CLEMENT V
CXCV* P0NTI7E. — DB l3o4 A l3l4-
Les Cardinaux étaient divisés en deux factions ; l'une attachée aux intérêts de la France , l'autre travaillant pour Boniface VIII , contre Philippe-le- BeL Après onze mois de vacance , le parti françaîé l'emporta, et l'archevêque de Bordeaux , Bertrand de Goth, né dans ce diocèse, fut élevé à la pa-* pauté le 5 juin i3o5; il mourut le âo avril i3i4.' La plus évidente simonie l'avait porté au trône pontifical , puisqu'avant l'élection , le roi de France lui ajant dit : // ne tiènê qu'à moi de votis faire notnmer pape^ si vous me promettez telle et telle chose, l'avchevéqae s'engagea à tout, et se mit
lit
è geooux devant le moaarque pour le remercier. Philippe tint parole, et Bertrand fut élu. Malgré «on âge aYan<5& et sa nouvelle dignité , il n'en coo-* tinua pas moins de vivre en concubinage avec sa parente , là comtesse de Périgord , au grand scandale du public. Un des engagement qu'il avait pris avec le roi de France , était d'abolir l'ordre militaire des Templiers : cet événement eut lieu aru concile général de Tienne en Dauphiné, dans Tannée 1 3 1 1 . Clément continus^ l'entreprise commencée par Boniface YIII , au sujet du royaume de Hongrie, qu'il voulait donner à Charles Robert, petit-fils de Charles II, roi de Maples, et il fit un traité avec les Hongrois , par lequel ceux-ci s'enga* gèrent à reconnaître ce prince pour leur souverain, après la mort d'Othon de Bavière, avec cette clause que ce n'était pas le pape qui donnait la couronne, mais que le prince eh jouissait comme petit-fils de la reine Marie, fille d'Etienne lY , roi de Hongrie- i
Clément réhabilita la mémoire de Boniface, son
prédécesseur, parce qu'il était compromit liii-^ même dans son procès, et Philippe, vaincu par les . injustes concessions de la c6ur de Rome, ne vou** r lut plus voir un coupable ni un ennemi dans cdai qu'il avait fait accuser. Dans sa sentence d'abso* lution, le pape , pour flatter Ifi monarqde, recon* nut qu'il était innocent de tout ce qu^il avait dit , publié ou fait exécuter contre Boniface , sans er* cepter mém^ sa détention qu'il avait oommandéei
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disposition aussi contraire à la justice que celle qui déclarait Boniface innocent , puisque le pape n'étant pas le sujet du Roi de France, celui-ci ne pouvait aToir le droit de le faire arrêter.
Clément Y voulut intervenir, comme juge, dans les démêlés de Henri VU de Luxembourg , empereur d'Allemagne , avec Robert , roi de Naples , prétendant que les papes avaient droit de haute souveraineté indirecte sur tous les rois de la terre; mais Henri protesta qu'il ne reconnaissait aucune autorité dans le pape sur le pouvoir temporel : sa mort étant arrivée quelque temps après, Clément Y déclara sa mémoire infâme , comme convaincu de perfidie et de parjure , puisqu'il avait juré fidélité au successeur de Saint-Pierre, pour obtenir la couronne impériale.
Le pape fixa sa résidence â Avignon dans le comtat Yenaissin, qui passait pour la propriété des papes, depuis que Fusurpation, appuyée par les foudres de l'Eglise, les en avait rendus maîtres. L'abandon où ce pape et ses successeurs laissèrent rÉglise de Rome, causa des maux incalculables et donna lieu au grand schisme d'Occident.
n conféra , pour de grosses sommes d'argent , une foule d'évéchés et presque toutes les dignités ecclésiastiques, en ajoutant de nouveaux droits pécuniaires a ceux que l'ancienne chancellerie avait établis , afin d'enrichir et d'élever sa famille ; en un mot, sa conduite offrit tant de perversité, que Saint-Antonin lui même , archevêque de Flo-
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rence , ipalgré 39 qualité de religieux et 9^ grm4o piété 9 n'a osé faire l'apologie de ce pape dans son histoire : il n'est dope pas étonnant que le Dante , son contemporain, ait dit, dans son poème du Paradis, que Clément Y, au lieu d'être pape ou père, n'a été qu'un lov/p qui a éloigné du chemin du salut les brebis qu'il y fallait can^ duire, ce qui est cause que l'Evangile a été abandonné , que les doctrines des Saints-Pères ont été méprisées et qu'on ne fait plus cas que des Décr étales. Le scandale alla si loin, que Frédéric II, roi de Sicile, qui régnait dans ce tempslà, ne put s'empêcher de dire que l'état où il voyait TÉ^lise Chrétienne, la manière dont elle estait gouvernée , et la conduite du clei^é, lui faisaient douter si l'Évangile et les traditions apostolîq\ies n'étaient p^s de^ inventions purement kumaines.
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JEAN XXii,
CXCVl* PONTIFIÎ. — DEl3l6 A l334-
Mtal
Vîiji^trdeusitoe schisme»
Skrqvt^ DE Eiï$A , né à Cafaors , cardiiial , èvêqtre àe Porto, fui! éki pape i-Lycm, fe 7 août i3i6, *oHg >e nùvtk de Jean X\H. Cette élection avait été précédée d*utt interrègne de deux ans et demî, sanfiT que les deux tiers des cardinaux eussent pu «e réunir et donner un chef à TEglise. Jean VîHanî, auteur conlen>porain , ajoute que, malgré cette majorité d'électeurs , la nomination de Jacques fut un véritable attentat , puisque , ayant fait consens tir les cardinaux à s'en rapporter à lui pour le choix d'un nouveau pape, afin de faire cesser te scandale de la chrétienté , il profita de cet avantage, eut la hardiesse de se nonnner lui-même, et fit approuver cette étrange mesure par ses collègues q«e l'événiement jetxiit dans Ih p¥us grandie «arpffîw . Qt qui croiguaienP un schisme; H poussât
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Tavarice encore plus loin que son prédécesseur , c'est-à-dire, que la sienne ne connut point de bornes. Il inventa de nouveaux moyens d'exaction pour s'enrichir, en se réservant le droit de provision sur les évéchés , les abbayes , les dignités , les canonicats et les bénéfices de toutes les églises cathédrales , des collégiales et des monastères de la chrétienté ; et en faisant tomber son choix sur des titulaires qui ne pouvaient passer d'une charge à l'autre , sans acquitter quelque droit pécuniaire^ ce qui multiplia étrangement le nombre des vacances : si , par exemple , un patriarcat venait à vaquer, il le donnait à un archevêque ; l'archevêché passait entre les mains d'un évêque, et l'évêché devenait la part d'un abbé ou d'un dignitaire ; le chanoine, obtenait la dignité; le prébendier, le canonicat; le demi-prébendier, la prébende; le bénéficier, la demi-prébende; le chapelain , le bénéfice, et un simple prêtre, la chapellenie ; en sorte , qu'un seul emploi du premier rang venant à vaquer , il expédiait de nouvelles provbions et de nouveaux brefs lucratifs, et exigeait neuf fois des annates de chaque titre conféré : afin de mieux régulariser cette manière de voler, il établit et fixa les droits qu'il faudrait acquitter dans la chancdlerie pour l'expédition de toutes ces pièces.
Les électeurs de l'empire s'étant partagés , pour la nomination d'un chef, entre Louis- V de Bavière, comte palatin du Rhin, petit-fils, par sa mère, de l'empereur Rodolphe I^, et Frédéric d'Autriche»
fils de Tempereur Albert ; Jean XXII montra, dam cette circonstance, autant de hauteur ^ue de per^ fidie : il trompa, par • de. fausses promesses, les deux élus et fomenta la guerre civile : lorsqu'elle eut commencé à désoler l'Allemagne, il eut la hardiesse de déclarer que, lorsque les sept électeurs n'étaient point unanimes dans leur choix,. nonseulement le pape avait le droit de nommer le chef de l'empire, mais qu'il pouvait encore en choisir un qui n'eût pas eu un seul suffrage dans le collée des électeurs. Louis de Bavière qui avait eu cinq voix pour lui , remporta une grande victoire sur Frédéric : celui-ci ayant été fait prisonnier, renonça à l'empire pour obtenir sa liberté. Malgré ce traité, Jean XXII refusa de confirmer le nouvel empereur, et lança même l'excommunica^ tion contre lui , sous prétexte qu'il agissait comme roi des Romains , sans son approbation. Il employa contre lui les qualifications que ses. prédécesseurs avaient imaginées contre les princes qu'ils n'aimaient pas , eu l'appelant schismatique , hérétique^ feuteur d'hérésies , ennemi et persécuteur de l'Église , indigne de la couronne impériale et de toute autre souveraineté, condamnant et déclarant *nul le serment de fidélité qui lui avait été prêté, à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, à Milan et dans toute l'Italie ; et ordonnant aux prêtres et aux laïques de l'abandonner, et d'être prêts â reconnaître avec serment celui qu'il allait nommer, parce qu'à lui seul appartenait le droit de donner ïem*
pire , comme successeur du pape qui en avail investi Ctiarlcmagiie.
Louis V, de son côté , ne restait pas dans Tinaction ; il fit répandre des lettres dans lesquelles il traitait Jean XXII d'antechrist, de loup qui dévorait le troupeau de Jésus^Christ sous le nom de pape j d'ennemi des chrétiens dont il iaisait répandre le sang par les guerres civiles qu'il avait exci* tées ; de satan venu sur la terre pour le malheur des hommes ; de barbare qui se vantait qu'un pape n est jamais plus puissant que lorsque les rois sont en guerre les un3 contre les autres ; dts perfide qui avait poussé aux arm^s les deux concurrens en les trompant tous les deux en même temps ; de lucifer, pour Toi^ueil de son esprit, lui qui se di* sait semblable au Très-Haut et qui ordonnait qu'on adorât ses pieds , comme Al^xandlre et Droclétien ; qu'il était en conséquence , honteux et abomina-ble que le chef des princes se prosternât devant le serviteur de» serviteurs. « S'il est Ite serviteur de» » serviteurs , pourquoi n'enseîgne-t-il pas comme »un vrai serviteur, par la voie de Tcxemple? S'il • est bon pasteur, que ne soiguc-t-il avec amour » le» brebis de Jésus-Christ, au Keu de les opprt- »mer par la guerre? Que ne borne-t-il ses paroles » à ce qui concerne les choses du ciel sans les mêler ^ à celles de ce monde ? Pourquoi ne nous laisse-t- >il pas gouverner nos affaires temporelles, en » vertu dli droit des gens, et comme Font fait tous » nos aieux? Et surtout, comment o»e-tvil être asseï
> impudemment menteur, pour m appeler fauteuil «d'hérésie? Je suis chrétien, pendant qull est » hérésiarque : cehii-là n'est point un disciple dil
• Christ qui se moque de sa vie , qui méprise âà
> pauvreté , déshonore sa religion , profane sei
• choses sainte^ et foule aux pieds ses dogmes.
• Nous appelons de cet homme, qui se dit le papd
• Jean XXII, à l'assemblée de l'unîters chrétien.»
Louis de Bavière ne s'en tint pas là ; il se rendit à Rome, se fit couronner empereur, présida à l'élection d'un nouveau pape , Pierre Ranallucio de Gorbières, religieux franciscain, qui fut 'nommé Nicolas V, et continua de traiter Jean XXII d'hérétique. Il faut convenir que les raisons ne lui manquaient pas , puisque ce pape avait déclaré dans différentes bulles que si Jésus-Christ et les apôtres eurent âoh-seulement la jouissance , mais encore la propriété de l'argent et des autres objets qti'ooi leur avait donnés, les frères franciscains en jouissent aussi à l'égard des choses qui sont destinées & leur usage. Le pape Nicolas III avait déclaré tout le contt^ire dans la fameuse bulle ecciît qui semi^ nat, qui a été insérée dans le texte des décrétales , et Jean XXII ne pouvait éviter de donner dans l'un ou l'aûttè des deux écueils qui se présentaient* icis^Ën effet, si le pape est infaillible lorsqu'il juge ex cathedra, comme chef de l'Eglise, Jean était hérétique, en croyant l'opposé de la déclaration dé Nrtolai ; et s'il avait raison , riiifaillibilifé du
lao
pape se trouvait eo défaut. Jean aima mieux ne voir qu'une erreur dans la décision de Nicolas , et il avoua dans ces bulles que, quoique ce pape en eût décidé autrement que lui^ ce gérait néanmoins une erreur contraire à TEcriture, de ne pas admet* tre son opinion, puisqu'on voit que Jésus-Christ et ses apôtres possédèrent de droit certaines choses , ce qui , d'après la bulle de Nicolas , eut été une violation de la loi , supposition qu'on pourrait qualifier de véritable blasphème.
Mais 9 si Jean XXII a échappé au reproche d'hérésie sur ce point , il n'en est pas de même à l'égard d'une autre doctrine qu'il prêcha, qu'il écrivit et qu'il ordonna d'enseigner, et d'aprèa laquelle l'âme de la Sainte-Vierge et ceUe des saints et des justes ne sont pas dans le ciel et ne jouissent pas de la vue de Dieu qu'elles ne verront qu'après le jugement univcrseLL'université de Paris et tous les théologiens catholiques l'ayant condamné ^ Jean se retracta à l'heure de la mort, et fit la professicm de foi qu'on lit dans L'histoire ecclésiastique de l'abbé Fleuri. A sa mort y le fisc se trouva riche de vingt-cinq millions de florins.
II est inoui .que les théologiens de notre siècle aient osé répandre tant d'erreurs sur les papes , et accréditer avec une si singulière confiance la fable de l'intervention directe du Saint-Esprit dans leur élection, celle de leur infaillibilité , et le prétendu devoir de leur obéir aveuglément et de révérer
comme Saints , des hommes d'une aussi horrible perrersité que Jean XXII, Boniface *yill et tant d'autres monstres non moins abominables.
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