PIE V
GCXXYU* PONTIFE. — DE l565 A iS^S.
Michel GuisLERi, né à Boschi en Toscane, moine dominicain , cardinal du litre de Sainte - Marie de la Minerve, fut élu pape le 7 janvier i566, sous le nom de Pie Y. Il mourut le 1*' mai 1572 , et a été canonisé comme Saint, par Clément XI , en 171a. Peu de temps après son élection, il dit que, pendant qu'il était religieux, il avait l'espoir d'être sauvé ; que, lorsqu'on le fit cardinal , il craignit beaucoup d'être damné; mais que maintenant qu'il était pape , il désespérait de son salut.
Ses mœurs personnelles furent pures , et s'il ne s'agissait que d'un simple religieux dominicain, on pourrait dire qu'il était digne de la canonisation; mais, comme souverain pontife, il ne pouvait être canonisé que par ceux qui avaient intérêt à consacrer comme saintes, les maximes erronées
ââ4 qui servaient de base à Pie Y pour sa conduite politique. Il était humble , sans doute , et désintéressé dans ce qui le regardait personnellement, mab il fut ambitieux des honneurs et de la puissance du Saint-Siége, imbu à Texcès des opinions fiscales de la papauté , et si austère et si rigoureux en matière de foi, que, par un zèle mal entendu, et offusqué par des principes erronés , il embrassa les moyens de rigueur et même de cruauté.
Il ayait pris part à l'établissement de llnquisition générale à Rome, et il fut inquisiteur sanguinaire et furieux à Corne. Dans la %uite, étant déjà cardinal , il influa beaucoup dans les moyens cruels qu'on employa à Rome contre les hérétiques, en abandonnant les voies de douceur et d'humanité, dont on s'était servi avant Paul III. Elevé au pontificat , il suivit le même système , et augmenta les cruautés de l'affreux tribunal. Tout cela lui a été compté pour sa canonisation , conune preuves de son zèle pour la religion catholique : Jésus-Christ cependant s'est conduit d'une manière bien opposée envers les Samaritains. Il ne voulut pas consentir à faire descendre le feu du ciel sur ces schismatiques , même à la demande des apôtres , hommes bien imparfaits alors , ainsi que l'observe Saint-Jean-Chrysostôme.
Les mesures et les bulles de Pie V sur tous les points de discipline ecclésiastique, relatifs aux évéques et aux moines, furent très-injustes. Pour
exalter la puissance pontificale, il abaissa le pouvoir épiflcopal beaucoup plus que ne le permettent les livres de TEcriture sainte et des quatre premiers conciles généraux. Il en arriva de même â Tégard des souverains : il excommunia les reines d'Angleterre et de Navarre, ce qui empira la cause du catholicisme, sans lui faire tirer aucun parti de ses sottes censures. En répliquant à la plainte que lui portait l'empereur Maximilien, sur ce qu'il avait délivré au duc de Toscane le titre de grand duc , il répondit que non-seulement il avait le pouvoir pour cela , mais encore pour accorder le titre de roi à qui il voudrait. Ce droit n'est pas facile à prouver, pour un successeur de Saint-Pierre le pécheur.