PICARD, BONIVET
BONIVET, 27 me. Oh! oh! oh!.... aïe!
aie !
PICARD. Ah! mon Dieu! c'est toi, mon pauvre Bonivet? pardon, mon anii, c'est une erreur.
BONIVET. C'est une forte erreur, mais je l'oublie... une autre fois faudra mieux mettre l'adresse. {A part. ) Je crois que je me fâcherais si je n'avais pas à lui demander ce que Funny m'a promis.
PICARD. Je suis hemcux de te voir, mon
I ami, car je n'en puis plus... lui au moins ne se moquera pas de moi. . . Bonjour, mou ami.
BONIVET. Bonjour, père Picard; bonjour, mon bon père Picard; bonjour, mon bon vieux père Picard.
11 lui donne des poignées de main.
PICARD, souriant. Ahl ali! tu as donc vu ma fille?
BONIVET. Si je l'ai xoie! je n'ai jamais cessé de la voir... si je l'ai vue!... je crois bien... Je l'ai vue dans le moindre champignon, dans la plus petite crevette, dans le plus énorme potiron ; mais je la vois dans votre personne , père Picard, dans vous qui ne ressemblez pas plus à une jolie fille qu'une botte de chiendent à un bas de coton noir.
PICARD. Ah çà! es-tu devenu fou?
BONIVET. Oui, fou d'ivresse, de bonheur!... Je suis le jeune homme blond le plus fou de tout le huitième arrondissement, huitième légion... et je viens pour vous prier de mettre le comble à ma félicité.
PICARD. Que puis-je donc faire pour toi?
BONIVET. D'abord, ô père Picard, ne voyez pas en moi un gendre, mais une masse de pâte que vous pétririez comme de la galette... Père Picard, je ferai toutes vos commissions. . . Si vousredevenez j eune, ce qui ne se peut pas... mais enfin si ça arrive, et qu'on vous mette de la garde nationale, je la monterai pour vous... si vous en voulez à quelqu'un, je casserai ses carreaux ; si vous êtes enrhumé, je tousserai pour vous ; enfin, père Picai-d, vous pouvez vous dire : Voilà un esclave dontje peux disposer jour et nuit... ad vitam œternam.
PICARD. Ahçà! où veux-tu en venir, avec toutes tes bêtises?.. Me diras-tu ce que tu veux de moi?
BONIVET. Voilà, j'ai une montre, père Picard.
PICARD. Eh bien?
BONIVET. Elle gît dans mon gousset, et peut à chaque instant giser dans le gousset d'un autre... il y a tant de filous!
PICARD. Je ne te comprends pas.
BONIVET. Ca serait de me permettre. ...
oh ! n'allez pas me refuser. (A part.) O ma natte à trois !
PICARD. Voyons, tu m'impatientes... de quoi s'agit-il ?
BONIVET. Eh bien! il s'agit d'une mèche de cheveux, rien qu'une mèche de cheveux que je vous prie...
vic.\nD, furieux. Une mèche de cheveux ! Ah I in t'en mêles aussi. . . toi ! oh î tu paie- I ras poiu' les autres.
la
BOMVET. Qu'est-ce qui lui prend? Pèie Picard, rien qu'une nièche de cheveux.... j'en veux, j'en ai soif!
PICARD. Sors, malheureux, sors à l'instant, ou je te casse les reins... et, songes-y bien, jamais tu ne seras l'époux ma fille...
BOMVET. Ah ! ciel de Dieu ! qu'est-ce que vous me dites!
PICARD. Que je te chasse... mais vat'en donc , misérable. (// le pousse par les épaules. ) Une mèche de cheveux ! toi aussi !
BOINIVET, dignement. Ne poussez pas, monsieur, ne poussez pas... je vais m'absenter... votre manière d'agir m'indique assez que vous avez été mordu par quelque chose d'enragé... mais tout a des bornes... Je sois, parce que ma fierté est blessée, et parce que vous me jetez à la porte... Adieu. ( Retenant. ) Ah ! voilà une lettre que le facteur m'a donnée pour vous... c'est six sous... je les ai avancés.
PICARD. C'est bon, donne.
BONlVET. Donnant, donnant... je ne peux pas me mettre à découvert.
Il donne la lettre, Picard le paye.
PICARD. Maintenant, va-t'en.
BONIVET. Pour une malheureuse mèche!
PICARD. Va-t'en donc !
ENSEMBLE
PICAUD
Plus d'ami, plus de gendre, Disparais h Finstant, Je refus' de t'entendre, Crains mon emportement.
BONITET.
Je n' snis plus votre gendre, Oui, je pars à l'instant; Il refus' de m'en tendre.
Quel cerbère effrayant !
(Mes@3eeeeeeeooeeosoos0o 999 eoe ooooooBaccoo