CHAPITRE IL
Conférences de Gehersdorf — 3i mai et i*^'. juîA. — Correspondance de r empereur.
Lç village de Gehersdorf fut choisi pour reprendre les conférences ; le séance fut très-loague et se prolongea jusque dans la- nuit^ Le due de yicence mit $qus les yeux de l'empereur tous le3 détails de cette Gpiitférence. Les objections dea alliés seront ço|L](iues du lecteur par la propre réfqtatiîon de Napoléon , qui , de son quartier-général , conduisait lui-même toute la discus^sion , et dictait les propositions qu'il avait résolu de leur faire adopter , sans s'inquiéter du système de dénégation et de résistance qu'ils avaient montré au début. En effet , ils avaient persisté à tout nier et à tout refuser ; ils accordaient ce que l'on possédait, comme les environs deGlogaw, où l'armée française était entrée. C'était un pas en avant que l'empereur Alexandre avait voulu faire : ce prince proposait iine nouvelle ligne de démarcation plus favorable aux Français, mais qui excluait toutà-fait Breslau , où ils entrèrent le jour même. Les alliés poussaient la jactance jusqu'à dire que quand même cette occupation aurait lieu de la
part de. Napoléon, elle favoriserait leurs opérations militaires. Cette assertion n'était pas heuceuse, faite au premier homme de guerre du siècle ; ils refusaient également Hambourg , qui, à la , même heure peût-i^tre , recevait le prince d'Eckmiifal dans ses thxirs. Les plénipotentiaires disfïient qu'iU osaient à peine demander des instructions a tel égard. Ils accordaient l'armistice pour six semaines { ils demandaient à échanger les pieîûs^'ppuydirs originaux ; ils ne cessaient de répéter que Farmistice n'était pour eux qu'un sacrifice £aiit à la paix , qu'il n était qu'à l'avantagé des Finançais; et très-contraire à leurs intérêts militaires. Enfin , après trois défaites telles <^ué celles de LBtaen , Bautzen et Wurschen , après la pejtrtrdé la Saxe et de là basse Silésie, ils osaient dàve^ue leur campagne allait commencer, et que là pasUiçn de l armée française leur ôfftdit tous le» awtnià^es qu*ils pouvaient désirer. C'était rappeler d'uûe manière au iqoins bien intempestive la réponse du général Kutusof au général iLatfHHtim ^rès la [Hrise de Moscou , ou plutôt c'était déclstrer qii'ils comptaient sur l'armée autrichieiUDe*
Le duc de Yicence continuait d'être chargé de $iiivr« l'intérêt que Napoléon mettait à traiter pàrtiottlièrem^nt dé la paix avec l'empereur Alèxandare. Il était autorisé à entretenir particn*le comte de SchouwaloflP; mais il n'avait
pu en trouver roccasîon , et ce n'était qu'en présence du plénipotentiaire prussien qu'il avait reçu l'assurance que l'empereur Alexandre était sans passion et voulait sincèrement la paix. La méfiance était portée à son comble sans déguisement sur les intentions que l'on supposait à Napoléon y et elle n était pas étrangère aux rapports que les plénipotentiaires alliés avaient entre eux. La présence de M. de Stadion rendait leurs positions respectives très- délicates, et la rigoureuse réserve que le plénipotentiaire russe semblait s'imposer vis-à-vis du plénipotentiaire français , n'était peut-être que le résultat de cet état die contrainte où une politique inattendue avait placé ces trois puissances. Quoi qu'il en soit, la confidence de l'impossibilité où le duc de Yicence se trouvait d'entretenir particulièrement le comte de SchouwalofF, était certainement ce qui , dans le compte rendu à l'empereur de la conférence de GebersdorflF, devait le plus vivement affecter ce souverain. L'empereur répondit :
« Monsieur le duc de Vicence , je reçois votre lettre de trois heures du matin. Les assertions que vous tiennent les plénipotentiaires sont toutà-fait ridicules, et j'ai peine à comprendre comment ils peuvent se laisser aller à de pareils propos. J'ai dix rapports sur l'affaire du duc de Reggio j et ce qui répond à tout , c'est qu'il est à trois journées du champ de bataille. Le rapport
tju'ils assiègent Vittemberg est absurde : j'ai des nouvelles de cette place du 3 1 . La nouvelle qu'il y avait deux mille hommes à M agdebourg est plaisante ; il y a dans cette place quinze mille hommes. Quant à leur dire, que nous sommes dans une fausse position, je ne parle pas de la position où ils se trouvent , il est extraordinaire qu'ils veuillent connaître la mienne et en parler. Toutefois, les principes que vous m'annoncez pour l'armistice ne me paraissent pas s'éloigner des instructions que je vous avais données, puisque tous les états de la Saxe seraient délivrés. Dans les états du roi de Saxe , je comprends ceux de Dessau qui sont de petits fiefs enclavés. Ils font passer la ligne de manière que je ne pourrais occuper aucune ville, parce que la rivière passant au milieu deLiegnitz, cette même ligne partagerait Lowenberg et Goldberg. Il serait donc convenable que la ligne passât à une lieue de chacune de ces villes ; mais c'est un objet de peu d'importance. En parlant du Thalweigde l'Elbe, il fondrait accorder une lieue sur la rive droite autour de Mag*^ debourg. Quant à Vittemberg, il n'est besoin d'aucune stipulation de cette nature, puisque Vittemberg est enclavé dans la Saxe à plus d'une lieue des frontières, La seule difficulté est Hambourg ; tout me porte à penser qu'au moment où la nouvelle arrivera à Hambourg, nous serons maîtres de la place, ou du moins que nous la
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cernerons^ puisque le prince d'Eckmûhl à'ténil > le 25 y un conseil avec les officiers danois et M. te comte de Kaas, ministre de l'intérieur, que lô roi de Danemarck envoie auprès de moi; que d'ailleurs les batteries tirent à boulets rouge* stor Ift ville , et que les Danois m'offrent quinze mille hommes. Mais ce point est si loin, qu'on pourrait se tirer d'embarras en ne faisant pas d'armistice sur ce point. Il y a un mois de. marche d'ici là \ il est donc évident que des renforts ne ^u-^ raient être dirigés de ce côté. On pourrait dctoc ne pas en parler , et faire finir l'artnislîce à Bo^l^ zenbôui^ sur la frontièi*e de la trente-deuxièda^ division , vu qu'il serait contraire à la tonstitu- XÏ6n que je fisse un acte quelconque comme^ empereur qui laissât Tennemi sur lé territoire- foanéâis. Ces messieurs doivent COTnprendrè que lë biais que je propose est dai^s des sèntim^ïis tmfit* à^feit concilians; il se passera de ce côté ce qi/^ voudra. Cette partie est trop éloignée pour avoir* aucune iMuence , et le mode qu'on profy^se {^Ut^a d^autant plus d'avantages , qu'il faiidra vingt af^ tides sut* Hambourg , puisqu'il y aurait à pï^ëvôîp le cas où le» Français et les Danois cern^âiént la ville y eekii 0Ù ib y iraient etitré^ ^ etc. Qtfâu^ à tÊkt% tonvois y vo^s savez^ que je ù^en ai pas' ètoÉ- Mvé Tpetèa UD seul^ et que la route de l'^ritiéë dcfiuis ]\foyençe » a pas encore été un mooiifeii^ jaitereeptée , vu que tout marche Téuni tous dei
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escortes de quinze cents à deux mille hommes. H est vrai que des voitures d^artillerîei ayant pris la route de Bayreuth , ont été interceptées par des par^isan^ : le matériel a été repris. Mais ces discussions sont tout-à-fait vaines. J'ai fait dresser les pouvoirs par le prince de Neufchâtel; voUfi pouvez les échanger aujourd'hui , afin d'avoir le temps de discuter ; vous recevrez avec, des lettres du prince de Neufchâtel , qui vous autorisent à suspendre tous les mouvemens en avant que fe* raient les difFérens corps d'armée ; vous expédierez donc un officier français et un officier rtisse par le plus court chemin sur Breslaû pour arrêter la colonne où elle se trouvera^ et si on se battâii, pour suspendre les hostilités : vous eu ferez autant du côté de Jaûer et du duc de Raguse. Vou^ remarquerez que dans vos pouvoirs il eèt dit : le statu quo p chacun <levant conserver ce qu'il a dans ce moment. Aussitôt que vous aurez pris tc»2tes les mesures de concert avec les pïénipotentiairest russe et prussien pour faire cesser les hos-^ tilités, il sera ccmvenable que vous choisissiez une itiaison à mi-K^hemin des avant-postes , où il y aura une garnison française et russe , et que le tfrraia à un quart de lieue autour soit déclaré neutre. C^te petite circonstance n'^ayant aucune importance et pouvant se faire facilement^ une eot&pagnie de cavalerie qu'enverîra le général Latour-Maubourg et une compagnie de voltigeur»
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seront suffisantes. Voici actuellement ce qui se passe du côté de Breslau. Hier y le prince de la Moscowa est arrivé à une lieué de cette ville à sept heures du soir sur la petite rivière de TOhe , et y a trouvé un corps de dix à douze mille hommes avec lequel il a tiré quelques coups de fusil iet de canon. Il l'aura probablement attaqué ce matin à quatre heures, à moins que ce corps ne Se soit retiré. 11 est inutile de parler de cette circonstance, mais seulement vous ferez expédier d'abord l'ordre dans la direction de Breslau, afin que si on se battait on suspendit le différenÛ. L'a^vantage qu'aurait remporté le général Saint- Priest est sans doute Tescarmouche qu'il a eue hier avec les Wurtembergeois , où chacun cependant a gardé ses postes. Le duc de Tarente, ayant eu pour instruction de ne pas avancer et garder s^a position , n'a pas voulu s'engager davantage. Tout est avantage pour ces messieurs; il paraît quMls ont l'esprit singulièrement tourné. Vous sentez que vous ne pouvez pas vous départir de la base que chacun garde ce qu'il a : aussitôt que la suspension d'armes pour trente-six heures sera arrêtée , que les ordres seront envoyés sur Breslau et Jaûer, vous ferez connaître aux plénipotentiaires que la négociation de l'armistice doit avoir lieu sur cette base , et vous leur ferez admettre cette base. Ce principe une fois admis, vous diviserez l'armistice en trois parties :
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» I**. L'armée qui est ici , pour laquelle je demande à conserver tout ce que j'ai, en prenant une ligne qui passe par tous les postes que j'occuperai au moment de la suspension d'armes, c'està-dire la ligne qu'indiquent vos pleins-pouvoirs;
» :2°. L'armée du général Bulow et du duc de Reggio : ils traceront une ligne selon la position où ils se trouveront au moment où leur arrivera la notification de la signature de l'armistice. On ne peut pas les comprendre dans la première suspension d'armes, parce qu'ils sont trop loin;
» 3^. Enfin , les partis sur la rive droite de l'Elbe et de l'Oder ( car j'ai de forts partis qui poursuivent , sur la rive droite de l'Oder, un bataillon qui s'était réfugié sur Posen ). Il sera convenable que les uns repassent l'Elbe et les autres l'Oder. Je ne parle pas des partisans et des patrouilles , parce qu'ils seraient exposés , mais des corps qui auraient leurs communications : chacun pourrait garder la position, où il se trouvera au moment de la signature de l'armistice. Quant à la trente-deuxième division militaire, c'est un point de délicatesse et d'honneur dans lequel l'empereur Alexandre doit entrer plus que personne. Vous leur représenterez, que s'ils veulent véritablement la paix , aucune paix ne peut être faisable aux dépens du territoire constitutionnel de l'empire. C'est en vain qu'ils pourraient dire que l'empereur Alexandre n'a pas reconnu la réù-
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nion de Hambourg. Je a'avais pas reconnu la réunion de la Lithuanie, et cependant l'emperenr Alexandre n'aurait pas voulu entendre à la cession de quelques points de ce temtoîre lorsque je l'occupais. Pourquoi me croirait-il ici moins de délicatesse et d'énergie? En nous donnant Hambourg, etc., par l'armistice, on arracherait ces malheureuses villes aux angoisses auxquelles elles sont en proie , et ce serait même une manière fort honorable de s'en tirer ^ si toutefois ces villes ne sont pas déjà occupées par nous. Une batterie île mortiers de deux était établie dans les îles. Le prince d'Eckmûhl avait trois divisions d'infanterie, et le 25 un conseil s'est tenu chez le prince, où se sont trouvés M. de Kaas , ministre de Tinter ieur danois. On avait déjà les ordres de là cour de Danemarck, pour que toute l'armée danoise qui était dans le Holstein marchât avcJd l'arn^ée française. 11 est donc probable que Hambourg est pris ou assiégé. Je ne puis donc pe«i stipuler pour la rive gauche de TElbe : i*". parce que je suis maître d'Hambourg; 2*^. parce qu'il serait déshonorant et contraire aux principes de nos constitutions de stipuler aucun armistice qui laisse l'ennemi sur notre territoire , tandis que nous nous trouvons suç le territoire étrartgér. Mais un biais tout simple c'est de faire fiiiir rarmistioe aux limites de la trente-deoxièflie di(^ .vision, entre Lunébourg et Boitzemboinrg , et de
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laisser aller les choses sur le bas Elbe. Comme il y a un mois de marche d'ici là , pour Tune ^ Tautre armée,, on ne peut pas craindre qu'on fasse des détachemens de ce côté , c'est donc réelkment un autre théâtre. Quant à la durée de l'armistice , vous ferez connaître qu'il est difficile en mi mois de négocier la paix; que deux mois pa*raissent nécessaires , d'autant plus que depuis la signature de l'armistice , il se passera au moins cinq à six jours avant qu'on ait nommé les plénir^ potentiaires. Vous devez donc proposer de mettre deux mois. S'ils ne veulent pas^ il faudrait ac^ corder six jours comme ils le proposent pour dé^noncer l'armistice, et quinze jours pour commencer les hostilités. Vous ferez connaître que les quinze jours permettront de disséminer les troupes, et par là d'être moins à charge au pays , puisque l'on aura toujours le temps dé les réunir. Il faudra stipuler que les quinze jours devront compter du moment • où la notification en aura été £aite au quartier-général du général commandant l'armée, et où on en aura tiré reçu. Ainsi donc, je désire que vous rédigiez l'armistice en trois parties. v\ L'armée ici où nous ^ous trouvons, dont la ligne sera déterminiée par les points qu'occuperont les avant-postes au m<^ ment de l'échange des pleins-pouvoirs ; 3^. Tar^ mée qui couvre Berlin, où l'armistice seipa déterminé psLT la ligne qu'occuperont les deui^ arméeà
' au moment de la signature de l'armistice , la rive gauche de l'Elbe , qu'on évacuera en même temps que la rive droite de l'Oder, enfin le territoire français ou la trente-deuxième division, où on laissera continuer les choses comme elles sont.
)) Il sefa convenable qu'après avoir bien expliqué cela, vous le mettiez par écrit, afin que les plénipotentiaires l'envoient à leur quartier-général , et qu'on en délibère. La justice de ces propositions est trop évidente pour que l'empereur Alexandre n'y consente pas. Si on ne veut pas accorder le léger avantage d'envoyer des lettres tous les dix jours aux garnisons, renoncez-y. Mettez seulement qu'on ne fera aucun ouvrage à la portée du canon , et qu'il y aura un commissaire français près l'armée de blocus pour l'approvisionnement de la garnison.
» Je n'ai pas besoin de vous dire que s'ils veplent stipuler pour la deuxième partie de l'armistice , j'adopte les bases que vous proposez , c'està-dire, l'évacuatibn de la Saxe, y compris celle du pays de Dessau ; mais ceci doit être le résultat. Le moyen d'y arriver doit être d'en faire un article à part. Vous direz un mot de la Norwége, vous ferez connaître que le prince héréditaire de Danemarck s'est rendu dans ce pays, et vous demanderez si l'empereur Alexandre ne jugerait pas de sa générosité pour utie nation, qui luî«^a été tôtijours attachée , que l'armistice s'étendit à
la Norwége :' mais cette question accidentelle est tout-à-fait hors deligne. Surce^ je prie Dieu , etc.
» Napoléon.
» IXeumarck , le i". juin 181 5, à dix heures du matin.
» P. S. Je vous écrirai dans une heure. »
Le duc de Vicence reçut en même temps du majôr-général la nouvelle que les troupes françaises étaient entrées à Breslau le matin même . et que le corps qui bloquait Glogau s'était retiré sur Schweidnitz. Le prince major-général prescrivait aussi au duc de Vicence de prendre toutes les mesures convenables avec le général ennemi qui lui était opposé afin que toutes les hostilités fussent suspendues pendant le temps de la négociation et d'adresser le même ordre aux maréchaux Ney, Macdonald et Marmont et au général Bertrand. Le duc de Vicence reçut également les pleins-pouvoirs qu'il avait demandés , d'après le refus des alliés d'admettre la lettre close en cette qualité. ,
A M h duc de P^icence, grand-écuyer, — Pleins-poiwoirs pour
F armistice.
t( Sa majesté ayant résolu , monsieur le duc , de travailler au rétablissement de la paix ^ dont tous les peuples sentent le besoin , a nommé des plénipotentiaires munis de ses pleins-pouvoirs pour négocier, conclure et signer une paix défi-