TOME
goire , prétre-cardinal , qu'ils afaicnt appelé Vi^ for IF , celui et tous ceux qtrt avalent concouru à sa nomination , préférant la paix â la guerre , renoncèrent volontairement à leurs droits. Certes , si dans ces débats il n'eut été question que d'un simple évéché , je pense qu'Innocent eût perdu son procès ; mais il eut le bonheur d'étrô protégé de Saint-Bernard , abbé de Clairveaux, de Tordre de Citeau , quile fit reconnaître enFrance, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, et par conséquent dans tout le reste de l'Europe,. à l'exception du royaume de Sicile, delà Calabre, del'Apulie, de Capoue et des autres états, qui formaient alors le royaume de Naples. Ati reste, toute élection clandestine, faite par tuie réunion sans chef, satns convocation préalable , assemblée par qui n*a )^m le droit dé convocation, à moins que celui-là ne soit président ou vice-président de lacorpotatioti, a été, est, et sera nulle dans tous les temps, suivant les lois naturelles de toute société. Sans dotite on réparera cette nulHté par tm consentement subséquent : lliistoire nous dira que le Saint-Esprit n'intervint pas avec ses divines inspÎFàtioiis , mais bien l'esprrt infernal de l'ambition , qui , aia grand préjudice de la religion catholique et de ^a taorale , appoita parmi nous la mort et les ^etres , les haines, les inimitiés, les persécutions personnelles , et tous ces autres graoïds mauic deTâmc et du corps.
Qaand kinocent II fut bien affermi sut son
•9 trône fu>ntifical, il célébra â Rome , 1 aa iiSg, uo xuMicile général, qui fut le dixième concile de cet ordre , en comptant celui de Nicée pour le septième, et le second de Tan 867; celui de Constantinople, de Fan 869 , pour le huitième ; et pour le neuvième , celui de Saint- Jean-de-Latran , premier concile général réuni en Occident , en 1 1 2i3 , par le pape Galixte IL Plus de mille évéques assiatèrent au concile dont nous nous occupons maintenant. Le pape Innocent II* y proposa une doctrine nouvelle et fausse sur le pouvoir pontifical , concernant les évéchés , mais doctrine qui se géiiéralisa peu à peu , et qui finit par être mise en pratique comme vraie. > Vous savez , leur dit-il ,
• que Rome est la capitale du monde ; que c'est là
• qu'on reçoit les dignités ecclésiastiques , avec la > permission du pontife romain, comme par droit » de fief, de manière qu'on ne peut les posséder lé-
• gttimement sans autorisation.» On n'aurait pas cru qu'il eût été possible de porter le scandale jusqu'au point de faire considérer comme fiefs du pape les emplois ecclésiastiques ; mais l'expérience nous fit voir qu'une doctrine aussi fausse prévalut, <|u'on y crut conime a un axiome canonique , et que de là naquit la coutume de donner aux emplois ecclésiastiques le nom de tténéflces , parce que c'est ainsi que l'on appelait les fi^s , lorque la •concession qu'on en faisait était viagère , et sans aucun caractère d'hérédité. 11 est inutile que je ni*occupe à prouver la fausseté de cette doctrine.
Qu'il me suffise de dire que même alors , la puissance pontificale n'intervenait que dans la consécration des métropolitains , jamais dains Télection des évéques , à moins que le concours de quelques circonstances ne motivâtle recours au Saint-Siège; rintervention de la puissance pontificale était inutile dans la collation des dignités dabbé, d'archidiacre , d archi-prétre et de plusieurs autres du second ordre ; bien moins encore dans celle des canonicats et bénéfices inférieurs. Les voyages d'Innocent II et de ses prédécesseurs , depuis Grégoire yil, fournirent au premier l'occasion de prendre connaissance de quelques affaires particulières ; il mit tout à profit dans ses usurpations, qui furent toujours croissantes avec une progression remarquable , depuis le concile de Saint-Jeande-Lalran,
On eut soin aussi de faire des lois contre les laïques possesseurs des dîmes ; elles en ordonnaient, sous peine d'excommunication^ la restitution aux églises auxquelles elles appartenaient ; et ce qui, au premier coup-d'œil, vous parait aujourd'hui très-juste , ne l'était pas alors , et ne pouvait l'être , si l'affaire eût été examinée dans une assemblée mixte, en présence des rois et des grands seigneurs de leur royaume. Plusieurs possesseurs de dîmes avaient peuplé leurs propres domaines , ils y avaient attaché des prêtres pour le culte catholique et pour la conduite spirituelle des laboureurs et de leur famille. Us assignaient une do-
tation au temple et à ses miaistres : dans cet état des choses, le titre, en Tertu duquel ils percevaient la dime sur leurs propres terres, est incon j testable et conforme à ce qui fut décidé dans le septième siècle , dans le concile espagnol de Mérida. Les prêtres cherchaient à éviter les pensions alimentaires qu'on leur assignait en argent : voilà la véritable cause des déclamations contre les pos-* sesseurs du droit décimal. On commença à abuser du texte de la loi hébraïque, pour prouver que l'obligation des laboureurs de payer la dime, et le droit des ministres de lautel de la percevoir ^ étaient des préceptes de la loi divine, sans distinguer entre celle des Hébreux , qui est éteinte , et celle des chrétiens , qui est fondée sur des maximes différentes.
Dans cette même année n Sg , le pape Innocent fit la guerre à Roger, parce qu'il avait embrassé le parti de l'antipape Anaclet II , et parce qu'il avait reçu de sa main le titre de roi de Sicile, au lieu de celui de duc-comte qu'il possédait précédemment.. Innocent fut fait prisonnier de guerre. Roger le traita mieux que le pontife ne pouvait l'espérer, à cause de sa conduite envers lui ; et, par bonheur, le pape sut se montrer reconnaissant; il publia une bulle , dans laquelle il confirmait, dans Robert, le titre de roi de Sicile , feudataire du Saint-Siège , sans faire mention de celui que lui avait accordé Anaclet. D'où vient donc aux papes le droit de créer les rois? L'Eglise romaine même chante
le contraire dans Thymne de la fête de TEpiphanie. Mais tel était le bouleversement génépal des idées européennes , qu'on ne reçut aucun scandale d'un exemple aussi scandaleux. Rendons-en grâce i Pépin et â Charletnagne son fils , qui firent naitre de si funestes maximes , en mettant dans les mains d'un prêtre souverain un pouvoir mixte , sans en prévoir les conséquences.
Le même Innocent osa nommer â Tévéché de de Boui^es en France , avant qu'U eût été procédé à aucune élection. Le roi Louis VII fut )ustemeiit irrité de la violation du droit qu'il avait, et qui , jusqu'alors , ne lui avait pas été contesté , de donner son consentement â la nomination à ua emploi dont le possesseur devait être un des grands personnages de son royaume. H jura qu'il ne permettrait pas que celui qui avait été élu par le pape, entrât en possession , et 11 autorisa les électeurs à en nommer un autre qui fut digne de sa confiance. Le pape, furieux du parti que le roi avait pris , mit tous les états de ce souverain eu interdit : Saint-Bernard écrivit , à ce sujet , di->> verses lettres; ce qu'elles expriment, joint i celles de plusieurs autres personnages, prouve clairement que Suger ^ abbé du monastère de Saint^ Denis , et premier ministre du roi , veillait , comme il le devait, à la conservation des droits du souve^ rain $ mais elles prouvent aussi que Saiht-Bernaiti et le plus grand nombre des évéques et des membres du clergé étaient tellement imbus des lion-
▼dlm idéea qu'Us regardaient le roi comme le perfl^eirteur de l'Eglise y et qu'ils lui en donnèrent le
loBocent II mourut le a4 septembre 1 143.
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CELESTIN U,
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Arate la mort d'Innocent II y fut élu pape , le ji6 septembre ii43, Guides pretro-cardinal du titre de Saint-»Harc. On lui annonça son élection , CD lui donnant le nom de Célestin II , et après uu pont^fieat de cinq mois et treize jours , il mou* rut le 9 mars ii44* ^'^^l pendant ce court ea* paee de temps qu'il leya l'interdit que son prédé-* censeur avait mis sur la France , à cause de l'affaire relative à l'avcbevéché de Boui^es. Mais afin de noue laisser un témoignage de l'esprit qui dirigeait kl chaire romaine y il se brouilla avec Rogtr , FOI de Sieile , parce que les conventions qu'Innocent II avait faites avec ce monarque lui parurent elle peu avantageuses au Saint*Siége. Mais il n'agis^
$ait ainsi que pour faire parade de sa souveraineté directe sur ce royaume , et pour avoir loccasion d'arracher plus d'argent de ce pays, lorsqu'on voudrait ipettre fin à ces différons par voie d'acconomodcment. L'une des maximes que les papes ont eu soin de se transmettre l'un à l'autre, comme lin droit d'hérédité et de succession , a été celle de reculer chaque jour les bornes de leur pouvoir; bien sûrs de parvenir â leur but avec de la cons* tance et de la fermeté , parce que les idées nouvelles, généralement reçues, préchées par les prêtres et par les ftioines , consignées dans Ict livres, et enseignées dans les écoles, avaient )eté de si profondes racines dans l'esprit des laïques, qu'ils regardaient comme mauvais catholique, comme hérétique, schismatique et ennemi de l'Eglise, quiconque ne regardait pas les bulles et brefs du pape con^me une doctrine venue du ciel , inspirée par Dieu ou par Saint^Pierre. C'est pourquoi, si le pape lançait une excommunication ou un interdit pour désobéissance, ou une opposition à ses décretales , ses agens faisaient croire que c'était la (aut^ du réclamant ; et si par malheur il survenait quelque calamité, comme la famine, la pqste 9 la guerre , ou quelque désordre dans la ne^ ture, ils semaient partout Topinion que c'était là le châtiment que Djieu infligeait aux rois et aux gra^da seigne\irs , pour les punir de leura péchés et de la pçraéçution qu'ils faia^ent éprouver à la religion et à TÉglise , en ref^sa^t au vicaire de Je-
sus-Christ, sur la terre, Tobéissance qui lui est due. Les langues n'offrent pas de termes assez expressifs pour peindre et pour nombrer les maux que celte doctrine produisit dans les royaumes chrétiens de l'Europe ; pour dire combien les papes en abusèrent pour leur intérêt temporel, regardant avec indifférence le dommage que causait à la religion le scandale d'un interdit général, de l'excommunication d'un souverain , et celui qui était causé par bien d'autres actions , qulls devaient et pouvaientéviter, en se bornant à l'objet pour lequel les souverains pontifes romains furent institués comme centre d'unité. Les rois et les autres por tentatg se voyaient le plus souvent forcés de céder a rinjustice , malgré le préjudice grave et réel qui en résultait pour les nations qui étaient soumises à leur souveraineté directe ou feudataire , parce que les peuples mêpies, qui étaient intéressés à soutenir leur chef temporel , criaient contre lui , poussés par des prêtres et des moines, jusqu'au pcHDt de conspirer contre leur prince , de le détrôner et de lui ôter la vie, par fanatisme. Les papes savaient d'avance que telles devaient étrç les conséquences de leurs manœuvres, c'est pour* quoi ils étaient sûrs de leur victoire.
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