‹ Portrait politique des papesChapitre 119 sur 190 · INNOCENT IV · texte numérisé non relu

INNOCENT IV

CLXXX* PONTIFE. — DB ia4l A 1^54-

SÎNIBALDE DE FiESCHi, Dé à Géoes, Cardinal du titre de Saint -Laurent, fut élu pape à Anagni, le 25 juin 1 2^5 , sous le nom d'Innocent lY » après une vacance d'un an et plus de sept mois» sans compter le temps précédent, attribué à Céles^ tin IV. Lorsque l'empereur Frédéric apprit son ' ^ élection , il s'écria : « J'ai perdu un ami dans la » personne du cardinal Sinibalde; car à présent » qu'il est pape , il sera mon ennemi, a II en arriva ainsi , et à un tel degré , que Grégoire IX pourrait être traité de modéré, en comparaison d'Imio«* cent IV. Tout en feignant de vouloir la paix , il persécuta Frédéric, et prononça même contre lui, dans le concile de Lyon , une sentence formelle de déposition de l'empire d'Alle^iagne et du royaume des Deux-Siciles. Ce concile fut le premier , en l'année i ^45 , et il est compté pour le treiaûème concile général de la chrétienté , quoique dans la réalité, il ne mérite pas ce titre. Après cette pro-

position , il fit ses efibrts pour faire élire roi d'Allemagne , Guillaume , comte de Hollande , malgré que Conrad , fils de Frédéric , eût été couronné roi des Romains, dès l'année 1237.

Cette imprudence du pape produisit des schismes et des guerres civiles sanglantes en Allemagne , en Italie, età Naples. Il tenta d'allumer le feu de la discorde dans les royaumes de France, d'Angleterre et autres puissances , en les excitant à prendre parti contre Frédéric ; mais Saint-Louis et les autres rois s'y refusèrent constamment. Un des chefs d'accusation contre l'empereur était de traiter avec les Sarrazins , et pourtant Innocent, pour assouvir sa rage , commit l'inconséquence d'écrire lui-même au sultan d'Egypte de ne pas se fier à Frédéric , et d'abandonner son parti. Cette démarche infâme eut pour résultat , bien mérité, que le monarque musulman l'accabla de reproches insultans et trèsjustes, en lui -répondant entre autres choses :

• Nous avons reçu votre lettre , et entendu votre » envoyé, qui nous a parlé au nom de Jésus*

• Christ, que nous connaissons mieux que vous, » et nous honorons plus que vous. » Telle était la cour du pape Innocent , qu'il ne put rester à Rome oA il était resté , ni à Gènes , sa patrie , par les mêmes motifs , ni dans toute Tltalie , par crainte de l'empereur. St. -Louis, roi de France, Henri III d'Angleterre , et Jacques I*' d'Aragon lui refusèrent la permission de résider dans leurs états, dans. la crainte des dépenses et des usurpations ; ce qui

fit qu'il se fixa à Lyon ^ dont les arcbeiréqoes étaieat souverains. Le résultat confirma la réalité des dé-* fiances des trois monarques , car les Lyonnais mêmes ne purent supporter les excès et les abus de la cour pontificale.

L'abbé Fleuri a publié des fragmens de lettres et des clauses de manifestes de l'empereur Frédéric, qui démontrent évidemment que les malheurs de l'Europe proviennent de ce qu'on a retiré les papes et le clergé de l'état d'humilité et de pauvreté où ils étaient autrefois : « Alors, • dit- il, le pontife romai|i, les évéques et les pré- » très soutenaient les sceptres par leurs prières et > leurs vertus : maintenant ils les détruisent par » l'abus de leurs richesses et de leur autorité.» Enfin > les critiques modernes du dix-neuvième siècle ne peuvent avancer des vérités plus claires que ce qu'a dit Frédéric.

Le pape, voyantenfin que l'empereur triomphait malgré tous ses efibrts , poussa l'infamie jusqu'à consentir ( si même ce ne fut pas par son ordre ) , à ce qu'on cherchât les moyens de l'empoisonner. On gagna un médecin^ et ce fut par hasard que Frédéric en eut connaissance , peu d'instans avant de recevoir la boisson qu'on lui administrait sous le nom de médecine. La mort de quelques-uns de sesenfans et d'autres chagrins continuels causèrent enfin la mort de l'empereur. L'archevêque de Palerme lui donna l'absolution avant qu'il fût mort, et lui fit des funérailles pompeuses. M«is Innocent ,

7^ portant «a colère* au-delà même des bornes <ie la vie , réprimanda sévèrement larchevéque , et prétendit qu'il avait encouru Texcommunication,, pour avoir absous sans sa permission ; comme s'il pouvait y avoir des réserves au moment de la mort. Frédéric , en outre , avait fait son testament » où il recommandait à ses enfahs d'être soumis à la sainte Eglise romaine. Ils se conduisirent ainsi ; mais Innocent forma la résolution d'empêcher la famille impériale de régner en Allemagne y à Naples , en Italie, ni en Sardaigne , en disant que c'était une race de rebelles à l'Eglise; comme si l'orgueil et l'ambition des papes pouvaient s'identifier avec la sainteté de l'Eglise.

On ne peut se figurer les intrigues qu'il employa contre le fils de Frédéric , Conrad ; et après la mort de ce roi » en 1254» î^ feignit de prendre sous sa protection Conradin, son fils, encore enfant, afin de régner iuj-méme sous son nom , à Naples et en Sicile : il se fit en eflfet proclamer régent du royaume , mais ce fut là même que la mort vint arrêter ses projets ambitieux.

Les écrivains romains font de grands éloges d'In* nocent lY , et son épitaphe dictée par les flatteurs, y offre matière ; mais l'histoire de sa conduite et de ses procédés est scandaleuse , et n'admet point d'excuse. C'est pour cela que. nous ne devons pas nous étonner qu'outre les Yaudois et les Albigeois , il naquit en Saxe , en 1 248 , une nouvelle secte d'hér^iques qui disaient que le pape était

hérétique, et tant d'autres choses contre le dogme catholique du sacerdoce et ses pouvoirs spirituels; personne ne se serait avisé d'attaquer la puissance spirituelle , si Ton n'eût pas reconnu ses abus et les mauvaises conséquences que produisait son mélange avec le temporel.

On raconte d'Innocent lY certain trait digne de mémoire. Sa Sainteté reçut une grosse somme d'argent en présence de Saint-Thomas-d'Âquin , et lui dit : « Vous voyez que je ne puis pas dire » comme Saint-Pierre, que )e n'ai pas d'argent. » Saint-Thomas lui répondit : «Cela est vrai, mais «aussi les miracles du successeur de Saint-Pierre »ne font pas marcher les paralytiques , comme on »les vit marcher alors.»

Nous remarquerons que vers l'an 1780, à Toccasion de quelques fouilles , on découvrit le corps de l'empereur Frédéric II, et quoiqu'il se fût écoulé plus de cinq cents ans depuis qu'il avait été enterré , on le trouva sans aucune trace de corruption : cet événement appela l'attention^ et fut inséré dans les gazettes de l'Europe : ceci peut donner matière à quelques réflexions critiques.

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