CXXYII* PONTIFE. — DE II 45 A II
Beenard de Pise, moine de Ctteaux de Claraval, dûciple de Saint-Bernard , abbé du monastère de Saint-Anastase de Rome, fut élu pape le 27 février 1 145 9 et ordonné le 4 mars. Il prit le nom d'Eugène m.
Le patricien Jordan lui fit présenter aussitôt les décrets du sénat, afin qu'il s'y conformât, et qu'il s'absttnt principalement , comme il avait été convenu, d'exercer aucun pouvoir temporel et de nommer le préfet à Rome. Le nouveau pontife sortit de la ville, et lança ime bulle tout-à-fait opposée à ce qu'on lui proposait. Il déclara nul tout ce qui avait été fait par le patricien et le sénat : cela causa une espèce de guerre civile ou de parti, qui fut la source de beaucoup de maux qui désolèrent Rome pendant long-temps. Il employa les armes des habitans de Tivoli pour soumettre les Romains. Voilà un moine qui avait renoncé aux grandeurs du siècle; un souverain pontife du Die*u
de paix et d'humilité , qui , les armes à la main contre ses propres paroissiens , terse leur sang et est la cause de mille maux pour conserver une domination réprouTée par Jésus -Christ dont il se dit le vicaire. Malgré cela, il n'eût rien obtenu, s'il n'eût été secondé par les exhortations véhémentes de son maitreSaint-Bernard, qui lui donna dans toute l'Europe vaxe influence extraordinaire dans toutes les affaires ecclésiastiques et politiques de son temps.
Ce ne fut pas seulement dans les murs de Rome qu'Eugène fit connaître Fambition qui le dominait ; il la fit Picore paraître en Portugal ; il expédia le titre de roi au comte Alphonse Henri , sur la demande que lui en firent les Portugais , mais Q le rendit tributaire du Saint-Siège , comme s'il lui eût donné quelque diose qui lui appartint. Alphonse YIII de Castille, seul souverain direct du Portugal 9 et dont le comte Alphonse était le vassal , se plaignit avec beaucoup de justice. Mais Eugène €Ut recours alors à. toutes ces ruses si connues, et jamais mises en oubli à Rome. 11 lui répondit qu'il n'avait eu aucunelntention de porter atteinte à ses droits de souveraineté , comme s'il n'eût peu , au moins 9 s'opposer à l'élévation d'un comte vasiai k la dignité de roi. Il accorda au Castillan diverses grâces ecclésiastiques de très-mince importiDce, .pour faire preuve de bonne volonté , et pour le porter à ne pas revendiquer un titre qui oomblait les vœux des Portugais.
S*il eût appuyé le droit d'Alphonse sur la yolonté «Biformeet générale de la nation portugaise, tout eut été bien ; mais ces idées n'étaient pas celles du dounème siècle.
Esgèae acoMrda i>€faucoup d'ex^nptions de ju« fidiclioQ contraires au bon ordre de la discipline ecclésiastique^ disons trayant quelquestnonastères de la puissance épiscopale, quelques éipéques de la puissance métropolitaine, et quelques arche- Yéques de la primatiale. Saint-Bernard affirme, dans un ouvrage qu'il composa , qu'Eugène était autorisé à faire tout cela , mais qu'il ne faisait pas bien en usant 4e ce po&yoir, à cause des grands inconvéniens qu'il présentait. Saint-Bernard était éclairé, ornais on ne doit pas être surpris qu'il pensât que les papes avaient ce droit-là, puisqu'il était une conséquence des Causses décrétales antérieures au pontificat du pape Since , à l'authenticité desqudles tout le monde croyait alors , sans que personne eût l'idée ^d'élever le moindre doute contre elles. Les eien\pttons accordées par 'Eugène causèrent des préjudices considérables, parce que4Qet ezeniple fut imité par bcb jsuccesseurs, 'qui Jes mul- .tiplièiPent a l'infini. Ils bouleversèrent ainsi la :hiérarchie ecclésiastique , et le crime fut encouragé par l'impunité.
Eugène mourut le 8 juillet 1 1 53. Les moines qui <mt écrit son histoire parlent des miracles opérés sur son tombeau. Ils cherchent à faire croire que Dieu l'a confirmé dans la place qu'ils lui ont donnée
parmi les saints ; mais ce n'est là qu'une répétition de ce qu'ils ont dit de presque tous les papes postérieurs à Grégoire YIL J'ai oublié d'en prévenir le lecteur; mais je déclare que je tiens tous ces miracles pour faux » parce que je ne crois pas que la vie de ces pontifes ait été sainte jusqu'à l'héroisme , et que je sais qu'ils furent tous ambitieux jusqu'à l'excès.
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