‹ Portrait politique des papesChapitre 182 sur 190 · PIE VI · texte numérisé non relu

PIE VI

CCLU' POIÎTIFE. — BS I774 A 1799^

j£AN-ÂN6E Braschi , né à Gésène , cardinal romain, fut élu pape le i5 février 1775. Il prit le nom de Pie, et mourut à Valence, sur la Drôme^ en France, dans Tannée 1799.

11 serait superflu de m'arrêter à persuader que Tesprit d'intrigue inspira cette élection. Les souverains voulaient un pape ennemi des jésuites, ceux-ci un de leurs partisans. Cinq mois de conclave ne suffirent pas pour se mettre d'accord. Le comte de Florida Blanca était à Rome de la part de l'Espagne, et il influa beaucoup sûr l'élection, parce qu'il suggéra l'idée d'élire un des cardinaux qui se disaient indifférens.

Tel était Braschl. Florida Blanca oraploya les millions de l'Espagne pour gagner les dames romaines j amies des cardinaux , afin de conquérir leurs suffrages par le moyen de leurs lettres. Les ambassadeurs de France, de Portugal et de Naples laidèrent par les mêmes voies, et il réussit. Ce fait, accompagné d'une quantité d'anecdotes particulières, résulte du procès criminel intenté à Madrid, contre le comte de Florida Blanca , en 1792, après qu'il eût cessé d'être ministre secrétaire d'état et de la justice. On peut maintenant Toir clairement l'influence du Saint-Esprit dans les élections. Le pontificat de Pie YI a fait connaître combien IV pinion publique était changée, relativement aux droits des souverains et de la cour de Rome.

L'empereur d'Allemagne Joseph II supprima beaucoup de monastères, de couvons et de communautés religieuses; disposa de leurs biens en faveur de l'état, et prît divers mesures sur la discipline extérieure de l'Eglise. Il usa en cela de son pouvoir souverain, sans demander l'autorisation ni l'approbation du pape, et sans compter sur sa volonté. Pie VI lui écrivit plusieurs lettres pour tacher de lui persuader de s'abstenir des réfonna, des suppressions et des autres mesures préjudiciables aux droits du Saint-Siège. JosepJbi II lui répondit qu'il ne les avait pas violés, en faisant des réglemens qui n'appartenaient qu'à sa puissance temporelle. Ses prédécesseurs, Henri lY,

Henri YI, Frédéric I, Frédéric II, et Louis de Bayière, avaient été détrônés pontificalement, ou obligés d^aller en personne & Rome, nus pieds comme des pénitens , et de se prosterner comme des criminels aux pieds des pontifes orgueilleux et inexorables, pour demander pardon de fautes bien moins graves que celles de Joseph.

Pie VI savait très -bien que Tère de Forgueii pontifical était passée, et, au lieu de citer l'empereur devant son tribunal, il part de Rome pour aller trouver Sa Majesté impériale à Tienne. Joseph va à sa rencontre , mais il ne le conduit pas ' par les rênes de son cheval; il embrasse rcspecr lueusement le souverain pontife, qui , de son côté, n'exige pas non plus des humiliations honteuses à l'exemple de ses antiques prédécesseurs , et il accepte dans le carrosse une place que lui offre le monarque. Logé danà le palais impérial de Vienne, Pie VI voit sous ses yeux s'exécuter le système commencé, et il est obligé de s'en retourner à Rome sans avoir rien obtenu de l'objet de son voyage. Il n'excommunia pourtant pas Joseph, ne le traita point d'hérétique et de persécuteur de l'Église, coiilme dans des occasions moins importantes Tavaient fait les papes antérieurs à la féforme de Luther; il vanta au contraire la religion etles vertus de Joseph II, dans un discours imprimé à Vienne pendant le séjour de Sa Sainteté, et il ]ni donna la communion de sa main.

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