ALEXANDRE III
CLXX* PONTIFE, DE 1 1 Sg A 1 1 8 1
Vingt-uoième scbùme.
: Round de Bamdinelli, natif deSena, cardinal du titre de Saint^Marc, fut élu pape le 7 wptem* bre 1 ivSg^ sous le nom d'Alexan(]|re III , et mourut la 3o.a6ùt ii8i. Son pontificat fut tvès-âgilë el tràS'tfrifte. Un schisme sanglant et qui dura long^
temps, produisil des guerres, des meurtres, o>3
desiractioas de YiUes , des ruiues de familles » et .une infinité d'autres calamités. Quelques électeurs proclamèrent souyeraia pontife OcU^vien^ cardinal de Sainte-Cécile, et lui donnèrent le nom de Victor IIL L'empereur Frédéric I^ le reconnut pour pape : mais tous les autres rois chrétiens re- ^ connurent le pape Alexandre. L'antipape Victor mourut le 2a avril 1 164; ses partisans lui donnèrent pour successeur Guide de Etema , cardinal de Saint-Galixte^ qu'ils nommèrent Pasàhad lll. Ce pontife, mort le âo septembre 1 168^ eut pour successeur Jean, abbé d'E$tT%Mne>, évéque élu d'Albanie: on lui dûntia le nom. de ÇaiionU III. L'empereur abandonna le schisme. Alors JëAn d'Estrume se réconcilia avec l'Église , se soumit volontairement au souverain p<mtife Alexandre lU, renonça à ses droits, et demanda son pardon le^^ig août 1 177* Ainsi finit le schisme. Cependant quelques entêtés élurent alors Landonim SUinus de Frangipani , qu'ils nommèrent Innocent III ; mais ayant été fait prisonnier, il fut enfermé dalis un monastère.
Le grand nonodbre de moyens dont on fit usage pendant les dix^neuf ans que dura le schisme , prouvent avec évidence que l'esprit d'ambition dirigeait seul les élus , et présidait aux élections. Il y aurait de la témérité à soutenir, à la vue de pareils ^iésordres , que le Saii^t-Esprit daigne ac- . corder son inspiration directe à l'Église romaine.
^1 me semble que celui qui soutiendrait une tdle absurdité pourrait être comparé à celui qui imputerait au Saint* Esprit les péchés sans nombre que Ton commet dans ces circonstances , et les calamités qui en sont la suite : ce qui serait un blasphème , une impiété. Car si le Saint-Esprit se séparait de sa manière ordinaire de gouverner runivers ; c'est-à^lire , s'il ne laissait pas les causes secondes produire naturellement leurs effets, il est â croire qu'il n'agirait de cette sorte que pour porter l'homme â la vertu ^ au bien , et pour le dé' tourner du crime et le soustraire au malheur. Alexandre , de son côté , donna des preuve» de son ambition ^ Tan 1 1 67. On lui dit que , si pour le bien de la paix, il voulait renoncer à ses droits, l'empereur engagerait Paschal III à renoncer aux siens ; qu'on procéderait ensuite , loin de tout esprit de division , à une nouvelle élection pontificale , qui ne présenterait plus le caractère du doute. Mais Alexandre ne voulut pas y consentir. 11 avait déjà donné des preuves de cette ambition , l'an 1 1 Sg, lorsque l'empereur convoqua un concile pour examiner les élections , et déclarer quel était le véritable pape. Victor III s^y rendit ; mais Alexan* dre s'y refusa en disant que ce serait ranger dans la catégorie des droits douteux , un droit certain ; que personne au monde n'avait autorité pour terminer ce différent , parce que les laïques étaient sans autorité ecclésiastique ^ et que les évéques du concile étaient inférieurs en juridiction. Une tellç exiravâ-
gance et de pareilles subtilités étaient Tœuvre de cet esprit d'ambition qui le dominait ; car, s'il eut ▼oulu se rendre à la simple yerité , il eut trouvé , dans les archives de Rome, des actes qui démontrent que l'empereur Han&riusj en 4i8 9 a^^it décidé la question du schisme en déclarant EtUaUuê antipape, et Boniface, véritable souverain pontife ; et que quatre-vingts ans après, Théodoric, roi d'Italie , quoique hérétique , et reconnu pour tel ^ termina une querelle semblable, en donnant Tordre à Laurence et à Symmaque de se rendre à Ravenne^ ou il décida que le premier devait être reconnu pour souverain pontife, et qu'on devait regarder le dernier comme antipape.
Le schisme ayant cessé, Alexandre III célébra le onzième concile général à Saint-Jean-de»Latran de Rome. On voit par les décrets qui y furent rendus, quelle extention on avait déjà donnée à la juridiction ecclésiastique , aux exemptions du clergé et â la puissance pontificale. Tout cela était contraire â la doctrine des conciles généraux du quatrième siècle et des siècles suivans : car, celui qui voudra comparer les décrets et les canons du concile géné^ rai de Latran , sous Alexandre III , avec .ceux des concHes généraux de Nicée, de Constantinople, de Calcédoine et d'Éphèse , pourra croire que les mi<> nisttes de la religion , dont il est parlé dans ces quatre derniers conciles , sont essentiellement dif« férents de ceux dont il est question dans celui-ci; qu'Alexandre III diffère encore plus des papes d'a<»
Iors;qu<ï les éYéqaeB 80nl mille fols nu-dessous de ceux qui vivaient aux époques des quatxe conciles ; et que les souverains temporels sont d'une condition différente et sont très-inférieursàleursan- 'cétres* On ne s'opposa pas à tous ces abus, d*abord parce que la donation supposée de Gonstaotin et les fausses décrétaloS) antérieures au pontificat du pape Sirice , avaient tourné toutes les tètes , car , on considérait comme coutume primitive de !*£glise , ce qui n'était qu'une invention postérieure au siècle de Charlemagne : en second lieu ^ parqc que les Romains fins et persévérans, aidés par les moines répandus sur toute la surface du monde chrétien, avaient travaillé à avancer toujours vers rexécution du projet qui flattait leur ambition* Ils voulaient convertir le gouvernement ecclésiastique en une monarchie papale , et soumettre les souverains temporels à leur volonté, en faisant usage du pouvoir indirect de rexcommunication et de la dispense des obligations imposées par la fidélité jurée.
Un des décrets du concile fixa le mode des élections pontificales, afin d'éviter les schLuncs» Il donnpdéjà, comme établi, le droit de choisir seu* lèmmt aux cardinatix, et il ordonne que, si une personne ne réunit pas la totalité des suffrages , la réunion des deux tiers est de rigueur pour qu'on doive et qu'on puisse la reconnaître canoniquemeiit élue. Pour tout ce qui concerne le damier ,. toiftes les ordinations faites parties trois
antipapes aoni déclarées nulles, aÎAsi que les ailepatipBS de bims de rÉglbe* On ne dit point que les autres actes de la puissance pontificale soient firappés deaullité, et, c'est lâ-dessus , sans doute, ipi'est fondé le culte, que qudques églises renden I à renqpereurClhaiiemagne , qu'on qualifie deSaint, quoiqu'il n'ait été canonisé par aucun pape. On çéàèhre sa fête le 28 janvier, sans autre preuve de #a sainteté que ce qui suit :
L'empereur Othon III fit reconnaître, l'an 1000, Je tombeau de l'empeceur Gharlemagne , dans la fille d'Aix-la-Chapelle. Il parait que son corps fut trouvé bien conservé quoiqu'il fut enterré depuis uent ^uatrervingts ans. Des moines répandirent k nouvelle qu'il avait fait des miracles. L'empe- ]reur Frédéric I'', ayant tenu une diète générale de rempile dans la même ville , le jour de Pâques de l'an 1 165^ fit exhumer, le 29 décembre, le corps de Gharlemagne, pour s'occuper de sa canonisa* tîoa ) suivant la bulle d'or rendue par ce prince le 8 janvier 1 166. Un auteur contemporain ajoute qme Frédéric fit mettre le corps de Gharlemagne dans une urne d'or enrichie de pierres précieuses ; gue l'archevêque de Cologne éleva au rang des Mints que l'ÉgUse offre à la vénération des fidèles , ce souverain qui , jusqu'alors , n'avait obtenu , le |our de son anniversaire , que des messes et des prières pour le repos de son âme ; et que tout fut approuvé par Paschal III , antipape, qui mourut le 290 septembre 1 r68» On voit par-^lu et par la date
de la buUe d*or de Tempereur, avec queOe légèreté on traitait les afiaires de cette importance. En effet , une des choses les plus choquantes dans le christianisme y c'est cette déclaration qui signale comme vertueuse, jusqu'à l'héroïsme , la vie d'un souverain qui épousa plusieurs femmes , qui en répudia quelques-unes , qui vécut publiquement avec un certain nombre de concubines , desquelles il eut plusieurs enfans J)âtards ; qui usurpa, par le droit du plus fort, les royaumes d'Italie, de Saie, de Bavière et plusieurs autres ; jqui inventa une nouvelle manière de prêcher J'Évangile,tout«â-fait contraire à celle de Jésus-Christ ; qui la fit exécu« ter en Saxe où ses ordres firent couler des torrens de sang. Enfin, on lit dans les histoires écrites par ses adulateurs et par son fils Louis i^dit (e Pieux ^ que Charlemagne commit un nombre de mauvaises actions qui prouvent que ce prince fut cruel , injuste^ inique et sanguinaire. Quelle foi devonsnous ajouter aux canonisations, si nous réfléchissons sur celle de Charlemagne , puisqu'il est certain qu'Alexandre III ne la déclara pas nulle ? Le nlence qu'il garda â cet égard ne peut pas être at« tribué à un oubli de sa part , puisqu'il se réserva expressément toutes les affaires de ce genre , endédarant qu'on devait considérer celle^^i comme une des affaires qu'on appelle majeures s et qui, sous ce rapport appartiennent au Saint-Siège. U n'y a pas de doute qu'on ne doive les considérer conmie des affaires d'une haute importance^ à caïue do
danger qu'on court de proposer au peuple chrétien, comme un héros de sainteté digne d'être imité et d'être honoré d'un culte religieux , un in« diykiu que Dieu aurait , peut-être , condamné aux flammes étemelles. Malgré cela , on a fait , à des époques postérieures , â Rome , d'autres canonisations qu'on eut mieux fait de supprimer pour ne pas fournir des armes aux hérétiques , aux schismatîques et aux ennemis de l'Église romaine.
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LUCIUS Illi
aXXf PONTIFE. — DX II81 A ll85.
Ubaldb , natif de Lucques en ToscaiÉe, éréque d'Ostie , cardinal du titre de Sainte-Praxedes , fut élu pape le 1 *' septembre 1181, sous le nom de LuevuB III j et mourut à Vérone le 3 1 juillet 1 185. l'entreprise qu'il fit de supprimer les consuls à Rome 9 fut cause que les habitans se révoltèrent^ et qu'il ne put habiter la ville. Il montra dans cette affaire beaucoup d'ambition, puisqu'il voulait en« lever au peuple le peu qui lui restait de son antique
Jiberté contre le despotisme. Son orgueil irrita teUem^it les Romains, qu'il fut là cause des x^ruautés qu'ils commirent : dans leu^r fureur , ils coupèrent les oreilles et arrachèrent les yeux à beaucoup de prêtres qui avaient embrassé le ■parti du pape ; ils empoisonnèrent les eaux que devaient boire les troupes Allemandes que Frédéric avait envoyées- pour âppaîser le tumulte. Si I/uciuê eut en la modération qui convenait au successeur de Saint- Pierre et des douze premiers papes y il eut évité tant de périls , et tant de malheurs, en laissant aux habitans de Rome toutes les libertés compatibles avec la soumission qui aurait pour base Tamour des peuples : elle est plus durable que celle qu^on obtient par la crainte, et elle doit lui être préférée. Lucius avait d'autant moins raison /que ses prMécesseurs , malgré leur ambition, avaient laissé subsister ces coutumes qu'il )ura d'abolir. CeJii^pjQiJuisit un mal considérable dans toute la» chrétienté , parce que, privé des revenue de Rome , il demanda des subsides extraordinaires aux rois et au clergé catholiques , pour se maintenir dans la possession de son autorité* €ette démarche mit aussi au grand jour l'avarice pontificale ; mais le clergé d^Angleterre jugea qu'il ne lui convenait pas de payer directement une contribution au pape : il crut que , si Ton ouvrait la porte à cet abus, les papes ne manqueraient pas^ dans beadicoup d'autres* circonstances, de répéter auprès de hûks mêmes demande» de subsider;
c'est pourquoi il ^'adressa au roi , et pria Sa Majesté (1 accorder au souverain pontife les sommes qu'elle jugerait convenable, et le clergé promit au roi qu'il ne tarderait pas à en opérer le rembourse-* ment.
En 1 1 84 9 il célébra un concile à Vérone , auquel l'empereur assista. Parmi les décrets favorables aux exemptions des prêtres contre les laïques , et à la poisaance pontificale contre les droits diocésains des évoques , on doit particulièrement remarquer celui qui prépara l'établissement de l'épouvantable tribunal de l'inquisition, que le pape Innocent III ne tarda pas à organiser. U annonça l'existence de différentes sectes d'hérétiques, particulièrement de celle des Catares onPatarins ; celle des HumUiés oa Pauvres de Lyon; des Passagins ou Josephisièê, et celle des Amaudins. Il ordonna que ceux qui seraient convaincus d'hérésie (s'ils n'abjuraient entre les mains de l'évéque) fussent livrés à la justice séculière , - pour être punis selon les lois ; que ceux qui seraient soupçonnés d'hérésie (s'ils ne pro uvalent pas leur innocence) fissent aussi abjuration, et qu'on leur fit connaître que, dans le cas de récidive , ils ne seraient admis à aucune justification, mais qu'ils seraient livrés de suite aux tribunaux séculiers , et que leurs biens seraient confiscpiés. U ordonna que la publication de ce décret eût lieu , et fVkt renouvelée, par les évéques , les jours de fête solennelle, et toutes les fois <pe cela paraîtrait convenable s que les évéques par eux-^mémes, ou pair
rintermédiaire des archidiacres , on de tonte autre personne digne de leur confiance , fissent la visite , une ou deux fois par an , des communes où l'opinion publique et les bruits généralement répandus annonceraient Fexistence de personnes soupçonnées d'hérésie , afin de prendre dejs informations auprès de trois ou quatre témoins dignes de foi , sur l'existence de sociétés secrètes et de personnes suspectes. Il leur était ordonné d'engager tous les habitans à promettre par serment de dénoncera l'éyêque, ou à son archidiacre,, le nom des hérétiques , ou des personnes soupçonnéesd'hérésie ; d'annoncer à ceux qui se refuseraient à faire cette promesse , qu'ils seront réputés hérétiques , et que la preuve de leur hérésie serait acquise par ce seul refus.
Le même ordre portait que les barons , comtes y gouverneurs, et consulsd'une commune quelconque ^ promettraient aussi par serment.de donner aux évéques tous les secours qu'ils croiraient devoir leur demander , pour persécuter et punir les hérétiques et leurs complices^ sous peine de se voir privés de leurs dignités et magistratures , d'é« tre déclarés inhabiles à en exercer aucune autre , d'être frappés , eux d'excomn^uniation personnelle» et leurs terres seigneuriales d'un interdit ; que la ville qui oserait , après avoir été reprise par l'évèque , s'opposer à l'exécution de ce décret , ou â quelqu'une de ses parties , perdrait son titre da ville épisCopale ; que les fauteurs de tout hérétique
seraient notés d'infamie perpétuelle , comme telsV déclarés inhabiles à exercer Tétat d*avocat , à être eotendus en témoignage ^ et à remplir aucune fonction publique ; que les exempts enfin étaient , en ce point, à la disposition des évéques qui deyaient être considérés comme délégués du Saint-Siège.
Ceux que Ton désigne , dans ce décret , par panwes de Lyon , sont les mêmes que ceux qui étaient connus sous le nom de Vavdains, du nom de Pierre Vaido un des principaux sectaires qui prêchait la d octrine évangélique , et la mettait en même temps en pratique. On le vit vendre tous ses biens , qui étaient considérables, et en distribuer la valeur aux pauvres qui se soumettaient à suivre TEvangile , conformément à rinterprétation que lui et ses compagnons en donnaient. L'exemple de Vaido était une sévère critique de la richesse du clei^é et du luxe de la cour de Rome. C'est pourquoi des ca-» Ikoliqaes sages et savans du douziërae siècle et des siècles suivans pensèrent que Tambition , ravàrice et roqrgaeil des papéi et du clei^é ronxain furent et sont la cause et la véritable origine de toutes tek sectes qu'on a vu naître , depuis cette époque , en Europe , et se séparer de l'Église romaine , qu'elles regardent comme pervertie par les actions scanda* lentes de ses chefs ; et certes , les vices de la cour de Rome qu'dles désignent par le notik de nouvelle Bab^^onie , et qu'elles appellent la cour dé l'anter christ , leur en a fourni l'occasion. Cela n'eût pas