‹ Portrait politique des papesChapitre 140 sur 190 · GREGOIRE XII · texte numérisé non relu

GREGOIRE XII

cet* PONTIFE. — DE l4o6 A I409.

Le schisme continue.

Les cardinaux romains , assemblée en conclaye le 23 novembre i4o6, ne se contentèrent pas de renouveler la promesse et les conventions faites dans le^ élections précédentes , ils convinrent aussi que y pour éteindre le schisme , non-seulement le nouveau pape renoncerait à sa dignité , si on le lui proposait, mais encore, que les cardinaux se réu^ niraient dans une seule assemblée pour le choix d'un pape de l'Eglise universelle. Le 3o du même mois ) Ange Corrarlo , de Venise , cardinal du titre de Saint-Marc , fut élu successeur d'Innocent YIL Il prit le nom de Grégoire XII, et ratifia aussitôt l'engagement qu'il avait pris d'abdiquer la palpante, si la proposition lui en était faite par les. cardinaux : il était âgé de 70 ans, et passait pour

i54 un homaie de bien. Il annonça lui-même au peuple romain qu'il était prêt à remettre la tiare pour assurer le repos de l'Eglise. Cette conduite fut agréable à tout le monde, et les membres du sacré collège ne doutèrent plus que le schisme ne fût -sur le point de finir, d'autant que Charles VI de France travaillait alors de bonne foi à obtenir de Benoit XIII le même sacrifice.

L'événement prouva que la vertu de GrégoireXIII n'était que de l'hypocrisie, et une de ces vaines protestations , ressource ordinaire des hommes ambitieux. Il dissimula tant que le moment de tenir sa promesse ^i parut éloigné ; mais le mas* que tomba, lorsqu'il fut impossible de cacher plus long-temps ses desseins. Il déclara plusieurs fois qu'il renoncerait à la papauté, si Benoit en donnait Fexempl^ le premier ; et celui-ci tint le même langage à l'égard de Grégoire. Il y eut de fortes raisons de croire qu'ils s'étaient rendus coupables de collusion pour se maintenir chacun sur leur siège , pendant qu'ils se montraient d'accord pour abdiquer, et divisés seulement sur la question de savoir qui abdiquerait le premier.

Les cardinaux du parti de Grégoire surent enfin à quoi s'en tenir sur son compte, et , résolus de venir à bout de leur dessein , ils écrivirent à ceux de leurs collègues qui avaient nommé Benoit XIII , au roi de France et à d'autres souverains, qu'il leur semblait indispensable de convoquer un

concile général où tous les cardinaux s'assembleraient pour déposer en même temps les deux papes.

Cette affaire offrait de grandes difficultés : on parvint néanmoins à convoquer un concile général àPise où, par un décret solennel du 5 juillet 1409, Ange Corrario ou Grégoire XII , et Pierre de Luna ou Benoit XIII , furent déclarés schismatiques , hérétiques, parjures, auteurs d'un grand scandale pour rÈglise, incorrigibles et indignes de tout honneur et de toute dignité : défense leur était faite de se croire plus long-temps chefs de l'Eglise, et il était enjoint à tous les princes dont les on^ ▼oyés étaient présens au concile, de même qu'à tous les autres, en vertu de la sainte obéissance qu'ils devaient à l'assemblée , de ne plus reconnaître aucun des deux antagonistes , attendu que le Saint-Siège devait être considéré comme vacant, jusqu'à ce que le concile eût nommé un nouveau pape pour l'occuper.

La conduite de Benoit XIII avait été si impolitique , que les cardinaux des deux partis se réunirent pour faire exécuter la résolution du concile. Ce fut alors que le fougueux pontife fulmina une bulle d'excommunication contre le roi de France et contre ceux qui proposeraient des moyens de conciliation pour mettre fin au schisme : la manière dont elle fut publiée était très-offensante pour la majesté royale, et Charles YI ayant consulté l'université de Paris et les universités des autres

parties du royaume , ainsi qu'une assemblée nombreuse d'évéques, de conseillers et de jurisconstiltes, défendit de reconnaître à l'avenir Benoit XIII, et donna ordre en même temps de l'arrêter dans Avignon.

Le pape, prévenu du dessein formé contre sa personne, quitta brusquement sa résidence , et se réfugia à Perpignan qui appartenait alors au roi d'Aragon. Sur ces entrefaites , les cardinaux que l'orgueil, la dureté, l'ambition démesurée de ce pape , et la mauvaise foi avec laquelle il traitait les affaires les plus importantes de l'Église, avaient entièren>ent éloignés de son parti, profitèrent de ces circonstances pour se réunir avec les cardinaux de Grégoire au concile général de Pise.

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