‹ Portrait politique des papesChapitre 137 sur 190 · GREGOIRE XI · texte numérisé non relu

GREGOIRE XI

CCI* PONTIFE. — DE l370 A iSjS,

PnfRfiE RoGEft j neveu de Clément Y I , né comme lui près de Limoges, cardinal diacre du titre de Sainte-Marie-Neuve, fut élu pape à Avignon , et prit le notn de Grégoire XI , le 3o décembre 1370 ; il fut le septième et le dernier des papes légitimes qui tinrent leur cour à Avignon. U transféra le siège pontifical à Rome pour y faire sa résidence ordinaire; sonentrée^ qui eut lieu le 17 janvier 1377, c'est-à-dire, soixante -treize ans après l'établissement des papesde France, fut un véritable triomphe, à cause de l'empressement avec lequel il fut reçu par les Romains. Cependant il songeait déjà à retourner en France, lorsque la mort vint le surprendre, le 27 mars 1378, et donner lieu au grand schisme d'Occident; cette nouvelle calamité de l'Europe dura cinquante et un ans, et fut produite par la funeste ambition des papes, qui leur faisait croire qu'ils étaientles évèques œcuméniques, c'est*

'37 à-dire universels , malgré la déclaration contraire de Saint- Grégoire -le -Grand; dominés par cette orgueilleuse pensée, ils se considéraient non comme les évêques de Rome, mais comme ceux de l'Église universelle , et ils en tiraient cette conséquence qu^ils ne cessaient pas de résider dans leur évèché , quoiqu'ils fussent à Avignon.

Ce déplacement de la cour pontificale fut cause que les sept papes élus en France furent des Français , que la majorité du sacré collège se trouva composée de cardinaux de la même nation , qu'Urbain y voulut goûter de nouveau les délices d'Avignon, et que Grëgoire XI fut sur le point de l'imiter ; delà aussi le chagrin que causa aux cardinaux français l'élection d'Urbain YI qui était iltalien , et le parti qu'ils prirent de nommer, au mépris de l'unité, un autre pape de leur nation qui fut Clément YII ; de là l'établissement de l'antipape à Avignon même, le séjour d'affection des cardinaux français; de là tous les efforts qui furent tentés pour le faire reconnaître en-deçà des monts et la durée du scandale produite par le schisme que les princes avaient intérêt de soutenir ; de là enfin, une foule de malheurs spirituels ^t temporels qui n'auraient pas eu lieu, si les pontifes romains eussent respecté la déclaration par laquelle Saint-Grégoire le grand avait fait entendre que l'évéque de Rome non-seulement n'est point l'évéque œcuménique, mais ne peut jamais le devenir, parce qu'il réunirait dans sa personne

I*épiscopat tout entier » lequel appartient , suivant le texte de rÉvangile, à tous les apôtres en général et à chacun deux en particulier; doctrine d'autant plus respectable qu'elle a été professée par un des papes les plus zélés pour les droits du Saint- Siège, et les plus attentifs à étendre son autorité, à restreindre celle des patriarches, des exarques, des primats et des métropolitains, les seuls (hors les cas extraordinaires) ayec lesquels il eut euîus*» qu'alors des relations directes.

Au reste , si Grégoire XI ne fut point aussi pacifique qu'Innocent YI et qu'Urbain Y , on ne peut du moins lui reprocher d'avoir mis le trouble et la division dans l'Eglise , comme l'avaient fait les autres papes Avignonais. 11 est vrai qu'il déclara la guerre aux Yisconti de Milan et à quelques autres seigneurs , lorsqu'il vit que les excommunications restaient sans effet; mais une sage politique le porta à la terminer promptement. On peut le blâmer avec plus de raison de la conduite qu'il tint avec Wiclef ; sa sévérité irrita ce novateur, et rendit toute réconciliation impossible.

Page 1