‹ Portrait politique des papesChapitre 134 sur 190 · CLEMENT VI · texte numérisé non relu

CLEMENT VI

CXCVIII* PONTIFE. — DE l342 A l352,

PiEKKE BoGEH , né dans les environs de Limoges , moine bénédictin, archevêque de Rouen, cardinal du titre de Saint-Nérée, parvint au pontificat , le 7 mai i342 , régna sous le nom de Clément VT, et cessa de vivre, le 6 décembre loSiî , à Villeneuve d'Avignon.

A peine eut-il pris en main le gouvernement de TEglise , qu'il publia un bref qui enjoignait à tous

les prêtres pauvres, de se rendre, dans rintervalle <le deux mois , à Avignon , où il avait fixé sa résiilence, à l'exemple de. ses trois prédéceeseurs. En peu de temps, il y en eut jusqu'à cent mille. Cet état de misère était la suite des désordres dans lesquels la cour . de Rome était plongée. Clément se réserva , dès le commencement de son pontificat , la provision de tous les états ecclésiastiques, et particulièrement des prélatures , et poussa même les choses jusqu'au point d'ai^nuler toutes les élections canoniques qui avaient été faites de son temps. Quelques cardinaux lui ayant représenté que ses prédécesseurs n'avaient jamab rien fait de semblable, il leur répondit quUa n avaient pas su être papes. Cette conduite et la réponse qu'on vient de 4roir, annonçaient de bonne heure ce qu'il fallait attendre d'un tel pape.

Les traités de réconciliation entre l'empereur Louis y et la cour de Rome ayant été renouvelés, Clément VI y fit insérer de nouvelles conditions extrêmement dures. Il obligea le monarque à reconnaître que toutes les fies appartenaient au Saint- Siège ; que l'empire n'était qu'un fief et un bénéfice de l'Eglise romaine; que, pendant la vacance de l'empire, les papes avaient le droit de l'administrer ; qu'ils étaient les maîtres du droit d'électeur , et avaient , par conséquent , la faculté de le donner, de le restreindre ou de l'ôter ; que le nouvel empereur ne pourrait gouverner l'empire , sans avoir obtenu sa confirmation de la cour de Rome;

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qae cette cérémonie n'aurait lieu qu'autant que Félu prêterait serment de fidélité et de soumission au souverain pontife , et se reconnaîtrait son vassal ; que Louis se dépouillerait de toutes les marques de la souveraineté, et renoncerait à Texercice de la suprême puissance pour se soumettre â la volonté du pape , en confessant qu'il n'avait pas eu le droit d'en faire usage, et reconnaissant que les mesures de Jean XXII et de Benoit XII avaient été légitimes ; le pape exigeait en même temps que l'empereur lui envoyât comme otages ses propres enfans , dont le sort ne devait pas moins dépendre que le sien de sa volonté. Louis communiqua ces conditions à la diète de Francfort , et les princes protestèrent qu'on ne pourrait les admettre sans déshonorer l'empire ; ils opposèrent un nouveau manifeste aux prétentions de Rome , et firent voir que les papes étaient sujets de l'empereur d'Allemagne et lui devaient le serment de fidélité et de soumission comme autrefois.

Clément VI , inébranlable dans son système , adressa aux électeurs une bulle , par laquelle il leur ordonnait d'élire un nouveau roi deÈ Romains â la place de Louis de Bavière. Cet ordre fut exécuté sans résistance (tant la crainte du pape avait d'influence sur les esprits), et leur choix tomba sur Charles IV de Luxembourg , fils de Jean , roi de Bohême, petit-fils, par sa mère, de l'empereur Henri VII de Luxemboui^. Ce ne fut pas sans se donner beaucoup de mouvemens , que le pape vint

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à bout de son daasein , el les intrigues qu'il y employa étaient seules capables de déshonorer le successeur de Saint-Pierre : Giarles fut obligé de s^eor gager à tout ce qu'ayait refusé son compétiteur , qui bientôt mourut empoisonné ; il accepta surtout Tiniame humiliation de n'aller à Rome que |u>ur la cérémonie de son couronnemeqat , et de faire ce voyage à pied ^ sans troupes et sans suite « de quitter cette Tille le même jour » sans se EMier du gouvernement, dont il derait regarder le pape comme souverain arbitre; de n'entrer en Italie qu'une seule fois , et pour se faire couronner à MUan ; de n'accorder aucun secours aux Gibelins, c'est-a-dire auz princes qui soutenaient le parti de l'empire contre les usurpations des papes ; de reconnaître que ceux-ci , et non les empereurs d'Allemagiaie, avaient seuls droit à la possession de Ferrare et de quelques - autres villes, dont ses prédécesseurs avaient déjà réclamé la souveraineté, de même qu'à celle des Ues de Sicile , de Sardaigne, de Corse et de tout ce que les différentes mers du monde en renfermient dans leur vaste étendue. Charles ne fit aucune difficulté de se soumettre à tout; ce qui engagea Pétrarque et les autres écrivains contemporains à signaler hautement rinfâme bassesse de Charles et l'orgueil , Tarrogance, l'ambition, l'avarice et les infamies de la cour de Rcwie, qpe ce fameux poète compara à Babyh>ne , avec une telle éaoï^e de pinceau , que les protestans du seizième et dv dix-septième siède n'ont peut*

1^7 être rien publié 4e plus violent que leg tableaut de f:e catholique italien , témoin oculaire de tout ce qu'il raconte. Mathieu Yillani n'a pas été moins Q4èle dans les détails qu'il nous a laissés sur cette cour , et on peut en dire presque autant de Saint^ j|^aioiiî|i de Florence, qui qe s'exprime en termes un peu plus modérés , que par ménagement pour les papes et par respect pour les idées générales c|e ce temps-lâ.

fidèle à ses principes , Clément YI prétendit gouyerner le royaume de Naples, pendant la minorité de la reine Jeanne , comme son tuteur légitime, par le droit de souveraineté directe qu'il s'attribuait sur les royaumes , et quoique Robert , l'aïeul de la princesse , lui eût donné par son tes^ tamex^t des tuteurs et des ministres. Sa politique ûat la J[n0mç à l'égard des princes de 1^ maison d'Argon, qui régnaient en Sicile; mai? l'événement ne répondit pas k ses espérances* . Il investit du droit de souveraineté sur les Qes Canaries , Louis Espagna de la Gerda , qui descendait de l'infant de la Gerda , à condition de se recon^ajtx'e vaflii^l et tributaire du Saint-Siège , et de coi^vçnir. que ce pays était un fief apostolique, <{Upiqi>^'ii ^^^ skoumis è d^s peuples idolâtres , et que Louis, dût en faire la conquête à ses &ais , ce qui cependaul n'eut pas Ueu«

. W nffipiua à une foule d'évéchés de toutes ksi pajrtÀesydv u^onde chréti^a, des s^u^ets étrangers, à ci^ riOjys^umea» et qui ne FésÂdaient point daosr

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leurs églises. Plusieurs princes s'en étant plafhts ^ particulièrement les rois d'Angleterre et de Castifle^ il fit des réponses si frivoles et si insignifiantes^ qu'on \it bien par-là le peu d'estime qu'il ayait pour les souverains.

Les plaintes se multipliaient de toutes parts contre les entreprises et les usurpations desmoinet mendians , en sorte que leur suppression était vÎTement demandée. Quelques cardinaux voulurent engager Clément YI à les soumettre à une réforme; mais il méprisa leurs conseils , et leur reprocha leurs richesses et leur vie scandaleuse, sans réflé* chir que connaître le mal , et ne point y remédier^ c'était se rendre coupable pour un motif d'intérêt personnel.

Il eut . de grands démêlés avec le roi d'Aragon Pierre lY, qui parvint à tout concilier à force d'argent j comme tous les autres gouvernemena qui voulurent employer ce moyen.

Il excommunia Jean Yisconti , archeyéque de Milan, pour avoir usurpé la souveraineté de la ville de Bologne. On attribua à ce prélat une lettre adressée par ie prince des ténèàres é son vicaire démenti et auœ cardinaux ses con^ seiUers ; cette pièce, qu'un cardinal partisan^ de Yisconti, avait laissé tomber à dessein dans le consistoire présidé par le pape , fut ramassée par un autre membre du sacré collège , qui la lut. Lucifer y donnait mille louanges à Clément YI et à set cardinaux, pour le zèle et le succès avec lesquels ili-

1^9 travaillaient à étendre et à consolider son royaume des ténèbres , en employant tout ce qu'ils avaient de mérite et de dévouement pour cette belle cause; il finissait ainsi : < Votre mère , la superbe ^ vous . 1 salue, avec vos soeurs l'Avarice, la Luxure, et

• leurs compagnes, lesquelles espèrent triompher

• avec les secours que vous leur prêtez continuelle-

• ment : donné au sein dcTenfer, en présence d uu •grand nombre de diables. • Quoique le pape ne doutât pas que rarchevéque ne fût Tauteur de cette lettre, il se réconcilia cependant avec lui, après en avoir reçu une somme considérable d'argent, leva son excommunication, et lui accorda^ l'investiture de Milan çt deBologhe , pour L'espace de douze années , à condition qu'il paierait , comme vassal du Saint-Siège, douze mille florins d'or par an. Milan était ville impériale et la capitale du royaume d'Italie : on n'y eût aucun égard dans le traité.

Cette conduite du pape et de Yisconti faisait dire à Mathieu Yillani , qui continuait alors l'histoire que son frère Jean avait commencée , que le dévouemment au Saint-Siège , aidé du secours de l'argent, obtenait auprès des papes un plein succès dans les affaires.

Ce fut le moyen qu'employa Casimir III, roi do Pologne , pour engager ce pape à lever l'excommunication qu'il avait lancée contre lui , lorsqu'il re^ fusa d'éloigner le grand nombre de concubines qu'il avait à sa cour. D'immenses richesses accu- TOME II. g

muléeft par des moyens aussi scandaleux , furent employées par Clément VI â élever sa famille , dont la dépravation ajoutait au déshonneur du chef de TEglise.

Dans le trente^unîème chapitre du premier livre des Révélations de Sainte-Brigitte, qui vivait dans ce temps-là, on lit que Jésus-Christ apparut â cette Sainte, et lui dit que le pape Clément YI était le meurtrier des âmes, le destructeur du troupeau chrétien , et plus abominable que les juifs, plus ennemi de Jésus-Christ que Judas; plus injuste que Pilate , et plus méchant que Lucifer.

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