‹ Portrait politique des papesChapitre 179 sur 190 · CCXLIX* PONTIFE. DE · texte numérisé non relu

CCXLIX* PONTIFE. DE

Prospek Lambertim, né â Bologne , cardinal ar^ chevéque de sa patrie, fut élu pape le 1 7 août 1 740, sous le nom de Benoit, et mourut le 3 mai 1758 II fut très-sage et bon , mais il put et dut être encore meilleur. S'il n'eût pas été si sage , je le disculperais sur certains articles; mais il connaissait les vérités de la théologie, les canon s , Thistoire ecclésiastique et politique qui devaient lui servir à réformer tous les abus de ses prédécesseurs et ceux de la cour de Rome.

11 savait que le temporel avait été successivement usurpé sur l'empire d'Occident et sur d'autres souverains ; et l'autorité ecclésiastique^ relative aux réserves , sur les évéques diocésains ; il savait que les exemptions accordées aux monastères et aux congrégations régulières, étaient contraires â la doctrine de Saint-Paul , selon laquelle le Saint-

Esprit recommanda particulièrement tout le trou^ peau de TÉglise à l'évêque Thimotée, etsuccessi-* vement à tous les autres.

Malgré cela , Benoit conserva les réserves et les exemptions, telles qu'il les avait trouvées. Dans son ouvrage du synode diocésain , il exalte la puissance pontificale et restreint le pouvoir épiscopal, en sorte qu'il permet seulement aux évéques , sans la concessfion du pape , de conférer

les ordres , de confirmer ceux qui ont été baptisés; mais , quant aux chapelles particulières , à la ré-* duction des fondations et à d'autres bagatelles, il veut qu'ils recourent à Rome, et il laisse ainsi la di* gnité épiscopale réduite à un squelette décharné. Comment le disculperai-) e? Fût-ce par ignorance de la discipline primitive? Mon, car il la connaissait à fond. Ce ne fut donc que pour complaire à la cour pontificale , et en cela il ne peut mériter des éloges.

Je ne puis Tapprouver non plus d'avoir lancé l'excommunication contre les francs-maçons. U n'est pas croyable qu'il ignorât les constitutions et les usages des loges. S'il les eut prohibées- comme des réunions dépourvues de tout appui légal; qu'il les eût méprisées comme inutiles, absurdes; que même, sans faire usage de la censure ecclésiasti-< que, il les eût réprouvées comme extravagantes, ridicules , je louerais sa sagesse et son bon sens : mais les anathématiser comme si elles étaient cou«

traires à la religion catholique , dont elles ne s*occupent pa»^ ce fut une injustice et un défaut de prévoyance. Je ne vois dans ce procédé qu*un moyen de leur donner plus d'importance qu'elles n'en ont réellement , et de faire naître chez beaucoup de gens le désir d'être francs-maçons , par motif de curiosité. J'ai lu la copie d'une lettre qu'un gentilhomme de Naples , son ancien ami , lui écrivait aprè» avoir vu la bulle. « Vous m'avez donc excom-

• munie? lui disait-il, vous saviez bien que j'étais » franc-maçon depuis plusieurs années. En vérité, »jo ne puis revenir de mon étonnement, en voyant ))Vos opinions à ce sujet. Quels sont les mérites sur » lesquels retombe l'excommunication? Sont-ce les » actes de bienfaisance que l'on exerce du moins «par vanité? vous excommuniez donc les bonnes •œuvres. Est-ce le ridicule des épreuves pourl'ad- » mission? alors vou^ rendez rexcommunication 9 ridicule. Sont-ce les sermens éxécratoires du se- 9 eret? vous donnez donc une grande importance

• à ce qui n'est qu'une formule. Révoquez , révo- » quez votre bulle , et ne faite» pas un outrage d •votre talent, à votre sagesse et à votre bonne ré-

• putation. Laissez-nous nous amuser avec ces ex- > travagances , puisque ce n'est qu'une fantaisie » qui n'offense personne , quelle que soit son origi- ^ne et son objet.»

Je n'ai pas vu la réponse de Benoît XIV; maïs j'ai ouï dire qu^il rit beaucoup de la lettre de son ami.

et qu il lui répliqua : que par rapport à la plactî qu'il occupait, il n'avait pu agir aùlremeût; mais que cette excommunication ne devait pas lui inspirer de crainte , car sûrement il ne dessécherait pa« pour cela, comme on prétend qu'il en arrivait autrefois à ceux qui étaient excommuniés. Si cette réponse est certaine , elle laisse à penser qu'il avait lancé la bulle pour complaire à quelques cardinaux

imbéciles.

Dans sa conduite envers leà souverains, il manifesta du jugement, de la prudence et une côn-* naissance profonde de l'histoire. Plusieurs cardinaux voulaient qu'il lançât l'excommunication contre le roi de Porttigal Jean V , jmrce qu'au mépris des remontrances réitérées qu'on lui avait falotes , il entretenait un commerce scandaleux avec des religieuses. Benoit s'y refusa constamment danâ la crainte que , par dépit, le roi n'imitât la conduite d'Henri VIII d'Angleterre, t Exposerai -je, disait^ »il, pour quelques femmes de mauvaise vie, topt » le royaume à tomber dans le schisme? Non , écrites. Le iroi se lassera, ou Dieu lui enverra uno » maladie , pour l'amener à se repentir. » C'est ce qui arriva ; Jean V fut très-long-temps malade et donna des marques certaines d'un véritable re^ pentir.

L'Espagne doit à la sagesse et aux lumières dé Benoit XIV, le grand avantage de faire les provisions ecclésiastiques k Madrid , sans avoir besoin

d'envoyer de l'argent à Rome. Avant lui^ il sortait d'Espagne, pour cet objet, plus de douze millions de rëaux pour le trésor pontifical. Benoit connaissait si bien ces inconvéniens et ses propres dangers, que les conférences pour le concordat de l'an 1753, avec le roi Ferdinand VI, furent particulières entre le souverain pontife et Don Emanuel Bonaventure de Figueroa , envoyé espagnol , à qui sa sainteté recommanda efficacement de garder le secret, comme si c'était celui de la confession. Car, disait-il , si quelque membre de la chancellerie romaine venait à découvrir cette affaire avant qu'elle fût conclue, ils m'empoisonnerait pour l'empêcher. Benoit connaissait à fond les gens de sa cour.

Son ouvrage de FesHs est un témoignage immortel de saine critique et de ses connaissances dans l'histoire ecclésiastique. 11 y manifeste ce qu'il y a de vrai à l'égard de l'image de Jésus, qu'on appelle la Véronique^ que dans la suite des siècles on a convertie en une sainte femme, dont on raconte divers traits de la vie. Il en fait de même de l'hfstoire des Mages qui visitèrent Jésus, que dans le sixième siècle on nous présenta sous les noms, auparavant inconnus, de Gaspard , Melchior et Ballhazard , desquels on a fait des rois dans le douzième siècle. Il traite également de divers points de l'histoire ecclésiastique, relativement à la liturgie et à la vie des saints. C'est pour cela qu'il connais*

^79 sait si bien les contes faits ù. plaisir contenus dans les leçons du second nocturne des matinesde roJQTice des saints et saintes, que je ne lui pardonne pas dV yoir laissé subsister dans le bréviaire romain tous ceux que Ton y trouve. 11 en est résulté que les moines, dans leurs sermons panégyriques , continuent à les prêcher au peuple chrétien, comme des Térités constantes que la sainte mère Eglise propose à notre croyance , tandis qu elle se borne seulement à en permettre la lecture. Il n'a fait en cela que fomenter le mensonge et la superstition. Je vois son excuse qui se réduit à la crainte qu'il aurait du danger de détromper le vulgaire. C'est dommage qu'il n'ait pas eu le courage d'un Hercule.

A cette occasion, il me semble que je no dois point passer sous silence un exemple des contes du bréviaire. Dans les leçons de la bienheureuse Marianne de Jésus de Madrid ; on raconte qu'elle fit solennellement profession de religieuse de* la merci; et ce mensonge est si évident, qu'il n'y avait à Madrid aucun couvent de cet ordre , quand la béate mourut. Ceux de don Juan de Alarcon et de Saint-Ferdinand sont bien plus modernes, La seule chose vraie qu'il y ait en cela, c'est que Marianne demeurait auprès d'un couvent de moines déchaussés de la merci, connu sous le nom de Sainte-Barbe, et qu'elle en portait l'habit. S'il est vrai qu'elle ait fait des vœux, ils ne peuvent avoir été que simples et non solennels, entre les mains d'un moinesonconfesseur.

Combien de choses de celte espèce y a-t-il dans le bréviaire ! Il existe un petit ouvrage français en deui volumes in-i 2 , imprimés en 1 698, sous le titre des Moines empruntés , par M. Pierre Joseph. On y trouve beaucoup de saints que les moines de tous les ordres se sont appropriés, en les désignant comme des individus de leurs instituts respectifs , dont ils n'ont jamais fait partie pendant leur vie. La congrégation des rits ne permettrait pas ces fraudes , si l'argent ne rendait pas ses fiscaux et ses juges aussi indulgens. Ces tromperies font grand tort à la religion , parce que les protestans ont dans leurs églises des hommes très-savans et d'une critique très-fine, qui découvrent et démontrent le mensonge. Ils tirent de là des armes puissantes pour persuader qu'il en est de même de tous les récits historiques 'des miracles, d'après l'ancien proverbe espagnol : Les miracles dujov/r m empêchent de croire à ceiuc de la veille. Ne vaudrait-il pas mieux empêcher ces fables, ainsi qu'on les empêchait dans les premiers siècles, malgré le grand nombre des martyrs ? Celui qui veut voir rassemblés^ tous les éloges de Benoit XIV en peu d'articles et tous très-véritables , les trouvera dans l'ouvrage intitulé , Vj^rt ds vérifier les dates.

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