CCI.* PONTIFK. — DE lySS A
Charles 'Rizomco, né à Venise, cardinal évéquc de Padoue, fut élu pape le 6 juillet 1758, prit le nom de Clément , et mourut le 2 février 1 769.
Son pontificat a laissé la preuve du mal que peuvent faire les préjugés joints à Fintérêt. Clément XIII ( si nous ne faisions attention qu'à sa conduite personnelle) était un homme juste; mais ses affections particulières et son ignorance de la force de Fopinion publique , le perdirent. Il était partisan aveugle et passionné des Jésuites , et, cependant, parvenu à la papauté, il condamna malgré lui l'ouvrage du jésuite Berruyer, intitulé Histoire du pev/ple de Dieu^ en Espagnol et en Italien ; et il renouvela et aggrava les condamnations prononcées deux fois par Benoit XIV.
Les événemens scandaleux de Portugal et de Naples déterminèrent les cours de Paris , de Ma-
drid , de Lisbonne, de Naples et de Parme, à demander la suppression de Tordre des Jésuites. Les motifs de ces diverses puissances étaient appuyés sur une multitude de faits criminels dans tous les royaumes Catholiques des seizième, dix -septième et dix*huitième siècles , et surtout au Paraguay et à la Chine. Ces derniers venaient d'être condamnés récemment par Benoît XIV, parce que les condamnations prononcées par ses prédécesseurs n'avaient pas suffi. Pendant que cette affaire était en suspens , Clément publia, le 3o janvier 1 768, un bref, sous le titre de Monitoirc, contre Philippe de Bourbon, duc souverain de Parme, frère des rois d'Espagne et de INaples et cousin du roi de France. Sa teneur était la même que ceux de Gr^oire VU, de Boniface VIII et d'autres pontifes du même caractère, appelant le duché de Parme son patrimoine, comme s'il eût vécu dans les siècles, où la conquête d'un pays, faite parle souverain temporel au prix de guerres dispendieuses d'argent et de sang humain, était réputée nulle, inutile et méprisable, jusqu'à ce que le pape y eût donné sa bénédiction , afin que le pays conquis relevât en fief du Saint-Siège à perpétuité. Le bref défendait d'imposer des tributs sur les terres acquises ou qui le seraient postérieurement par des personnes ou des corporations ecclésiastiques. 11 condamnait également les bornes que Philippe avait mises p l'accroissement des biens de main «morte, et
d'autres mesures relatives au gouvemement temporel. Enfin, il excommuniait le duc et le privait de ses états , avec toute cette artillerie de clauses et de style de Rome , qui , dans d'autres temps , faisaient trembler les empereurs et les rois, mais qui, maintenant ,( grâces à Dieu ) ne produisent que le ris et le mépris qu'elles méritent dans ces sortes de matières.
Les cinq cours réclamèrent à la fois contre le bref, regardant cette affaire comme d'un intérêt commun , et en demandèrent la révocation , avec une satisfaction publique en raison de l'offense. La cour de Rome s'y refusa , et celle de Madrid fit faire un écrit intitulé , jugement impartiai sur 4e Monitavre de Parme. Ses auteurs furent les comtes de Florida Blanca et de Campomanés , fiscaux du conseil royal et suprême de Castille. Ils y déployèrent tous les principes de jurisprudence relatifs à la censure ecclésiastique et à d'autres points : mais ils omirent encore de traiter les principes réels qui devaient prévaloir quant à la souveraineté temporelle des papes. Ils le voulurent, et même commencèrent à le faire , mais deux archevêques et trois évéques appelés par le roi Charles III au conseil extraordinaire , trouvèrent mauvais que l'on approfondit autant la matière, dont les bases touchaient à la puissance et à la juridiction' de tous les prélats ecclésiastiques. De conseillers du roi qu'ils étaient, ils devinrent avocats de leur
propre cause , et décidèrent de supprimer la première édition et d'eu publier une seconde, qui est celle qui existe à présent , traduite dans presque toutes les langues de TEuropc.
Ledcinq souverains serrèrent \ivement le pape: Louis XV s'empara de la ville d'Avignon et du comtât Yenaissin; Ferdinand IV, du duché de Béuévent, et tous menacèrent Clément XIII de le dépouiller de Bologne, de Ferrare, et d'autres parties des états pontificaux. Clément se trouva serré de si près , qu'il se détermina à céder et à donner une pleine satisfaction aux souverains. Mais les membres de la chancellerie reconnurent que ce serait le coup mortel pour leurs maximes , et , pour tenter la fortune avec un nouveau pape , ils empoisonnèrent Clément XIII : ce* fut la nuit même du jour où il manifesta sa résolution, veille de celui où il devait la signer. L'opinion générale fut que les jésuites aidèrent à l'entreprise, soupçonnant qu'une partie de la satisfaction demandée serait la suppression de leur institut^ et ce soupçon ne fut pas dénué de fondement.
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