‹ Portrait politique des papesChapitre 183 sur 190 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

C'est pour cela que les Français digaient asiez^ propos : « Le pape est allé célébrer deux messes i n Vienne, une sang credo pour l'empereur, Tautre 9 sans gioria pour lui-même. » On publia aussi â Vienne une estampe qui n'était pas moins piquante, faisant allusion à la chute du pouvoir pontifical. » L'aigle impériale enlève de la tête du pape la tiare » aux trois couronnes ; les cnfans jouent â la ra- • quette avec la sandale du pape et avec les clefs du » ciel ; le fanatisme est au fond du tableau, grinçant »les dents de rage. On voit les moines accablés par » la force de la douleur, et le chef de l'Église reste » sans autre soutien que sa crosse pastorale. »

Huit ans après , la révolution française occupa de nouveau Pie VI. Les Français établirent leur constitution nationale, dont une partie avait rapport au clergé , et cette partie fut appdée la caneiitutian civile du ctergé d^ France. On demanda au pape son approbation , et Sa Sainteté la refusa, en disant que cette constitution était injuste, nulle, et contraire aux institutions divines et aux droits du Saint-Siège. On lui fit voir que tout était conforme aux six premiers siècles de l'Église, et qu elle s'opposait seulement aux abus et aux usurpations qui eurent lieu dans les siècles suivons. Ott insista donc pour qu'il approuvât le serment que Toa avait ordonné que le clergé devait prêter. Pie VI réprouva le serment, et le déclara illicite ^ injuste, nul , et défendit de le prêter, sous peine d'excooh

^9* uMAHkMioD , et maaaça de Jeter fur la France un interdit généffak

^Quelques ^véques écrivireiit au pape une exposfttioo pleine d'une doctrine solide et catholique ^ pour lui démontrer iju'tl «pissait sans fondement canonique suffisant ^ et qu'il devait changer de marche dans la conduite de cette a&ire , ail voru-s' lait éviter un schisme parmi le clergé ltançais« Pie YI^ loin d'accéder à cette proposition ^ publia de nouveaux brefs, menaçant de déclarer excom-^ munies et sdûsmatiques ceux qui prêteraient le serment. De-là, résulta l'émigration de beaur coup d'évéques et de prêtres ; mais il en resta pourtant en France un nombre suffisant .pptir fe culte.

La conduite de Pie Y I envera la France fut cho« quante, ai 4ua la compare avec celle qu'il avait tenue en iuUemagne , car il y avait beaucoup de rapports entre les mesures de l'empereur Joseph II et la canstitution civile /du clergé de froace* La différence fut que ^beaucoup d'évéques intécessés à ne pas perdre les dimes , les domaines temporels et les rentes de biens fonds, voulaient persuader au pape qu'en ne cédant pas^ tout reviendrait bientôt dans l'ancien état ; pai^ce que ^ selon leur opwfam, la majeure partie de la nation était opposée â la constitution civile du clergé; et

qu'alors tomberait le pouvok de l'iissçmblée cors-

tituante qu'ils traitaient d'usurpatrice et de factieuse, mais qui ne serait que momentanée. Us occasionnèrent de \ioIeu8 regrets au pape, en voulant lui persuader cela ; car la révolution française, au lieu de se calmer, fut toujours en croissant, et la religion perdit beaucoup alors , puisque TEglise gallicane resta séparée de la communion romaine. On aurait pu éviter ce malheur, en approuvant seulement la constitution. Cependant, on n'en vint jamais â la déclarer schismatique , et le seul effet de cette séparation , fut de suspendre les rapports de communication directe.

Les événemens subséquens démontrèrent que Pie yi aurait approuvé la constitution , sans les suggessions des émigrés. La puissance de la repu* blique française s'accroissant de jour en jour et étant parvenue à dominer sur une grande partie de l'Italie, il s'y forma une autre république sous le nom de Cisalpine. Celle-ci établit aussi une constitution du clergé à l'instar de celle de France, sur les mêmes bases, avec toutes ses conséquences et presque dans les mêmes termes. Alors Pie YI, qui n'était plus entouré d'émigrés, et qui craignait , avec raison , la durée de la nouvelle république, rentra en lui-même et préféra manquer des droits possédés pendant plusieurs siècles, que de s'exposer au danger d'avoir, dans le centre de ritalie 9 un état réputé schismatique. Il approuva

donc, par une bulle spéciale, la coostitution civile du clergé Cisalpin. Ce fut, à cette occasion, que Ton publia dans diverses gazettes de grands éloges de sa prudence. On ne lui épargna pas pourtant la réflexion piquante que par cela même, il désien* toit Iqs anciens brefs qu'il avait adressés en France.

La raison en était bien simple, car, s'il croyait véritablement s'opposer aux institutions divines, il ne devait' pas approuver la constitution du clergé Cisalpin; et si, au contraire, il ne le croyait pas, il devait paiement confirmer celle du clergé Gallican. Mais le mal était dé)à fait : il est à croire que si alors la France le lui eût demandé, il l'eut accordé, afin d'agir conséquemment avec ce qu'il faisait en Italie. Mais la république française ne pensait plus à supplier Pie YI , lorsqu'elle le tenait humilié et réduit au point de voir sa vie même dépendre de la volonté des gouverneurs de la France , qui , enfin , se vengèrent de l'ancien entêtement du pape, en l'amenant sur le territoire ré«

publicain , où il mourut.

Il faut avouer que Pie VI tint la conduite d'un

prince pacifique et prudent, dans les affaires d* Allemagne et de la république Cisalpine ; mais l'his-» toire ne pourra, non plus, se dispenser de lui imputer de l'opiniâtreté à vouloir conserver les ^Iroits usurpés en France par ses prédécesseurs

C'est uiie chose teniUe que les pi^s. iie Teulent pM reMuialtare la force de TapHiioii pvUique, el qift'Uft veuillent préférer lea grandeiura de la puissance Iramaiiie et leoipMeUe ,. à la doctrine et aui excMfjAefl en CJvist et de Smnfr-Pi^rre.

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