‹ Portrait politique des papesChapitre 127 sur 190 · MARTIN IV · texte numérisé non relu

MARTIN IV

CUKXIX' PONTIFE. — DE IdSo A 1285.

AvssiTÔr après la mort de Nicolas III, le roi Charles de Sicile s'intri^a au-delà dé ce qu'on peut imaginer, pour faire élire un pape de son parti. A la tête , était le cardinal Anibaldi , opposé à celui des Ursins, par qui il ayait été continuellement chagriné jusqu'alors. L'affaire fut tellement embrouillée à force d'intrigues de part et d'autre^ qu'il 'se passa six mois sans élire tm pape, parce qu'on ne se conforma pas à la constitution du con-claye.

Quand lé roi Charles crut les choses bien dis-posées , il excita sous-main, par des tnanœuvrei secrètes-, un soulèvement dans Yiterbe , contte les cardinaux. Les séditieux lès enfermèrent dans une maison , et ne leur donnèrent pour aliniens que du pain 6t de Teaii, jusqu'à ce qu'ils eussent fait une élection canonique, qui se termina par la nomination deSimoh déBrion-, Français, partisan du roi

Charles, cardinal-prétre du titre de Sainte-Cécile,

sous le nom de Martin IY,Ie 22 février idSi.

De tout temps il y a eu des écriyains fanatiques de bonne foi ,^ qui ont cru aux miracles supposés ; mais il n'a jamais manqué non plus de propagateurs de fausses merveilles , par mauvaise foi et par esprit de parti. Je fais cette observation, parce qu'il y a un ' auteur contemporain qui dit que la sainteté de Martin lY a été prouvée par des miracles opérés sur son tombeau , dans le couvent des Fran* ciscains de Perouse, où il fut enterré à sa mort, qui arriva le 28 mars 1285. Non-seulement je regarde ces miracles comme supposés, mais même tout ce que Ton raconte des vertus de ce pape, qui ne parvint à cette dignité que par de mauvais moyens , pour favoriser Charles d'Anjou , son compatriote et son protecteur , et qui ne fit que de continuelles injustices et alla au-delà de ce cpi'il pouvait pour loi témoigner sa reconnaissance.

Son imprudence n'eut point de bornes. L'em-» pereur de Constantinople , Michel Paléolpgue, lui envoya deux ambassadeurs pour régler quelque^ points qui manquaient au complément de l'union de l'Église grecque avec l'Église latine. Martin, sachant que Charles de Sicile haïssait l'empereur , et qu'il projetait de reconquérir Constantinople, refusa de les recevoir, et excommunia l'empereur Michel , disant que son projet d'union n'était ^'une feinte. Ce souverain, qui non-seulement avait agi de bonne foi sur ce point | mais quij mèoM pa^

cette raison, se troHTait en butte A ta 'haine des ar-^ chevéques, des évéques, desabbés et de tout k reste du clei^é , tomba malade et mourut bientôt. Son fils^ l'empereur 'Andronic, révoqua Tunion des deux Églises, et rétablit lancien système d'indé-> peodance. L'imprudence in}uste et téméraire de Martin lY ne iut-^le pas la véritable cause du ré^ tablissement du schisme?

Il n!y en eut pas.m0ins.dan9 sa conduite envers les habitans des villjss de Messine, de Palerme, et des autres villes du royaume de Sicile : car, voyant qu'il n'avait pas voulu écouter leurs députés, ni recevoir leurs excuses, Us se donnèrent au roi Pierre III d'A* ragon ; et leur secours contre Charles d'Anjou lur focilita beaucoup la conquête de la Sicile* Il excom^ munia le roi d'Aragon et ses adhérens , et mit en' interdit tous les lieux qui le recevraient; mais il n'obtint par-là que le mépris des censures , car les évêques et les prêtres séc uliers et réguliers continue^ rent a célébrer les offices divins comme auparavant, se moquant du pape et de ses excommunications , qu'ils qualifiaient de rage itnptUsso/rtte* Il déclara Pierre, déchu de la couronne d'Aragon , donnason royaume à Charles, second fils du roi de France Philippe III , dit le Hardi^ et imposa des tributs en faveur du Saint-Siège, dont il disait que le royaume était feudataire. Il publia une croisade contre Pierre III et ses adhérens , et engagea Philippe à faire passer une armée en Catalogne, pour en faire la conquête. La mort Tenleva avant que la Ton II. 7

guerre fût terminée : Pierre y obtenait triomphes sur triomphes contre les Français , malgré les encommunications ; et il demeura enfin roi de Sicile par le droit de sa femme, et roi d'Aragon par le droit qui lui appartenait.

Il répondit à Edouard 1**, roi d'Angleterre , qui demanda le dixième des revenus ecclésiastiques ^ pour aller à la Terre-Sainte, qu'il commençât par se préparer pour le voyage, et qu'alors il les lui donnerait , mais pas auparavant , dans la crainte qu'il n'en fit un autre usage; et lui-même, en même temps , dépensait dans la guerre contre le roi d'Aragon les dîmes qu'il avait reçues en Sar* daigne, en Hongrie, en Suède, en Dannemarck, en Esclavonie et en Pologne , pour aller au secours de la Palestine. Il refuse à Alphonse X , roi de Castille, les secours qu'il lui demande contre les rebelles de son royaume, et il lance seul^nent une nouvelle excommunication inutile , se réjouissant intérieurement de cette guerre civile, qui empêchait la couronne de Castille de secçurir Pierre en Aragon. Tel est le saint dont on piéconise les miracles* et dont la canonisation, jointe à tant d'autres semblables, faites par quelques papes, a donné lieu à un grand nombre de critiques d'exa* miner impartialement chacune en particulier.

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