‹ Portrait de Éléazar de Chandeville, neveu de Malherbe. Tiré du Cyrus de Mlle. de ScudéryChapitre 5 sur 6 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

QcE moD aadace est insensée,

D'avoir élevé ma pensée, Au plus divin objet qu'adorent les mortels ! Qui luy donne des vœux, est coupable d'un crime : £t son mérite est tel qu'il n'est point de victime Digne de ses autels.

Ma perte n'est que trop certaine :

Et mon entreprise hautaine Me prépare un chemin, qui conduit à la mort : Là Mer où je m'embarque, est subjecte aui orages; Mais aux cœurs généreux, de si fameux nauffrages Sont plus doux que le port.

Aussi tost que je vy Silvîe

L'espérance me fut ravie, D'esmouToir a pitié son cœur impérieux : Car ce puissant objet de grandeur et de gloire Fit voir que son esprit rejectoit ia victoire Qu'emportèrent ses yeux,

Mais les cJiaisnes qu'elle raesprise,

Captivent si bien ma franchise, Que penser à les rompre, est manquer de raison : Et je sçay que mon ame est si fort asserrie Qu'il faudra me résoudre à sortir de la vie, Pour sortir de prison.

En vain j'ay recours à l'absence,

La triste douleur qui m'offense Devient plus violente, en cet esloignement ; Le désir de ia voir me presse et me travaille ; Et cet astre des cœuis, en quelque part que j'aille Me brusle esgallement.

Amours de ses yeux adorables

Tire des traits inévitables, Qui forcent les humains à les idolâtrer : O merveille fâcheuse et contraire à ma flame ! Ce Dieu paroist tousjours aux portes de son aoe Et D'y sçauroit entrer.

Elle est insensible et cruelle, Mille amans soupirent pour elle, Et nul devant ses yeux n'oseroit soupirer, Nul à se déclarer n'oseroit se résoudre ; Elle hait son Empire, et fait sentir la foudre, A qui veut l'adorer.

Ues yeux moins discrets que ma bouche.

Parlent du tourment qui me touche.

Et decouFreat un feu qui me doit consumer. De leur peu de respect l'orgueilleuse s'offense ; Mais pour les obliger désormais au silence, La mort les va fermer.

P. s. C'est au moment même où l'on allait cotnreencer le tirage de cet opuscule, composé à l'imprimerie depuis longtemps déjà, que la Bibliothèque de Caen a reçu le Journal des Savants de novembre et décembre 1857. Ces deux cahiers renferment la suite du travail de M. Cousin sur la Clef inédite du Grand Cyrus, mais non encore cette clef elle-même. Cependant, par un heureux hasard, j'y ai trouvé la confirmation de ma conjecture. Le dernier article est sur l'hôtel de Rambouillet, ce rendez-vous fameux de tout ce qu'il y avait de plus galant à la Cour et de plus poli parmi les beaux esprits du siècle. « Pour comprendre » la douceur de cette société, dit M"' de Scudéry, il » faut faire un léger crayon de ceux qui la coinpo- » soient, j'entends de ceux qui étoient amis particu- » liers, car il seroit trop long de parler de ce grand

> nombre d'honnêtes gens qui se rencontrent chaque » jour au palais de Cléomire. Si je l'entreprenois, il

> faudroit que je vous fisse plus de portraits qu'il n'y ■ a de statues d'or et d'argent dans les trésors de

> Crésus; de sorte que, me renfermant dans des bor- » Des plas étroites, je vous ferai seulement la peinture

» de cinq ou six de ceux qu'on y estime le plus, et » qui sont en effet les plus dignes d'être estimés. > M. Cousin donne les noms de ces glorieux privilégiés, Montausier, Godeau, Conrart, Chapelain, et parmi eux il cite • le jeune et beau neveu de Malherbe, M. de ChandevUle, qui viourut à la fleur de l'âge, ayant à peine eu le temps de montrer le plus brillant esprit et de donner de grandes espérances »

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