‹ Portrait politique des papesChapitre 110 sur 190 · LUCIUS II · texte numérisé non relu

LUCIUS II

CXXTI* PONTm. — DE 1144 ^ ll4^<

GiitÂRD, chanoine régulier d« Sainte^Marie, prêtre cardinal du titre de Satnte-Groix de Jérusalem, à Rome, fut élu et couronné le 13 mars 1 144^ sous le nom de Lucius If, et mourut le s5 février

Les onze mois et demi pendant lesquels il exerça les fonctions pontificales furent pour lui un temps de chagrin et d'amertume.

Les habitans de Rome, excités par Arnaud de Brcscia, forcèrent Lucius à restaurer Tantique sénat , à renoncer à tout commandement séculier dans Rome et dans le reste du territoire appelé patrimoine de Saint-Pierre, et à se restreindre uniquement à l'autorité spirituelle, comme les souverains pontifes des premiers siècles. Il eut recours à l'empereur Conrad III , afin que ce souverain fit la guerre aux Romains , qu'il appelait des rebelles. Il n'obtint point les secours qu'il demandait. Mais si les papes avaient été moins aveuglés par

^7 Fesprit d'ambition, Lucius aurait vu qu'un usurpateur des droits dont il s'agissait 5 appartenant au souverain même auquel il demandait ces secours, ne méritait pas d'être écouté ^ et qu'on fit aucune attention à sa demande. Les injustices , l'abus de lexcommunication et de la dispense du serment de fidélité, qui avaient commencé sous l'ambitieux Grégoire VU , et qui avaient été continués ]Hirses successeurs jusqu'à Calixte II, étaient le leul titre qu'eussent les papes pour trois choses d'une très-haute importance, qu'ils possédaient ié\iu La premièreles rend seigneurs indépendans de Sonie, quand tous les papes, même Grégoire Vil compris, s'étaient rendus vassaux de l'empereur, en lui disant serment de fidélité et de soumission. La seconde leur donne la liberté d'élire les souve* nins pontifes sans la permission de Tempereur , de les ordonner ou de les introniser sans attendre ia confirmation impériale , nonobstant la pratique contraire mise en usagé depuis Constantin , et obterrée même sous des souverains hérétiques , tels que Théodoric et plusieurs autres. La troisième assiqettit les empereurs à deâfiander avec humilité h coufonne impérial^ aux papes, et à ne prendre le titre d'empereur qu'après le couronnement , et après leur avoir prêté le serment de fidélité. L'empereur Conrad III fut le maître d'aller à Rome et d'y donner la loi. Jordan , patricien et président du sénat , lui avait écrit que tout ce qui venait d avoir lieu , avait été fait dans ses intérêts ; de

se rendre à Rome, d'y fixer sa cour, et que de là il gouvernerait l'empire avec un aussi absolu pouvoir que les anciens empereurs romains. Les malheurs de Henri lY et de Henri Y étaient encore présens à la mémoire de Conrad ; il craignit d'en attirer de semblables sur sa tête; ses craintes étaient d'autant plus fondées que les opinions nouvelles enchaînaient chaque jour davantage les souverains temporels , et qu'il n'y avait de moyen pour arracher les peuples à l'erreur que celui de leur prêcher les vérités contraires. L'exécution de cette mesure présentait à ses apôtres le danger, je dirai même la certitude de se voir condamnés comme hérétiques. Mais le succès eut été certain , si quelqu'un se fût donné la peine d'offrir aux peuples une histoire abrégée des papes, comme celle que je lui présente aujourd'hui. Après quelques heures de lecture , ils auraient eu sous les yeux l'ordre dans lequel elles se sont succédées les idées adoptées par la cour de Rome pour avancer pas à pas dans son système d'usurpation. Celui qui aura lu cet ouvrage ne pourra pas croire que les papes du douzième siècle aient professé la même religion et exercé le même pouvoir que les douze premiers , antérieurs à Yictor I*'.

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