « Les plénipotentiaires alliés n'admettaient point la lettre close comme pouvoirs suffisans; ils rejetaient l'échange des pouvoirs après qu'on serait tombé d'accord sur les bases... Leur mission était toute militaire; ce qui est relatif à un congrès dans le prés^mbule lui est étranger... Il fallait parler de la médiation autritchienne... On ne voulait donc pas faire la paix... Quant à la démarcation , on ne pouvait pas s'entendre;... ils voulaient se retirer, parce qu'ils enlendaient le canon ... L'armée française avait marjchéla veille... Ils articulèrent ( ce qui n'était que trop vrai et ce qui faisait 4e procès à la demande de l'armistice ) qu'ils avaient des renforts en route , des forces en Saxe et au delà dt l'Elbe; que le corps de Bulow , tort de soixante mille hommes ^ était ^ HpyersTvei^da.., Ils niaient avec raison qpe nous fussions à Berlin , et à tort que nous eussions pasfé j'Oder à Glogaw; ils niaient aussi l'occupation de Hambourg, qui se rendit le lendemain-.. Ils disaient que si la paix ne se faisait point , les armées devaient reprendre Içurs positions; et par la nouvelle démarcation qu'ils proposaii^it^ ils dem3ndaient l'évacuation de toute la haute Sil^ie. Enfin, et c'était là le mot d'or-

dre de leur quartier-^néral ^ ils a^^aiént tiendu V^tUficke maîtresse de la, question de la paijé , «joutent qoe c^te pms^nee pcnivait mettre rempereur Napoléon à même d'apprécier combina ce .dbâsir était âincére. » Il était difficile aux alliés de sijBipHfîer d'uoe manière plus claire leur volonté an sujet de la médiation autrichienne , et d'en rendre la manifestation plus athérë à Napoléon jMir ie témoignage qu'ils invoquaient auprès de Itii. Ce fut ainsi qu'ils débutèrent en mettant à chaqu» circonstance le marché à la main , voulant istposër quand on proposait , ne masquant fd leur méfianee , ni leurs préteaitioiis , et affectant de peu s'embarrasser de rompre la négociation.

Napoléon laissait quelquefois ses ennemis choisir leiir ehamp de bataille , dans res|)érance de le leur rendre fatal par la supériorité de sa tactique , ou de les attirer sur celui qu'il avait pris lui^ même ; caT il était le grand politique de la gueri*e. Il jù^ aussi de l'esprit de la négociation par la dépêche de son plénipotentiaire. Sa fierté s'iadî*gna de l'arrogante exigeance des alliés^ et, par cette réponse qu'il fit expédier le même jour au dac de Vicence ^ il le plaça ainsi que les alliés sur le terrain où il voulait négocier.

« Monsieur lé duc de Vicence , il me parait, par votre lettre, que ces messieurs prétendraient que j'évacuasse toute la haute Silésie , et même mes emnmunieatibUs avec Gk>g;aw ; il y a tant d'ab-

surdité dans ce dire que ce n'est pas concevable. Cependant je suppose que vous vous êtes mal expliqué, car vous dites dans votre lettre que les armées reprendraient leurs positions si la paix ne se faisait points ce qui suppose que de leur côté ils auraient reculé aussi. Vous pouvez donner pour nouvelle aux plénipotentiaires , que le général Bulow a été battu le 28 en avant de Hoyerswerda; que la veille un corps de cent cosaques et douze officiers avaient été surpris , et que cette armée était poursuivie vivement; que quant à Hambourg 9 nous avons dû y entrer le 24 ; que les Danois font cause commune avec nous, et qiie dix-huit mille' hommes de leurs troupes se sont réunies au prince d'Eckmûhl. J'en reviens à ce que vous m'écrivez. Le principe de toute*négociatîon de suspension d'armes est que chacun reste dans la position où il se trouve : les lignes de démarcation sont ensuhe l'application de ce principe. Au reste, s'ils tiennent à des conditions aussi absurdes que celles que vous expliquez dans votre lettre , il n'y a pas lieu à s'arranger, et il est inutile de continuer davantage les conférences. Dans ce cas, revenez le plus tôt possible ici. Sur ce , je prie Dieu , etc.

» Napoléon.

• » Rosnig, 3o mai i8i3, à midi. »

On fut effectivement au moment de rompre, de

la part des alliés ^ pai'ce que les Prussiens insis-. taient fortement pour Tévacuation de la Silésie; cependant le lendemain ils demandèrent au duc de Vicepee de fixer un rendez-vous dans un des villages intermédiaires des avant-postes respectifs , ayant reçu l'ordre de s'expliquer clairement sur certains articles , d'après ce que le duc de Vicence leur avait communiqué la veille. L'empereur et les alliés jouaient le même jeu : ils ne voulaient point rompre la négociation j mais leur» vœux étaient difFérens comme le but qu'ils se proposaient. Napoléon n'entendait parler que de la paix à son quartier-général , et il se flattait d'y parvenir. Les alliés ne voulaient négocier que pour laisser le temps à leurs renforts d'arriver , %t à l'Autriche de terminer ses armemens.

Page 1