‹ Portrait politique des papesChapitre 114 sur 190 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

d'un jet de pierre, en menant par la bride le cheval sur lequel le pape était monté» 11 apprit alor» qu'il y avait dans le palais pontifical un tableau fait par ordre des papes; qu'il représentait Thistoire de cet événement , ^t Lothaire à genoux , recevant la couronne. Au bas du tableau on lisait cette inscription : cl<e roi Lothaire s'arrête à la porte, et, » après avoir reconnu par serment les droits de »Rome, il se constitue vassal du pape, qui lui » donne la couronne. » Frédéric lui fit voir quel orgueil démesuré et mal fondé cette conduite supposait ; que loin d'être le vassal du pape « il était son souverain et celui de Rome; et que ni Constantin y ni Gharlemagne n'eussent point fait de donations s'ils eussent pu prévoir l'abus auquel elles, donneraient lieu. Il lui cita celle de Constantin, parce que tout le mon4^ alors tenait pour véritables les écrits qu'on reconnaît aujourd'hui pour faux, comme les décrétales antérieures au pontificat du pape Sirice. Le pape lui promit de faire disparaître l'inscription du tableau; et enfin « après diverses occurrences, le couronnement impérial eut lieu. Un court espace de temps fut à peine écoulé que Toi^eil pontifical ne put rien soufirir qui ne portât le caractère de la plus Aveugle défi&* rence à ses ordres ; il se brouilla de nouveau avec l'empereur , et lui écrivit des lettres dans lesquelles il le menaçait de le détrôner,, s'il exigeait d«s évèques quelque contribution. Qu'ils renoncent, disait l'empereur arec raison, aux seigneuries , irax

lîefe et aux bieM qu'ils ont reçus ée Fempîre ; qu'ils se contentent des dîmes, dés oblatîons, et on ne leur demandera rieii ; mais slls eidgént Fun , îfe doivent se soumettre à Fautre i tout cela, et drf er» autres incidens analogues , domièrenf Keit k une correspondance dans laquelle Adrien manf« festa autant d'orgueil et d'ambition que Fbomme sur lequel ces deux passions aient jamais exercé le plus d'empire. H soutenait que la cérémonie qui FéCablissait ministre de la couronne impériale, Jpr'oavait que le pape était un donnateur de l'ém-^ pire. Il est nxrpdssible de porter à un phls haut Ae^cë. la Mie et l'orgueil. Des circonstances* 9k^ cheuses furent la suitedetous ces différents. Otbon^ comte palartin de Bwière, ota Fépée die son fburt*eau pour tiier le cardinal légat , lorsqu'il en(end(t celui^ dire à l'empereur : De quij^ofre Majesté àrt^ite reé^ t'empire, si ce n'est du pape f n Yeht tué, sans doute, sr Frédéric ne fih partenii à le calmer. H lui fit voir que la cérémoÂie de placer une couronne n'est pas donner Feiilpire; que Charlemagne fit une faute en ne suiyant- paè l'exemple des anciens empereurisf , et que ^ai>Iâ il nous aurait mis à Fabri d'aussi imj)ertinenresin^ terprétations. .Cependant le pontife mantqtrà à Ih promesse qu'il avait faite d^effacer lUilscription'diâ tableau du couronnement de Lothaire; Friédériè ^Écrivît au pape; fi imita , avec intention , le styR* des lettres des empereurs romains aux souveraine pontifes, auxquels ils disaient-/^/ a Wr seconde péri-

sonne du singulier, en employant pour eux-^mémet la première du pluriel , noiu. Il voulait faire en« tendre à Adrien qu'il n*était pas plus que Saint- Sylvestre , et que lui , Frédéric , n'était pas moins que Constantin. Il y eut de part et d'autre des répliques virulentes; et Frédéric, dans les siennes ^ lui prouva que sa puissance étant égale à celle de Constantin , il pourrait bien le réduire à la condi-* tion de Saint-Sylvestre , avant la donation. Adrioi eut recours aux maximes romaines; il suscita, par des moyens cachés, la révolte dans la ville de Milan et dans plusieurs autres communes de la Lombardie. Les choses en étaient là , lorsque la mort rendit nuls ses projets orgueilleux.

Le même esprit dirigea les affaires de Sicile» Après la mort du roi Roger, son fils Guillaume lui succéda. Ce prince demanda au pape la confirmation du titre de roi. Adrien eut rinjustice de la lui refuser, parce c]^u'il s'était emparé de quelques places d'armes des États du pape. Guillaume, désirant la paix, fit offrir par des députés au-delà de ce qu'Adrien eût pu imaginep , ainsi que ce pape Tavoua lui-même; mais, entraîné par la majorité des votes des cardinaux , il rejeta les propositions de paix et voulut la guerre. Guillaume met en déroute l'armée papale; fait prisonniers, le pape, plusieurs cardinaux et évéques, et oblige enfin ce souverain pontife à faire la paix à des conditions moins avantageuses que celles qui avaient été of^ fertes volontairement.

Adrien lY agissait ainsi par système, et non par ignorance, puisqu'il connaissait très*bien quelle était Topinion générale que Ton avait en Europe de Tesprit qui dirigeait les papes et les cardinaux , et quelles étaient les conséquences qui pouvaient en être la suite. Jean de Sarisbury , aumônier de l'archevêque de Gantorbery, compatriote, condisciple , et ancien ami d'Adrien , fit connaître à ce pontife , qui , en lui demandant des renseignemens , loi avait donné Tordre de ne pas lui cacher la vé« rite, que l'Italie, la France, l'Angleterre et rÂUemapie étaient scandalisées de ce qui se passait à Rome; parce que tout le monde voyait que ce n'était point l'esprit de Dieu qui dirigeait cette cour, mais celui de l'orgueil , de l'ambition et de l'avarice ; qu'on rendait esclaves et pauvres les évéques et tous les membres du clergé; qu'on multipliait les exemptions et les appellations pour attirer à Rome tout l'argent de TEurope ; qu'en exigeant des choses injustes des évéques , des abbés et des archidiacres , on les autorisait à agir de même à l'yard de leurs inférieurs ; parce que tout le monde savait qu'on obtenait tout à Rome avec de l'argent; que le pape ne faisait rien gratuitement, et qu'ainsi le Saint-Siège faisait un trafic des choses sacrées, après avoir persécuté les simoniaques dans toute l'Europe ; que les cardinaux , les évéques et les autres ecclésiastiques de Rome vivaient avec plus de luxe, de mollesse et de scandale que les laïques de tous les autres pays. Votre Sainteté pourra s'as^

mvef de la vérité de tout oé que )è viens de dlk'e, fijoutait Je^ d^ Sambury , eainti^rogeant le très^ petit nombre d'bpn^mcs de bieii qui compoBenft 9011 clergé pontifical , et particulièrement Guido Clépient, cardinal de Sainto-PotenciaDa ; Bernard lie Rennes, cardinal, diacre de Saint-C6me et de S^în|:-Dam.ien , et Tévéque de Préneste : elle se convaincra que si elle le voulait sérieu3ement, il lui serait facile de porter un remède à tant de rn^ux. Cet exposé fit rire Adrien ^ qtii lui dit : qu'il lij^i sav£Ut bon gré de. la liberté avec laquelle il lui Vlit^it la vérité (-mais Adrien ne remédia à rien«

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