‹ Portrait de Éléazar de Chandeville, neveu de Malherbe. Tiré du Cyrus de Mlle. de ScudéryChapitre 1 sur 6 · Portrait de Éléazar de Chandeville, neveu de Malherbe. Tiré du Cyrus de Mlle. de Scudéry · texte numérisé non relu

Portrait de Éléazar de Chandeville, neveu de Malherbe. Tiré du Cyrus de Mlle. de Scudéry

Kje fut, comme on sait, !a coutume au XYII» siècle de mettre en roman les grandes aventures contemporaines et les personnages célèbres qu'on n'aurait pas osé peindre en les éclairant de leurs noms. C'est là ce qui fit le prodigieux succès de la Clélie et du Cyrusy où Mll"^ de Scudéry avait retracé les aventures héroïques et galantes de la haute société de son temps, a II y a sans doute, dans le Grand CyruSy dit M. V. Cousin, bien des fictions qui sont l'ouvrage de la libre et féconde imaginalion de l'auteur; mais il s'y rencontre plus d'un événement emprunté à l'histoire, et les

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principaux acteurs de ce long drame étaient des personnages contemporains (1). »

Nous avons trouvô dans le Cyrus (2) le portrait d'un poëte normand qui appartient à Gaen, et que nous avons reconnu en vertu de cet instinct dont nous sommes sûr, et qui devine ce qui intéresse ou ce qui honore la patrie. C*est le portrait d'Eléazar de Sarcilly, neveu de Malherbe. Yoici l'article trop oublié que lui a consacré Huet dans ses Origines :

« Chandcville s'appelloit Eléazar de Sar- » cilly. Il naquit le 2i Mars, enrannéeieil, ■» à Brucourt, terre de son père, proche de » Gaen. Sa mère ctoit de la famille du Poëte > Malherbe. Il lit ses études de Rhétorique î sous Antoine Ilalley, Professeur Royal de

(l) On D'î ci'irait guère songer aujourd'hui à des réimpresi-icus ciaiplètes du Cyrus et de la Clélie ; mais les Portraits, pi:"t)iiés avec des not-'s, offriraient an trèsgrand inlérèl pour l'histoire littéraire et celle de. la société an aVTI - iècle.

(1) Striiiti ^ ;j. lie, pag. 383-285.

l'Université de Caen. Il étoil parent de M' de Grancé, et il n'avoit que seize ans, lorsque Madame de Grancé, mère du dernier Archevêque de Rouen,le mena à Paris, et le produisit dans le grand monde. Son esprit y fut fort goûté. Il avoit un rare talent pour la Poésie Françoise. On a imprimé un petit Recueil de ses vers, où l'on remarque un génie heureux, noble, élégant, délicat. La plupart sont vers d'amour, dont quelques uns sont pour Madame de Rambures, et pour Isabelle de Bourgueville, fille d'honneur de Henriette Reine d'Angleterre, arrière petite fille de M' de Bras, qui fut sa première inclination. Il s'attacha au Cardinal de la Valette. L'usage de la Cour, l'étude et la maturité de l'âge faisoient espérer de luy quelque chose de grand, mais une mort avancée le ravit à la France, à l'âge de 22 ans, en l'année 1633. Il mourut à Paris d'une fièvre continue. Il fut enterré à Saint Germain l'Auxerrois. Il supprima ses vers en mourant, et

» aucuns n'en seroient échappez, sans M' de » Scudery, qui prit soin de les ramasser, et de * publier ce qui nous en reste. »

II n'est pas surprenant que Mlle de Scudéry ait placé dans le Cyrus le portrait d'Eléazar de Sarcilly. Sans parler du rôle brillant que ce jeune poëte joua un instant à la Cour et dans le monde, il fut très-lié avec son frère, à elle, qu'il nomme le plus intlme de ses amis , dans la préface qu'il écrivit pour le Trompeur Puni. Après sa mort, ce fut Scudéry, comme on vient de le voir, qui recueillit et publia ses poésies. Il les a fait précéder d'un sonnet d'une pompeuse médiocrité sur la mort de Chande- Tille, et de quatre vers pour mettre sous son portrait. C'est lui aussi, sans aucun doute, qui a écrit Tavertissement en prose, placé en tête dn volume. On le reconnaît à ce ton de suffisance dont il ne peut jamais se dépouiller.

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